Marc-André Lussier

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    Vendredi 21 juin 2013 | Mise en ligne à 12h15 | Commenter Commentaires (8)

    D’étonnantes statistiques…

    Skyfall - 1

    Skyfall, le film le plus populaire en 2012 à Montréal

    L’observatoire de la culture et des communications du Québec a publié cette semaine son rapport exhaustif sur l’exploitation cinématographique au Québec en 2012. Comme il fallait s’y attendre, ce rapport fait notamment écho à la piètre performance du cinéma québécois au chapitre de la fréquentation. Quand même, les statistiques officielles évoquent maintenant une part de marché de 6% (plutôt que 4,8 %, comme il fut mentionné au début de l’année). On doit sans doute cette légère hausse au succès de Pee Wee 3 D, sorti à la mi-décembre.

    Pour quiconque s’intéresse au domaine, la lecture de ce rapport offrira une foule de statistiques intéressantes. Vous pouvez accéder à ce rapport en cliquant sur le lien à la fin de cet article.

    Au-delà de toutes les études et constats sur l’exploitation cinématographique en salle, un chiffre retient particulièrement mon attention : 466. C’est le nombre de longs métrages qui ont pris l’affiche en primeur dans les salles québécoises. 466 ! C’est dire à quel point le roulement est rapide. On impute aussi cette hausse (72 de plus qu’en 2011 !) à la présence de cinémas spécialisés (le Cinéma du Parc notamment) qui, bien souvent, mettent à l’affiche dans leur salle des productions qui ne pourraient être vues ailleurs.

    Je vous propose, en vrac, quelques passages de ce rapport qui m’ont semblé intéressants.

    «Comme en 2011, la plupart des indicateurs de 2012 sont déprimés. En effet, à l’exception du nombre de projections, tant les indicateurs de l’exploitation que ceux de l’infrastructure affichent une baisse par rapport à 2011.

    La tendance à moyen terme (2008-2012) confirme ou infirme la concordance de la variation annuelle la plus récente, ce qui permet une interprétation correcte des données récentes. Ainsi, malgré leur baisse en 2012, les recettes affichent une certaine croissance au cours des cinq dernières années. À l’inverse, la diminution du nombre d’écrans et de cinémas et de l’assistance est conforme à ce qui est observé depuis cinq ans. Il en va de même du marché des vidéogrammes et de la part québécoise de ce marché.

    Par ailleurs, l’indice de fréquentation, soit l’assistance par habitant, est en décroissance au Québec et en France, tant par rapport à 2011 que par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Au Canada et aux États-Unis, l’indice de fréquentation a enregistré un gain appréciable en 2012, malgré une tendance à moyen terme négative.

    En résumé, les chiffres clés de 2012 confirment dans la plupart des cas les tendances observées depuis cinq ans, soit le ralentissement de l’exploitation des films en salle et la contraction de l’infrastructure cinématographique. Cela signale l’ampleur des défis auxquels font face actuellement les exploitants de cinémas (…)

    L’infrastructure d’exploitation

    L’infrastructure cinématographique du Québec s’est profondément transformée au cours des 35 dernières années. Les premières données de l’enquête, recueillies en 1975, indiquent que le Québec comptait alors 384 écrans répartis dans 345  établissements cinématographiques (cinémas et ciné-parcs). En 2012, le nombre d’écrans était passé à 752, tandis que le nombre d’établissements était réduit à 1123. Les cinémas et les ciné-parcs ayant connu des  évolutions distinctes, il convient d’en faire une analyse séparée.

    Du milieu des années 1970 à la fin des années 1980, le nombre de cinémas décroît régulièrement, et ceux qui comptent un seul écran sont remplacés progressivement par des complexes cinématographiques. Au début des années 1990, le nombre de cinémas augmente légèrement grâce  à l’ouverture de plusieurs multiplexes. Cette croissance du nombre de cinémas se poursuit jusqu’au début des années 2000, avec la construction de plusieurs mégaplexes. Le nombre d’écrans, qui était de 283 en 1989, fait alors un bond considérable. L’ajout de quelques complexes cinématographiques au cours des années 2000 pousse le nombre d’écran à son point culminant, soit 806 en 2007.

