Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 19 avril 2013 | Mise en ligne à 17h56 | Commenter Commentaires (7)

    La grande fracture *(Ajout)

    Django - Affiche

    On a beau inscrire cette discussion dans le cadre de celle engendrée par la culture de la violence dans la société américaine, il reste que le jupon dépasse ici un peu trop

    C’était semaine de congrès à Las Vegas. Un peu comme le font tous les ans les artisans du cinéma québécois dans la froidure de janvier à Saint-Sauveur, ceux du cinéma hollywoodien se réunissent tous les ans au printemps dans la ville du jeu pour l’événement CinemaCon. Évidemment, c’est beaucoup plus «big» à Vegas, mais les enjeux de ces rencontres organisées par les associations d’exploitants de salles restent essentiellement les mêmes. On discute des problématiques liées à l’industrie, et on apprécie surtout les courbettes que font les distributeurs / studios pour séduire. On y présente en primeur des extraits de films à venir, histoire d’assurer un intérêt en amont. Les vedettes sont aussi présentes à ce genre d’événement. Ainsi, le buzz est créé auprès des exploitants, la presse professionnelle accoure, et le nombre d’écrans sur lesquels le prochain film attendu sera projeté risque d’être plus élevé que prévu au départ.

    À Saint-Sauveur il y a quelques mois, les rencontres de Ciné-Québec ont emprunté l’allure d’une longue séance d’auto flagellation. En marge de la célèbre sortie de Vincent Guzzo, président de l’Association des propriétaires de salles de cinéma du Québec, les participants tentaient d’analyser et de trouver les raisons pour lesquelles le cinéma québécois avait connu une année aussi noire au chapitre de la fréquentation. Trop de films sombres, pas assez de comédies, vraiment, arrêtez de vous grattez le bobo pis commencez donc par faire des films «que le monde veut voir». Avec des gros chars pis des «pitounes» si possible. Tel était essentiellement le message envoyé par le flamboyant président aux artisans du cinéma québécois.

    Un questionnement similaire aux É-U

    J’ai eu l’occasion de participer à un panel au cours de ce colloque. La nature «privée» de cette rencontre m’empêche de rapporter de façon précise les propos qui s’y sont tenus, mais je peux quand même vous dire que jamais, honnêtement, je n’aurais pu imaginer un fossé aussi grand entre les exploitants et les artisans du cinéma. Pour tout dire, le cinéaste invité à la table de discussion a quitté la salle au bout de 30 minutes (ça durait deux heures) tellement les visions des uns (exploitants) et des autres (artisans) étaient irréconciliables. Et les distributeurs sont pris au milieu…

    Ce souvenir m’est revenu cette semaine en lisant un article à propos du CinemaCon dans le New York Times. En prenant la parole sur la scène du Ceasar’s Palace, John Fithian, le président de la National Association of Theater Owners (le Vincent Guzzo américain en quelque sorte), a réclamé davantage de films destinés à un public familial. Paraîtrait que sur le plan de fréquentation, il y aurait un déficit de 12 % depuis le début de 2013 par rapport à l’an dernier. Je me fie au chiffre qu’avance le NYT étant donné que les statistiques de ce genre sont pratiquement introuvables en Amérique du Nord. Contrairement au système français, où l’on calcule le nombre d’entrées, le système nord-américain ne tient compte que des revenus générés au box-office. Ce qui, en vérité, fausse les données, probablement encore plus aujourd’hui qu’hier avec l’élargissement de la fourchette de tarifs (3D, salles V.I.P., etc.).

    «C’est cool d’être Quentin Tarantino et c’est amusant de faire des films avec autant d’éléments divers, a déclaré Filthian au Hollywood Reporter. Mais les exploitants et les studios ne connectent plus.»

