Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 28 mars 2014 | Mise en ligne à 10h58 | Commenter Commentaires (42)

    Les exploitants s’interrogent. Et Christopher Nolan aussi.

    Chris Nolan - 1

    Christopher Nolan

    Les salles nord-américaines ont perdu 11% de leur clientèle en 10 ans !

    Comme je le mentionnais plus tôt cette semaine, le gratin du milieu de l’exploitation en salles était réuni à Las Vegas à la faveur de CinemaCon, le congrès annuel de la National Association of Theater Owners. Les gens de l’industrie du cinéma américain aiment bien mettre de l’avant les chiffres qui, d’année en année, laissent croire qu’on fracasse des records au box-office. Mais ils doivent maintenant faire face à la réalité.

    Et cette réalité n’est pas aussi rose qu’on voudrait bien nous le faire croire. Bien entendu, les revenus augmentent. En 2013, l’exploitation des films dans les salles d’Amérique du Nord a généré des revenus de 10,9 milliards de dollars, soit 100 millions de plus que l’année précédente (10,8 milliards). Rappelons que le Canada et le Québec font partie du marché intérieur des États-Unis en matière d’exploitation. Ce scandale n’émeut d’ailleurs personne depuis 90 ans.

    Graphique MPAA - 1

    Avec les multiples fourchettes de prix, lesquelles découlent des films en 3D, des salles IMAX, Ultramachin et autres DBox, l’industrie parvient ainsi à gonfler artificiellement ses statistiques. Selon des chiffres dévoilés dans le rapport de la Motion Picture Association of America, auquel a fait écho le Wall Street Journal, les salles de cinéma nord-américaines ont perdu 11% de leur clientèle en 10 ans, bien qu’on note une augmentation de revenus de 17% durant la même période !

    11% moins de spectateurs entre 2004 et 2013, c’est beaucoup.

    En 2013, les salles nord-américaines ont attiré 1,34 milliard de spectateurs plutôt que 1,36 en 2012. Une baisse de 1,5%. Et ça se poursuit d’année en année. Et en passant, personne là-bas n’a encore blâmé les créateurs (je dis ça de même). On reconnaît tout simplement que la façon dont on «consomme» les films s’est profondément transformée avec l’arrivée des nouvelles technologies et des multiplateformes. Cela dit, l’industrie hollywoodienne peut maintenant compter sur les marchés étrangers pour se refaire. L’Asie constitue en outre un marché très florissant.

    Pour encourager les Américains à retrouver le chemin de salles, la NATO songe à instaurer une politique qui a cours depuis longtemps dans les salles canadiennes : les billets moins chers une journée dans la semaine. «Une partie de la population n’a pas les moyens d’aller au cinéma le vendredi soir», a déclaré John Fithian, président de l’Association des propriétaires de salles, lors de son discours annuel à CinemaCon.

    On compte mettre bientôt à l’essai cette politique dans un État et l’étendre ensuite progressivement aux États-Unis. Pour que celle-ci fonctionne, il faut toutefois l’accord de l’ensemble des chaînes. Pas évident.

    Le support «film» pour Christopher Nolan

    Par ailleurs, Christopher Nolan, qui proposera Interstellar un peu plus tard cette année (le 7 novembre), a aussi pris la parole au cours de l’événement. Le cinéaste a une fois de plus lancé un vibrant plaidoyer en faveur du support «film», supérieur au support numérique selon lui. Il est d’ailleurs l’un des rares cinéastes à tourner ses films sur pellicule.

    «Le film reste le meilleur moyen de capter une image et de la projeter, a-t-il dit. C’est aussi simple que ça. Et je me fie à ce que je vois en tant que cinéaste. Je suis en faveur de toute avancée technologique en autant qu’elle surclasse ce qu’il y avait auparavant. Or, aucune des nouvelles technologies n’a fait cela à mon avis.»

    L’ennui, c’est que les studios annoncent déjà leur intention de mettre fin à l’envoi de copies 35mm dans les salles. Lesquelles, de toute façon, sont converties au numérique. Le studio Paramount, qui distribuera Interstellar, fut d’ailleurs le premier studio à en faire l’annonce officielle. Une exception sera toutefois faite pour le film de Nolan.

    «Je vais dans les salles pour voir mes films, a ajouté Chris Nolan. Trop peu de cinéastes se donnent la peine de le faire. Et trop peu de gens de notre industrie passent assez de temps dans les salles pour vérifier le produit final.»

    Pour plus de détails à propos de cet échange avec Christopher Nolan, au cours duquel il a beaucoup parlé d’Interstellar, je vous invite à lire l’article du Hollywood Reporter (dans les liens proposés plus bas).

    Quant à l’exploitation des films en salle, il est clair que les prochaines années seront critiques. Bien malin celui qui peut présentement prédire comment tout cela tournera.

    Les liens :

    Fewer Americans Go to the Movies (Wall Street Journal).

    Christopher Nolan : Hollywood Reporter Q & A.

    Interstellar aura comme un arrière goût de Star Wars (Le Figaro)

    Un premier studio renonce à la pellicule (Jozef Siroka)


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Effectivement, 17% de hausse de revenu sur 10 ans pour une industrie, c’est famélique. Normalement, une industrie qui stage devrait avoir une hausse d’à peu près l’inflation+hausse de la population, ce qui n’est clairement pas le cas ici.

      Personellement, je blame la qualité des films. Y’a de la bouette en maudit sur nos écrans mais pas grand grand chose qui me fait tripper. C’est rare que je vois un preview et que j’ai hâte que le film sorte.

