Marc-André Lussier

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    Vendredi 16 août 2013 | Mise en ligne à 7h54 | Commenter Commentaires (9)

    TIFF et les autres: pourquoi cette obsession de la primeur?

    Vic et Flo - Affiche

    «Ma relation avec le TIFF est terminée»
    – Denis Côté

    On le sait, la rivalité est féroce entre les festivals de cinéma. Le phénomène n’est pas nouveau. Vu de l’extérieur, on a toutefois l’impression que cette compétition est encore plus sanglante depuis quelques années. Il n’y a pas si longtemps, la rivalité entre la Mostra de Venise et le Toronto International Film Festival était vive mais, d’une certaine façon, l’esprit de la Mostra planait néanmoins sur le TIFF. L’événement torontois n’étant pas compétitif, il n’était pas rare de voir les pointures concourir d’abord pour un Lion d’or sur le Lido et ensuite s’envoler vers la Ville reine pour y présenter leur film en première nord-américaine.

    Pendant la conférence de l’équipe de Brokeback Mountain au TIFF en 2005, un duplex avait même été organisé afin de permettre au cinéaste Ang Lee (encore à Venise) d’annoncer lui même à ses acteurs Heath Ledger et Jake Gyllenhaal (à Toronto) que leur film avait obtenu la récompense suprême de la Mostra. Une telle collaboration serait-elle encore possible aujourd’hui ? Hum. Pas certain.

    Côté recalé au TIFF

    Au TIFF cette année, deux annonces ont beaucoup étonné les observateurs. D’abord, la présentation en «primeur mondiale» de 12 Years a Slave, le nouvel opus – très attendu il va sans dire – de Steve McQueen. Or, tout le monde s’attendait à ce que ce film soit d’abord lancé à la Mostra, d’autant que les deux premiers longs métrages du cinéaste (Hunger, Shame) étaient en lice pour un Lion d’or.

    Et puis, on note aussi l’absence dans la programmation du TIFF de Vic + Flo ont vu un ours, pourtant lauréat d’un Ours d’argent (Prix Alfred Bauer) à Berlin en février, et toujours inédit en Amérique du Nord. Or, les films de Denis Côté ont pratiquement tous été montrés au TIFF. Et voilà que Toronto recale celui d’entre eux primé officiellement dans l’un des trois plus grands festivals compétitifs du monde ? Que peut-on y comprendre ?

    Déçu, Denis Côté s’explique mal cette rebuffade. D’autant que toute la stratégie entourant la sortie du film a été orchestrée en amont, en fonction d’une présentation au TIFF. D’où, incidemment, le délai de plusieurs mois entre le lancement à Berlin et la sortie en salle au Québec (6 septembre). La réponse des programmateurs du TIFF se serait fait attendre pendant six mois. Plusieurs invitations dans d’autres festivals furent déclinées pendant ce délai, et la réponse – négative – est finalement tombée il y a trois semaines. Le film ne «ferait pas l’unanimité», aurait-on dit. Comme si les mots «unanimité» et «Côté» pouvaient être placés dans une même phrase !

    «Ma relation avec le TIFF est terminée», indique l’auteur cinéaste.

    Entendez par là que Denis Côté ne refusera jamais d’aller présenter un film au TIFF, si jamais les démarches d’un distributeur aboutissent ou qu’une invitation arrive. «Mais elle est terminée au sens où je ne leur montre plus amicalement mes films six mois à l’avance, dit-il. Je ne calcule plus rien par rapport au TIFF et je n’entretiens plus de liens simplement amicaux avec eux».

    Règles incohérentes

    Cet exemple illustre bien à quel point les cinéastes ayant l’occasion de se faire valoir sur le circuit des festivals internationaux sont coincés dans un monde où les règles sont floues et incohérentes. Les cas d’exception sont légion, et les relations interpersonnelles avec les différents programmateurs pèsent (trop ?) lourd dans la balance. Il semblerait que l’an dernier, les sélectionneurs du TIFF chargés de la programmation des films canadiens étaient furieux de voir Bestiaire circuler un peu partout avant d’arriver au TIFF. Or, plusieurs des films québécois programmés à Toronto cette année ne sont pourtant pas des primeurs mondiales. Par exemple, Sarah préfère la course et Le démantèlement ont été lancés à Cannes ; Gabrielle à Locarno. Tom à la ferme ira même chasser le Lion d’or à Venise tout juste avant sa présentation au TIFF. C’est dire qu’en matière de films canadiens, on vise avant tout là-bas la primeur mondiale mais, quand même, on montre aussi certaines des bonnes prises des autres festivals. Pourquoi la furie pour l’un et pas pour l’autre ? Et pourquoi cela ne pose-t-il aucun problème pour les films internationaux (les grands titres de Cannes y sont à peu près tous présentés en primeur nord-américaine) alors qu’on se montre plus pointilleux pour les films «locaux» ?

