Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Jeudi 26 décembre 2013 | Mise en ligne à 23h32 | Commenter Commentaires (2)

    L’image d’une académie de vieux schnocks…

    Oscars - logo 1

    93% des 6000 membres de l’Académie sont blancs et 76% d’entre eux sont des hommes. La moyenne d’âge est de 63 ans.

    En lisant la récente chronique que Pierre Foglia a consacrée à l’Académie française, je n’ai pu faire autrement que de tracer certains parallèles avec ce qu’on dit généralement à propos de l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma. Évidemment l’institution fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu n’est en rien comparable avec l’autre, fondée en Californie en 1927 sous la gouverne de Louis B. Mayer. Mais l’image reste quand même assez frappante.

    J’ai d’abord cru à une blague. Dany Laferrière à l’Académie? Ce ramassis de vieux croûtons? De vieilles badernes? Ayant dit vieux croûtons et vieilles badernes, vous m’auriez demandé, à ce moment-là, d’en nommer un seul, j’en eusse été bien incapable. Alors pourquoi vieux croûtons et vieilles badernes si je ne les connais pas? Parce que c’est comme ça qu’on dit. Cela s’appelle un préjugé.

    J’ai fini par aller voir la liste des nouveaux petits amis de Dany. Ciel et pattes de gazelle que c’est con, mais que c’est donc con, les préjugés. J’en suis presque tombé en bas de ma chaise, ou, pour parler comme le dictionnaire de l’Académie: mes yeux se sont soudainement dessillés.

    René Girard le philosophe, un vieux croûton? Danielle Sallenave, Dominique Fernandez, Angelo Rinaldi, Maalouf, Simone Veil, Fumaroli? Si ceux-là sont des vieux croûtons, alors Daniel Pennac, c’est quoi?

    - Pierre Foglia, La Presse 19 décembre 2013

    L’Académie française compte 40 «Immortels». L’académie hollywoodienne compte environ 6000 membres. Même si l’Académie des Oscars s’ouvre un peu sur le monde et accueille dans son antre des professionnels venus d’horizons divers, l’image d’une confrérie de vieux schnocks très conservateurs est encore bien ancrée dans les esprits.

    J’ai d’ailleurs appris récemment, grâce à une entrée de blogue du journaliste Scott Feinberg (sur le site du Hollywood Reporter) une donnée que j’ignorais dans le processus très complexe (et très lourd) de sélection des neuf films semi finalistes retenus pour se disputer une place dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.

    Un panel spécial

    Il est vrai que ceux qui désirent participer au processus de sélection (ils sont quelques centaines) sont habituellement des membres à la retraite qui disposent d’assez de temps pour se taper une vingtaine de films au beau milieu de l’une des périodes les plus occupées de l’année. Rappelons que ces gens, dont les noms ne sont jamais révélés publiquement, sont divisés en trois ou quatre groupes (quatre cette année ; il y avait 76 films sur la ligne de départ, dont Gabrielle). Ils accordent une note à chaque film. Je croyais que les neuf films ayant récolté les meilleures notes passaient tout simplement à l’étape suivante. Mais non. On ne retient que les six films ayant obtenu le plus haut score. Pour les trois autres semi finalistes, on fait appel depuis 2008 (d’où ma surprise) à un jury spécial constitué d’une vingtaine de personnes, invitées par le Conseil des Gouverneurs ou par le directeur du comité.

    Mark Jonhson, directeur du comité cette année, a déclaré que le mandat de ce panel était de trouver les films non retenus dans les six qui valent quand même la peine d’être étudiés. Il ajoute que ce panel n’a pas été mis sur pied pour «corriger» les choix des membres qui ont participé au processus de sélection, mais plutôt pour donner la chance à des films, disons plus «déstabilisants» sur le plan artistique, de se faire valoir aussi. Le comité ne dévoile par ailleurs jamais l’identité des trois films qui ont été «sauvés» de l’élimination grâce à cette nouvelle formule. Reste que Le passé d’Asghar Farhadi, dont la sélection semblait être une simple formalité dans l’esprit de tout le monde, a quand même été écarté dès le premier tour. Aucun système n’est parfait.

    Martin Scorsese enguirlandé

    Et puis, juste au moment où je me disais que, quand même, l’Académie faisait de vrais efforts pour entrer dans une ère plus moderne (It’s Hard Out There for A Pimp a quand même été choisie meilleure chanson en 2005 !), voilà qu’on apprend que Martin Scorsese a été enguirlandé par quelques membres de l’Académie lors d’une projection de The Wolf of Wall Street qui leur était destinée. Scandalisés par la dope, le contenu sexuel et la vulgarité du langage utilisé dans le film, ils auraient confrontés le cinéaste lors de la séance questions – réponses qui a suivi la projection.

    Ensuite, je suis tombé sur cet autre article du Hollywood Reporter. Lequel fait écho à des statistiques publiées dans le Los Angeles Times. Selon une étude démographique menée par le quotidien de la Cité des anges, 93% des 6000 membres de l’Académie sont blancs et 76% d’entre eux sont des hommes. La moyenne d’âge est de 63 ans. Dans la société américaine, ce profil démographique a davantage tendance à pencher du côté des valeurs conservatrices. Ironie du sort, les tenants de la droite dénoncent souvent le nid «infesté de libéraux» qu’est Hollywood mais dans les faits, il n’en est rien.

    L’image d’une Académie de vieux schnocks est-elle là pour rester alors ? À la lumière de ces statistiques accablantes, il y a tout lieu de croire qu’un véritable changement d’attitude n’est pas prêt de survenir. Cela dit, il ne faudrait pas non plus tomber dans le sectarisme ou dans l’âgisme. Martin Scorsese a 71 ans. Plus que jamais, il est animé d’un désir féroce de brasser la cage, de dénoncer, de poser sa caméra sur les aspects les plus vils de la société américaine. Un vieux schnock Scorsese ? Jamais.

    Les liens :

    L’Académie et Dany Laferrière (Pierre Foglia)

    Oscars : Surprises and Snubs in the Foreign Language Category
    (Analyse du Hollywood Reporter)

    Martin Scorsese heckled by Academy Screening of The Wolf of Wall Street
    (The Guardian)

    Can Older Academy Members Handle Martin Scorsese’s Wolf of Wall Street ?
    (Hollywood Reporter)

    Le dernier Scorsese crée un esclandre… (L’Express)


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • N’est ce pas justement ce qui polarise l’appréciation des cinéphiles par rapport aux oscars? Certains voient les oscars comme un référence alors que beaucoup d’autres (dont je fais partie) ne leur accordent que très peu d’importance.

      Un grosse machine désuète qui n’apporte que très peu au cinéma de nos jours si vous me demandez mon avis. Apprendre sa composition grâce a votre excellent billet ne fait que renforcer ma vision de désuétude de ce comité.

    • Sur ce freeze ,Di Caprio ressemble étrangement à Jack Nicholson.

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