Marc-André Lussier

Marc-André Lussier - Auteur
  • Le blogue de Marc-André Lussier

    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
  • Lire la suite »

    Partage

    Vendredi 30 août 2013 | Mise en ligne à 8h30 | Commenter Commentaires (13)

    Ah ! Ces «films» sans cinéma…

    Maison - Affiche

    La Maison du pêcheur est un film sans cinéma. Qui aurait sans doute eu avantage à se trouver une niche à la télévision

    Lors de la conférence de presse tenue en marge de la présentation de L’autre maison, présenté à la soirée d’ouverture du FFM, le producteur Roger Frappier a raconté comment il avait incité le réalisateur Mathieu Roy à «mettre du cinéma dans son film».

    La suggestion peut sembler un peu saugrenue, mais elle se révèle très pertinente. Le producteur a en outre fait remarquer que les longs métrages sont de plus en plus dépouillés de leurs élans cinématographiques pour ne plus se concentrer que sur «l’histoire» à raconter.

    Pure coïncidence (ou mauvais timing, c’est selon), une production québécoise est à mon sens venue illustrer parfaitement le propos du producteur quelques jours plus tard. Présenté aussi dans la compétition mondiale, La Maison du pêcheur est un film sans cinéma. Qui aurait sans doute eu avantage à se trouver une niche à la télévision.

    Alain Chartrand, dont le dernier film de fiction remonte à 1990 (Ding et Dong le film), avait une occasion en or de réaliser une œuvre marquante, laquelle aurait pu s’inscrire dans la grande tradition du film politique. Son intention de départ était d’ailleurs très prometteuse : décrire un épisode de la vie de jeunes «révolutionnaires» pacifiques – on est en 1969 – qui, un an plus tard, deviendront les artisans principaux de la crise d’octobre. Au sein d’une nation où la mémoire collective est pour le moins chancelante (malgré sa devise), le rappel des épisodes historiques par le biais des créations artistiques revêt un caractère essentiel.

    Les films politiques sont devenus rares au Québec. Et très difficiles à produire. Pas le droit à l’erreur. Or, La Maison du pêcheur rate complètement la cible. Le scénario, écrit à six mains (Jacques Bérubé, Mario Bolduc et Alain Chartrand) est d’un didactisme quasi enfantin, truffé de situations complètement plaquées dans lesquelles on introduit des «messages». On est loin, mais alors là vraiment très loin des Ordres. Ou même d’Octobre.

    Surtout, la réalisation, peu imaginative, se colle aux dialogues. Et ne s’aventure jamais au-delà du premier degré. Le découpage rappelle même parfois involontairement certains épisodes du Cœur a ses raisons. Aucun souffle, aucune poésie, aucun élan.

    Une tendance lourde

    Peut-être ce film est-il symptomatique d’une tendance plutôt lourde. Les projets destinés à un plus «large public», notamment ceux qui reçoivent l’aval des institutions, souffrent souvent – pas toujours dieu merci – de cette absence d’approche purement cinématographique. Un peu comme si l’on présumait que les spectateurs étaient trop habitués aux anciens codes narratifs télévisuels. L’embauche systématique de vedettes de la télévision prête aussi flanc à cette tendance. Fort heureusement, plusieurs films d’auteurs – des vrais films – ont aussi su rejoindre le grand public au fil des ans.

    Il est vrai que la fréquentation a diminué au cours des deux dernières années. Les films québécois ne sont d’ailleurs pas les seuls à souffrir de cette désaffection. Ce n’est toutefois pas en tentant d’imiter l’offre télévisuelle qu’on remplira les salles.

    Peut-être faut-il simplement, comme le suggère Roger Frappier, mettre du cinéma dans nos films.

    Quelques liens :

    Un film sensible et pudique pour lancer la compétition

    Une maison entre deux chaises (Marc Cassivi)


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • ” Le découpage rappelle même parfois involontairement certains épisodes du Cœur a ses raisons. Aucun souffle, aucune poésie, aucun élan.”

      Ouch.

    • Haha, avec la grosse musique pompeuse hollywoodienne à la fin!

      L’histoire des séparatistes Québécois: Serious business.

      lol

    • Le film manque d’un <>, mais bon, il faudrait quand même que des gens le voit… quitte à le voir à la télé. Je suis d’accord avec les commentaires de M.-A. L.

