Marc-André Lussier

Archive, mai 2014

Vendredi 30 mai 2014 | Mise en ligne à 7h06 | Commenter Commentaires (3)

Quel avenir pour le Festival de Cannes ?

Carlton - photo 1

La façade du Carlton

S’il faut en juger par l’affaire Welcome to New York, le film d’Abel Ferrara sur DSK, il y a peut-être lieu de s’inquiéter.

Maintenant que les stars sont parties, les professionnels et les journalistes aussi, que les tapis ont été bien remisés dans leur placard de luxe jusqu’à l’an prochain, chacun tire son propre post mortem du 67ème Festival de Cannes. Au-delà des analyses du palmarès et de la qualité du cru en général, la réflexion se fait un peu plus large cette année.

2014 marque en effet le départ à la retraite du président Gilles Jacob. Qui officiait au festival depuis près de 40 ans, d’abord à titre de délégué général (poste occupé aujourd’hui par Thierry Frémaux), ensuite à titre de président. Sous sa gouverne, le plus grand festival de cinéma du monde a toujours été placé sous le signe de la classe et de l’élégance, malgré les inévitables controverses qui ont aussi fait le sel de l’événement.

Cannes, c’est aussi deux choses. D’un côté, il y a d’abord le festival de cinéma. Qui met de l’avant une sélection prestigieuse constituée d’œuvres triées sur le volet. Une cinquantaine de longs métrages en sélection officielle, une trentaine d’autres dans les deux sections parallèles.

Ensuite, il y a tout ce qui tourne autour. Parfois pour le meilleur et, souvent, pour le pire. Comme à peu près tous les intervenants du monde entier convergent vers Cannes au mois de mai, tous ceux qui gravitent de près ou de loin autour de la planète cinéma tentent de s’y faire voir aussi. Et de profiter du rayonnement médiatique international dont bénéficie le festival. C’est la raison pour laquelle, par exemple, la bande de The Expendables 3, qui n’avait pas d’affaire là, est venue faire un tour en se promenant en tank russe sur la Croisette. Avec Stallone et Schwarzenegger en tête. Et ça a marché. Les photos ont fait le tour du monde. Des starlettes à la Paris Hilton viennent aussi se montrer pour se prouver qu’elles existent dans l’œil des photographes, même si elles n’ont pas le moindre truc intéressant à proposer. À Cannes, le passage de la moindre tête d’affiche sévissant dans une série Z suscite son lot d’émoi. Surtout si elle est américaine.

Expendables - 1

Le marché du film, qui se déroule parallèlement au festival, étant le plus important du monde, tous les titres y passent, peu importe leur qualité. La dernière niaiserie de Chuck Norris peut s’afficher autant, sinon plus, que la dernière offrande des frères Dardenne.  Depuis plusieurs années, le prestigieux hôtel Carlton, qui ne semble avoir aucun amour propre, putasse sa façade en se transformant en immense panneau publicitaire hollywoodien. D’évidence, cet aspect-là – du clinquant cheap digne de Las Vegas – est exaspérant. On vous répondra pourtant qu’il est nécessaire afin que le festival puisse conserver son statut unique sur le circuit. Peut-être. Mais ça en dit long sur l’impérialisme culturel qu’impose Hollywood partout.

Une autre préoccupation

Gilles Jacob parti, une autre préoccupation vient s’ajouter. Quelle orientation donnera le nouveau président Pierre Lescure à l’événement ? S’il faut en juger par l’affaire Welcome to New York, le film d’Abel Ferrara sur DSK, il y a peut-être lieu de s’inquiéter. Rejeté par le comité de sélection, le film a quand même fait l’objet d’une présentation spéciale sur la Croisette, suivie d’une grande conférence de presse nocturne, suivie d’une fête on ne peut plus courue pendant laquelle des sommets de mauvais goût ont été atteints. Officiellement, tout cela était «off festival» évidemment. Entendez par là que la direction n’était nullement impliquée dans l’organisation de la soirée.

DSK - 1

Le «dirty sex kit» offert aux invités de la fête Welcome to New York. La grande classe.

