Marc-André Lussier

Archive, janvier 2014

Vendredi 31 janvier 2014 | Mise en ligne à 14h59 | Commenter Commentaires (5)

Le Festival de Toronto s’en va-t-en guerre…

Villeneuve - 1

Denis Villeneuve et Hugh Jackman au TIFF
(photo : Galit Rodan, PC)

“En tant que cinéaste, je trouvais idéal de voir naître mon film dans un écrin plus confidentiel et sélectif avant de l’offrir au monde” – Denis Villeneuve

De passage cette semaine à Los Angeles, le directeur artistique du Festival de Toronto, Cameron Bailey, a fermement averti ses interlocuteurs que pendant les quatre premiers jours de sa tenue, le TIFF ne présenterait désormais que des films en primeur mondiale ou en primeur nord-américaine. Autrement dit, le TIFF ne veut plus se faire couper l’herbe sous le pied par le festival de Telluride. Pour appuyer son dire, il a aussi lancé cette phrase, rapportée par le Variety : «Les cinéastes devront faire un choix.»

J’avoue avoir trouvé cette déclaration particulièrement odieuse. On prend ainsi en otage des créateurs qui, bien souvent, n’ont pas un mot à dire dans le choix de la destination festivalière de leur film. Parlez-en à Jean-Marc Vallée. Le cinéaste québécois aurait bien aimé lancer d’abord Dallas Buyers Club à la Mostra de Venise (où il avait présenté C.R.A.Z.Y. et Café de Flore) pour aller ensuite à Toronto. Le distributeur américain a dit non. Alors en tournage en Alberta (sur le plateau d’Interstellar de Chris Nolan), Matthew McConaughey pouvait se rendre disponible pendant seulement une journée ou deux. Il est allé au TIFF pour assister à la première de DBC et faire un peu de presse. Impossible pour lui de se rendre à Venise. Le distributeur ayant estimé qu’une présence à la Mostra sans l’acteur principal du film ne valait pas l’investissement requis pour déplacer toute une équipe en Europe, Vallée a dû en faire son deuil.

Telluride est visé

Avec cette déclaration, Cameron Bailey part visiblement en guerre contre le festival de Telluride au Colorado. Ce «petit» festival, qui a lieu à la toute fin du mois d’août, est très particulier. Se déroulant sur une période de quelques jours seulement, sans flaflas, sans tapis rouge, sans glamour, sans palmarès, le festival de Telluride sélectionne une trentaine de longs métrages à peine. Et annonce sa programmation seulement la veille de l’ouverture.

Depuis quelques années, plusieurs productions de prestige, d’abord annoncées en primeur mondiale ou en primeur nord-américaine par le TIFF, sont finalement présentées à Telluride quelques jours plus tôt. Et arrivent ensuite dans la Ville reine, déjà fortes d’une réputation acquise au Colorado, gracieuseté d’une grande attention médiatique apportée à chacun des films présentés là-bas. Ce fut le cas l’an dernier de 12 Years A Slave. Et de Prisoners aussi.

Or, on peut facilement comprendre l’attrait que peut représenter Telluride aux yeux des créateurs. Chaque film sélectionné y est bien traité. Et bénéficie d’une grande attention de la part de la presse spécialisée. Mais je laisse Denis Villeneuve exprimer lui-même son point de vue. Le réalisateur de Prisoners, qui avait aussi eu l’honneur d’être sélectionné à Telluride en 2010 grâce à Incendies, est un ardent défenseur des deux festivals. Il m’a fait parvenir ce petit mot plus tôt cette semaine :

«C’est dommage. Parce que les deux festivals sont complémentaires et très différents. C’était un peu prévisible que Toronto veuille protéger son premier week-end parce qu’il demeure sa fenêtre de prestige, n’ayant pas de section compétitive. Telluride est victime de son succès, visiblement : une toute petite sélection de films sévèrement choisis. Toronto offre une plate-forme médiatique extraordinaire et le plus gros marché de film après Cannes, mais avec son menu gargantuesque, les films se perdent souvent dans la masse. En tant que cinéaste, je trouvais idéal de voir naître mon film dans un écrin plus confidentiel et sélectif avant de l’offrir au monde. Les films qui se démarquent à Toronto sont en général des films vus précédemment à Cannes, Venise ou Telluride. C’est difficile de naître à Toronto sans être accompagné d’une rumeur née dans un festival plus sélectif. Il semble que Toronto ne soit pas sensible à cette réalité.»

Évidemment, la direction du festival de Telluride a répliqué en faisant valoir qu’après 40 ans d’existence, il n’était pas question de changer quoi que ce soit à sa façon de faire.

L’obsession de la primeur

On se rappellera par ailleurs que Vic + Flo ont vu un ours avait un peu fait les frais de cette obsession de la primeur à Toronto. L’excellent film de Denis Côté n’avait pas été retenu par les programmateurs du TIFF, sous prétexte d’avoir déjà été montré ailleurs. L’argument ne tenait pourtant pas la route. Plusieurs autres films québécois, dont certains avaient déjà été lancés dans d’autres festivals (et dont la carrière québécoise en salle était terminée), avaient quand même été sélectionnés.

