Marc-André Lussier

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    Vendredi 23 août 2013 | Mise en ligne à 9h32 | Commenter Commentaires (17)

    Blue Jasmine devient Jasmine French au Québec. Pourquoi ?

    Jasmine French - Affiche

    Woody Allen a non seulement approuvé le titre sous lequel la version française sera lancée au Québec; il l’a choisi lui-même !

    De l’avis général (et du mien en particulier !), Blue Jasmine est ce que Woody Allen a fait de mieux depuis un moment. Cate Blanchett, qui peut dès maintenant se choisir une tenue pour la prochaine soirée des Oscars et préparer son discours de remerciement, y offre une composition hallucinante. Qui transcende cette comédie dramatique réunissant tous les éléments qu’on apprécie dans le cinéma du réalisateur d’Annie Hall.

    Cela dit, le but de cet article n’est pas de vous offrir une critique à l’avance (le film sort vendredi prochain au Québec), mais plutôt de répondre à quelques-unes des interrogations qu’entretiennent les admirateurs québécois de Woody Allen envers son plus récent opus.

    Un délai

    Réglons d’abord la question de la date de sortie. Oui, le film est déjà à l’affiche depuis un mois aux États-Unis en distribution limitée (New York, Los Angeles). Il prend l’affiche en distribution plus «large» aujourd’hui même en Amérique du Nord. Mais pas au Québec. Le distributeur québécois, Métropole Films, a préféré attendre qu’un doublage soit d’abord réalisé afin de pouvoir offrir simultanément aux cinéphiles d’ici la possibilité de voir le film en version originale avec sous-titres français, en version doublée française, et aussi, évidemment, en version originale anglaise.

    Or, Woody Allen, dont les affinités avec la France sont bien connues, refuse toujours que ses films fassent l’objet d’un doublage spécifique réalisé ici, destiné au marché québécois. À moins que je ne fasse erreur, il reste le seul irréductible à ce chapitre. Steven Spielberg, qui a lui aussi refusé pendant très longtemps les doublages québécois, autorise maintenant ceux-ci depuis 2008, soit depuis Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull.  Remarquez que Lincoln n’a pas fait l’objet d’un doublage québécois l’an dernier mais cette décision, carrément stupide disons-le, relevait du distributeur Disney. Qui n’avait pas cru bon investir dans un doublage, estimant que le film ne susciterait probablement guère l’intérêt du public québécois.

    Dans le cas de Blue Jasmine, qui sort seulement le 25 septembre en France, il fallait attendre que le doublage réalisé dans l’Hexagone soit prêt. D’où le délai.

    Obligation légale

    Mais il n’y a pas que ce délai qui suscite des interrogations ces jours-ci. Quand, récemment,  il fut annoncé que la version française de Blue Jasmine s’intitulerait Jasmine French au Québec, disons qu’un scepticisme de bon aloi s’est répandu dans les chaumières.

    Expliquons d’abord le choix de ce titre. «French» étant le nom de famille de la fameuse Jasmine qu’interprète Cate Blanchett dans le film, on peut ainsi y deviner un clin d’œil à Annie Hall. Woody Allen a non seulement approuvé le titre sous lequel la version française de Blue Jasmine sera lancée au Québec, mais il l’a choisi lui-même ! Au départ, le titre de travail de Blue Jasmine était d’ailleurs Jasmine French

    Expliquons maintenant la raison de ce changement de titre pour la version française. Le distributeur n’avait tout simplement pas le choix. Selon un règlement de la Régie du cinéma du Québec, tout film comportant un doublage – même une portion – doit obligatoirement être coiffé d’un titre en français, sauf dans les cas où le titre du film est constitué d’un nom propre. Cela provoque des situations incongrues parfois. Rappelons le célèbre cas, il y a dix ans maintenant, de Swimming Pool, rebaptisé au Québec La piscine de François Ozon.

