Marc-André Lussier

Archive, novembre 2013

Samedi 30 novembre 2013 | Mise en ligne à 22h43 | Commenter Commentaires (15)

In Memoriam Paul Walker

Paul Walker - 1

Le destin se fait parfois cruellement ironique. Paul Walker, vedette de la série Fast and Furious, s’est tué aujourd’hui dans un accident de voiture. Il était âgé de 40 ans. Comme la nouvelle a d’abord été divulguée sur le site TMZ, un vent de scepticisme a soufflé pendant un bon moment sur les réseaux sociaux. Mais la triste nouvelle est maintenant confirmée.

L’acteur s’apprêtait à reprendre bientôt le personnage de Brian O’Connor pour une septième fois, cette fois sous la direction de James Wan. Plus tôt cette année, il a tourné à Montréal Brick Mansions, remake anglophone du film d’action français Banlieue 13.

Il y a dix ans, j’avais eu l’occasion d’interviewer Paul Walker à Los Angeles à l’occasion de la sortie du deuxième opus de la franchise qui l’a rendu célèbre. À l’époque, il n’avait pas encore franchi la trentaine. Voici des extraits de cet entretien.

À vrai dire, ce n’est que depuis que le succès lui colle à la peau que Walker assume pleinement sa condition d’acteur. Contrairement à plusieurs de ses collègues, le jeune homme n’a jamais entretenu la moindre ambition en ce sens.

«Plus jeune, je voulais devenir océanographe comme Jacques Cousteau. J’ai d’ailleurs fait des études dans ce domaine, explique-t-il. Je suis arrivé sur les plateaux de tournage complètement par hasard. Et j’ai découvert là une profession qui sied parfaitement à ma personnalité parce qu’elle me permet de toucher à plein de choses, de me livrer à toutes sortes d’activités, de vivre plusieurs vies différentes. Autrement dit, cette profession me permet d’éviter l’ennui qui, autrement, me gagne assez facilement. J’ai toujours besoin de bouger. Si je n’exerçais pas ce métier-là, je m’arrangerais pour voyager comme Jack Kerouac.»

Grand amateur de courses et de bagnoles (il en possède sept pour l’instant, quatre nouvelles rejoindront bientôt sa collection), Paul Walker, qui aura 30 ans en septembre, affirme que ses choix, désormais, se précisent.

«Je sais très bien qu’aux yeux des gens de l’industrie, je suis étiqueté comme un acteur de film d’action. La seule façon pour moi de changer cette perception est d’être proactif, de suggérer autre chose. Là est mon grand défi. Pour l’instant, je ne peux pas compter sur les gens des grands studios pour changer la nature de cette image parce qu’ils n’ont pas intérêt à modifier quoi que ce soit.»

Rester libre

Cette profession de foi a eu des effets concrets. Paul Walker est même allé jusqu’à refuser le rôle de Superman (une superproduction que Warner Brothers compte mettre à l’affiche à l’été 2005), parce qu’il ne voulait pas être attaché à une autre franchise. «Avec The Fast and the Furious, j’ai déjà un «film à franchise» à mon actif. Je ne tiens pas à en avoir un second», explique-t-il. Une rumeur veut aussi que les exigences des producteurs, qui auraient tenu à ce que Walker s’engage pour trois films, auraient pesé lourd dans la décision de passer outre.

«Je tiens à rester libre, dit-il simplement. J’essaie d’être le plus vrai possible. À mon sens, The Fast and the Furious est un gros film popcorn qui permet au spectateur de s’évader complètement pendant 105 minutes et de se permettre d’être un peu wild dans son imagination. J’aime bien me taper ce genre de films de temps à autre mais, en tant que spectateur, je tiens à voir autre chose aussi.»

Comme la plupart des observateurs, Walker a bien du mal à expliquer le succès phénoménal qu’a obtenu un film dont tout le concept tourne autour des courses clandestines.

«Certains attribuent le succès du film à la diversité ethnique qui le caractérise (une notion beaucoup plus importante dans les villes américaines qu’à Montréal, précise-t-il); d’autres parlent tout simplement de bon timing et de l’intérêt des jeunes spectateurs pour ce genre de bagnoles hyper-performantes. Je crois que nous sommes tout simplement arrivés au bon endroit, au bon moment. Cela a eu un effet magique.»