    Le jupon dépasse

    On a beau inscrire cette discussion dans le cadre de celle engendrée par la culture de la violence dans la société américaine, il reste que le jupon dépasse ici un peu trop. Oui, la discussion à propos de la glorification de la violence au cinéma, celle qui façonne les esprits et les mentalités, mérite d’être tenue. Mais ceux qui ont un intérêt précis à attirer le plus de gens possible dans les salles ne sont peut-être pas les mieux placés pour en discuter. Quand monsieur Filthian affirme qu’il y a trop de films cotés «R»* qui prennent l’affiche aux États-Unis, parle-t-il de contenu ou d’accessibilité ? Y a-t-il trop de comédies cotées «R» aussi ? Veut-il davantage de productions destinées à attirer tous les publics parce qu’il peut alors vendre plus de tickets ? Plus de popcorn format familial avec simili beurre accompagné d’un baril de simili Coke ?

    C’est en cela que les visions des uns et des autres semblent irréconciliables. Les cinéastes font de l’art ; les exploitants font du commerce. Et le fossé ne cesse de s’élargir entre les deux. Au point où l’on commence à s’en inquiéter. Vraiment.

    * Aux États-Unis, un film coté «R» indique qu’un film ne peut être accessible à un enfant de moins de 17 ans, à moins que celui-ci soit accompagné d’un adulte.

    * AJOUT : Bien entendu, certains exploitants résistent à cette vague et tentent de proposer des programmations de qualité, dans la mesure de leurs moyens et de leurs possibilités. À Montréal, l’Excentris, le Cinéma Beaubien et le Cinéma du Parc défendent encore un cinéma qu’apprécient davantage les cinéphiles. Cela dit, la question du renouvellement des specfateurs cinéphiles se pose. L’exemple qu’apporte l’intervenant «petibonum» est assez limpide à cet égard. Rien contre le cinéma de divertissement, mais comment former une nouvelle génération de cinéphiles quand l’offre est uniquement de cette nature ?

    Les liens :

    Theater Owners Call for Fewer R-Rated Movies (New York TImes)

    MPAA Tweaks Movie Ratings System (Hollywood Reporter)


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • À l’affiche du cinéma Galaxy de Victoriaville cette semaine:

      1. L’OUBLI (OBLIVION) où Tom Cruise tente un énième retour grâce à la science-fiction;
      2. FILM DE PEUR 5 parce qu’on a pas fait assez d’argent avec les 1, 2, 3 et 4;
      3. L’OPÉRA DE LA TERREUR (EVIL DEAD), un «remake» d’un mauvais film des années 80;
      4. G.I.JOE REPRÉSAILLES: si les figurines se sont vendues, c’est sûr qu’on peut faire 2 ou 3 films… ou 15.
      5. ASSAUT SUR LA MAISON BLANCHE (OLYMPUS HAS FALLEN): La maison blanche est attaquée par des terroristes. On n’a jamais vu ça ailleurs, d’abord… La différence: des terroristes nord-coréens (!!?!).
      6. LE PARC JURASSIQUE 3D: le tyrannosaure sorti des boules à mites;
      7. LES CROODS: un film pour la famille. Il faut bien que papa ait quelque chose à faire avec les enfants pendant sa fin de semaine de garde.

      Constat no 1: Les films disponibles sont des films pour ados parce que ce sont eux qui vont au cinéma, point à la ligne. Les «adultes» ne se déplacent plus, trop bien qu’ils sont dans leur confort. La Voix et Star académie, ça suffit, non?

      Constat no 2: Les propriétaires de salle me font penser aux Conservateurs face à la recherche scientifique: on ne doit encourager que que la recherche qui peut rapporter. Le problème, c’est qu’en recherche comme en création, on ne sait jamais à l’avance. Pour un «De père en flic», combien d’«Empire Bossé»? Le résultat si on écoutait les Guzzo de ce monde: on ne laisserait pas les créateurs créer et on répéterait «ad vitam eternam» ce qui a déjà été fait.