    Un extrait d’une chronique écrite à l’époque :

    Pour une question d’ordre technocratique typiquement québéco-québécoise, le nom du réalisateur fait chez nous partie intégrante de l’appellation du film. Il était impossible d’utiliser seulement «La Piscine», ce titre ayant déjà été utilisé pour le célèbre film que Jacques Deray a tourné en 1969 avec Romy Schneider et Alain Delon.

    Comme une bonne partie des dialogues de «Swimming Pool» est livrée dans la langue de Shakespeare, il existe une version entièrement doublée en français (Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier s’y doublent elles-mêmes, bien entendu). Cette version, qui empruntait quand même le titre original dans l’Hexagone, a d’ailleurs été exploitée là-bas dans une proportion d’environ trois copies en version doublée pour une copie en version originale.

    Selon un règlement de notre Régie du cinéma, tout film ayant fait l’objet d’un doublage doit toutefois être coiffé d’un titre en français. D’où cette décision étrange faisant probablement du Québec le seul territoire au monde où le film de Ozon sera intitulé «La Piscine de François Ozon».

    Dix ans plus tard, le Québec constituera aussi le seul territoire au monde où le film de Woody Allen pourra aussi être reconnu sous le titre Jasmine French.

    Cela dit, nous n’avons pas l’apanage des choix de titres un peu étranges. Vrai que Waiting to Exhale est devenu chez nous Vénus dans la Vierge (Où sont les hommes ? en France). Il reste d’ailleurs mon exemple favori depuis longtemps. Quand même, on trouve aussi souvent en France des choix tout aussi discutables, notamment cette tendance à remplacer un titre anglais par un autre titre… en anglais ! C’est notamment le cas de The Hangover (Lendemain de veille au Québec ; Very Bad Trip en France), ou de Silver Linings Playbook (Le bon côté des choses au Québec ; Happiness Therapy en France)

    Parviendra-t-on à s’habituer à Jasmine French ? Je n’en suis pas convaincu. Mais nous devrons bien nous y faire.

    En passant, le titre québécois d’Inside Llewyn Davis vient d’être trouvé. L’excellent film des frères Coen, Grand Prix à Cannes plus tôt cette année, prendra l’affiche le 20 décembre sous le titre Être Llewyn Davis.

    Quelques liens :

    Pour bien comprendre Lincoln.

    Les frères Coen, princes de la Croisette.

    La bande annonce de Blue Jasmine en version française :


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Ah cette guéguerre stupide sur le doublage québécois, qui ressemble à du doublage français sauf dans la qualité sonore, l’uniformité du timbre vocal de l’enregistrement et la prononciation des prénoms des acteurs. À tel point que souvent je me demande qui double, il n’y a aucun intérêt de le faire si le film n’est pas diffusé en premier ici…

      Contrairement beaucoup je pense que le doublage, comme il est pratiqué en France, peu sauver des séries et des films et donner une illusion sur leurs qualités: souvent on l’accuse de détruire le film, mais je pense aussi que trop le doublage français va parfois mentir sur le rythme rendre des personnages plus drôle que dans la vrai version. Un retouche qui gache l’évaluation. Et sauve de nombreux film.
      J’ai des exemples de filles bilingues assumées qui préfèrent les versions françaises pour certaines série, les voix choisis donne un climat plus humoristique.

    • Arrivant tout juste de France, j’ai également vû l’annonce du film “The Purge” qui a été “traduit” en France par “American Nightmare”. Une française m’expliquait d’ailleurs que ces choix de titres anglophones pour remplacer des titres anglophones est dû au fait que le titre original ne cadre pas dans un contexte référentiel pour les français et que les traductions tel que very bad trip, Happiness therapy et American Nightmare leur donne des référence plus forte même que les traductions française des titres que nous avons au Québec. Effectivement discutable mais c’est l’évolution de la France.

      Est-ce que vous trouvez Blue Jasmine plus réussi que Mignight in Paris?

      Personnellement, oui. M-A. L.

    • ..@M-A.L. «Jasmine French», hein? Puisque c’est le nom de famille de la dame, où est le problème? Dans mon coin de pays, entre 1957 et 1963 il y avait un député fédéral qui s’appelait Roland English. Paradoxalement, il était francophone. :-)

      Il n’y a pas de «problème». Mais quand on ignore que «French» est le nom de famille du personnage, ce titre apparaît un peu étrange… M-A. L.