      Tant qu’à moi, j’ai été un déçu de la photo. On peut discuter sur le choix du noir et blanc en lieu et place de la couleur, mais toujours faut-il que cela soit du vrai noir et blanc (argentique). Je suis grand amateur de photographie noir et blanc, j’ai longtemps développé mes épreuves noir et blanc et dans ce cas-ci, la prise photo ressemblait à une captation vidéo couleurs transformé électroniquement en noir et blanc. Résultat: on a l’impression que tout le film a été tourné dans la brume. On note le manque total de contraste (on aurait dû ajouter un filtre correcteur jaune), on ne retrouve pas la richesse et la palette des gris si important dans le film noir et blanc. Même l’éclairage de nuit (dans la cabane ou à l’extérieur) n’a pas été pensé en fonction d’un film noir et blanc. Dommage, cela aurait contribué à la dramatisation. À la fin, on se demande pourquoi ne pas avoir laissé le tout en couleurs quitte à y ajouter une petite teinte jaunâtre, pour donner un caractère veillot d’un ancien film couleur.

    • C’est drôle, je remarque exactement la même chose au théâtre: l’histoire, l’histoire, l’histoire. De moins en moins de regard théâtral, d’audaces scéniques ou poétiques.
      Toujours aussi pertinent!

    • _____ n’est-ce pas justement ce qu’on reproche habituellement au cinéma hollywoodien ? Trop visuel et pas assez concentré sur l’histoire ? La définition de “mettre du cinema dans son film” peut être très large. Pour moi ce n’est pas nécéssairement de faire de longs plans-séquences ou des séquences oniriques à l’emporte-pièce.

    • ___les films du dogme95… c’est des films sans cinéma aussi ? Que concentrés sur l’histoire, non ?

    • TV vs cinéma, voilà la question. On est à peu près 8 millions de Québécois. On mise tout sur la TV avec raison. On tape des scores de 4 millions, heille! C’est notre choix. Ne mêlons pas les choses.

      Ici c’est la TV il faut l’avouer. C’est l’un ou l’autre mais pas les deux. C’est une question de moyens.

      Le cinéma va l’emporter quand plus personne n’écoutera la TV.

    • Je pense que notre cinéma souffre du syndrome Fabienne Larouche, qui ne fait même pas de la bonne télé, mais de la radio illustrée où tout est parlé, hurlé, souligné, comme si l’auditoire était complètement taré.

      Avec les même budgets, tu peux utiliser le langage cinéma à la télé, comme les télé américaines et européennes le prouvent régulièrement (The Wire, Sopranos, Pusher, etc…), même dans les séries verbeuses comme Mad Men, où les regards et les silences racontent tout autre chose que les dialogues.

      À part les exceptions Denis Côté ou Robert Morin et quelques autres, notre cinéma manque souvent tout simplement de raffinement.

    • Il faudrait ici plutôt dire : Film en bleu et blanc!

    • Suis-je le seul à remarquer l’ironie d’écrire qu’un “film manque de cinéma” dans un journal web qui n’a précisément pas de section “cinéma” dans sa catégorie “Arts”?

    • (Précision : mais plutôt une section “cinéma” à part, comme si justement le cinéma n’était vraiment une forme d’art?)

    • Il y a une section Cinéma, le samedi et très complète!
      Le FFM: Je note que cette année les chroniqueurs, tous quoditiens confondus, n’ont pas couvert la Compétition mondiale du FFM. pourquoi? C’est vrai que la sélection proposée est de très grande qualité. Rien à envier à Cannes, Berlin et Venise!!! Dommage. Il faut éviter de louanger le FFM, n’est-ce pas! C’est du mépris pour les lecteurs de ces quotidiens( La presse, Le devoir, la Gazette), dont je suis!!! C’est pas trop professionnel!!!

    • Peu importe la critique ou les critiques… Un film qu’il faut voir ne serait-ce que pour comprendre ce que furent ces années 1969 et 1970… J’étais jeune et en Gaspésie à l’époque et j’ai connu la Maison du pêcheur. J’ai vu ce que les gens de la place en disaient par crainte plus qu’autre chose car ils avaient peur des jeunes. Les plus vieux d’aujourd’hui vous le confirmeront et ça n’a pas changé malheureusement. Le film “Les Ordres” est un chef d’oeuvre reconnu… Ce film ne le sera jamais mais il aura le mérite d’expliquer un peu ce que fut cet été 1969 et ses conséquences.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    mars 2014
    L Ma Me J V S D
    « fév   avr »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31  
  • Archives

  • publicité