    • Un des deux gros complexes cinéma de ma région fut rénové l’an dernier,
      de fond en comble. Il y a maintenant des sièges super confortables et des
      salles 3D. On va chercher le client comme un peu. Malheureusement je
      ne trouve pas ça très attirant; on se fait assommer de publicités avant le
      film et le son est plus fort qu’avant. Donc, les salles commerciales très peu
      pour moi. Disons que si j’y vais c’est que j’ai vraiement envi de voir un film.
      Ou je vais à l’occasion dans une petite salle « old style » où on projète
      des films qui ne se retrouve pas dans les grands complexes. Tout ça pour
      dire que je comprends les chiffres à la baisse.

      Au sujet de Nolan et son choix de continuer en film je lisais dernièrement
      un article sur le sujet. La solution possible semble simple mais je ne sais
      pas si elle est réalisable: faire une copie film de tout film numérique…

    • Tout à fait d’accord avec l’intervenant précédent…
      La qualité des films…

      Quand c’est rendu que la Sandra Bullock de Speed est en nomination pour des Oscars, je pense que ca veut en dire beaucoup…
      Peut-etre qu’il y a trop de films au cinéma avec des lutteurs au lieu d’avoir des films avec des acteurs???

    • Encore bien plus simple: si vous regardez les chiffres en termes réels, la donne change complètement. Ça s’appelle l’inflation.
      http://boxofficemojo.com/alltime/adjusted.htm

    • Finalement, il n’y a pas juste au Québec que le cinéma vit une crise. Lors du Gala des Jutra, on encourageait le gens à aller voir les films en salle plutôt que d’attendre leur sortie en DVD. Quel genre de revenus les distributeurs tirent-ils du marché du DVD? Obtiennent-ils un pourcentage sur chaque location ou juste un montant forfaitaire pour chaque copie de DVD vendue?

    • @zabou39

      Ce n’est pas pour Speed que Sandra Bullock était en nomination. Quand vous n’êtes pas capable de pardonner à une actrice de 49 ans un film qu’elle a fait en début de carrière, il y a un problème…

      Quand au sujet de l’article, il ne me surprend guère. Depuis des années, la stratégie d’Hollywood a été de ce concentrer sur le même public et de lui faire payer plus cher. Que cette pratique diminue les fréquentations au cinéma n’est pas une surprise, c’est même le seul résultat possible!

    • Pour ma part, ce qui a contribué en majeure partie à ce que passe de 2-3 films par semaine à 2 films par mois, c’est le manque total de respect de nombre d’individus dans la salle, et l’immobilisme affiché par les cinémas à cet égard.

      Je parle bien entendu des gens qui, incapables d’être dans le moment présent qui se veut un film, insistent pour utiliser leur téléphone cellulaire, ou encore pire un iPad. Je vais au cinéma pour me détendre et non pas pour rabrouer ces imbéciles et que je sois obligé de le faire… et bien ça dit tout.

    • @zabou39
      Et Philip Seymour Hoffman a joué dans Twister, Tom Hanks dans Big, Dustin Hoffman dans Hook et je pourrais continuer longtemps. Pas fort comme analyse!

      Je seconde arrow, Hollywood a été obnubilé par les ados et jeunes adultes et a oublié que ceux qui ont véritablement les moyens d’aller au cinéma ne sont pas interessé par Resident Evil, même si c’est populaire en Asie. Bien entendu, ce n’est pas la seule raison puisqu’effectivement, la technologie modifie les comportements mais tout de même…

    • Lien vers les chiffres d’audience année par année sur une plus longue période…

      http://natoonline.org/data/admissions/

      Les variations annuelles peuvent être grandes mais on voit des tendances à long terme se dégager aussi…

      Une autre donnée intéressante mais là pour les États-Unis, le nombre d’écrans et le nombre de cinémas…

      Le nombre d’écrans continuent d’être en hausse ( mais moins de drive-in bien sûr) :

      http://natoonline.org/data/us-movie-screens/

      Le nombre de cinémas en baisse :

      http://natoonline.org/data/us-cinema-sites/

      Pour les exploitants en salle, c,est aussi la rentabilité de leur complexe qui leur importe… Person, je trouvais déjà le Pop-Corn ou les friandises trop chers dans les années ‘80…

      Mais là avec toutes les concessions et tout dans leurs complexes… Bien c’est là qu’ils font de l’argent… En plus des films 3D et tout…

      Mais, mais, mais… On aimerait voir aussi l’évolution des chiffres de bénéfices nets des exploitants.

      C’est ce qui leur importe le plus.

    • Les grands studios produisent de la merde de masse et veulent que nous en mangions
      Les diffuseurs diffusent ce qu’ils veulent bien diffuser (habituellement la merde parcequ’il y a de la promotion en arrière, donc moins de trouble)
      Ce qui pourrait expliquer que “Hot Dog” est le deuxieme films Quebecois au niveau des entrées
      Et que Tom à la Ferme, qui sort aujourd’hui, dans les cinémas de Gatineau (4ieme ville du Québec), n’est diffusé que sur un seul écran, 4 représentations aujourd’hui et 2 jeudi prochain (j’espère que c’est une erreur)!!!

    • J’adore les films de tous genres (et j’en déteste de tous les genres aussi :p ) mais je n’ai absolument aucune envie d’aller en salle.

      Je trouve toujours curieux cet énoncé qui veut que le cinéma soit meilleur au cinéma. C’est vrai que les films sont plus ‘épiques’ sur grand écran, mais c’est loin d’être mauvais sur une bonne télé. La différence de qualité ne vaut pas la différence de prix selon moi (sans compter les désagréments genre publicités, son super fort, voisins dérangeants, snacks trop chers, horaire prédéfini, etc).