    À partir de 2000, le nombre de cinémas commence à décroître, passant de 136 à 104 en 2012. Depuis le point culminant de 2007, 18 cinémas ont cessé leurs activités, dont cinq en 2012, une diminution de 15%. Le nombre d’écrans baisse de 9%, passant de 806 en 2007 à 734 en 2012, une perte de 72 écrans. La chute des ciné-parcs a été plus drastique. En 1981, il y avait au Québec 71 écrans extérieurs répartis dans 43 ciné-parcs. En 2012, on ne compte plus que 18 écrans répartis dans 8 ciné-parcs.

    Comment expliquer cette contraction de l’infrastructure cinématographique depuis 2007 ? Les établissements ayant cessé leurs activités peuvent être répartis en trois groupes. Un premier groupe est constitué d‘établissements indépendants, situés à l’extérieur des grands centres urbains, et ayant une ou deux salles (Cinéma Lafontaine, Cinéma Pixel, etc.). Un deuxième groupe comprend des établissements indépendants, situés dans les grands centres urbains ou en périphérie, et ayant entre trois et huit salles (Cinéma Paradis, Cinéma Versailles, Cinéma Tops, etc.). Le dernier groupe est composé d’établissements appartenant à une chaîne, situés dans les grands centres urbains ou en périphérie et ayant entre 6 et 18 salles (Cinéma Langelier, Cinémas des Galeries de la Capitale, Star Cité de Sainte-Foy, etc.) (…)

    L’exploitation cinématographique

    L’assistance et les recettes des cinémas et ciné-parcs sont en baisse pour une troisième année consécutive. L’assistance, qui se chiffre à 21 M, est en baisse de 5 % par rapport à 2011 et demeure inférieure à la moyenne des cinq dernières années (23 M d’entrées). Les recettes de 170 M$ diminuent de 4% et demeurent sous la moyenne des cinq dernières années (176 M $). Cette baisse globale de la fréquentation des cinémas varie-t-elle significativement selon les régions ?

    Les établissements des régions centrales que sont Montréal et la Capitale-Nationale réalisent à eux seuls 42 % de l’assistance et 43% des recettes. En raison de leur poids, les résultats de ces établissements ont un grand impact sur les résultats globaux. En 2012, la région de Montréal affiche une baisse de son assistance de seulement 2 %, ce qui permet d’atténuer en partie les résultats des onze régions administratives dont la diminution de l’assistance est sous la moyenne québécoise (– 5 %). Il faut cependant noter que la contraction de la demande touche toutes les régions.

    Chaque année, le succès ou l’échec de quelques films vient influencer, à des degrés divers, les résultats d’exploitation des établissements cinématographiques. Cependant, considérant les baisses enregistrées au cours de 9 des 10 dernières années, il est possible de faire l’hypothèse que la baisse de l’assistance depuis le sommet de 2002 ne peut s’expliquer uniquement par la performance relativement décevante des plus gros succès. Pour preuve, en 2002, l’assistance totale a été de 29 M, et les 10 films les plus vus récoltaient 28 % des entrées. En 2012, avec une assistance totale qui se situe maintenant à 21 M, l’assistance des 10 films les plus vus a tout de même représenté 28% de ce résultat. En 2012, le film au sommet du palmarès a  été vu par un peu moins de 900 000 personnes, alors que pour être dans le palmarès des 20 films les plus vus depuis 1985, il faut un minimum de 1 million d’entrées (…)

    L’origine des films

    Hormis les États-Unis, la place occupée par les films nationaux dans l’exploitation locale est souvent considérée comme un indicateur de la santé de l’industrie cinématographique nationale, sinon comme une justification des investissements importants qu’y consacre l’État. Au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux, ce sont les films états-uniens qui occupent la plus grande partie du marché. En 2012, les films états-uniens ont recueilli 79 % des projections et de l’assistance et 80 % des recettes. Ces résultats sont similaires à ceux de 2010 et 2011. Malgré cela, l’année 2012 a été celle du cinéma français, avec 7 % de l’assistance, sa meilleure performance depuis 2001 grâce au succès du film Intouchables, 9e au palmarès de 2012. Pour la première fois depuis 1997, les films québécois doivent se contenter d’une quatrième place, derrière la Grande-Bretagne. Parmi les productions québécoises, Omerta (294 559 spectateurs) et Goon : dur à cuire (173 058 spectateurs) constituent les plus grands succès de 2012, ces deux films regroupant 38% de l’assistance aux films québécois.