Quant à la controverse qui a entouré un film que certains accusent de glorifier les courses clandestines et la vitesse sur les routes, Walker prend bien entendu ces critiques en compte.

«Je peux comprendre cette préoccupation parce qu’elle est très légitime. Cela dit, il s’agit ici d’un monde de fantaisie “arrangé par des professionnels avec le gars des vues”. Et puis, si on pousse cette logique encore plus loin, doit-on condamner un acteur qui fume à l’écran ?»

- La Presse, 31 mai 2003

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Vendredi 29 novembre 2013 | Mise en ligne à 13h37 | Commenter Commentaires (26)

Le cinéma, parent pauvre des chaînes généralistes ?

Radio-Canada Logo

Est-il normal qu’aucun de nos diffuseurs publics ne songe à «encadrer» leurs films d’une présentation soignée ?

C’était il y a deux semaines environ. Tout à fait par hasard, j’ai découvert que notre diffuseur public national, Radio-Canada, avait inscrit Un prophète dans sa grille horaire du jour. L’exceptionnel film de Jacques Audiard, lauréat du Grand Prix à Cannes en 2009 (sans oublier les neuf trophées César), a été présenté dans la nuit du 17 au 18 novembre (dimanche au lundi) à 1h28. Comme un vulgaire bouche-trou qu’on aurait programmé en désespoir de cause, pour remplir du temps d’antenne.

Misère.

Avec la multiplication des plateformes, l’émergence des chaînes spécialisées, les programmations à la carte, et toutes les autres possibilités de téléchargements en tous genres, il est bien évident que la présentation d’un long métrage ne constitue plus pour une chaîne généraliste un élément de programmation pouvant attirer un large auditoire, assorti d’alléchantes cotes d’écoute. N’empêche. Le petit écran reste encore un formidable outil de diffusion et, oserai-je le dire, oui, d’éducation. Vous me direz qu’il est normal que l’intérêt pour le cinéma à la télé ait diminué dans les circonstances, soit. Il me semble qu’un petit effort pourrait quand même être fait pour mieux «vendre» le septième art.

Pourquoi n’y a-t-il pratiquement jamais aucune publicité maison pour seulement informer ceux qui, peut-être, pourraient être intéressés par la diffusion d’un film de qualité comme Un prophète ? Serait-il si douloureux de sacrifier un ou deux passages d’une promo de L’auberge du chien noir ou du Choc des générations pour alerter les cinéphiles ? Comment se fait-il qu’aucun de nos diffuseurs publics ne songe à «encadrer» leurs films d’une présentation soignée ? Un petit reportage qui mettrait le long métrage en contexte, par exemple. Ou, plus simplement, la présence d’un présentateur (ou d’une présentatrice) éclairé qui, par l’intérêt de ses propos, parviendrait à retenir le téléspectateur devant son écran. Ou à tout le moins l’inciter à programmer son ENP.  Pourquoi ce vide sidéral ?

Est-il aussi normal, plus largement, que dans tout notre paysage télévisuel, il n’existe qu’une seule émission consacrée au cinéma ? L’équipe de Premières vues, dont le mandat se limite au cinéma québécois, fait du bon boulot à MAtv (compte tenu du peu de moyens dont elle dispose) mais il reste encore un trou béant  du côté des chaînes généralistes, notamment chez les diffuseurs publics. Tout cela procède d’un appauvrissement général de la culture, remarquez. On le constate – et on le déplore – d’année en année. Quand on ne trouve plus la moindre trace d’un semblant de magazine culturel dans la grille horaire d’un grand diffuseur public comme Radio-Canada, c’est que l’heure est très grave. Le signal est lancé : les arts en général sont futiles, ils n’intéressent que «l’élite» (cette classe honteuse, honnie entre toutes), et seuls les produits à vocation très populaire méritent désormais du temps d’antenne. C’est le syndrome de la saucisse. Qu’on ne s’étonne pas ensuite du désintérêt – et parfois même du mépris – d’une certaine frange de la population envers la culture, ni de celui de la classe politique du reste.

Pourquoi en programmer encore ?

Mais revenons au cinéma chez nos diffuseurs publics. S’il est impossible pour eux d’encadrer et de présenter correctement des longs métrages, pourquoi en programment-ils encore ? Tant qu’à faire une aussi mauvaise job, abstenez-vous. Et laissez ces titres de prestige à des chaînes qui auront le souci de faire leur travail correctement. À cet égard, la chaîne ontarienne TFO constitue l’exception.