      Si je vous qu’un produit est 12$ par personne ou 6$ pour un groupe vous allez me demander où est l’arnaque…

      Je suis sûr que c’est plus le fun de se promener en Porsche que de conduire une Ford Focus. Reste que je suis pas prêt à payer la différence.

    • Je respecte beaucoup Mr. Nolan et son immense talent de créateur mais s’entêter à utiliser la pellicule argentique est tout à fait rétrograde et manque de sens pratique et économique. C’est comme les gens qui s’entêtent à dire que le bon vieux vinyl donne un meilleur rendu que n’importe quel source numérique.

      Le nerf de la guerre est le cash à Hollywood et filmer une production en numérique est diablement plus économique qu’avec de la pellicule avec un résultant somme toute équivalent au 35 mm. Mr. Nolan est probablement un rejeton du temps des Goonies et autres productions Spielbergiennes des années 80 ce qui fait me demander si ce n’est pas par pure nostalgie qu’il se transforme à mon avis en Don Quichotte de la pellicule.

    • @zabou39
      vous dites: -”Les grands studios produisent de la merde de masse et veulent que nous en mangions”

      Contrairement à vous, moi j’en mange du cinéma de dit de masse, je crois que c’est du bon divertissement et je viens souvant lire ce blogue pour justement ouvrir mes horizons et cela m’intrigue beaucoup quand un individu comme vous porte un jugement si sévère sur ce pan de l’industrie. SVP, élaborez d’avantage. JE veux voir à quel point vous êtes capable de descendre. Ne genez vous pas.

      TAM

    • @ zabou39

      ”’Quand c’est rendu que la Sandra Bullock de Speed est en nomination pour des Oscars, je pense que ca veut en dire beaucoup…”

      39, c’est le QI ou le nombre de neurones restants? Cest l’excellente comédienne de GRAVITY qui a été nommée, pour une composotion remarquable, pas la jeune starlette sympathique de Speed. Rien à voir entre les deux performances, et si Cate Blanchett n’avait pas été aussi exceptionnelle dans Jasmine Blue (que vous n’avez probablement pas daigné aller voir), elle aurait eu le vote de plusieurs Académiciens pour sa prestation.

    • ”11% moins de spectateurs entre 2004 et 2013, c’est beaucoup.”

      C’est très peu au contraire!

      Le cinéma est en compétition directe avec les séries télé, internet et le blu-ray-cinéma-maison-27.1…

      Le pire est très certainement à venir.

    • “Et en passant, personne là-bas n’a encore blâmé les créateurs (je dis ça de même).” Hahaha on parle de qui là?

      “Avec les multiples fourchettes de prix, lesquelles découlent des films en 3D, des salles IMAX, Ultramachin et autres DBox, ” Ultramachin? Connais pas! Ça coûte combien et est-ce intense?

      “Le pire est très certainement à venir.” Non jon8 jamais!

      Tiens ça serait bon ça comme film “La fin du cinéma”. Une catastrophe annoncée projetée en UltraBox WiFi Dbox dans l’tapis…

    • @bimboom

      Rien ne sert de nier que le cinoche se dirige au pas de course vers un pattern de ”mega-show” où des super-productions de 200,300,500 millions seront lancées sur la planète à quelques dates clés dans l’année, savamment étudiées pour extirper un maximum de fric des poches de la plèbe. Plèbe par ailleurs de plus en plus asiatique. Le tout propulsé par des IMAX, Hyper-HD, bancs-vibrant-massant et autres loges V.I.P. avec pop corn au foie gras (!)…

      La place du ”vrai” cinéma là dedans ? Sûrement pas dans les grosses chaines d’exploitants de salles. Il faudra s’y faire: le cinéma ‘’sérieux” se consommera de plus en plus (voire à 99.9%) à la maison ou dans le metro sur son mobile.

      Pire: le cinoche ‘’sérieux” va perdre beaucoup de ses artisans au profit des séries télé. C’est d’ailleurs déjà le cas depuis des années.

      Le format ”long-métrage” c’est du fast-food. Que dira un auteur qui a le choix entre développer son univers et ses personnages sur 100 minutes… ou sur 5000 minutes ?

      Le format 100 minutes c’est parfait pour les 2 à 17 ans. Pour le reste, il y a Breaking Bad et le vieux catalogue cinéma.

      Le golden age du cinéma est bel et bien terminé. Le cinéma est entré en phase terminale en 1999 avec The Sopranos, le DVD et internet.

    • @jon8

      Catastrophe annoncée. Notre rapport au cinéma est assez particulier. Je pense à Ouimet, un précurseur et à tous ceux qui tenaient – à bout de bras- des salles en région.

      Maintenant, signe des temps, on assiste à des “exploitants” de salles de cinéma, un juste retour des choses des “exploités” d’avant.

      Le cinéma est là pour rester. Pourquoi? Parce que le “golden age” des câblos achève! Comme si la TV c’était “gratis” comme avant.

      Non, jon8, la révolte gronde, et vous allez voir ça dans votre TV!

    • Pour ma part, l’expérience du grand écran a toujours la cote mais il demeure indéniable que la qualité des films et surtout le public en salle interfère de plus en plus avec mon plaisir de fréquenter les salles obscures. Ras-le-bol de voir des cellulaires s’allumer comme des chandelles et d’entendre jaser certains spectateurs pour un rien. Peut-être faudrait-il se pencher sur le sujet avant que la clientèle en vienne aux coups ?

    • oups… que les films ne sont juste pas assez bons? Prenons GRAVITY, hormis le tour de force des animateurs 3D… et le tournis généré, qui se souvient de l’histoire mémorable qui arrive à la Sandra ou au demi-fantôme à George?

