Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 4 avril 2014 | Mise en ligne à 6h57 | Commenter Commentaires (6)

    Cannes : la théorie du «pas prêt à temps»

    Arcand - 1

    Denys Arcand
    (Photo : Erick Labbé – Le Soleil)

    Il est notoire qu’au fil de l’histoire du festival, le comité de sélection a souvent retenu des films sur la foi de simples copies de travail.

    Hier, peut-être avez-vous fait comme la vaste majorité des gens du milieu du cinéma québécois. Si c’est le cas, cela veut dire que vous vous êtes précipité sur l’article qu’a écrit le collègue du Soleil Éric Moreault. Ce bougre-là a réussi ce que pratiquement aucun journaliste de cinéma n’a pu faire depuis des lustres au Québec : parler à Denys Arcand. À la faveur d’un événement auquel participait mercredi soir l’éminent cinéaste, organisé par le Musée de la civilisation, Moreault a pu soutirer quelques propos à ce dernier. À la lumière des relations plutôt tendues entre le réalisateur de L’âge des ténèbres et la presse cinéma québécoise, on peut clairement affirmer qu’il s’agit là d’un exploit.

    Comme la sélection officielle du 67e Festival de Cannes sera annoncée dans moins de deux semaines, soit le 17 avril, Éric a naturellement demandé à Denys Arcand s’il allait lancer sur la Croisette son nouveau film Le règne de la beauté. «Le renommé réalisateur, un habitué de la Croisette, «se croise les doigts» pour que la musique soit prête à temps et que le comité de sélection «aime» son long métrage.» Puis, plus loin : «Le long métrage est encore en postproduction. «C’est faisable, de justesse», estime Denys Arcand. Le fait que le Festival soit habituellement fidèle à ses cinéastes pourrait jouer en faveur du Règne de la beauté.»

    Vrai que Arcand est un habitué. Love and Human Remains et Joyeux calvaire mis à part, tous ses longs métrages ont fait partie de la sélection officielle du festival depuis 1989, l’année de Jésus de Montréal (prix du jury). Auparavant, Seul ou avec d’autres (coréalisé avec Stéphane Venne et Denis Héroux – 1963) et La maudite galette (1972) avaient été retenus à la Semaine de la critique. Réjeanne Padovani (1973) et Le déclin de l’empire américain (1986) ont été montrés à la Quinzaine des réalisateurs. Stardom (2000) et L’âge des ténèbres (2007) ont été choisis pour clore le festival. Et l’on n’oublie pas, évidemment, Les invasions barbares. En 2003, ce film a valu à Arcand le prix du meilleur scénario. Et à Marie-Josée Croze, un prix d’interprétation qui a carrément changé sa vie.

    Alors oui, il est certain que le comité de sélection est intéressé à voir ce que Arcand peut leur montrer. Le président Gilles Jacob partant à la retraite après la tenue du festival, on peut aussi présumer que les cinéastes qui ont «grandi» pendant les années où le futur retraité a été en fonction bénéficieront d’une attention plus particulière. Denys Arcand en fait partie.

    C’est pourquoi je souris toujours un peu quand un cinéaste annonce que son film «ne sera peut-être pas prêt à temps». Xavier Dolan, dont le nouveau film Mommy serait aussi pressenti pour Cannes, a aussi évoqué cette possibilité lors de sa récente tournée médiatique.

    Une stratégie préventive

    Peut-être suis-je dans le champ, mais je vois davantage dans cet avertissement une stratégie préventive. Comme une façon de se protéger d’un effet de ressac si jamais l’œuvre n’obtient pas la faveur du comité de sélection le 17 avril. C’est de bonne guerre. Et je le comprends tout à fait.

    Rappelez-vous : il y a quatre ans, les producteurs d’Incendies avaient beaucoup misé sur une sélection cannoise et tout indiquait que Denis Villeneuve pouvait pratiquement boucler sa valise. Quand le verdict fatidique est tombé, l’équipe a dû gérer pendant des mois la déception (et la rumeur négative qui s’y rattache) pour essayer de mieux rebondir plus tard à la Mostra de Venise, au festival de Telluride et au festival de Toronto. Bien sûr, le comité de sélection cannois s’en est un peu mordu les doigts par la suite (le délégué Thierry Frémaux l’avait confié à La Presse), et le film de Villeneuve a connu la carrière mondiale que l’on sait. N’empêche que le jour où Incendies a été recalé à Cannes, plusieurs se sont demandé ce qui pouvait bien clocher dans ce film (que personne ou presque n’avait encore vu).

    C’est dire que la qualité d’une oeuvre n’est pas nécessairement tributaire d’une sélection – ou non – sur la Croisette. Cela dit, il est certain que quand on manifeste le désir d’y être, qu’on soumet son film et qu’il est laissé sur la touche, la pilule est plus difficile à avaler. Mais revenons à la théorie du «pas prêt à temps».