    • France Jasmin? Me semble que ça fait beaucoup plus “référentiel”!

    • Effectivement, il n’est pas terrible ce titre. J’ai sursauté hier quand j’ai vu les affiches collées sur la rue Saint-Denis, ne sachant pas par quoi serait traduit le titre original. Mais j’ai vraiment hâte de le voir ce film, surtout après l’horreur romaine de l’année dernière!

    • Remarquez, Jasmine French n’est pas si mal quand on compare à comment ils renomment les films en Chine. Je me souviens de “As good as it gets” qui était devenu “Mr. Cat Poop” en chinois…

    • Vraiment, j’ai eu beau lire tout l’article, je ne comprend pas la controverse, si controverse il y a. Tout comme “Annie Hall”, le nom du personnage s’appelle “Jasmine French”. Fallait-il traduire par “Jasmine Française” ????

    • Pratique très courante au cinéma, notamment dans le cinéma populaire et aussi dans les séries télé.

      Parfois c’est heureux, d’autre fois c’est plutôt consternant. Puis on peut aussi complètement oublier le titre québécois dans notre mémoire. Qui dit que Julia Roberts jouait dans ”Une jolie femme” pour ”Pretty Woman” ou bien John Travolta dans ” Brillantine” plutôt que dans ”Grease” ?

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_titres_qu%C3%A9b%C3%A9cois_de_films

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_titres_qu%C3%A9b%C3%A9cois_de_s%C3%A9ries_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9es

    • @ beranjaire

      J’ai l’impression aussi qu’on va s’y habituer — ou ne plus y prêter attention, comme le suggère lecteur-curieux.

    • C’est pas dans ce film que je joue la p’tite fille de Drummond?

    • Je viens de regarder la bande-annonce. C’est hallucinant comme Cate Blanchett ressemble à une jeune Gena Rowlands. Je suis sûr que c’est voulu.

    • Comment en vouloir à Woody Allen de préférer les doublages français aux doublages québécois ? quand on veut que ce soit bien fait, on demande à ceux qui sont capables de faire un bon doublage.

      Nommez-moi donc un film doublé au Québec qui était bien doublé… vous allez chercher longtemps.

    • Le titre est Ok. Ce qui m’agace davantage, c’est quand les noms des personnages sont changés dans la version “made in France”. Rappelez-vous de Dark Vador dans La guerre des étoiles.

    • J’ai souvent tendance à penser que les traductions de titre sont mieux ici qu’en France… Mais un cas m’avait particulièrement marqué : Stuart Little. “Little” est le nom de la famille qui adopte la petite souris, inutile de traduire ça, de toute façon un nom ça ne se traduit pas. Mais ici au Québec on a trouvé le moyen d’appeler le film “Petit Stuart”… Ça m’étonne encore que personne ne se soit posé de questions… Est-ce que la maison de doublage a réellement écouté le film ?!?

    • Bravo à Speilberg et Allens d’avoir résisté aussi longtemps à faire doubler leurs films au Québec. Le jeu des comédiens n’est pas au niveau de ceux qu’ils traduisent, la qualité sonore laisse à désirer, le français employé n’est parlé nul part dans le monde et ce sont toujours les mêmes comédiens qui reviennent.

      Par contre, je ne comprends pas du tout cette manie (ou paresse) de la France de ne plus traduire les titres… Ç’en est presque troublant…

    • Pour moi, le meilleur exemple de doublage québécois raté demeure la version française de la série Ally McBeal. L’horreur! Tellement, tellement mauvais, c’était honteux.

    • Numéro 1 au Box-Office au Québec, c,est bien mais je crois pas que cela va durer.

      Cela a quand même du bon de présenter un film sur beaucoup d’écrans, il y a des cinéphiles et des fans partout mais un coup qu’ils vont y être allés…

      Les autres qui embarquent plus tard devront se déplacer plus loin.

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