Marc-André Lussier

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    Samedi 21 décembre 2013 | Mise en ligne à 9h35 | Commenter Commentaires (11)

    Un coup fumant à la Beyoncé : possible en cinéma ?

    Da Vinci - affiche

    Les studios seraient-ils prêts à courir un risque en prenant le public et les médias par surprise avec un film dont les gens n’auraient pas entendu parler jusque là ?

    La chanteuse Beyoncé a provoqué une onde de choc dans tous les secteurs de l’industrie culturelle en sortant sans crier gare un nouvel album – accompagné d’un album vidéo – directement sur iTunes la semaine dernière. En trois jours, 828,773 personnes ont acheté l’enregistrement. Un record pour le célèbre site de téléchargement.

    L’effet fut si spectaculaire que bien des observateurs s’interrogent aujourd’hui sur la façon de lancer et de vendre les produits culturels. Notamment dans le domaine du cinéma. Un grand studio pourrait-il lancer une superproduction en 3D dans les salles à la surprise de tous ? En tenant même les différents intervenants du milieu dans l’ignorance ? Comme le fait remarquer le journaliste Alex Stedman dans le journal spécialisé Variety, les studios hollywoodiens ne demanderaient pas mieux que de réduire les frais astronomiques investis dans les campagnes de marketing. Pour une superproduction estivale, on évoque une somme moyenne de 150 millions de dollars…

    Mais voilà. La réalisation d’une superproduction hollywoodienne exige quand même la mobilisation d’une plus grande équipe. Et, je présume, de plus gros moyens. Je dis «je présume» car j’ai beau faire des recherches, je n’arrive pas à trouver la moindre donnée à propos des coûts de production d’un album comme celui que vient de lancer Beyoncé. On parle de quelques millions de dollars ? De plusieurs dizaines de millions ?

    Quoi qu’il en soit, on voit mal comment une superproduction cinématographique pourrait être tournée dans le plus grand secret. On ne sait trop non plus comment ce secret pourrait être gardé à toutes les étapes de la production, jusqu’à, par exemple, la veille de la sortie. Les studios misant de surcroît sur des effets qui ne peuvent pratiquement être reproduits que dans une salle de cinéma, il serait aussi bien difficile de lancer un film comme Gravity ou The Hobbit directement sur les sites de téléchargement ou en vidéo sur demande. Cette option est en revanche viable pour les productions plus modestes, souvent réalisées de façon indépendante.

    La structure du système d’exploitation encore en cours (jusqu’à quand ?) est aussi très rigide. Il faut attirer le plus grand nombre de spectateurs dans les salles au cours du premier week-end. Les studios seraient-ils prêts à courir un risque en prenant le public et les médias par surprise avec un film dont les gens n’auraient pas entendu parler jusque là ? À en juger par la méticulosité avec laquelle les studios suivent les moindres traces de rumeurs et les efforts qu’ils déploient pour tâter le pouls des «influenceurs», des médias et du public avant même la sortie d’un film, ce n’est pas demain la veille.

    Le seul cas de figure qui me vient à l’esprit est celui de Da Vinci Code, même s’il remonte à la préhistoire. C’était en 2006. Époque pré Facebook, Twitter et autres Instagram. La première mondiale du film – très attendu à l’époque rappelons-le – avait lieu au Festival de Cannes. Le film de Ron Howard avait été choisi pour la soirée d’ouverture et sortait dans la foulée dans les salles du monde entier. Or, le studio Columbia avait réussi à maintenir le secret. C’est à dire que le film n’avait été montré à personne avant la première projection destinée à la presse au Festival de Cannes. Aucune rumeur n’avait circulé à propos de la «valeur» du film, rien n’avait filtré. Pas même dans les journaux spécialisés. Pour une production de cette envergure, cela relevait de l’exploit.

    Un tel secret pourrait-il être maintenu  aujourd’hui ? Hum, pas sûr.

    Cela dit, il est certain que le coup fumant de Beyoncé vient de reléguer au musée plusieurs chapitres du mode d’emploi de la mise en marché des produits culturels à vocation populaire. Et confirme, comme si besoin était, que nous évoluons dans un monde qui se transforme à la vitesse grand V.

    Could Movies Ever be Released the Beyonce Way ? (Variety)

    Compte Twitter : @MALussier


    • Je douterais que ce soit possible. Comme vous le soulignez, la premiere chose qui saute aux yeux c`est le nombre d`intervenants nécéssaires pour rendre une production cinématographique jusqu`en salle et donc, le risque de fuites…

      Mais l`idée me semble avoir du charme ne serait ce que pour rayer de la carte toutes les attentes des enthousiastes et des sceptiques. Cet effet déstabilisant aurait à coup sur un effet d`attraction.
      Commercialement ce jeu en vaudrait la chandelle dans la mesure bien sur ou quand même le produit soit de qualité et ou le jour du lancement, la vague médiatique commerciale joue son rôle.