    Il est notoire qu’au fil de l’histoire du festival, le comité de sélection a souvent retenu des films sur la foi de simples copies de travail. Cela dit, les cinéastes qui choisissent de présenter un work in progress prennent un risque. En vertu du règlement, on ne peut en effet présenter plus d’une version au comité. Autrement dit, on vous sélectionnera sur la foi de la copie que vous soumettrez, peu importe qu’il s’agisse d’une version définitive ou d’une copie de travail. Une fois sélectionné, il vous reste encore presque un mois pour finir la post production.

    Des titres célèbres en versions «non définitives»

    Apocalypse Now (Palme d’or 1979) a été montré à Cannes dans une version non définitive. The Mission (Palme d’or 1986) aussi. Et le Van Gogh de Pialat en 1991. En 2004, l’organisation du festival avait dû chambouler son horaire pendant deux jours – une première dans toute l’histoire du festival – parce que la copie de 2046 (Wong Kar-wai) n’était pas arrivée à temps. L’an dernier, il n’y avait pas de générique à la fin de La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2.

    Alors, quand on dit qu’on «se croise les doigts pour que la musique soit prête à temps», je souris un peu. Si le film est sélectionné, il restera encore trois bonnes semaines, sinon plus, pour la finir la musique.

    Nous, on se croise surtout les doigts pour que les films de Arcand et de Dolan, et peut-être aussi d’autres cinéastes québécois plus inattendus, soient invités au bal.

    Si vous êtes curieux, je vous invite à visiter la page où l’on explique les conditions de présélection. C’est assez éclairant. En voici un extrait :

    Quelque soit le support utilisé pour le tournage du film (mini DV, super 8, 35mm,…), seuls les supports suivants sont acceptés pour la présélection :

    • pour les longs métrages : – copie 35 mm
- HDCAM / HDCAM-SR
- DCP (Digital Cinema Package) : Serveur JPEG 2000 (modèle Doremi DCP 2K4) 
Uniquement lecture des fichiers JPEG 2000. Connectique : Baie CRU, e-Sata, USB. 
Une fois l’inscription faite, prendre contact avec le département films qui vous enverra le certificat du serveur, ainsi que l’adresse email à laquelle envoyer les KDM.
- Beta SP (Pal, NTSC) ou Beta Numérique (Pal, NTSC)
- Blu-ray Disc + 1 DVD standard (l’envoi d’un Blu-ray doit automatiquement être accompagné d’un DVD standard)
- DVD (DVD Standard)

    • pour les courts métrages : – DVD (DVD Standard, pas de Blu-ray)
Tout court métrage envoyé sur un autre support (mini DV, Beta,…) ne sera pas visionné.

Le film ne doit être envoyé qu’une seule fois et sur un seul support.

    N.B. : Il est possible de présenter une copie de travail du film. En remplissant la fiche d’inscription vous devrez préciser s’il s’agit de la version définitive ou d’une version de travail. La présentation d’une copie de travail ne permet pas la présentation ultérieure d’une copie définitive.

    Le temps presse pour Cannes (Éric Moreault – Le Soleil)

    La bande annonce du Règne de la beauté

    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • En tous cas,la bande annonce n’annonce rien de grandiose…

    • Vous pouvez parier qu’il y sera. Avec la popularité dont jouit M. Arcand auprès des organisateurs du festival et des habitués de la croisette, il faudrait que le film soit vraiment mauvais pour ne pas se retrouver à Cannes.

    • La b.-a. du film d’Arcand laisse-t-elle présager le meilleur? Pas sûr. Espérons qu’elle n’est pas représentative.

      Pourquoi les réalisateurs, en vieillissant, mettent-ils systématiquement en scène des mannequins? Avec le titre du film d’Arcand, on pourrait s’attendre à une certaine dénonciation mais bizarrement, j’en doute…

    • Moi je me croise les doigts ma blonde voudras pas aller voir cette merde la!

    • Denys Arcand: le confort et l’indiférence.

    • Je ne crois plus à ce prétexte de position in extremis d’être ou pas au festival de Cannes. Cela crée un buzz dans le but évident de faire d’une œuvre un évènement qui vaut le déplacement. On appelle cela du marketing pure et simple, cette pratique est courante au cinéma. Quand ce n’est pas une affaire qui ne va pas, c’en est une autre. Si Francis Ford Coppola a fait le coup, pourquoi Denis Arcand ne tenterait-il pas le coup lui aussi? Cela est de bonne guerre et le suspense demeure omniprésent pour les cinéphiles convaincus. Et comme on le dit, l’affaire est dans le sac.

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