      Et la liste est infinie. Ce qui reste de scénaristes utilisables à Hollywood ont été récupérés par HBO et cie. Le grand écran, lui, s’est spécialisé dans les tours de sécheuses dans le mode SPIN, et/ou le recyclage d’un top ten de vedettes qui refont la même chose jusqu’à ce que le box office ne soit plus capable des voir.

      La disparition récente de l’acteur Philip Seymour Hoffman, et l’immense trou qu’il a laissé, démontre bien à mon avis la précarité du contenu versus le contenant qui règne à Hollywood. Je pense que le ratio/déficit n’a jamais aussi important que maintenant.

    • @jon8

      “Pire: le cinoche ‘’sérieux” va perdre beaucoup de ses artisans au profit des séries télé. C’est d’ailleurs déjà le cas depuis des années. ”

      Je vous ai souvent lu sortir cet argument, mais qui le cinéma a-t-il perdu au profit de la télé? Plusieurs cinéastes importants (Scorsese, Fincher, Mann, Lynch, etc.) ont fait des incursions à la télé pour produire une série et réaliser un ou deux épisodes, mais ils n’ont jamais arrêté le cinéma pour autant (peut-être Darabont mais quant à moi ce n’est pas une perte). D’ailleurs, aucun de ces auteurs n’est intéressé par “développer un personnage”, leur cinéma n’a jamais reposé sur du réalisme psychologique, alors le minutage de la production, on s’en fout un peu. Il y a un monde de différence entre le cinéma et la télévision, et je suis persuadé qu’aucun cinéaste digne de ce nom est prêt à troquer son art pour un autre.

      Je ne nie pas qu’il y ait de la concurrence entre la télé et le cinéma, mais des pertes d’artisan, c’est n’importe quoi (d’ailleurs, au nombre d’acteurs formés à la télé qui se retrouvent sur grand écran, j’aurais plutôt tendance à dire que c’est le cinéma qui vole à la télé ses stars).

    • L’alphabet, en 3 lettres, tel que parlé à Hollywood :

      … en fait, l’exemple GRAVITY est un film de série « B ». Dans les années cinquante à soixante-et-dix et quelques, on utilisait cette catégorisation pour ce genre de fils sans prétention, sans gros budget et qui livrait en général des histoires très prévisibles, aussi vite digérés que vus, comme le popcorn qui venait avec. Le niveau A était occupé, avec raison, par le DR. ZIVAGO, LAURENCE D’ARABIE, 2001, CLOCKWORK ORANGE, THE DEER HUNTER, etc… et le niveau C, avec des spoofs comme ceux de Tarantino qui vise le A, mais finit dans le B, mais de plus en plus souvent dans le C de nos jours…

      Maintenant la série B est la norme A, mais avec de gros budgets, et quelque fois des films évènements, tels AVATAR, PROMETHEUS, L’ARCHE À NOÉ, mais qui sont toujours de la série B, mais avec de TRÈS, TRÈS, GROS BUDGETS.

      Le niveau A s’est déplacé vers la télévision, avec les budgets de l’ancien B étalés sur 13 épisodes : SOPRANOS, 6 PIEDS SOUS TERRE, THE WIRE, BREAKING BAD.

      Vous me suivez?

    • ”Plusieurs cinéastes importants (Scorsese, Fincher, Mann, Lynch, etc.) ont fait des incursions à la télé pour produire une série et réaliser un ou deux épisodes, mais ils n’ont jamais arrêté le cinéma pour autant” – cinematographe

      Aux dernières nouvelles, David Lynch à non seulement lâché le cinéma mais il l’a fait pour se lancer dans la technoblues! (avec un relatif succès critique d’ailleurs…)

      Je crois, moi aussi, que plusieurs cinéastes/acteurs/scénaristes, etc… ont évolués dans le cinéma et vont mourir avec le cinéma. Je ne discute pas ça du tout.
      Par contre, cinéma/télé c’est de l’art audiovisuel. Ça peut prendre plusieurs formes et bottom line, tous les éléments d’une équipe peuvent faire un projet artistique audiovisuel; court-métrage, long-métrage ou série télé de 10 saisons, voire même du clip vidéo ou de la pub de Superbowl! Ça prend le même staff et les mêmes outils, à peu de choses près…

      Vous savez les ”conflits d’horaires” qu’ont entend parler avec les acteurs ou les réalisateurs ? Eh bien c’est ça. J’aimerais bien voir Chuck Lorre faire des comédies pour le grand écran aussi, mais il exploite son talent ailleurs. J’aimerais bien voir Matthew Weiner écrire un drame historique pour le grand écran, mais il est occupé ailleurs. Vince Gilligan pourrait écrire et réaliser des bijoux, à ne pas en douter une seconde… Mais il est aussi ailleurs.

      Bref, je pourrais continuer comme ça des heures de temps et pas juste writters, directors et actors, mais aussi directeurs photo, producteurs, techniciens, etc… (on en parle moins de ceux là mais ça fait parti de l’équipe aussi, tsé).
      Dans un milieu où les ressources humaines sont essentielles et où le talent pur est rare, il est bien évident qu’une forme de compétition existe sur le marché. Idem pour les budget et canaux de distribution.

      Les gens qui pensent que le cinéma -tel qu’on l’a connu ces 30, 50 ou 100 dernières années- va rester comme ça… ont la tête enfoncée dans le sable jusqu’au nombril.

    • ”D’ailleurs, aucun de ces auteurs n’est intéressé par “développer un personnage”, leur cinéma n’a jamais reposé sur du réalisme psychologique, alors le minutage de la production, on s’en fout un peu.”

      Il faut aussi remettre les choses en perspective ici…

      Dans la très large famille de l’art audiovisuelle, le format ‘’série télé” est exploité de façon sérieuse que depuis une quinzaine d’années, tout au plus.

