Marc-André Lussier

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    Vendredi 7 juin 2013 | Mise en ligne à 15h10 | Commenter Commentaires (21)

    La folie des remakes

    Rahim - 2

    Tahar Rahim dans Un  prophète

    Des sommes astronomiques devant être investies pour la production d’un film dans le système hollywoodien, on préfère de loin miser sur des histoires ayant déjà fait leurs preuves ailleurs. Or, rares sont les films dont les remakes sont supérieurs à l’original.

    Alors que  les États-Unis et l’Union européenne négocient un accord de libre échange, plusieurs cinéastes et artisans – y compris des Américains – ont fait entendre leurs voix afin que le secteur audiovisuel soit exclu de l’entente.

    Pour mémoire, voici comment on résumait l’affaire dans un article publié par l’Agence France-Presse :

    Le sujet est d’actualité parce que les États-Unis et l’Union européenne veulent négocier un accord de libre-échange et que la France mène le combat pour en exclure le secteur audiovisuel, afin que la création puisse continuer de bénéficier de différentes aides publiques.

    Paris s’oppose à ce que l’audiovisuel figure dans les négociations au nom du respect du principe de «l’exception culturelle», qui consiste à faire de la culture une exception dans les accords internationaux, et à permettre aux États de limiter le libre-échange dans ce secteur pour soutenir et promouvoir leurs oeuvres.

    Pendant la tenue du Festival de Cannes, le sujet était assez chaud pour que même Steven Spielberg, président du jury cette année, consacre à l’affaire une bonne partie de son discours lors de la cérémonie de clôture. «L’exception culturelle est le meilleur moyen de préserver la diversité du cinéma», a-t-il lancé.

    Wim Wenders, qui occupe présentement la présidence de L’Académie européenne du cinéma, avait sonné l’alarme quelques jours auparavant en évoquant notamment les conséquences dramatiques qu’une telle mesure aurait sur le cinéma… hollywoodien !

    «En Europe, le cinéma fait partie de notre culture comme la peinture, la littérature ou la musique», a-t-il déclaré au cours d’un point de presse. Si nous acceptons la proposition américaine de considérer les films comme des produits issus d’une industrie, il n’y aura plus de cinéma européen. Si la contrepartie européenne n’existe plus, ce sera un désastre encore plus grand pour Hollywood. Avant longtemps, le cinéma américain en souffrira car il mise beaucoup sur des artisans européens. Et puis, il ne restera plus de films susceptibles d’inspirer leurs remakes !»

    On sait maintenant que la clause d’exception culturelle a été soutenue par le Parlement européen.

    Mais ah ! Ces remakes ! Cette industrie ne semble jamais avoir été aussi florissante. Elle s’exerce habituellement dans un seul sens (d’un plus «petit» pays à un plus «gros») mais on constate quelques exceptions. La semaine prochaine, le film d’Yvan Attal Do Not Distrurb sort au Québec. Il s’agit d’un remake d’un film… américain ! Humpday est un film indépendant qui avait notamment fait l’objet d’une présentation à la Quinzaine des réalisateurs en 2009. Des producteurs français ont estimé que le film comportait un sujet assez original pour mériter une relecture. Vous pouvez lire mon interview avec Yvan Attal et François Cluzet dans La Presse (et La Presse +) ce week-end.

    Dans la majorité des cas, les productions entreprennent évidemment le périple inverse. On ne compte plus les films «internationaux» qui ont fait l’objet d’une transformation locale aux États-Unis. Des sommes astronomiques devant être investies pour la production d’un film dans le système hollywoodien, on préfère de loin miser sur des histoires ayant déjà fait leurs preuves ailleurs. Or, rares sont les films dont les remakes sont supérieurs à l’original. Spontanément, il ne nous vient même aucun titre à l’esprit. Si vous en trouvez, merci de partager !

    Au Québec, deux longs métrages ont eu droit à un remake hollywoodien jusqu’à maintenant : Louis 19, roi des ondes (Michel Poulette) est devenu Ed TV (Ron Howard). Starbuck (Ken Scott) renaîtra de son côté sous sa forme américaine grâce à Delivery Man (dont la sortie a été reportée au 22 novembre). À noter que Ken Scott est l’un des rares cinéastes ayant eu le privilège de pouvoir réaliser lui-même le remake américain de son film.