Or, Pierre Lescure s’est pointé à cette fête. Qu’il ait été là à titre individuel ou à titre de futur président ne change rien. Symboliquement, c’est fort. «Aux côtés de l’équipe du film, le prochain président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, a déclaré en marge de la rencontre avec les journalistes qu’un film comme celui-ci avait sa place sur la Croisette, peu importe le contexte», a écrit mon comparse Cassivi. Inquiétant dites-vous ?

Gilles Jacob a d’ailleurs dénoncé l’affaire sur les ondes de RTL quelques jours après la fin du festival, en évoquant une sorte de «parasitisme». Au journaliste qui lui a demandé si le film d’Abel Ferrara avait sa place à Cannes, il a répondu : «Il peut avoir sa place au marché du film, encore que c’est un film qui ne sorte pas en salles et qui est diffusé directement sur internet. Je pense que c’est une mauvaise manière faite par les producteurs de ce film de le mettre en face de films sélectionnés et en compétition et par conséquent prenant une partie des projecteurs sur eux. C’est une sorte de parasitisme, comme des coucous dans un nid. Cela nuit à des confrères et je n’y suis pas favorable.»

Lescure aurait voulu laisser entendre que le festival était désormais ouvert à tous les coups publicitaires de ce genre – même les pires – qu’il n’aurait pu faire mieux. Qu’ils soient concertés ou non, qu’ils soient orchestrés avec la complicité tacite de la direction ou pas, il reste que le prestige du festival peut facilement être compromis à cause de dérapages de cette nature.

Catherine Deneuve a aussi critiqué le changement de philosophie du festival dans une interview accordée à France 5 : «C’est très différent maintenant», a expliqué celle qui vient régulièrement au Festival depuis la Palme d’or remportée en 1964 par Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. «La montée des marches a lieu avant que la lumière tombe, ce qui est quand même beaucoup moins mystérieux qu’avant. C’est la télévision maintenant qui a la mainmise sur toute l’image de Cannes. L’image de Cannes est devenue très importante. Le Festival est toujours très important car c’est un festival international qui a des beaux films mais l’image a pris une place déraisonnable».

On laissera évidemment la chance au coureur. On verra bien quelle direction le nouveau tandem Lescure / Frémaux compte emprunter. Mais il serait dommage de bousiller le riche héritage d’un prédécesseur et de mettre en péril le prestige du plus bel événement cinématographique de la planète.

Les liens :

Cannes, nouveau président, nouveau festival ?

Un coup de pub grotesque (Marc Cassivi)

Le post mortem de Thierry Frémaux (Première)

La b.a. de Winter Sleep. le film lauréat de la Palme d’or sera distribué par Métropole Films chez nous. On ne s’attend pas à une sortie avant l’automne.


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Jeudi 29 mai 2014 | Mise en ligne à 1h49 | Commenter Commentaires (2)

Robert De Niro rend hommage à son père artiste

Remembering Artist - 1

Robert De Niro et Robert De Niro, Sr.

Le père de Robert De Niro était un artiste peintre reconnu. Il a connu son heure de gloire pendant les années 40 et 50 mais quand arrive le pop art dans les années 60, son oeuvre tombe alors pratiquement dans l’oubli.

Pour lui rendre hommage, son fils a accepté de participer à Remembering the Artist : Robert De Niro, Sr., un moyen métrage documentaire dans lequel l’oeuvre de l’artiste est mise en valeur. Et qui évoque aussi la vie personnelle du paternel. Ce faisant, l’homme habituellement très discret qu’est Robert De Niro ouvre les portes de sa vie privée et confie quelques secrets de sa vie familiale. Notamment à propos du divorce de ses parents (alors qu’il était âgé de trois ans), de l’homosexualité de son père, et de la dépression qui a affligé ce dernier. Robert De Niro, Sr. est décédé en 1993.

«Je voulais que mes plus jeunes enfants – qui sont nés après sa mort – sachent ce qu’a fait leur grand-père. J’ai même gardé son atelier de peinture intact pour qu’ils puissent le voir», a déclaré Robert De Niro dans une interview relayée par le magazine Première. Et si il a finalement décidé de montrer au public ce mini film très intime c’est parce que l’histoire de son père est aussi l’histoire de toute une génération de peintres oubliée et balayée par le succès du pop art des années 60, peut-on aussi lire.