      Si on recule dans la deuxième portion du 20e siècle, tout était basé sur le format ‘’sitcom”, qui n’a rien à voir avec la série télé d’aujourd’hui qui tient infiniment plus du cinéma que du sitcom. On s’entend là dessus j’espère ?

      Bon, là, si on parle d’une forme artistique qui serait du ”hyper-long-métrage” où c’est fragmenté pour permettre au spectateur d’absorber par bouchées (45min à 60min par épisode, assez standard) on se rapproche aussi du cinéma ”volume 1 & 2” qui gagne beaucoup en popularité.
      On explore les ”packages” possibles, et c’est très intéressant. Mais c’est aussi très nouveau. Dans le sens qu’un sitcom se suffit à lui-même, alors que certaines séries télé sont hybrides (épisode auto-suffisant + histoire de fond) comme X-Files dans les années 90 et d’autres incitent carrément les gens à passer des nuits blanches à se taper une saison (ou plus!) au complet sans pause ou presque… On explore et on découvre à peine les possibilités, et c’est à mon avis très excitant parce qu’on va aussi développer une maîtrise de tout ça et l’exploiter de manière plus nuancé, plus raffiné… Breaking bad, Mad Men, The Wire, Sopranos, etc… c’est très bien, mais ça peut être encore bien meilleur! Je suis convaincu qu’on effleure à peine le potentiel. Un potentiel structurellement inégalable par le cinéma.

      Le cinéma est profondément limité par son contenant. Il n’a pas d’espace pour respirer et lorsque l’on force les parois, ça donne des trucs comme Nymphomaniac de LVT… La ‘’série télé” (j’aime pas ce terme) libère l’art audiovisuel des limites de ce contenant.

    • Pour ma part, je préfère le cinéma au salon, mais avec un bon système de son (Parasound/Polk Audio) et une bonne télévision, les avantages suivants pour le salon surpassent amplement les avantages des salles de cinéma (en autant que l’insonorisation et la tolérance des voisins soient au rendez-vous!) :

      - Moins cher
      - Plus grande flexibilité par rapport à l’horaire
      - On peut pauser, reculer, mettre les sous-titres, etc.
      - On peut manger ce qu’on veut en même temps
      - On peut prêter ses DVD/BR à ses amis après les avoir regardés, ou les regarder de nouveau 1 an plus tard

      Bref, je me réserve toujours 1-2 films sur grand écran top-notch (Gravity était sensationnel en IMAX 3D) et une vingtaine de films au FNC chaque année; le reste de l’année, c’est sur ma 50” que ça se passe!

      @ zabou39

      Je m’apprêtais à vous remettre à votre place suite à votre commentaire sur Sandra
      Bullock, mais je vois que vous êtes déjà recroquevillé en position foétale dans le coin de votre chambre suite aux réponses des autres intervenants, alors je passe…

    • On a déjà eu la discussion, je pense, jon8, mais le cinéma et la série télé sont deux formes d’expression complètement différentes; le cinéma est l’art de la mise scène, les séries l’art du scénario. Il n’y a presque pas de mise en scène à la télé, les images d’aujourd’hui sont plus séduisantes que celles des sitcom 90’s, certes, mais c’est une différence superficielle, de surface. Les auteurs à la télé demeurent les scénaristes, et les réalisateurs des tâcherons interchangeables d’épisode en épisode (l’équivalent serait impensable au cinéma). Il faut dire que l’art de la mise en scène se perd aussi beaucoup au cinéma, alors il n’est pas étonnant que cinéma/télé nous semblent si près.

      Le potentiel de la télé, je ne le nie pas, mais ça n’a rien à voir avec le cinéma. C’est sûr qu’en terme de scénarisation, le cinéma est plus limité, mais le scénario est un élément secondaire au cinéma, pour ne pas dire sans importance. La télé pourrait toujours apprendre à mettre en scène, mais à quelque part j’en doute; c’est d’un autre temps la mise en scène, c’est lié à la pellicule. Ce n’est pas par hasard que même le cinéma s’en éloigne.

      Et l’art audiovisuel, c’est large en maudit! La série télé, bien de loin de “libérer” les contraintes, ne fait que les raffermir en assujettissant tout ce qui tient proprement de l’audio et du visuel au grand Dieu du scénario. Le numérique change la donne bien plus que la télé, et de manière beaucoup plus radicale. (D’ailleurs, l’art du 21e siècle sera à n’en point douter les jeux vidéo.)

      Le cinéma n’est plus ce qu’il était, c’est clair, et ne le sera jamais plus, mais c’est le numérique le grand responsable, et la vision du monde qui l’accompagne.

    • @ cinematographe

      “l’art du 21e siècle sera à n’en point douter les jeux vidéo.”

      D’accord à 100%; le processus est déjà enclenché d’ailleurs!

    • ”le cinéma est l’art de la mise scène, les séries l’art du scénario. Il n’y a presque pas de mise en scène à la télé, les images d’aujourd’hui sont plus séduisantes que celles des sitcom 90’s, certes, mais c’est une différence superficielle, de surface.” – cinematographe

      C’est une vision très manichéenne de la chose, to say the least.
      Il faudra se lever vraiment de bonne heure pour me convaincre que:
      100 minutes de canevas ≥ 5000 minutes de canevas.

      Ceci dit, je suis parfaitement conscient qu’il n’existe pas -en ce moment- d’équivalent à du Kubrick, Tarantino, Malick, LVT, Hitchcock, Kurosawa, Bergman, etc… dans l’univers Télé. Mais comme je disais, on commence à peine à comprendre le potentiel et surtout *on a un marché*, c’est à dire que les gens consomment donc les productions sont justifiées.