    Compte tenu du fait que l’opération soit rarement couronnée de succès sur le plan artistique, cette folie du remake est-elle toujours indiquée ? Sur le plan financier, sans doute. Sur le plan cinématographique, pas toujours. On peut en outre s’inquiéter de l’annonce qu’a faite plus tôt cette semaine le producteur Neal Moritz, dont l’un des plus hauts faits d’armes est d’avoir produit les films Fast and Furious. Sous sa gouverne, l’exceptionnel film de Jacques Audiard Un prophète fera l’objet d’un remake américain.

    «Nous sommes persuadés qu’Un prophète parlera beaucoup au public anglo-saxon. Nous adorons travailler avec Neal et il a déjà travaillé sur des films dans la même veine qu’Un prophète. Nous pensons que notre film va autant passionner les spectateurs que l’original», a déclaré Hannah Minghella, la présidente de la production chez Columbia Pictures.

    Mais pourquoi diable le public anglo-saxon ne pourrait-il pas déjà se passionner pour l’original plutôt que pour une autre version, probablement édulcorée ? That is the question. On peut d’ailleurs poser la même question à propos du remake français de Starbuck. Pourquoi en faire une version franco-française alors que l’original a déjà attiré plus de 500 000 Français dans les salles ?

    Les liens :

    Steven Spielberg louange l’exception culturelle française (AFP)

    Un prophète fera l’objet d’un remake américain (Relax News)

    Compte Twitter : @MALussier


    • Le Millenium américain m’avait semblé meilleur que la version originale.

    • “Mais pourquoi diable le public anglo-saxon ne pourrait-il pas déjà se passionner pour l’original plutôt que pour une autre version, probablement édulcorée ?”

      Réponse 1, si le film est doublé: “Parce que les lèvres matchent pas avec c’qui disent!”
      Réponse 2, si le film est sous-titré: “Parce que si je voulais lire, j’irais pas au cinéma!”

      Le public anglo-saxon est mesquin, capricieux et toujours aussi insulaire, ce que vous savez sûrement.

    • Pourquoi?

      Parce qu’un film doublé, où la voix des acteurs est mal synchronisée au mouvement de leur bouche, est très désagréable à regarder (moi j’ai beaucoup de difficulté, surtout avec les acteurs/actrices que j’aime).
      Quant aux sous-titres (que je préfère de loin au doublage), presque personne n’en veut, sauf quelques dinosaures cinéphiles.
      Voilà pourquoi.

      En plus, nous francophones, nous non-Américains du monde entier, sommes habitués aux films en langues étrangères (l’anglais), avec ou sans sous-titres, doublé ou pas. Mais pas les Américains. Et pourquoi le seraient-ils? Ils ont assez de bons film comme ça (bien sûr que non, mais disons qu’ils en ont beaucoup tout de même). Imaginez si vous n’aviez jamais vu de film post-désynchronisé, ni de film sous-titré, ne seriez-vous pas difficile à convaincre? Des dizaines de millions d’Américains le sont, je crois. Et pour avoir du succès, il vous faut ses dizaines de millions-là…

      Stéphane Picher

    • Et pour continuer sur mon commentaire précédent:

      Réponse 3, si le film se déroulant, disons, à Paris, est entièrement refait par les Français eux-mêmes dans la langue de Shakespeare mais en maintenant l’action à Paris: “Parce que ça se passe pas aux États-Unis!” (Sauf si c’est une parodie, du style “Panthère rose”.)

      Et Réponse 4, si les Français, en refaisant le film eux-mêmes, décident de transplanter l’action à, mettons, Cleveland et en changeant tout le reste pour plaire au public américain: “Parce que c’est pas crédiblement américain!” (Et ce n’est pas récent: Voyez donc un peu “The Long Night”, le remake américain à capitaux français du classique de Carné, “Le Jour se lève”, mais avec un happy ending. Flop monumental en 1947, complètement oublié aujourd’hui, ce qui n’avait pas empêché le distributeur du remake de tenter de détruire toutes les copies de l’original.)

