Marc-André Lussier

Archive, août 2013

Vendredi 30 août 2013 | Mise en ligne à 8h30 | Commenter Commentaires (13)

Ah ! Ces «films» sans cinéma…

Maison - Affiche

La Maison du pêcheur est un film sans cinéma. Qui aurait sans doute eu avantage à se trouver une niche à la télévision

Lors de la conférence de presse tenue en marge de la présentation de L’autre maison, présenté à la soirée d’ouverture du FFM, le producteur Roger Frappier a raconté comment il avait incité le réalisateur Mathieu Roy à «mettre du cinéma dans son film».

La suggestion peut sembler un peu saugrenue, mais elle se révèle très pertinente. Le producteur a en outre fait remarquer que les longs métrages sont de plus en plus dépouillés de leurs élans cinématographiques pour ne plus se concentrer que sur «l’histoire» à raconter.

Pure coïncidence (ou mauvais timing, c’est selon), une production québécoise est à mon sens venue illustrer parfaitement le propos du producteur quelques jours plus tard. Présenté aussi dans la compétition mondiale, La Maison du pêcheur est un film sans cinéma. Qui aurait sans doute eu avantage à se trouver une niche à la télévision.

Alain Chartrand, dont le dernier film de fiction remonte à 1990 (Ding et Dong le film), avait une occasion en or de réaliser une œuvre marquante, laquelle aurait pu s’inscrire dans la grande tradition du film politique. Son intention de départ était d’ailleurs très prometteuse : décrire un épisode de la vie de jeunes «révolutionnaires» pacifiques – on est en 1969 – qui, un an plus tard, deviendront les artisans principaux de la crise d’octobre. Au sein d’une nation où la mémoire collective est pour le moins chancelante (malgré sa devise), le rappel des épisodes historiques par le biais des créations artistiques revêt un caractère essentiel.

Les films politiques sont devenus rares au Québec. Et très difficiles à produire. Pas le droit à l’erreur. Or, La Maison du pêcheur rate complètement la cible. Le scénario, écrit à six mains (Jacques Bérubé, Mario Bolduc et Alain Chartrand) est d’un didactisme quasi enfantin, truffé de situations complètement plaquées dans lesquelles on introduit des «messages». On est loin, mais alors là vraiment très loin des Ordres. Ou même d’Octobre.

Surtout, la réalisation, peu imaginative, se colle aux dialogues. Et ne s’aventure jamais au-delà du premier degré. Le découpage rappelle même parfois involontairement certains épisodes du Cœur a ses raisons. Aucun souffle, aucune poésie, aucun élan.

Une tendance lourde

Peut-être ce film est-il symptomatique d’une tendance plutôt lourde. Les projets destinés à un plus «large public», notamment ceux qui reçoivent l’aval des institutions, souffrent souvent – pas toujours dieu merci – de cette absence d’approche purement cinématographique. Un peu comme si l’on présumait que les spectateurs étaient trop habitués aux anciens codes narratifs télévisuels. L’embauche systématique de vedettes de la télévision prête aussi flanc à cette tendance. Fort heureusement, plusieurs films d’auteurs – des vrais films – ont aussi su rejoindre le grand public au fil des ans.

Il est vrai que la fréquentation a diminué au cours des deux dernières années. Les films québécois ne sont d’ailleurs pas les seuls à souffrir de cette désaffection. Ce n’est toutefois pas en tentant d’imiter l’offre télévisuelle qu’on remplira les salles.

Peut-être faut-il simplement, comme le suggère Roger Frappier, mettre du cinéma dans nos films.

Quelques liens :

Un film sensible et pudique pour lancer la compétition

Une maison entre deux chaises (Marc Cassivi)


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DBC - Affiche

L’affiche américaine

La sortie du nouveau film de Jean-Marc Vallée, qui sera lancé en primeur mondiale le 7 septembre au TIFF, a été devancée d’un mois. Dallas Buyers Club prendra l’affiche en salle le 1 novembre (plutôt que le 6 décembre). Chez le distributeur américain, Focus Features, on estime ainsi les chances meilleures pour le film de se faire remarquer en vue de la prochaine saison des récompenses. Chez nous, DBC est distribué par Remstar Films.

Une bande annonce a été lancée plus tôt aujourd’hui.

Quelques liens :

Le site officiel.

Moving Up Release to Early November (Hollywood Reporter).

Matthew McConaughey prêt pour l’Oscar… (Première.fr)

Jean-Marc Vallée : comme à 20 ans.


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Mardi 27 août 2013 | Mise en ligne à 7h25 | Commenter Commentaires (2)

Le succès inattendu d’un majordome…

Butler - Affiche Fr

Vous êtes nombreux à me demander où diable peut-on voir Lee Daniel’s The Butler en français au Québec. Réponse ? Nulle part. La question m’est posée d’autant plus souvent que le drame biographique de Lee Daniels (The Paperboy) caracole en tête du box-office nord-américain depuis deux semaines. À vrai dire, peu de gens dans l’industrie avaient prévu un aussi grand succès.

Nous en avons parlé à quelques reprises depuis quelques mois : les grands studios y pensent désormais à deux fois avant d’investir dans un doublage spécifiquement destiné au public québécois. Ce fut le cas avec Lincoln (Steven Spielberg). Ce fut aussi le cas avec 42, le drame biographique consacré au légendaire Jackie Robinson. D’évidence, le studio Warner ignorait que le premier joueur de baseball noir à joindre les rangs de la Ligue majeure de baseball était une icône à Montréal…

Lee Daniel’s The Butler n’est pas distribué par un «grand studio» à proprement parler, mais c’est tout comme. Aux États-Unis, le long métrage fait partie du catalogue de The Weinstein Company. Dont les films sont relayés chez nous par Films Séville. Dans ce cas-ci, la décision de ne pas procéder à un doublage «local» est revenue au distributeur québécois. Qui se retrouve aujourd’hui un peu dépassé par un succès que personne n’aurait pu prévoir deux mois avant la sortie, moment où ce genre de décision est prise.

Tant dans l’esprit des grands studios que dans celui des distributeurs locaux, les films américains qu’on pense a priori destinés à un public afro-américain sont peu viables au Québec sur le plan commercial. C’est aussi simple que ça. Tyler Perry est pratiquement un pur inconnu chez nous. À cela s’ajoute la morosité générale d’un box-office à la baisse sur le plan des entrées.

Face au succès inattendu du Majordome, le distributeur contemplerait maintenant l’idée de favoriser l’accès du film en version française (doublage réalisé en France – le film sort le 11 septembre là-bas) en salle ou sur «d’autres plate-formes». Rien n’est encore toutefois confirmé à cet égard.

Du côté de chez Weinstein, on souhaite maintenant capitaliser sur ce succès pour bien se positionner dans la prochaine course aux Oscars. On ne cache pas rêver d’un parcours à la The Help. Le film de Tate Taylor, qui avait fait l’objet d’un doublage québécois (La couleur des sentiments), a valu à Octavia Spencer l’Oscar de la meilleure actrice de soutien.

Quelques liens :

La critique de Sonia Sarfati.

Une question de respect et de dignité.

Une guerre de titres pour The Butler. Absurde.

La bande-annonce dans ce qui devrait être la version idéale : en v.o. avec s.t.f. :


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