      Pour ce qui est du ”(…) les réalisateurs des tâcherons interchangeables d’épisode en épisode” je trouve que c’est un peu beaucoup méprisant pour ces gens, non ?

      Finalement, votre ”mais le scénario est un élément secondaire au cinéma, pour ne pas dire sans importance. ” me laisse carrément dubitatif…

    • cinematographe, vous avez sûrement déjà vu du Ron Fricke, dans Baraka ou sa récente ‘’suite” Samsara ?

      Assez étonnant, mais il y a un scénario derrière tout ça ;-)

      C’est hyper atmosphérique, c’est un wet dream photographique et pourtant… Y a un scénario comme backbone. Je trouve complètement renversant de lire sur un blogue cinoche que le scénario puisse être un élément sans importance…

      J’veux dire, wow! S’il y a bien un élément perfectible dans le cinéma actuel, c’est au niveau de l’écriture! À moins, bien sûr, d’avoir 12 ans et de tripper sur des gros robots qui arrachent des buildings à NY ?

      Vous voyez ça comment, au juste, l’aspect scénaristique ? Comme un mal nécessaire qui obstrue plus qu’il guide ?

      Éclairez-moi, svp (je suis sincère).

    • Je partage le point de vue de cinématographe sur le rôle de la scénarisation et de la réalisation au cinéma et à la télé. Je ne sais pas si c’est pour les mêmes raisons, mais voici les miennes.

      D’abord, oui les réalisateurs sont interchangeables à la télé. La télé québécoise est un cas typique: un grand nombre de téléséries et téléromans sont réalisés par deux personnes différentes, pour faciliter et accélérer la production. Si la série a 10 épisodes, le premier réalisateur peut monter ses 5 épisodes pendant que le second tourne les siens, permettant de réduire les coûts. La majorité des téléspectateurs n’y verront que du feu et il faudra vraiment être attentif au rôle de la réalisation pour distinguer les différences, différences qui seront généralement rares car les deux réalisateurs se concertent pour avoir une vision et une approche communes afin de ne pas perturber le téléspectateur. On peut par contre penser qu’un partage de vision créative à ce stade tend à diluer l’originalité et la personnalité de chacun puisqu’ils ne travaillent pas ensemble sur la même oeuvre mais séparément, chacun sur leurs parties. Il n’y a qu’à lire les propos de Jean-Claude Lord sur son travail de réalisation des Jeunes loups pour en avoir un exemple.

      C’est encore plus vrai à la télé américaine où, à part quelques miniséries sur HBO, les réalisateurs sont généralement de parfaits inconnus. Un gars comme J.J. Abrams est devenu archi-connu d’abord grâce à son travail de création sur Lost. Son travailleur de réalisation ne se limite qu’au pilote.

      Si le scénario est relativement beaucoup plus important à la télé qu’au cinéma, c’est d’abord à cause de la longévité de l’oeuvre. La longue durée permet une histoire plus dense, ce qui met les textes en valeur. Inversement, un réalisateur va se brûler s’il cherche à mettre sa vision créative au profit d’un canevas unique de dizaines d’heures. Il y a des limites aux idées ingénieuses de mise en scène, avec des effets et des symboliques réfléchis et cohérents, qu’une seule personne peut apporter dans le cadre spécifique de la même histoire, avec les mêmes personnages, généralement les mêmes lieux, etc. Pas pour rien que les cinéastes d’envergure qui se sont lancés à la télévision entrent dans quatre catégories: 1) se contenter de produire (la liste est longue); 2) réaliser qu’un ou deux épisode(s) (Scorsese, notamment); 3) se contenter de et se limiter à une minisérie (pensons à Haynes); ou 4) être soi-même le créateur (scénariste) de la télésérie (je pense spontanément à LVT ou Lynch).

      (D’ailleurs, quand un intervenant a fait référence à Lynch comme cinéaste pour qui la télévision n’était qu’une incursion pour mieux revenir au cinéma, le fait qu’il ait maintenant mis le cinéma de côté ne rend pas l’exemple moins vrai. Entre l’incursion Twin Peaks et son actuel retrait, Lynch a créé un bon nombre de films.)

      Enfin, le scénario et le cinéma. Oui, le scénario y est important. Mais il y est aussi secondaire. La raison est simple: le scénario n’est qu’un outil parmi tant d’autres dans le coffre du cinéaste pour amener son propos ou faire jaillir sa vision artistique. Pour une raison étrange, Gravity ressort beaucoup dans ce billet, alors je vais y rester pour expliquer ce que je veux dire. [Avis: spoiler.] Le scénario de Gravity est celui d’une femme qui doit réapprendre à vivre et en retrouver le goût après une épreuve difficile. C’est l’histoire de l’action dans l’espace tout comme c’est l’histoire du personnage de Sandra Bullock qui doit faire le deuil du décès de son enfant. La façon qu’a le scénario d’amener ce propos est assez banale, voire grotesquement trop appuyée à cause de la combinaison des deux volets du scénario. La façon que Cuaron le réalisateur a de le traiter, par contre, est ce qui distingue ce film d’un simple blockbuster de qualité. Par les différents tableaux dans le film rappelant les étapes de la gestation et de la naissance, jusqu’aux premiers pas de la fin, on se rapproche d’une démarche artistique originale et une façon beaucoup plus fine de connecter avec le spectateur. Par quelques procédés de mise en scène éparpillés dans le film, le cinéaste réussit bien mieux tout ce que le scénario voulait accomplir. C’est en ça que le scénario est secondaire au cinéma: pour un cinéaste en plein contrôle de ses codes, le scénario n’est qu’un moyen parmi d’autres pour coucher sa vision. La vision prime.

