Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Samedi 7 septembre 2013 | Mise en ligne à 0h09 | Commenter Commentaires (6)

    Ça joue dur dans les festivals…

    12 Years - Affiche

    Récemment, nous évoquions ici la course effrénée à la primeur que se livrent les différents festivals de cinéma. Surtout ceux qui se tiennent à l’automne. Sur le bloc de départ : la Mostra de Venise, le Toronto International Film Festival (TIFF), et le New York Film Festival (qui commence à la fin septembre). La bataille est de plus en plus sanglante. À cet égard, le directeur de la Mostra Alberto Barbera, a confirmé dans une interview accordée au journal spécialisé Le film français une analyse que nous avions publié au moment même de l’annonce de la sélection de Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée) au TIFF.

    «Dans quelques rares cas, je l’admets, des producteurs américains ont choisi d’aller à Toronto car amener à Venise une équipe de 50 personnes leur coûte évidemment beaucoup plus cher. Et pour un seul film, il y a eu un problème de disponibilité de l’acteur principal qui tourne à Calgary et ne pouvait pas venir à Venise. La production a décidé que sans lui, cela ne valait pas la peine de dépenser de l’argent pour amener le film sur le Lido. C’est une déformation dont nous devons tenir compte depuis quelques années. Les responsables marketing pensent que la promotion passe seulement pas la présence des talents. Selon moi, les films se suffisent à eux-mêmes. Si les comédiens aident, c’est très bien, mais il faudrait peut-être se libérer de cet esclavage de penser que sans interview d’acteurs, il n’y a pas de promotion possible.»

    Matthew McConaughey, vedette de Dallas Buyers Club, tourne présentement à Calgary Interstellar, le prochain film de Christopher Nolan. Il viendra faire un saut à Toronto au cours du week-end.

    Tactiques déloyales

    Cela dit, il n’y a pas que les préceptes de la promotion made in U.S.A. qui fait bondir le directeur de la Mostra ces jours-ci. Au journal Variety, monsieur Barbera a aussi déploré les tactiques plus ou moins déloyales du festival du film de Telluride.

    Ayant lieu pendant quelques jours alors que la Mostra entame son premier week-end, le petit festival du Colorado vient régulièrement couper l’herbe sous le pied de la Mostra et du TIFF en leur retirant à la toute dernière minute quelques productions pourtant déjà annoncées comme des primeurs mondiales (ou nord-américaines). Comment cela est-ce possible ?

    D’abord, le festival de Telluride sélectionne une vingtaine de longs métrages à peine. Surtout, cette sélection est tenue secrète jusqu’à la veille de la soirée d’ouverture. Tout le monde est placé devant le fait accompli.

    Au fil des ans, une aura de prestige a progressivement entouré ce festival, très suivi par la presse spécialisée. Cette année, le TIFF n’a plus la primeur mondiale de 12 Years A Slave (Steve McQueen), pas plus que celle de Prisoners (Denis Villeneuve), Labor Day (Jason Reitman) et quelques autres titres.

    Pour les distributeurs américains, dont certains commencent à trouver le TIFF un peu trop énorme à leur goût, au point où ils ont l’impression que leurs films se perdent dans la masse, il est plus intéressant d’arriver dans la Ville reine après avoir créé un buzz à Telluride. C’est notamment ce qui est survenu avec Prisoners. De plus, ces grands distributeurs sont si puissants que l’organisation du TIFF serait bien malvenue de les menacer de «représailles». Les productions sélectionnées à Telluride sont en effet très souvent pressenties pour être de sérieux candidats dans la prochaine course aux Oscars. Avec toutes les vedettes à la clé. Le TIFF ne peut se permettre de se mettre en délicatesse avec ces gens-là.

    Du mécontentement

    Le directeur de la Mostra, lui, ne se gêne pas pour faire valoir son mécontentement. Le film – très singulier – de Jonathan Glazer Under the Skin a été montré à Telluride la veille de sa présentation à Venise.

    Alberto Barbera ne l’a pas trouvée drôle.

    «L’an prochain, il faudra trouver un terrain d’entente, dit-il. Si un film est inscrit en compétition à Venise, il doit être présenté chez nous en premier !»

    Il compte en outre en discuter avec le directeur du festival de Telluride Tom Luddy. S’il présentait un film le même jour qu’à Venise, le festival du Colorado avait traditionnellement la courtoisie de programmer quand même la projection plus tard (avec le décalage en faveur de la Mostra). Il semble que ces règles ont maintenant été abandonnées.

    «Tout s’est fait derrière le dos de tout le monde», déplore Alberto Barbera.

    Si les coulisses du merveilleux monde des festivals vous intéresse, voici quelques liens intéressants :

    Can Telluride Continue to Steal… (Variety)

    Why Alexander Payne and the Coen Brothers are skipping Toronto… (The Wrap)

    Venice Film Fest Director Blasts Telluride (Variety)

    La bande annonce d’Under the Skin :


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • À ce que je lis ce sont les distributeurs américains qui jouent dur! Le monde des festivals ne contente plus leur appétit vorace on dirait.

      Je les comprend un peu. On se perd parmi les festivals. Mais au moins ça annonce quelque chose de nouveau.

      N’en déplaise aux organisateurs de festivals, pour voir où le cinéma se dirige je me fie plus aux distributeurs.