      Paradoxalement, nous avons cette «chance» au Québec que le financement est attribué par des organismes gouvernementaux. Pour l’instant, et malgré plusieurs décisions fort critiquables, un semblant d’équilibre est maintenu entre les différents styles de films qui sont produits. Pour ma part, je me désintéresserais complètement du cinéma québécois s’il devait uniquement tenter de copier le cinéma américain ou des films québécois à succès (un «prequel» des Boys, vraiment?) . De toute façon, nous n’avons pas ses moyens-là et mieux vaut miser sur notre force: la créativité, la différence. Quant aux propriétaires de salle, ils se tirent dans le pied en mettant à l’affiche des films qui s’adressent tous à un même public. Combien de films un ado peut-il voir dans une semaine? Ils devraient plutôt se demander comment ramener les gens de 40 ans et plus au cinéma. Mais bon, se poser des questions, ça coûte de l’argent.

    • @petibonum

      D’accord avec vous sur toute la ligne!

    • Cinéphile de 26 ans originaire de l’Estrie et vivant maintenant à Montréal depuis 2009, je n’ai pas l’impression que le renouvellement des spectateurs cinéphiles soit particulièrement en danger, du moins pas à Montréal. Sans même avoir un entourage lié au milieu artistique et encore moins au monde du cinéma, les jeunes amateurs de cinéma sont suffisamment nombreux autour de moi pour partager des discussions riches sur des films et cinéastes souvent inconnus du grand public.

      Le Cinéma du Parc, par sa présentation régulière de classiques du cinéma, souvent dans les conditions de projection originales, me permet de découvrir et d’apprécier pleinement plusieurs grandes oeuvres de cet art (Lynch ces jours-ci). Et lors de ces projections, les jeunes (35 ans et moins) forment une très partie importante du public. Le Cinéma du Parc est concrètement devenu une école du cinéma pour moi et plusieurs autres cinéphiles amateurs. J’ai aperçu cette semaine, avant Blue Velvet, un jeune homme d’environ 20 ans qui manifestement pénétrait dans ce lieu pour la toute première fois de sa vie. Je me revoyais la première fois que j’y suis allé, pour voir 8½ et c’était un grand coup de nostalgie. Sourire béat.

      L’ExCentris m’apparaît aussi plus achalandé depuis quelques mois qu’il ne l’était depuis sa “réouverture”, alors il y a espoir que ça revienne bien. Il est vrai, par contre, qu’au Beaubien, les têtes grises dominent. Ils devront se mettre au renouvellement de leur clientèle et vite, car les festivals de films pour enfants, ben, c’est très très très long terme. Leurs choix de films s’avèrent souvent décevants; si le cinéphile n’est pas intéressé par la comédie américaine typique au Cineplex, pourquoi le serait-il par la comédie française typique au Beaubien? Ils devraient prendre des notes de certains choix de projection plus audacieux de l’ExCentris, notamment au niveau du documentaire de langue française, si la diversité des films le permet sans qu’ils ne se cannibalisent. Ils doivent aussi mieux publiciser leur programmation et faciliter l’accès, car des projections à 4-5 personnes durant la première semaine de présentation d’un film en compétition officielle à Cannes (Vous n’avez encore rien vu), on ne peut qu’en surligner d’importantes lacunes de logistique. Enfin, le Forum doit conserver sa vocation particulière dans son choix de programmation, bien que le public du Forum soit souvent désagréable.

      À l’extérieur de Montréal, c’est moins évident. Il faut souhaiter que les rares cinémas indépendants continuent de faire leur travail de mise en valeur des oeuvres majeures de cet art, notamment au niveau des versions originales et sous-titrées, sujet abordé récemment. Sinon, loin d’être optimal, il faut espérer que les jeunes aient au moins l’occasion de nourrir leur passion sur DVD, par internet (Netflix et téléchargement) ou à Super Écran. C’est là que se situèrent mes premiers pas dans la cinéphilie, comme presque tout le monde. Le milieu ferait bien de s’en rappeler, notamment lorsqu’il est question des débats politiques autour du droit d’auteur et du téléchargement.