Le Québec étant un marché complètement différent du reste de l’Amérique du Nord, dans la mesure où l’actualité québécoise ne traverse pratiquement pas nos frontières, il sera intéressant de voir si le resserrement des règles s’appliquera aussi aux productions d’ici.

Louis Dussault, distributeur (K Films Amérique) :

«À part pour les films américains, qui vont tous sortir en salle à Toronto, le TIFF étant leur plateforme personnelle, en quoi le TIFF peut il exiger d’un film québécois ou encore européen une exclusivité nord-américaine pour son public, alors que le film en question ne sortira jamais en salle dans cette ville ? Du reste le TIFF est un  genre de gros ciné club qui présente le meilleur de Cannes, Berlin et Venise, et après les Torontois n’entendent plus jamais parler de ces films.»

Une chose est certaine : cette obsession de la primeur au sein d’un festival qui, l’an dernier, a proposé pas moins de 288 longs métrages, fera clairement des perdants. Il y a fort à parier que ceux-ci se retrouvent du côté des cinéastes. Et c’est bien déplorable.

Les liens :

The TIFF Insists for Premieres for its Opening Weekend (Indiewire)

Telluride Film Festival Won’t Back Down (Variety)

TIFF et les autres : pourquoi cette obsession de la primeur ?

Le Festival de Toronto insiste pour obtenir des premières (Presse canadienne)

Un point de vue diamétralement opposé de la part du collègue Peter Howell :
Why TIFF had to get tough over film premieres (The Toronto Star)

Compte Twitter : @MALussier

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Vendredi 31 janvier 2014 | Mise en ligne à 6h44 | Commenter Commentaires (4)

César du cinéma français : toutes les nominations

César - Affiche 1

L’affiche des 39e César : Isabelle Adjani (photographiée par Luc Roux)

Les nominations en vue de la 39ème cérémonie des César du cinéma français viennent d’être dévoilées. Les garçons et Guillaume, à table ! (Guillaume Gallienne) arrive en tête avec 10 nominations. La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 (Abdel Kechiche) et L’inconnu du lac (Alain Guiraudie) suivent avec huit citations chacun. La décapante comédie d’Albert Dupontel 9 mois ferme fait aussi très belle figure.

Cinq des sept films nommés dans la plus prestigieuse catégorie prendront l’affiche chez nous au cours des prochains jours ou des prochaines semaines. Le passé (Asghar Farhadi) prend l’affiche aujourd’hui. Jimmy P. sort ici vendredi prochain. 9 mois ferme, le 21 mars. Les garçons et Guillaume, à table ! gagnera nos salles le mois prochain (date non précisée encore), et la sortie de La Vénus à la fourrure est prévue quelque part au printemps.

Présidée par François Cluzet et présentée par Cécile de France, la 39ème cérémonie des César aura lieu le vendredi 28 février. Des hommages seront rendus à Patrice Chéreau, disparu il y a quelques mois, et Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française.

Depuis quelques années, TV5 Monde ne diffuse plus la cérémonie. On doit suivre tout ça sur le web (sur le site du diffuseur français Canal Plus).

La liste complète des nominations :

Meilleur film
9 mois ferme, d’Albert Dupontel
Les Garçons et Guillaume, à table, de Guillaume Gallienne
L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie
Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des plaines), d’Arnaud Desplechin
Le Passé,d’Asghar Farhadi
La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski
La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2, d’Abdellatif Kechiche

Meilleur réalisateur
Albert Dupontel pour 9 mois ferme
Guillaume Gallienne pour Les Garçons et Guillaume, à table
Alain Guiraudie pour L’Inconnu du lac
Arnaud Desplechin pour Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des plaines)
Asghar Farhadi pour Le Passé
Roman Polanski pour La Vénus à la fourrure
Abdellatif Kechiche pour La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

Meilleure actrice
Fanny Ardant dans Les Beaux Jours
Bérénice Bejo dans Le Passé
Catherine Deneuve dans Elle S’en Va
Sara Forestier dans Suzanne
Sandrine Kiberlain dans 9 mois ferme
Emmanuelle Seigner dans La Vénus à la fourrure
Léa Seydoux dans La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

Meilleur acteur
Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure
Michel Bouquet dans Renoir
Albert Dupontel dans 9 mois ferme
Grégory Gadebois dans Mon âme par toi guérie
Guillaume Gallienne dans Les Garçons et Guillaume, à table
Fabrice Luchini dans Alceste À Bicyclette
Mads Mikkelsen dans Michael Kohlhaas

Meilleure actrice dans un second rôle
Marisa Borin dans Un Château en Italie
Françoise Fabian dans Les garçons et Guillaume, à table
Julie Gayet dans Quai d’Orsay
Adèle Haenel dans Suzanne
Géraldine Pailhas dans Jeune & Jolie

Meilleur acteur dans un second rôle
Niels Arestrup dans Quai d’Orsay
Patrick Chesnais dans Les Beaux jours
Patrick D’Assumçao dans L’Inconnu du lac
François Damiens dans Suzanne
Olivier Gourmet dans Grand Central