Coréalisé par Geeta Gandbhir et Perri Peltz, ce court documentaire (40 minutes), lancé au festival de Sundance il y a quelques mois, sera présenté à la chaîne HBO le 9 juin.

Les liens :

Robert De Niro Honors his Father (The Film Stage)

Site officiel (HBO)

Robert De Niro : Mon père était gay (Première)


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Mardi 27 mai 2014 | Mise en ligne à 12h54 | Commenter Commentaires (36)

Le point sur les sorties de films lancés à Cannes

Tu dors Nicole - 1

Marc-André Grondin et Julianne Côté dans Tu dors Nicole (Stéphane Lafleur)

À ce qu’on me dit, ça râle pas mal dans les chaumières. Après le formidable accueil qu’a obtenu Mommy sur la Croisette, plusieurs cinéphiles estiment que Les Films Séville, distributeur du film, devrait battre le fer pendant qu’il est chaud et trouver le moyen de mettre le film à l’affiche dès maintenant. Ce à quoi le distributeur répond  : pas si vite papillon.

La sortie de Mommy est prévue à l’automne au Québec. Le distributeur fait valoir que la campagne de lancement n’est pas prête, qu’il n’y a encore aucune bande annonce dans les salles, aucune stratégie publicitaire établie. Lors d’une interview à l’émission de radio de Paul Arcand ce matin, le président de Séville, Patrick Roy, a aussi déclaré qu’il serait «irresponsable» de lancer dans la mêlée un film québécois complètement à l’improviste. Selon lui, lancer Mommy tout de suite nuirait aux autres productions québécoises dont les sorties sont déjà prévues : La petite reine (13 juin); Le vrai du faux (9 juillet) et 1987 (8 août). Au mieux, on pourrait espérer la sortie de Mommy à la fin de l’été.

Je comprends tout à fait cette argumentation, mais il y a un élément dont on ne semble pas tenir compte dans cette équation : l’effet de saturation. D’ici la sortie, Mommy sera toujours très présent sur le plan médiatique. Au point où un effet de ressac est à craindre. En le sortant dès maintenant, on court-circuiterait peut-être cet effet. Encore faudrait-il pour cela trouver toutefois un nombre de salles adéquat. En pleine saison des superproductions américaines, vraiment, bonne chance.

Remarquez, ça râlait beaucoup aussi en France l’an dernier. Même si La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 avait gagné la Palme d’or, il n’était pas question d’en devancer la sortie. Les cinéphiles français, comme les québécois, ont dû attendre plusieurs mois avant de découvrir le film à leur tour.

Étant présentement à Paris, je suis à même de constater que plusieurs des films lancés à Cannes cette année sont déjà à l’affiche (Grace de Monaco, Deux jours, une nuit, Maps to the Stars, Adieu au langage notamment) mais on est aussi loin du compte. Aucun des trois films français inscrits dans la compétition ne prendra l’affiche avant plusieurs mois ici. Le premier à figurer dans le calendrier est Sils Maria (Assayas), le 20 août. La sortie de Saint Laurent (Bonello) est prévue le 1 octobre. Celle de The Search (Hazavanicius) ? 26 novembre.

Chez nous, la situation est pire. La plupart de ces titres internationaux suivront le parcours obligé : lancement au TIFF en septembre, présentation ensuite au Festival du nouveau cinéma (pour certains d’entre eux) et, enfin, sortie en salle. C’est probablement le sort qui attend aussi Tu dors Nicole, l’autre long métrage québécois lancé à Cannes cette année. Le très beau – mais fragile – film de Stéphane Lafleur sortira seulement à l’automne chez nous.

Et comme il est d’usage, nous aurons probablement droit à une vente de feu l’an prochain. Ce fut le cas cette année. Et l’année dernière.

La discussion entre Patrick Roy et Paul Arcand (98,5 Fm)


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