Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Dimanche 2 mars 2014 | Mise en ligne à 7h54 | Commenter Commentaires (6)

    In Memoriam Alain Resnais

    Resnais - 1

    (Photo : Studio Canal)

    Alain Resnais vient de mourir. À l’âge vénérable de 91 ans. On le croyait immortel. Il y a quelques semaines à peine, le jury de la Berlinale attribuait (en son absence) à son nouveau film Aimer, boire et chanter le Prix Alfred Bauer, remis au film le plus novateur. Juste retour des choses pour un cinéaste qui n’a cessé d’explorer, de creuser, avec, toujours, la même délicatesse, la même élégance.

    Quand j’ai eu le plaisir de le rencontrer, à l’occasion de la sortie de Coeurs, il était déjà âgé de 85 ans. Un extrait de l’interview publiée à l’époque :

    Alain Resnais aura 85 ans cette année. Toujours aussi vif d’esprit, le vénéré cinéaste emprunte une démarche résolument moderne, distillant un propos qui demeure plus pertinent que jamais. Comme si chaque nouveau film venait enrichir une oeuvre singulière, majeure depuis déjà longtemps, sans doute l’une des plus fécondes du cinéma français.

    «Vous savez, je n’ai jamais pu faire partie de la Nouvelle Vague car j’étais d’une autre génération déjà, un ancêtre même! Cela dit, c’est grâce à ce mouvement que des producteurs ont eu l’idée de faire appel à moi pour réaliser des films. De là, tout s’est enchaîné. Sans Claude Chabrol et Les cousins, cela n’aurait pas été possible. L’arrivée de Rohmer, Truffaut, Godard, et de toute cette bande a bousculé les règles. La façon de faire du cinéma a alors changé.»

    Après bientôt 60 ans d’une carrière marquée par de nombreux classiques (de Nuit et brouillard à Pas sur la bouche, en passant par Hiroshima mon amour, L’année dernière à Marienbad, Mon oncle d’Amérique, Smoking / No Smoking et bien d’autres), Resnais reste toujours aussi humble face à l’exercice de son art. Lui dont le désir de cinéma reste inaltérable affirme pourtant ne jamais avoir eu la «vocation». Après un stage dans une librairie, le jeune Resnais est en effet entré dans une école de cinéma pour y apprendre le montage. «Je n’avais jamais pensé devenir metteur en scène. Même aujourd’hui, je ne suis pas encore sûr de l’être.»

    Si le milieu du cinéma a forcément beaucoup changé au fil des ans, notamment la façon dont les films sont distribués et «consommés», Alain Resnais sait quand même faire la part des choses. «J’ai toujours pris le parti des producteurs dans ma vie. Ils se donnent aujourd’hui d’autant plus de mal qu’ils se retrouvent limités dans leurs élans par les circonstances économiques. Aujourd’hui, un film doit amortir ses coûts de production dans les 15 jours suivant sa sortie alors qu’hier, on pouvait attendre un an ou deux. Il y a quelque chose d’un peu sauvage maintenant. Nous sommes submergés par l’abondance. En France, nous avions l’habitude de produire environ 90 films par an mais depuis quelques années, ce nombre s’élève au dessus de 200. Je vais au cinéma le plus souvent possible mais je n’arrive plus à tout voir! »

    En réaction

    Contrairement à plusieurs de ses collègues, Resnais s’est toujours refusé à adapter des romans. Il y voit même un non sens. «Parce que, explique-t-il, contrairement à un lecteur, un spectateur de cinéma ne peut pas revenir en arrière pour se concentrer sur un passage qu’il aurait moins bien saisi. À cet égard, le théâtre et le cinéma ont une racine commune qui, dans mon esprit, est capitale. J’aurais une grande répulsion à tourner une adaptation de roman mais je n’ai en revanche pas du tout ce scrupule face à une adaptation théâtrale.»

    Sa démarche créatrice fonctionne aussi souvent en réaction au travail qu’il vient d’accomplir. Le cinéaste essaie ainsi de toujours effacer le film précédent quand il s’attaque à un nouveau projet. «Je ne voudrais pas refaire deux fois le même film», dit-il simplement.

    - La Presse, 27 janvier 2007

    Je vous invite à lire l’article que le journal Le Monde vient de mettre en ligne :

    Le cinéaste Alain Resnais est mort (Le Monde)

    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Mes coups de cœur: ” Mon oncle d’Amérique” que j’ai trouvé génial, et bien sûr ” Hiroshima mon amour” qui était au programme dans le cadre d’un cours de cinéma au Cégep (Bois de Boulogne 1977-79);

    • Mon film préféré de Resnais restera à jamais “L’année dernière à Marienbad (1961)” — d’une inquiétante beauté.

      C’était un grand, celui-là.

    • Outre quelques films qui ont marqués l’histoire (du lot, moi aussi c’est ‘L’année dernière à Marienbad’ qui est mon préféré), j’aimais de Resnais sa fidélité à sa troupe : Sabine Azéma bien entendu, mais aussi Lambert Wilson, Pierre Arditi, André Dussolier. C’était agréable de les voir cheminer tous ensemble. Maintenant, la bande a perdu son chef …

    • Je n’ai vu que deux films d’Alain Renais: ”Hiroshima mon amour” et ”les herbres folles”. Alors il me reste beaucoup à découvrir.

      Une question que je me demande: est-ce qui a eu un cinéaste qui a eu une plus long carrière qu’Alain Renais? Son premier long métrage remonte à 1946 et son dernier à 2014, ce qui donne 69 années.

    • @kabayashi

      Manoel de Oliveira a réalisé son premier long métrage de fiction en 1942 et son dernier est en post production. Il a aussi réalisé des documentaires avant 1942.

      Resnais, c’est une grande perte.

    • Je ne suis pas un inconditionnel de Resnais, peut-être trop théâtral… verbeux, un peu plaqué. Mais j’ai toujours aimé son indépendance d’esprit, comme celui de son confrère Tavernier.

      Personnellement, en délaissant de plus en plus les salles de cinéma pour cause de qualité de projection déficiente (image, son et public), je diffère d’opinion avec feu Resnais : je reviens souvent en arrière pour savourer un morceau de dialogue, une ambiance particulière causée par l’éclairage ou un élément de décor, ou pour simplement décortiquer l’intrigue.

      Le cinéma vise un assemblage final, une signature et un rythme, Mais il est tout de même pensé et tourné par morceaux, souvent sur plusieurs années, et je trouve très intéressant de le visionner de cette façon au besoin.

      Le visionnement en salle ne permet évidemment pas cette sorte de gourmandise.

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