Meilleur espoir féminin
Lou de Laâge dans Jappeloup
Pauline Etienne dans La Religieuse
Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2
Golshifteh Farahani dans Syngué sabour – Pierre de patience
Marine Vacth dans Jeune & Jolie

Meilleur espoir masculin
Paul Bertel dans Les petits princes
Pierre Deladonchamps dans L’Inconnu du lac
Paul Hamy dans Suzanne
Vincent Macaigne dans La Fille du 14 Juillet
Nemo Schiffman dans Elle s’en va

Meilleurs costumes
Florence Fontaine pour L’Ecume des jours
Madeline Fontaine pour L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet
Olivier Bériot pour Les Garçons et Guillaume, À table !
Anina Diener pour Michael Kohlhaas
Pascaline Chavanne pour Renoir

Meilleurs décors
Stéphane Rozenbaum pour L’Ecume des jours
Aline Bonetto pour L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet
Sylvie Olivé pour Les Garçons Et Guillaume, À Table !
Yan Arlaud pour Michael Kohlhaas
Benoît Barouh pour Renoir

Meilleur film d’animation
Aya De Yopougon, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Loulou l’incroyable secret, d’Eric Omond
Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill de Marc Boréal et Thibaut Chatel

Meilleur Premier Film
La Bataille de Solférino de Justine Triet
La Cage dorée de Ruben Alves
En solitaire de Christophe Offenstein
La Fille du 14 Juillet d’Antonin Peretjatko
Les Garçons et Guillaume, À Table ! de Guillaume Gallienne

Meilleur film documentaire
Comment j’ai détesté les maths d’Olivier Peyon
Le Dernier des injustes der Claude Lanzmann
Il Était une forêt de Luc Jacquet
La Maison de la radio de Nicolas Philibert
Sur le chemin de l’école de Pascal Plisson

Meilleure musique originale
Jorge Arriagada pour Alceste à Bicyclette
Loïk Dury, Christophe ‘Disco’ Minck pour Casse-Tête Chinois
Etienne Charry pour L’Écume des jours
Martin Wheeler pour Michael Kohlhaas
Alexandre Desplat pour La Vénus à la Fourrure

Meilleur film de court métrage
Avant que de tout perdre de Xavier Legrand
Bambi der Sébastien Lifshitz
La Fugue de Jean-Bernard Marlin
Les Lézards de Vincent Mariette
Marseille La Nuit de Marie Monge

Meilleur scénario original
Albert Dupontel pour 9 mois ferme
Philippe Le Guay pour Alceste À bicyclette
Alain Guiraudie pour L’Inconnu du lac
Asghar Farhadi pour Le Passé
Katell Quillévéré, Mariette Désert pour Suzanne

Meilleure adaptation
Guillaume Gallienne pour Les Garçons et Guillaume, à table
Arnaud Desplechin, Julie Peyr, Kent Jones pour Jimmy P. (Psychothérapie d’un indien des plaines)
Antonin Baudry, Christophe Blain, Bertrand Tavernier pour Quai d’Orsay
David Ives, Roman Polanski pour La Vénus à La Fourrure
Abdellatif Kechiche, Ghalya Lacroix pour La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

Meilleur film étranger
Alabama Monroe de Félix Van Groeningen
Blancanieves de Pablo Berger
Blue Jasmine de Woody Allen
Dead Man Talking de Patrick Ridremont
Django Unchained de Quentin Tarantino
La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino
Gravity d’Alfonso Cuarôn

Meilleure photo
Thomas Hardmeier pour L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet
Claire Mathon pour L’Inconnu du lac
Jeanne Lapoirie pour Michael Kohlhaas
Mark Ping Bing Lee pour Renoir

Sofian El Fani pour La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

Meilleur montage
Christophe Pinel pour 9 mois ferme
Valérie Deseine pour Les Garçons et Guillaume, à table
Jean-Christophe Hym pour L’Inconnu du lac
Juliette Welfling pour Le Passé
Camille Toubkis, Albertine Lastera, Jean-Marie Lengellé pour La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

Meilleur son
Marc-Antoine Beldent, Loïc Prian, Olivier Dô Hùu pour Les Garçons et Guillaume, à table
Philippe Grivel, Nathalie Vidai pour L’Inconnu du lac
Jean-Pierre Duret, Jean Mallet, Mélissa Petitjean pour Michael Kohlhaas
Lucien Balibar, Nadine Muse, Cyril Holtz pour La Vénus à La Fourrure
Jérôme Chenevoy, Fabien Pochet, Jean-Paul Hurier pour La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2

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Jeudi 30 janvier 2014 | Mise en ligne à 9h36 | Commenter Un commentaire

Meryl Streep : une classe à part

Streep - 1

Meryl Streep dans August : Osage County

Meryl Streep était récemment l’invitée d’Ellen DeGeneres en marge de la sortie d’August : Osage County. Le film de John Wells lui a d’ailleurs valu une 18ème nomination aux Oscars…

Sur le plateau d’Ellen, qui animera la soirée des Oscars le 2 mars, Meryl Streep a montré pourquoi elle est dans une classe à part…


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