Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 13 septembre 2013 | Mise en ligne à 9h07 | Commenter Commentaires (9)

    Alors ? Ce TIFF ?

    TIFF - Logo

    «C’est comme si tout le monde avait sniffé de la coke tout autour ! C’est intense !»
    - Denis Villeneuve

    Chaque fois que je rentre du festival de Toronto, la même question, inévitable, revient : «C’était comment cette année ?». Chaque fois, j’ai du mal à formuler une réponse. Le TIFF se vit de façon très différente des autres grands festivals de cinéma. Exempte de compétition, donc, de section «phare», la manifestation relève à mon sens davantage d’un gigantesque marché de luxe. Les plus beaux joyaux du cinéma mondial du moment y sont exposés en vitrine.

    L’ennui, c’est qu’il y en a trop. Pour un festivalier qui peut s’offrir le plaisir de passer quelques journées en enchaînant les visionnements d’une salle à l’autre, c’est évidemment la fête. D’autant que tout le «Entertainment district» de la Ville reine vibre au rythme effréné du TIFF. Du monde, des files d’attente longues de quelques pâtés de maison, encore du monde, encore des files d’attente. Les (nombreux) restos des environs débordent. L’esprit est bon enfant. Le plus beau party du cinéma de l’automne se tient là et les Torontois le savent très bien. Et ils en sont fiers. 2500 bénévoles – 2500 ! – s’affairent au bon fonctionnement de l’événement. Avant chaque séance, un petit film rappelle aux festivaliers l’importance de ces gens. Dans la salle, on applaudit.

    La pointe de l’iceberg

    Pour les professionnels et journalistes, l’exercice vire plutôt au cauchemar. Tant à voir, tant à faire, tant à rencontrer, tant à écrire. Aucune ligne directrice n’étant établie dans la programmation, sinon celle des films de qualité, le scribe construira son programme en fonction de ses obligations plutôt que de ses envies. Au TIFF, les reportages quotidiens ne constituent en effet que la pointe de l’iceberg.

    La grande majorité des productions sélectionnées étant déjà acquises, les distributeurs profitent en effet de l’occasion pour organiser des rencontres de presse, souvent suivies d’entrevues individuelles. Avec, souvent, la mention «prière de publier vos reportages au moment de la sortie du film». Tous les artisans de ces films étant sur place, le travail du journaliste sera ainsi de mettre aussi en boîte de nombreuses interviews pour publication ultérieure.

    Dans ces conditions, c’est bête à dire, mais nous n’avons pas vraiment le temps de voir beaucoup de films. Un ou deux dans une journée. Vendredi dernier, j’ai pu en voir quatre !

    Villeneuve et Vallée dans une autre ligue

    Parmi les films que j’ai vus, 12 Years a Slave, de Steve McQueen (Shame), se distingue assurément. Prisoners (Denis Villeneuve) et Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée) font très belle figure aussi. D’ailleurs, si je devais tirer un fait marquant de ce 38e TIFF, ce serait sans doute la réussite de ces deux cinéastes québécois. Qui ont vécu leur festival de façon très différente cette année.

    Cela était surtout flagrant pour Denis Villeneuve. Habitué de venir au TIFF pour présenter ses films québécois, le réalisateur d’Incendies était au centre d’une véritable machine de guerre cette année. Prisoners (à l’affiche vendredi prochain) est distribué par Warner Bros. Le grand studio hollywoodien n’a pas lésiné sur les moyens pour promouvoir le thriller psychologique de son poulain.

    Les médias québécois ont d’ailleurs dû gueuler un peu auprès du studio afin que leurs requêtes soient entendues. De mon côté, j’ai dû pendant des jours, sinon des semaines, insister auprès de WB pour réclamer une entrevue individuelle avec Villeneuve. Rien à faire. La seule plage horaire qu’on pouvait m’offrir : avant mon arrivée à Toronto ! Et ce, sans même avoir vu le film ! Un petit courriel envoyé au principal intéressé a immédiatement changé la donne. Deux minutes plus tard, on m’offrait le jour de mon choix, pratiquement à l’heure de mon choix. C’est ben pour dire…

    «C’est comme si tout le monde avait sniffé de la coke tout autour !, m’a dit le cinéaste. C’est intense ! Je fais dix fois plus de presse. On sent aussi la pression, l’énergie. On te fait sortir par des portes arrière et il y a quand même 2000 fans qui attendent Hugh Jackman. C’est fou !»

    Cela décrit pas mal le TIFF dans son ensemble je trouve…

    Denis Villeneuve et le rêve de Hollywood.

    Un essai concluant pour Jean-Marc Vallée.