    Par ailleurs, les films états-uniens récoltent 6,3 une part plus grande des recettes que 5,3 de l’assistance, car les billets des films états-uniens coûtent plus cher (8,14 $ en moyenne) que les billets des films d’autres origines, notamment ceux des films québécois (7,26 $ en moyenne). Cet écart est attribuable en bonne partie aux films en 3D, dont le prix d’entrée est de 10,20$ en moyenne. La part états-unienne de l’assistance à ces films est de 94 %.

    Nombre – langue – classement – palmarès

    Outre le nombre de fauteuils disponibles, le nombre de films projetés durant l’année est un autre indicateur de l’offre cinématographique. En 2012, 818 films ont été présentés dans les salles de cinéma et ciné-parcs au Québec, en hausse par rapport aux 574 films de 2011. Depuis 1985, il y avait eu une tendance à la baisse du nombre de films présentés par année, jusqu’à une certaine stabilisation autour de 600 au début des années 2000. Le résultat de 2012 est donc surprenant par rapport aux années antérieures, mais peut s’expliquer par la croissance du nombre de films présentés dans les établissements de type répertoire (Cinéma du Parc, Centre du cinéma Parallèle et Cinéma Le Clap).

    Cette croissance du nombre films en 2012 est observée, peu importe l’origine des films. La répartition des films selon l’origine reste similaire  à celle des années antérieures. Toutefois, la part des films des États-Unis, particulièrement basse en 2009 avec 43 %, est passée à 50 % en 2012.

    L’assistance aux films en langue française représente, en 2012, 71% de toute l’assistance (74% en 2011). Ce résultat, le plus faible depuis celui de 2004 (69%), s’explique en grande partie par la chute de l’assistance aux films québécois, dont la très forte majorité est de langue française. Les films projetés en anglais récoltent 28 % de l’assistance, tandis que les films dans une autre langue que le français ou l’anglais en recueillent moins de 1 %.

    En 2012, 72 % des films diffusés étaient destinés au grand public (visa général), en hausse par rapport à 2011 (68 %) et loin devant les films classés 13 ans et plus (25% des films), les films classés 16 ans et plus (2 % des films) et les films de 18 ans et plus (2 %). La tendance des dernières années semble indiquer que la part des films classés 13 ans et plus continue à s’effriter (33 % en 2008 et 25 % en 2012) au profit des films ayant un visa général. Cela semble s’inscrire dans une stratégie d’élargissement du public en offrant un produit accessible à toute la famille.

    Avec plus des deux tiers des films, ceux-ci récoltent 65 % de l’assistance en 2012, en baisse par rapport à 2011 (76%) et 2010 (80 %). Cette baisse s’explique par le succès de certains films (007 Skyfall, Mission impossible : protocole fantôme), qui ont contribué  à faire augmenter la part de l’assistance pour les films classés 13 ans et plus à 34 % (24 % en 2011).

    Premièrement, le palmarès de 2012 reflète bien la domination des films états-uniens, ceux-ci récoltant 16 des 20 premiers rangs. Ensuite, le palmarès 2012 compte neuf films exploités en format 3D (10 en 2011). Enfin, les 10 films les plus populaires, à l’exception du film Intouchables, sont soit inspirés d’une œuvre littéraire, soit la suite d’une série à succès.

    En 2012, la part de l’assistance réalisée par les films québécois est de 6 %, en baisse par rapport à 2011 (11%). Il faut remonter  à 2000 pour avoir un résultat plus faible (4 %).»

    Cette publication, précisons-le, a été réalisée par Benoit Allaire et Claude Fortier, responsables de projet, et Catherine Hallé, technicienne en recherche, enquête et sondage, sous la direction de Dominique Jutras, directeur Observatoire de la culture et des communications du Québec, Institut de la statistique du Québec.

    Le lien :

    Statistiques sur l’industrie du film (Tome 1 – L’exploitation cinématographique).

    Cinéma québécois : l’assistance en baisse de 48% (Presse canadienne).

    Compte Twitter : @MALussier


    • Est-ce que le problème de diffusion des films québécois provient des salles (diffuseurs) ou des distributeurs???