      Interressante question qui restera à mon avis hypothétique car même si Beyonce à le mérite d`avoir fait un coup de maitre,la réalité c`est qu`un album peut se produire de la discrétion de ton sous-sol. Comme Beyonce à les moyens ,je me doute qu`elle possede un méchant beau sous-sol…

      Beyonce vient de franchir une autre étape vers l`indépendance des artistes qui ne feront bientôt plus affaire avec les intervenants jusqu`à maintenant incontournables de l`industrie du disque. Maintenant qu`on est à la frontiere pensons d`avance à ceux qui un jour prétendront ne pas l`avoir vue venir !

    • Non, faire un film demande beaucoup d’argent, même un à petit budjet. Il faut le faire financer quelque part contrairement à faire des chansons.

      1-Beyoncé est un artiste et une marque. Elle n’a pas connu de flops en musique et n’a pas besoin de faire mousser ses produits.
      2-Son mari s’appelle Jay-Z. Il n’a plus besoin de faire de la pub pour sa femme.

      Chacun peut déjà faire de grandioses projets à part avec leur fortune, là ils sont emsemble. C’est ça l’indépendance de fortune.

    • Le jour où les films seront disponibles dès le départ en vidéo sur demande ce sera possible, pour le moment, l’exclusivité des projections en salle rend ceci impossible.

      D’ailleurs, je me demande ce qu’attend l’industrie du cinéma pour passer à cette étape, je paierais volontier plus cher pour voir un film qui est présentement au cinéma dans le confort de mon foyer.

      Il y avait déjà un délai artificiel pour faire survivre l’industrie des clubs vidéos, c’est inévitable que l’industrie des salles de cinéma ne pourront pour toujours garder leur exclusivité.

    • Les illusionnistes genre David Copperfield, ils travaillent avec des équipes techniques et ils leur font signer des ententes de confidentialité pour que les trucs du numéro ne soient pas dévoilés au public, un studio ne pourrait pas faire de même pour une superproduction ou bien si il y a trop de monde d’impliquer dans la production ? A lire les génériques, ca en prend du monde pour faire un film.

    • spotnick,

      oui sauf que vous oubliez le facteur 3D/IMAX/popcorn-à-10-piasses qui fera survivre la salle de cinéma encore au moins 20 ans. Sans parler du côté ‘’sortie” et nostalgie de la chose (eh oui)…

      Primeur: cinéma (18$ par personne + extra)
      3-6 mois plus tard: iTunes/Blu-Ray (15-30$)
      1 an+: Netflix et autres trucs à rabais (des pinottes)
      plus tard: Télévision (un autre paquet de pinottes)

      Modèle d’affaire déjà difficile par les temps qui courent, faut pas en demander trop… L’industrie de la musique est à mon avis une autre bébitte, difficilement comparable. Un album au Québec ça coûte environ 50k-200k à produire (hors promo) selon l’artiste et un film c’est facilement 15 à 30x ces chiffres là. Je pense que l’on parle des mêmes ratios au sud de notre frontière, dans la ”grosse ligue”, mais avec au moins un zéro de plus.

      Le cinéma ”long-métrage” est en mauvaise posture pour plein de raisons déjà mentionnées sur ce blogue (et celui de Siroka) et il est de plus en plus pertinent de penser en terme de ”produit audio-visuel” qu’en cinéma at large, comme si c’était une grosse famille unie. Ça ne l’est pas. Ça ne l’est plus.

      La méga-production (budget de 150M et plus & machine promotionnelle de calibre planétaire) se détache du peloton et laisse le cinéma ‘’standard” batifoler dans sa marre, à concurrencer de peine et de misère les (excellents) drames et comédies sous forme de séries télé et sitcom… Le ”petit” cinéma, de son côté, s’accroche à son statut artisanal et navigue comme il le peut dans les différents et nombreux marchés de niche.

      L’industrie du cinéma est fragmentée plus que jamais et fait désormais partie de la grande famille de l’industrie audio-visuelle. Xavier Dolan côtoie Lars Von Trier… ainsi que Big Bang Theory, Walking Dead, Mad men et les vidéos de chats sur youtube.

      Welcome to the new world.

    • Depuis le temps qu’on vend du cinéma maison, on se demande pourquoi personne n’y a pensé avant!

      Un coup fumant pour Beyoncé parce qu’elle peut se le permettre avec son entourage. Si rien n’a filtré, j’imagine le “control freak” qui l’entoure. Elle est au “top” et je salue son innovation.

      Près de 900 000 téléchargements, c’est un record sur internet. Mais, au-delà, elle vend des millions de CD de façon traditionnelle. J’allais dire c’est quoi après…

      Pour répondre à votre question: Possible au cinéma? Je pense que seulE, et je le souhaite, celui ou “celles” au top peuvent se le permettre! Tiens, “celles” au top au cinéma, dommage mais la question ne se pose même pas!

      Bravo au monde de la musique qui fait de la place à Elles contrairement au milieu sclérosé du cinéma. Et elle est là la réponse, M.-A.L. finalement, NON?