    Dossier TIFF.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Plusieurs fans comme moi de Xavier Dolan aimerions savoir quel sort a été réservé à son film “Tom à la ferme”. Surtout qu’il est sorti vainqueur de la critique à la Mostra de Venise. Et les critiques des médias écrits sont très positives.

      Comme je l’ai beaucoup couvert à Venise, je n’ai pas vraiment suivi Tom au TIFF. À ce qu’on m’a dit, les salles étaient combles. Il est certain que le film arrivait à Toronto avec sa (bonne) réputation acquise à la Mostra. M-A. L.

    • à lire les quelques lignes sur “Prisoners”, j’ai l’impression de lire les commentaires sur Podz et son “Les 7 jours du poltron” (oups! du Talion), non ?…”l’intensité” de Jackman me fait tellement penser
      à Claude Legault…aucune comparaison, sans doute, hein ?

      Vrai que le point de départ affiche des similitudes, mais les approches sont quand même différentes. M-A. L.

    • M. Lussier, vous avez dû faire des pieds et des mains, jusqu’à envoyer un courriel personnel à M. Villeneuve, pour avoir enfin droit à un entretien avec lui. Il me semble que le cinéaste aurait dû lui-même au préalable, en s’arrangeant avec la WB, à ménager une plage d’horaire pour les journaliste québécois, non?

      C’est ce qu’il a eu la générosité de faire quand on lui a fait part du problème. Les artisans ont bien d’autres chats à fouetter que de gérer leurs horaires en période de promotion. Surtout dans le cadre d’une opération hollywoodienne… M-A. L.

    • ..M. Lussier: «Les artisans ont bien d’autres chats à fouetter que de gérer leurs horaires en période de promotion. de votre opinion.»

      Vous avez tout à fait raison. Par expérience, je sais que les gens hyper occupés n’ont pas le temps de faire cela.
      Par contre, et par expérience aussi, je sais qu’il suffit d’une directive préalable et d’une liste des «personæ gratæ» fournie aux gardiens du temple et «ta-dam», le tour est joué. Et cela prouve que même «devenus gros», on n’oublie pas les gens qui nous ont suivi depuis la maternelle.

    • Alors ? Ce TIFF ? Des nouvelles de Jean-Marc Vallée ?

      Vous avez fait des démarches – courriel – auprès de Denis Villeneuve qui ont donné des articles intéressants !

      Qu’en est-il de notre autre Québécois ?

      Vous pouvez trouver l’article sur Dallas Buyers Club sur ce site dans le dossier spécial sur le festival de Toronto. M-A. L.

    • Merci M-A. L. Je viens de voir :
      http://www.lapresse.ca/cinema/201309/09/01-4687530-un-essai-concluant-pour-jean-marc-vallee.php
      Une entrevue à venir avec J-M. V ?

      Au moment où le film sortira en salle (1 novembre). M-A. L.

    • J’ai peu d’intérêt pour le TIFF et je ne l’ai jamais suivi. Mais une bonne nouvelle vient de sortir de là, 12 Years of Slave de Steve McQueen à été très bien acceuilli. Pour le cinéaste, c’est un 3e circuit en trois présence au baton.

    • J’étais à la première de Tom à la ferme au TIFF et la salle était comble. La grande différence par rapport à la première de Lawrence Anyways l’an dernier: la composition du public. L’an dernier l’évènement avait attiré un public surtout homosexuel et très jeune (-30 ans), qui connait davantage Xavier Dolan, alors que cette année c’était beaucoup plus vieux et bourgeois. Comme quoi Dolan a fait sa place chez ces anglo-torontois assez conservateurs. La salle réagissait très bien au film, malgré la barrière de la langue les gens riaient beaucoup. Par contre le film demeure plutôt lourd et j’ai l’impresison que plusieurs sont restés sur leur apétit car les applaudissements à la fin ont été disons polis, même pour les standards de Toronto. La plupart sont restés pour la séance de questions avec Xavier Dolan et Évelyne Brochu (absolument magnifique!). Une Torontoise a alors demandé s’il y avait une signification dans le fait qu’un personnage portait un chandail avec une feuille d’érable au début et un manteau avec le drapeau américain. Euh, non.

      C’est quand même une expérience incroyable de voir une aussi grande salle remplie à Toronto pour un film avec des dialogues très québécois !

    • A propos du film “Amour” de Michael Haneke un pur chef-d’oeuvre, des personnes de mon groupe d’âge ont été traumatisés de l’avoir vu. Elles se sont identifiées à Riva et Trintignant et craignent évidemment de finir leur vie aussi lamentablement. Pour démontrer cet accueil fait au film, Denise Bombardier elle-même en a parlé hier à la télé à Jean Barbe et les autres invités. Comment peut-on à ce point se créer des scénarios qui ne se produiront peut-être jamais? Ç’est lamentable de vivre ainsi par procuration.

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