      Bien sûr, le scénario est un outil que les réalisateurs maîtrisent de moins en moins bien, j’en conviens.

    • Débattre de l’avantage de la pellicule film versus le numérique en salles de cinéma me semble un moyen de contourner le problème, comme c’est le cas lorsqu’on évoque le plaisir auditif d’un disque vinyle vs le CD ou le MP3. Ou encore lire le journal papier vs la version pour tablette. C’est un faux débat.
      L’important est la qualité du contenu. Et le mode d’exploitation des films a fait fuir la clientèle plus âgée des complexes multisalles de cinéma. Je n’ai plus aucun intérêt à aller au cinéma. Devoir prendre sa voiture pour y aller, quand on réside à Québec, est déjà un problème. Le prix des billets, la médiocrité générale des titres, la pub insupportable avant la projection, tout contribue à me chasser des salles.
      Je me rattrape par le numérique. Et j’apprécie l’accessibilité à des produits de qualité, notamment des séries de télé, en fonction de mes horaires, et non pas des diktats des distributeurs.
      Quand je me décide malgré tout à aller voir un film, car les critiques et les commentaires me rassurent sur sa qualité, il a déjà quitté les écrans la plupart du temps.

    • Zaclock, le problème est que le scénario EST un outil comme un autre, loin derrière le tekkie 3D ou le choix de la vedette.

      GRAVITY est l’équivalent d’un tour de sécheuse à SPIN. L’analogie de la Sandra qui rampe dans la gravelle à son retour sur terre, après une virée spatiale invraisemblable de capsules en capsules, dans une position fœtale ou elle accouche d’elle-même et de la douleur de la perte de son enfant … Come’on!

      Les spécialistes de la NASA ont souligné le souci du réalisateur qui a bien plagié leur incroyable travail, that’s it! Le cabotinage texan de George, la Sandra au teint de pêche, les sauts de carpe de la belle de navettes en navettes jusqu’à son amerrissage final jusqu’à réussir à se hisser saine et sauf sur un rivage de cette bonne vieille terre… ben ils sont encore en train de se rouler par terre, en ce moment-même, en se tenant les côtes!

      À L’époque la même Nasa avait louangé la précision de la recherche de DR. STRANGELOVE de S. Kubrick, mais on s’entend que côté histoire, on nous racontait quelque chose! Et il nous racontait quelque chose aussi dans 2001, ODYSSÉE DE L’ESPACE, contrairement à AVATAR qui était la mouture verte de STAR WARS. BLADERUNNER, c’est quand même autre chose qu’OBLIVION!

      Je me souviens, le 11 septembre 2001, de m’être dit en voyant les tours s’effondrer : « Merde, Hollywood nous avait déjà montré ça… et en mieux! ». Mais, c’est pas un scénario ça. Ils ont jamais réussi à faire un film complet avec ça, encore un moins un scénario qui se tient. Oublions Oliver Stone, avec l’exception de Spike Lee qui en traite subtilement en périphérie (la 25e heure).

      Le scénario est TOUT. C’est la structure auquel tout le reste se greffe, se nourrit, se métabolise, se transforme et se cristallise. Après, comme disait Hitchcock: ”Il reste plus qu’à le tourner”. Lelouch improvisait tous ses films mais toujours à partir d’un scénario hyper écrit. Etc…

      Et celui qui dit que la réalisation derrière Breaking Bad est facultative ne connait pas grand-chose au business. Ça serait plutôt à Hollywood que le travail de réalisateur est devenu une option, et celui de son scénariste encore plus!

      Et non, ce n’est pas parce que les jeux vidéos deviennent de plus en plus interchangeables avec les productions Hollywood, et que les scénarios souvent y sont supérieurs, que ça va guérir Hollywood de la vacuité neuronale et scénaristique qui l’afflige.

    • zaclock, je partage entièrement vos raisons.

      @jon8

      ”(…) les réalisateurs des tâcherons interchangeables d’épisode en épisode”
      Je ne vois pas en quoi c’est méprisant puisque c’est exactement comme cela que les séries sont produites. Il y a 3-4 réalisateurs attitrés qui réalisent quelques épisodes et c’est à peine si on voit la différence de l’un à l’autre. En général, ils suivent les lignes directrices du créateur de la série, mais eux personnellement on ne les connaît pas, pas de la même manière que l’on connaît Scorsese mettons par son cinéma. Breaking Bad c’est Vince Gilligan. Quand un cinéaste-auteur comme Rian Johnson réalise deux épisodes, sa vision à lui se dilue dans celle de Gilligan, même si on peut comprendre ce qui a pu intéresser Johnson dans cette série (et même si ses deux épisodes sont de loin les deux meilleurs du lot en terme de réalisation). Il est au service d’un autre, il réalise la vision d’un autre, pas la sienne. C’est pas mal la définition d’un tâcheron.

      Scénario sans importance était une grossière exagération… Mais comme dit zaclock ce n’est pas l’essentiel. À la télé, sans scénario tu n’as rien. Au cinéma, il y a plein d’exemple de “mauvais” scénario, ou des scénario simples, clichés, de la série B par exemple, relevé par un cinéaste. On ne retient pas Shining pour son scénario, et c’est pourtant l’un des meilleurs Kubrick.

    • @fruitloops

      Si le scénario était tout, on n’aurait qu’à les lire. Que reste-t-il de 2001 sur papier? Que reste-t-il de l’éllipse du début? Du trip psychédélique de la fin? Du ballet spatial?

    • cinematographe, vous mentionnez Kubrick par deux fois pour appuyer vos dires. Faut-il rappeler que Kubrick était un homme exceptionnel ? Un génie, une étoile filante dans le ciel du 7e art comme on en voit passer peut-être une fois par 500 ans ?