      Les Français, entre autres, devraient retenir la leçon: You just can’t win, no matter how much you sell out…

    • Le Millenium de Fincher était effectivement un meilleur produit cinématographique que l’original.

      Le Insomnia de Nolan était légèrement supérieur à l’original.

      Si on considère 12 Monkeys comme un remake de La Jetée, je l’ai également trouvé supérieur.

    • Un sujet large mais les européens ont raison.

      Effectivement, les américains ont un sérieux problème de remake. J’ai vu il y a quelques mois que True Grit était un remake. C’est vraiment hallucinant de voir la quantité de films qui en sont. Et effectivement, en majorité, le remake est moins bon (Gatsby quelqu’un?). Le plus récent True Grit était très bon mais je n’ai pas encore vu le vieux (manqué la projection à Télé-Québec).

      D’ailleurs, j’avais lu quelque part quelqu’un qui disait qu’actuellement, une des raisons du succès des séries était la possibilité d’avoir des scénarios audacieux. Et ça marche. Ce qui est rendu difficile à l’usine Hollowood.

      Ça me fait toujours penser au film que j’ai adoré: Adaptation.

    • Les remakes réussis sont effectivement une denrée très rares. Vite comme ça, on peut nommer True Lies, bien meilleur film que La Totale. Le Seigneur des anneaux (la trilogie) est meilleur que l’original, mais la comparaison est boîteuse puisqu’on parle d’une trilogie face à 1 film et demi, tous tirés d’une même oeuvre littéraire. Dans le cas de 12 Monkeys, on peut davantage dire qu’il s’inspire du film de Marker que de parler d’un remake…Dawn Of The Dead de Snyder, sans être aussi bon que le film de Romero, était quand même très efficace. Et on pourrait aussi souligner les remakes réalisés par le réalisateur original, 13 Tzameti, Funny Games, The Man Who Knew Too Much.

    • Le cinoche est en crise, alors on se garoche sur le plus payant et le plus ‘’safe”. C’est normal vu le coût de la patente…

    • Moi c’est le remake d’Oldboy qui me fait peur.. je ne sais pas si j’ai hâte ou pas hâte de le voir

    • “Remake” ça sonne pour moi comme refaire. L’histoire reste la même, c’est ce qui l’entoure qui change.

      On refait la même histoire mais on l’entoure de la dernière technologie.

      C’est correct pour un bout. On apprécie la technologie mais on en revient à la base. On veut surtout une bonne histoire.

      Ce que je dis, c’est qu’avant le “remake” il y a eu un auteur. Avant de s’énerver… l’industrie devrait le reconnaître.

      Ma question: est-ce qu’on reconnait l’auteur d’un “remake” comme il se doit? Où on l’évacue par un tour de passe-passe? Je ne sais pas mais je devine qu’ici on parle plus de business que de création, hein?

    • Préférant voir les originaux, je ne suis pas un fan des remakes mais j’avoue que j’ai aimé la version «Al Pacino» de« Parfum de femme». Lui et Gassman sont différents comme acteurs et le réalisateur de la version US n’a pas bêtement copié l’original. Il en a fait une version culturellement conforme à la culture US ce qui a donné, à mon avis, un film intéressant.

    • Entre «Sommersby» (1993) et «Le Retour de Martin Guerre» (1982), je préfère, et de loin, l’original.

      Quoique, qu’il ne faut pas que j’omette de mentionner que les deux histoires ne se situent pas dans le même cadre spatio-temporel.

    • Ce qui est drôle avec l’exemple d’Audiard, c’est que son film précédant UN PROPHÈTE (DE BATTRE MON COEUR C’EST ARRÊTÉ) était en fait… un remake d’un film américain! (FINGERS). Oh le scandale! Oh la fallite de l’imagination française!

      Exact. Mais ce phénomène reste encore plutôt marginal. M-A. L.

    • @restil

      100% d’accord avec vous sur le public anglo-saxon, très prétentieux et mesquin.

      @ loicdb et teamstef

      D’accord avec vous sur le Millenium de Fincher, mais la différence n’était pas majeure (surtout côté acting) et l’histoire demeurant à toutes fins pratiques la même, il y a effectivement lieu de questionner un tel processus (c.-d-à “remake”).