Et Télé-Québec dans tout ça ? Dans la grille d’automne, il n’y a que trois plages horaires dévolues au cinéma. L’une d’entre elles est consacrée à des longs métrages américains présentés en version doublée française. Or, certains de ces titres pourraient aisément se retrouver dans la grille de Cinépop. Dans les deux autres plages horaires, on programme des films internationaux, souvent très bons il est vrai, qui sont toutefois déjà précédés d’une réputation enviable. Les découvertes se font désormais plus rares. Les films plus «pointus» sont quasiment aussi disparus de la grille, de même que les sous-titres.

Au moins, Télé-Québec maintient une programmation cinéma digne de ce nom. Et programme encore des longs métrages à des heures de grande écoute. Du côté de la télévision de Radio-Canada, l’absence d’un volet culturel en général, et cinématographique en particulier, emprunte les allures d’une véritable démission.

Un prophète à 1h28 ? Vraiment, je n’en reviens pas encore.

La programmation cinéma de Radio-Canada.

La programmation cinéma de Télé-Québec.

La programmation cinéma de TFO.

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Mercredi 27 novembre 2013 | Mise en ligne à 9h20 | Commenter Un commentaire

Les chances de J-M Vallée aux Oscars ? Désormais plus minces…

DBC - 1

Matthew McConaughey et Jared Leto

Les nominations en vue de la prochaine soirée des Spirit Awards ont été annoncées hier. Sans surprise, 12 Years A Slave (Steve McQueen) arrive en tête avec sept nominations, suivi par Nebraska (Alexander Payne), nommé six fois.

Rappelons que les Spirit Awards, dont la cérémonie a lieu la veille des Oscars, célèbrent les films produits à l’extérieur du système des grands studios. Les oeuvres plus intéressantes sur le plan artistique étant habituellement produites de façon «indépendante», il n’est plus rare de voir les candidats des Spirit Awards être aussi en lice pour les Oscars. L’an dernier, les artisans de  Silver Linings Playbook furent les grands vainqueurs.

Les observateurs américains épluchent depuis hier la liste des nominations afin d’en tirer des analyses, notamment en relevant les choix plus surprenants, ou les oeuvres qui auraient sans doute mérité plus de reconnaissance. On remarque en outre l’absence d’Inside Llewyn Davis (Joel et Ethan Coen) dans les catégories de la meilleure réalisation et du meilleur scénario. On estime – avec raison – que Frances Ha aurait dû aussi obtenir plus de nominations.

Dans notre lorgnette, on surveillait évidemment les performances de nos «poulains», celle de Dallas Buyers Club notamment. Comme prévu, Matthew McConaughey et Jared Leto sont en lice dans les catégories d’interprétation. Le film n’est toutefois cité nulle part ailleurs. Ce qui, d’emblée, diminue les chances de Jean-Marc Vallée d’obtenir éventuellement une nomination aux Oscars dans la catégorie de la réalisation. Remarquez qu’avec seulement cinq places, les probabilités que Vallée atteigne le cénacle étaient déjà minces, même si le cinéaste québécois fait partie de ceux dont le nom circule. Étant écarté de la course aux Spirit Awards, on voit mal comment il pourrait se retrouver aux Oscars.

Cela dit, Dallas Buyers Club, un film tourné pour trois fois rien (4,9 millions de dollars américains), ne sera pas totalement éliminé de la course aux Oscars. McConaughey et Leto sont presque assurés d’une nomination.

Par ailleurs, aucun film québécois n’a été retenu dans la catégorie du meilleur film international, catégorie où Rebelle (Kim Nguyen) était en lice l’an dernier. A Touch of Sin (Jia Zhangke – Chine), La vie d’Adèle – Chapitres 1 et 2 (Abdellatif Kechiche – France), Gloria (Sebastián Lelio – Chili), La grande bellezza (Paolo Sorrentino – Italie), et La chasse (Thomas Vinterbeg – Danemark) sont en lice.

Les liens :

McConaughey et Leto en nomination (André Duchesne)

12 Years a Slave leads 2014 Spirit Awards Nominations (Indiewire)

The Snubs and Surprises… (Indiewire)

The 10 Biggest Surprises (Indiewire)

Compte Twitter : @MALussier

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