    Peut-être les programmateurs du TIFF ont réellement estimé que Vic + Flo ont vu un ours n’est pas digne de leur festival. Qui sait. Ayant vu le film hier matin, cette hypothèse me semble pour le moins improbable. Cette oeuvre singulière ne peut évidemment pas faire l’unanimité, question d’approche et de ton, mais à mon sens, elle s’inscrit d’emblée dans ce que Côté a fait de mieux. Ce film est déjà vendu dans neuf territoires. Une tournée d’une quarantaine de festivals est aussi prévue. L’ours, un documentaire sur le tournage du film, réalisé par Daniel Karolwicz, vient d’être présenté au Festival de Locarno.

    Cela dit, j’avoue mal comprendre cette obsession de la primeur. En quoi cela peut-il déranger les cinéphiles qu’un film ait été présenté ailleurs auparavant ? Ne dit-on pas, publiquement du moins, que ces festivals ouverts au grand public sont d’abord et avant tout conçus pour le plaisir des cinéphiles ? On me permettra d’être un peu sceptique. Si tel était vraiment le cas, il n’y aurait aucun problème à leur offrir la possibilité de voir enfin les films dont la grande réputation fut acquise ailleurs.

    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Ça me semble être tout à fait dans la logique du TIFF. J’ai toujours eu l’impression d’un festival plus intéressé par son image que par son contenu, malgré tous les très bons films qui y sont évidemment.

      Les primeurs attirent l’attention de la presse, ça rend le festival plus “international”, plus glamour (tiens, tout ce que veut aussi la ville qui accueille le TIFF justement).

      La primeur n’attirera pas le cinéphile si à la base le film ne l’intéressait pas déjà.

    • L’ART doit-il est mis en compétition? N’est-ce par pour le simple plaisir des sens qu’on peut se laisser aller aux émotions les plus intimes qui nous animent! Tout ce marchandage à propos de l’ART prend des allures d’un mercantilisme honteux. Les responsables de ce brouillamini sont évidemment les têtes dirigeantes de ce manège qui eux ne se satisfont que via leur EGO on ne peut plus disproportionné. Ces gens-là n’ont aucuns scrupules à laver leur linge sale en public. N’oublions pas que ce même public justement en a marre de ces scènes de ménages où rien n’est jamais réglé.

      L’ART a toujours été sujet aux disputes, aux diversions d’idées et d’intérêts. Il ne reste plus au public que l’initiative de suivre comme les moutons de Panurge*.

      ___________________
      * Voir sur Google

    • Il est saugrenu d’affirmé que TIFF est intéressé surtout par son image. Je le fréquente depuis 25 ans et il ne jouirait pas de son succès actuel sans son efficacité, la compétence de ses programmeurs et le respect qu’il accorde aux cinéastes. Quant à Toronto, elle est trop diversifiée pour miser sur un événement particulier dans l’espoir de se faire une réputation quelconque. Les cinéphiles qui remplissent les salles se balancent complètement des primeurs. Cependant, contrairement au FFM, le TIFF n’accepte pas n’importe quoi et limite le nombre de films qu’il présente. Il est tout à fait plausible que ce film ait été refusé parce que les programmeurs ne l’ont pas jugé suffisamment bon, tout simplement.

    • À francois-toronto: Pourquoi ce besoin maladif, et tout à fait inutile en lien avec le présent article, de lancer une petite crotte au FFM? Vous voulez vous rendre intéressant auprès de M.A. Lussier et de ses suiveux?

    • @françois-Toronto,
      Il faut vraiment avoir des préjugés tenaces contre le FFM pour dire n’importe quoi!!!

    • J’etais au TIFF l’année derniere pour le film rebelle et le producteur répondait à toutes les questions aussi bien en anglais qu’en Francais. Le TIFF marie bien glamour et accessibilité pour les cinéastes. C’est un excellent festival.

      Pour ce qui est de Denis Cote, peut-etre que son film n’était tout simplement pas assez bon…

    • Le site suivant prévoyait cette absence en la déplorant et donnait une autre explication…

      http://www.cinemablographer.com/2013/06/anticipated-canadian-films-tiff.html#more

      ” Denis Côté’s Vic and Flo, unfortunately, probably won’t show up at Toronto since in opens in theatres September 6th. TIFF starts September 5th, so it could have a screening alongside the opening night selection on Thursday and use the festival to kick off its theatrical release. (The silver lining of Vic and Flo’s absence at TIFF means that one could then see it in theatres for half the price during a lull in the festival.) ”

    • Évidemment quand je parle de Del Toro je pense à Pacific Rim (ou The Hobbit 2 pour Jackson).

    • Ve

      C’est dont bien stupide la censure que j’ai subi. Je ne crois pas avoir utilisé aucune insulte
      envers aucun participant. Quelle perte de temps, cyberpresse. Adieu!

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