      Je suis dans la région de Gatineau (4ieme ville en terme de population au Québec), 3 ou 4 cinémas (avec les fusions)! Et au cours de ce long weekend de la St-Jean, ces cinémas nous présentent 1 film québécois!!!! 1er amour avec Macha Grenon dont je n’ai pas entendu parlé!!!!

    • @zabou39

      Très peu de films québécois durant l’été. Le seul autre qui est encore pertinent au Québec cette semaine serait “Sarah préfère la course”. Donc votre problème n’est pas attribuable aux exploitants mais bien à l’offre estivale.

    • @M-A.L: À l’époque du «tout à Twitter», proposer une texte aussi dense et chiffré relève presque de la provocation ou de la témérité. Merci de l’avoir fait car il nous fournit un bel éclairage sur la situation du cinéma ici. N’habitant plus Montréal, grâce à cette analyse je comprends mieux comment il se fait que je suis obligé d’attendre la sortie en DVD des films autres que les méga-prods US qui ne sont généralement pas dans ma palette.

    • Je trouve fort interressants les chiffres que vous publiez , un peu intense peut-être mais tout de même… Il faut toutefois se donner un peu de perspective avant d`en conclure que cela représente un portrait fidele de la situation québécoise ou autre. 2012 a été moche,tres peu prolifique soit mais inquietante ? On verra apres 2013 , on verra apres 2014 et seulement là pourrions nous faire un portrait juste mais encore là qu`est ce qui nous garanti le sort de 2015 ?
      La créativité,l`inspiration ca se programme pas. J`ai ben de la misere avec ceux qui tirent des conclusions avec des situations qui ne sont que temporelles et temporaires.

    • Ayant lu rapidement sans s’arrêter sur les détails…et quitte à revenir plus tard j’aimerais bien voir les stats sur les productions de films au Québec – productions Québécoises – (au cours d’UNE année) en comparaison avec la France, la Belgique et les États-Unis!! Pour une raison ou une autre j’oserais penser que la rareté des ‘productions Québécoises’ y est aussi pour quelque chose! Manque de fonds…manque d’investisseurs, etc.

    • Concernant la photo.
      Je trouves que Daniel Craig a une tête disproportionnée.
      On dirait une grosse citrouille plantée sur un piquet.

      Ça doit bien exister une chirurgie pour se faire déssoufler la tête:

      http://i143.photobucket.com/albums/r122/scottastoll/shrunkleblog-01.jpg

    • Très étoffé. Merci de nous résumer. J’ai cliqué sur le lien de l’Obbservatoire et me suis perdu un peu puisqu’on inclut aussi la production télévisuelle.

      Juste une question de base. Comment calcule-ton les recettes d’un film? Pour faire simple, si on paie l’entrée au cinéma 10$ et on est 1000 à être aller le voir, ça donne donc 10 000$ de recettes?

      Ou on enlève la part du cinéma, distributeur, etc.?

    • C’est paradoxale car les producteurs de ‘gros’ films québécois ne veulent pas prendre de risques et se servent la plupart du temps d’un acteur archi-connu comme filet de sécurité avec le résultat que c’est tout le temps les mêmes (Lire ici Michel Coté et Rémi Girard et toute la panoplie d’humoristes avec ou sans talent). A force de vouloir éviter les risques, le résultat est que les spectateurs en ont royalement marre de voir toujours les mêmes têtes d’affiche dans les productions ‘mainstream’ du cinéma québécois ainsi que voir les 80% de ces films être des comédies qui tombent à plat la plupart du temps. Ne vous méprenez pas. Nous pouvons faire du cinéma de très fort calibre au Québec. La volonté des mécènes pour un cinéma puissant et original n’est tout simplement pas au rendez-vous la plupart du temps. Nous n’échappons pas à la tendance Nord-Américaine de la médiocrité cinématographique. La seule différence que le cinéma Québécois a avec le cinema Américain en 2013 c’est que le monde du cinéma à Hollywood est contrôlé depuis plus de trente ans par des comptables. Celui d’ici est contrôlé par le gouvernement Harper depuis plusieurs années qui fait preuve du mépris le plus total envers les arts en général et qui coupe les subvention et supervise les allocations aux productions d’ici pour qu’elles ne soient SURTOUT PAS identitaires.

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