      Pour ma part, je n’ai rien contre les remakes qui modifient substantiellement la perspective, l’univer ou l’époque même si le remake en question est inférieur à l’original; Sommersby est un bon exemple. Par contre, je déteste les remakes qui ne font qu’exploiter de manière quasi identique le même univers/intrigue sans modifier quoique ce soit de manière substantielle; le dernier Total Recall étant un exemple frappant!

      Mais bon, en quoi est-ce qu’un remake aussi mauvais soit-il est-il pire qu’un xième film calqué sur les précédents (tel Fast & the Furious ou même Star Wars à la limite)?

      Le problème, c’est le système [capitaliste/hollywoodien] et non le concept du remake comme tel…

    • @procosom.com oui vous avez raison. en tant que tel, ce n’est pas mal d’essayer de refaire un film mais les intentions derrière. Si on veux refaire le film à sa façon, en genre d’hommage, c’est bien mais il faut absolument le changer quelque peu comme vous dites. Faire une copie conforme comme Psycho par exemple, a peu d’intérêt. Haneke a refait Funny Games (identique plan par plan) pour le public américain, mais pourquoi? Avait-il vraiment besoin de ça, quel est l’intérêt sinon l’argent?

    • Scorsese doit être rendu bas pour vouloir faire un remake du film culte Internal Affairs avec The Departed. Il le voulait facile avec celui-là.

      Le problème avec les remakes, c’est qu’il arrive trop souvent qu’on oublie de les adapter à leur nouveau environnement ou qu’ils ne ”fit” pas du tout, ex: Seven Samourai et Magnificient Seven. Un samourai représente un guerrier guidé par son honneur, tandis qu’un cowboy hollywoodien, un hors-la-loi sans honneur! Avec Magnificient Seven, on voyait des cowboys avec les personnalités de samourai! J’ai failli vomir lorsque que j’ai vu le remake. Ça fait tellement faux.

    • Ce qui est encore mieux, ce sont les remakes des remakes…

    • Que dire du remake de Psycho par Gus van sant ?

      Pourquoi ?

      J’veux dire: pas mauvais per se, mais… pourquoi ?

    • Afin d’enrichir votre discussion, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ce texte de Sylvain Lavallée portant sur cette question publié en 2011 dans le cadre du blogue de la revue Séquences:

      http://www.revuesequences.org/2011/03/a-la-beaute-du-remake/

      Pour ma part, étant d’accord avec lui, j’aimerais seulement appuyer sur le fait qu’un remake n’est pas en soit une mauvaise chose. Un cinéaste doit pouvoir prendre comme matériau de base un autre film tout autant qu’un roman, une pièce de théâtre, une bd ou un menu de restaurant, et réfléchir à partir de lui sans que cela pose problème. Car si l’on considère le cinéma comme un art de la mise en scène et non du scénario, il n’y a aucune chance que deux films réalisés par deux réalisateurs différents soient identiques. N’importe quel réalisateur digne de ce nom s’approprie et rend donc pertinent n’importe quel matériau, aussi usé soit-il, par la seule force de sa mise en scène. Car, répétons-le, l’inspiration au cinéma, ce n’est pas une question de scénario, tout comme nous savons en peinture, depuis les Impressionnistes disons, que l’important n’est pas le sujet mais le regard du peintre : quand Monet et Renoir allaient se positionner devant le même motif, il en ressortait deux tableaux complètement différents. Bien sûr, nous sommes tous d’accord que la plupart des remakes sont idiots et opportunistes mais le problème n’est pas tant l’idée même de remake que les réalisateurs qui ne sont souvent que des tâcherons incapables de s’approprier quoique ce soit. Pour le reste (l’ignorance et donc, l’oubli des œuvres originales), eh bien, ça relève de l’éducation à l’art.

    • Et puis, pour ce qui est du Millenium de Fincher, il ne s’agit pas d’un remake des films suédois mais d’une autre adaptation des romans de Stieg Larsson. Contrairement au Psycho de Van Sant qui s’appuie directement sur le film d’Hitchcock et non sur le roman de Robert Bloch.

    • Il la fait spécialement pour toi jon8.

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