      Malgré cela, je crois que Clockwork orange est tenu à bout de bras par son scénario. De même avec Full Metal Jacket… et que Barry Lyndon est limité, justement, par son scénario.

      Tu peux gaspiller un bon scénario en produisant un mauvais film, mais tu ne peux pas faire un bon film avec un mauvais scénario. Je n’y crois tout simplement pas.

      En passant, un scénario ‘’simple” n’est pas automatiquement un mauvais scénario. La simplicité (le minimalisme) est une qualité souvent sous-estimée.

    • ”Et celui qui dit que la réalisation derrière Breaking Bad est facultative ne connait pas grand-chose au business.”

      Je suis justement en train de terminer la saison finale de Breaking bad (about bloody time)… S’il n’y a pas de la mise en scène de haut calibre là dedans…

      Anyway, en terme de satisfaction globale, d’impact dans nos vies de spectateur, qu’est-ce qu’il y a eu dans les derniers 10 ans au cinéma de vraiment puissant, dites-moi ? Trouvez 5 titres, disons, on va en discuter… À date il m’en vient un seul, peut-être deux. Le reste ? Du fast food. Un océan de fast food parsemé de tentatives pompeuses autant qu’insatisfaisantes.

      Le dernier en liste: Gravity, que j’ai bien aimé, c’est une poutine au foie gras. Le foie gras étant , en partie, le IMAX 3D…. ce qui en dit déjà long. Ça reste néanmoins du fast food qui laisse un empreinte limité dans mon esprit.

    • En passant, McConnauhey a fait une incursion a HBO dans True detective et il ne sera pas de la deuxième saison parce-qu’il préfère retourner au cinéma. La télé, même de grande qualité demeure bonne deuxième derrière l’opportunité de faire du cinéma.

      Et à fruitloops qui dit que nous n’avons que du cinéma de série B et que les séries A sont parties vers la télé, c’est que votre amour de vos séries vous aveugle face à la qualité cinématographique des Cuaron, Scorsese, Coen, Allen, Soderbergh, Nolan, Fincher, Malick, Boyle, Nichols, Winding Refn, Greengrass, McQueen, Jonze, Cronenberg, PTA, Spielberg et Tarantino entre autres, qui font tous du cinéma de série A qui surpasse grandement tout ce qui se fait à la télé au niveau du langage de l’image. Si vous voulez vous attarder uniquement au scénario (très important pour moi aussi), c’est là que vous trouverez certaines séries de grande qualité mais encore là, combien de grandes séries télé en comparaisant au total de séries produites?

      Même dans les années de 2001, Dr Zhivago, etc, il y avait un paquet de films de séries B et C et encore pire!

    • M. Thérrien…il faut que l’industrie se compare… qu’elle veuille ou pas…. aux productions de films d’il y a 10, 20, 30 ans! Certes les anciens réalisateurs, créateurs n’avaient pas accès à toute cette technologie d’aujourd’hui. Pourtant ils réussissaient à produire des films de qualité, des scénarios intéressants mais aussi avec des comédiens de talent! Les salles étaient remplies! Faut dire aussi que les DVD, les système cinéma-maisons n’existaient pas non plus, les supers écrans (flat screens), etc. Peut-être qu’aujourd’hui les productions misent trop sur la technologie…au lieu de mettre l’accent sur de bonnes intrigues, de bonnes histoires, de bons scénarios… et des acteurs qui ont le talent pour vraiment percer à l’écran…pas seulement avec la vision de leur faire des cascades qui sont au-delà de l’impossible.

    • Du cinéma important dans les 10 dernières années? Pas difficile: Mulholland Dr., Social Network, les derniers Cronenberg, Captain Phillips, Inglorious Basterds, War of the Worlds, tout Michael Mann, PTA, Eastwood, Malick, les dernier Allen, I’m Not There, Grand Budapest Hotel, et je me force à rester dans le cinéma américain. Je n’écoute pas beaucoup de télé, mais je peux dire qu’à part the Wire et Twin Peaks, il n’y a aucune série qui a eu un impact réel sur ma vie de spectateur. J’ai bien aimé Breaking Bad, mais en même temps je me dis que je pourrais aussi bien revoir Goodfellas ou, encore mieux, le Scarface de Hawks; ça m’en dit autant, sinon plus, sur des thèmes similaires, en beaucoup moins de temps.

    • Ok…

      Nommer Social Network et War of the worlds dans la liste des films les plus puissants des 10 dernières années… Et ensuite diminuer Breaking bad devant Goodfellas et Scarface…

      La preuve est faite par A+B que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, cinematographe. J’ajouterais même que de nos positions respectives nous ne pouvons voir, même par ciel clair, la planète de l’un et de l’autre.

    • @fruitloops

      “vous me suivez”

      non, vous m’avez totalement perdu.
      on n’a pas les meme gout j’imagine.

      allez voir the royal tenenbaum, un film A avec un budget D

    • @jon8

      Bien que je sois en accord avec cinematographe et la majorité de ses exemples, tout cela demeure américain. Faudrait voir le nombre de réalisateurs importants qui n’auraient plus de raisons d’être s’ils réalisaient pour la télévision. Et si on les compare avec les meilleures séries du moment, ce serait la télé qui mordrait la poussière. On n’a qu’à penser à Claire Denis, Carax, Weerasethakul, Dumont, Hong Sang-Soo, Jia Zhang-Ke, Wong Kar-Wai, Sokurov, Costa, Cavalier, etc.

      Et je suis resté chez les contemporains.

      Je suis incapable d’imaginer une série signée par l’un de ces réalisateurs et pourtant ils ont tous fait un ou plusieurs grands films!

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