    • ..Eh oui! L’art devenu «bizness»! Surtout aux USA où tout, absolument tout est «bizness». De la fabrication de manches à balai en passant par la santé, l’éducation, la charité et même (surtout) la religion pour finir avec la politique. Tout est «bizness». Quant à l’éthique, ça, c’est pour les manuels de l’employé et les conférences de presse, pour impressionner la galerie. Un show de boucane. Du cinéma, quoi!

    • J’ai bien aimé votre article M. Lussier; ça ouvre les yeux sur bien des choses, surtout sur le fonctionnement de l’industrie des festivals…et des distributeurs américains. On comprend en quelque sorte la réaction de Barbera du Festival de la Mostra; c’est certain que c’est une question de ‘gros sous’! Quand est-ce dans l’industrie des festivals il n’y a été une question de ‘gros sous’. Quand on parle des “Américains” c’est toujours une question de promo, d’investissements et de grosses piastres!

      Quand vous soulevez et mettez de l’avant que “les responsables marketing pensent que la promotion passe seulement pas la présence des talents” ça ne peut faire autrement que de nous faire penser à ce qui se passe ‘aussi’ dans le monde des arts visuels. Tu as beau avoir des douzaines et douzaines d’artistes de talent au Québec MAIS ce sont bizarrement toujours les mêmes artistes qui reviennent dans les pages artistiques des journaux! On constate donc qu’il y a un parti pris pour certains artistes (comme dans le domaine du film) ce qui n’aide souvent pas la carrière des autres artistes!

      Certains vous dirons que c’est un cercle vicieux; oui on le constate aujourd’hui dans ces festivals du film et avec ces distributeurs américains! C’est clair qu’il devrait y avoir un concensus parmi TOUS ces organisateurs de festivals pour pas que tout le monde commence à se manger la laine sur le dos! Comme disent les Anglais “if it goes unchecked…” si on ne s’occupe pas du problème, ça va tout simplement dégénérer!

    • Je viens de lire M. Lussier l’intéressant article “Can Telluride Continue to Steal”. On se demande pourquoi Toronto ne pourrait pas ou ne devrait-il pas tenir son festival bien AVANT celui du Colorado pour contrer tous ces vols de films et de premières par Telluride! Si les organisateurs du Festival du Colorado ne veulent pas jouer honnêtement, il faut que Toronto comme Venice leur servent la même médecine! J’ai aussi trouvé un peu beaucoup insultant les propos de Peter Debruge, “Senior Film Critic” du magazine Variety quand il dit qu’au Festival de Toronto on montre à peu près n’importe quoi… (…a number high enough to support the charge that Toronto will show practically anything, provided that they can have the premiere and there’s a star of some sort attached.)… en autant qu’on a une première et qu’il y a des vedettes en présence. Encore une fois, ça démontre bien l’arrogance des (anglais) Américains.

    • Je trouve plutôt pitoyable cette guerre entre Festivals.
      Je ne comprends pas en quoi le fait qu’un film en compétition à Venise soit projeté la veille à Telluride puisse poser un si grand problème. Je comprendrais si le film était montré ailleurs à Venise, mais à Telluride??? Je comprends qu’il doive y avoir des balises, mais il ne faudrait pas que ça devienne ridicule. Et je trouve que ça devient encore plus ridicule quand il s’agit de films qui ne sont pas en compétition. Cette course aux «primeurs» devient carrément infantile (de l’ordre de la course aux «scoops» en journalisme). En quoi un film présenté à Venise avant d’être présenté à Toronto est-il si problématique? Sinon pour que les organisateurs du Festival puissent se péter les bretelles en disant qu’ils sont les premiers à présenter le film dans le monde entier… WOW! On voit bien où est la motivation première de ces organisateurs de «grands» Festivals.
      En terminant, une petite citation: «Pour les distributeurs américains, dont certains commencent à trouver le TIFF un peu trop énorme à leur goût, au point où ils ont l’impression que leurs films se perdent dans la masse…». Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve cette phrase très drôle… vraiment très très drôle… à se rouler par terre!

    • En lisant les propos de @st-henri sur la guéguerre des festivals…mais surtout par rapport avec la réaction des Américains (ex: sur le TIFF Toronto et Venise) dont les commentaires dans le Variety, ça me fait drôlement penser, à mon âge déjà avancé, à l’époque de l’ancien PM du Canada John D. Diefenbaker et sa décision (son gouvernement) dans les années 1950s à abandonner le projet de l’avion (intercepteur) Avro CF-105, en fait en 1959! Un projet si avant-gardiste et si prometteur qu’il aurait ni plus ni moins mis le Canada sur la “mappe”. Ce qui a été désolant c’est que Diefenbaker, à l’époque, s’est laissé influencer par la réputation dominatrice des Américains qui l’ont convaincu d’abandonner le projet (ex: fausses analyses des Américains: ça ne serait pas rentable pour le Canada; le produit n’était pas à la hauteur. etc.) …simplement parce que, dans les faits, les Américains auraient perdu leur “titre” de chef de file, de leader important dans le domaine de l’aéronautique! Alors puisque les spécialistes s’entendent pour dire que le cinéma est “sacré” pour les Américains, depuis toujours, il ne faut pas se surprendre de leur réaction…surtout quand un festival comme le TIFF prend de plus en plus d’ampleur…et de plus en plus d’importance. Maintenant vous allez tout comprendre dans cette guéguerre de festival!

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