    • Allons, arrêtons de citer le coup de marketing de Beyoncé comme étant novateur; celui-ci n’est que la capitulation devant la notion de l’éphémère. On savait déjà que la postérité d’une oeuvre n’est désormais que la préoccupation d’une minorité de gens qui n’en ont rien à foutre de la popularité présente; mais désormais le culte de l’éphémère, qui n’est en extase que devant le moment présent, commence même à s’en prendre à l’avenir — et, par conséquent, à tout le tapage médiatique qui annonce à tout coup l’arrivée d’une oeuvre révolutionnaire.

      Force est d’admettre que ce n’est pas tant le réalisme que le cynisme qui a triomphé, que la plupart des produits culturels sont merdiques et ne sont même pas conçus pour durer. La prétention est tombée. Le “hype” est devenu inefficace, et a désormais l’effet pervers de permettre aux Consommateurs (car loin de ceci la notion d’un amateur d’art!) de se mettre à penser. Autrefois, ils pensaient seulement en rétrospective (”peut-être que ce n’était pas si bon que ça, finalement”), mais aujourdhui le Consommateur pense vers l’avant et se dit que “peut-etre que ce ne sera pas si bon que ça, finalement”. Alors le “hype” tombe à plat. Le plus on claironne l’arrivée prochaine d’un nouveau Produit, le plus celui-ci devient suspect.

      Alors on carbure à l’ironie: la promotion sans promotion, et donc voici le nouveau genre d’exploitation culturelle annoncé par le triomphe du coup de Beyoncé: “ne vivons que pour le présent”. Parce que le présent, lui aussi, est friand de battage publicitaire, en particulier pour une célébrité. Impossible désormais de savoir que Beyoncé n’a pas sorti un nouvel album, même parmi les gens qui n’ont que faire de l’actualité musicale. Sa pollution de notre information est complète, totale, définitive. Pour la prochaine semaine en tout cas. Après, s’en fout, pour elle comme pour l’artiste le plus important de l’époque. Du plus minable au plus doué, tous sont assujettis à cette obsolescence programmée; leurs albums pourraient s’auto-détruire après la première lecture autant ceci est un magistral doigt d’honneur à l’historien et à l’archiviste.

      Pour le cinéma, la question n’est pas tant de savoir si une telle campagne publicitaire de non-campagne publicitaire sera efficace. Elle est de savoir si cette campagne serait désirable. Eh bien non. Peut-être le serait-elle pour le film popcorneux dégoulinant de faux-beurre, qui déjà s’immisce dans la conscience collective en défonçant une porte déverrouillée (autant dire “eh bien non” ici aussi), mais pas pour le film sérieux, celui qui doit être préservé, celui qui mérite qu’on lui portât attention au-delà d’une semaine ou une décennie après son retrait des salles à l’intérieur desquelles jamais on ne diffusera plus proche de celui-ci que sa suite ou son remake au goût du jour.

      Snobisme, direz-vous? Le problème est précisément que TOUT y passe, du plus sublime au plus exécrable. Nous sommes dans un monde dans lequel la notion de passé existe difficilement au-delà de la nostalgie, et où la notion d’avenir se limite au design du prochain iPad. Beyoncé n’aura fait que réduire la chose à son absurde. Pas d’avenir. Pas de passé. Seul existe un présent sur lequel il faut capitaliser pendant que notre produit a encore une valeur marchande.

    • @restil

      ”Snobisme, direz-vous?”

      Cynisme, plutôt!
      Wow, vous venez de faire taper dans le rouge l’aiguille de mon cynisme-o-mètre.

      Vite, croquez dans une bûche de noël avant que la famille Adams ne vous adopte!

    • Vous parlez de films de réalisateurs connus ? Effectivement, si le réalisateur est connu et sort un film “out of nowhere” ça serait plutôt intéressant ne voir l’impact. Je verrais Lars Von Trier faire un truc pareil mais pas du tout à la sauce Beyoncé.

      Mais plusieurs films de réalisateurs moins connus sortent de façon totalement anonymes et retiennent l’attention seulement plus tard (comme Moon en 2009).

    • Je n’y connais rien à Hollywood, ainsi que tout ce qui touche son financement.
      Mais je peux vous affirmer que les coûts sont beaucoup plus élevés pour produire le dernier Superman que le dernier album de Beyonce.
      La musique n’a pas de delais de livraison, le bouche à oreille à le temps de faire son oeuvre, le temps est un peu moins important. Tandis que les films ont une plage bien précise dans les cinémas. Tu n’as pas le temps au bouche à oreille, le buzz doit exister avant la sortie du film en salle.

      J’ai peut-être tord, mais je ne crois pas qu’ils dépensent des centaines de millions de dollars en marketing pour rien.

    • Cet effet d’engouement n’est possible que parce que ça ne s’était jamais vu et tous les medias se sont chargé de faire de gratuitement la publicité d’une valeur inestimable à Beyoncé. Cela fait de la personne qui a décidé et exécuté ce coup d’éclat un ou une génie du marketing mais si dans l’avenir il sort sans avertissement un ou deux album par semaines, ou même par année, il vont tous passer inaperçu.

      On ne peut pas être le premier à aller sur la lune deux fois; le monde entier connaît Neil Armstrong et Buzz Aldrin, très peu ont entendu parler de Eugene Cernan et Harrison Schmitt.

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