    • Camion, Rebelle (un film correct sans plus), Inch’allah, Laurence Anyways et Roméo onze. Vous pensez que monsieur Brossard de Brossard va se déplacer et payer $12 pour voir ca au cinéma? Il le louera problablement même gratuit en dvd. Ils sont où les Québec-Montréal, La grande séduction ou Bon Cop, Bad Cop en 2012? Comme si on ne pouvait pas divertir sans tomber dans le Steven Seagal. Les 5 films sur Jutra en 2013 ont suscité zéro intérêt de ma part et ca vient de quelqu’un qui avait Jagten et The Master sur son top 5. Arrêtez d’emmerder les gens avec des films lourds et lents qui se regardent le nombril. P.s Evil Dead 1980 un film mauvais? c’est un classique du cinéma d’horreur mais au Québec pour certains le cinéma d’horreur, s-fi action, comédie on garde ca de haut. Bon cinéma!

    • Bon, je sais que ma proposition ne plaira pas, mais je crois qu’un large pourcentage des fonds alloués à la production devrait aller à la diffusion. Des salles en région financées par les organismes subventionnaires, vouées exclusivement au cinéma indépendants (d’ici et d’ailleurs) et aux productions financées par les organismes (ce qui implique des comédies et du cinéma de genre), c’est ce qui assurerait que la cohérence des choix culturels collectifs ne soit pas détruite par des fournisseurs de barils de Coke. Pourquoi laisser les marchands de pop-corn dicter les choix culturels partout, sauf dans 5-6 salles au Québec? Dans tous les domaines culturels, on ne tient pas compte de la diffusion, ce qui fait en sorte qu’une grande disparité existe entre la production artistique et la réelle offre culturelle, avec les effets que cela peut avoir sur l’éducation. L’idée même que Guzzo puisse avoir son mot à dire sur les choix culturels du Québec en fonction des intérêts uniques de son propre porte-feuille me répugne. Surtout qu’on considère qu’une telle chose est en soi légitime, puisqu’aucun chroniqueur n’irait jusqu’à remettre en cause son droit d’être à la table de discussion, même s’il ne crée rien, sauf du gras trans en masse.

    • @vidro: l’idée n’est pas mauvaise, mais il faut voir le problème d’une autre façon. Je m’explique:

      Dans ma ville natale (pas très grosse), il y a un cinéma et il possède maintenant 3 salles. Auparavant, il n’y en avait que 2. Le proprio n’est quand même pas là pour s’appauvrir donc il passe quand même sa part de films populaires américains (traduits) et également plusieurs films québecois. Le problème ici est que les distributeurs exigent un minimum de représentations, ou encore l’occupation d’une salle pendant un laps de temps minimum pour que l’exploitant de salle puisse passer le film. En exemple, le proprio m’avait expliqué que pour avoir les nouveaux Star Wars (mauvais mais quand même populaires) à leur sortie, il devait obligatoirement y dédier une salle pour 6 semaines. Quand on a uniquement 2 salles (à ce moment là) ça complique drôlement le choix des films qui peuvent passer dans les cinémas en région. (il a finalement décidé de ne pas passer Star-Wars directement à sa sortie si vous voulez savoir)

      Les contraintes sont donc bien différentes pour les petits cinémas de région par rapport aux cineplex et autres équivalents format géants qu’on retrouve en banlieue.

    • Pour les régions ils ont accès en saison au programme ciné-qualité ou cinérépertoire dans plusieurs cas…

      Alors, oui ils ont aussi la programmation régulière basée sur la popularité et l’aspect commercila et l’autre subventionnée pour la cinéphilie et cela peut se faire dans le même lieu de diffusion.

      D’une certaine façon le cinéphile de région est mieux servi que celui de banlieue qui doit absolument se rendre à Montréal pour voir en salles ce type de films.

      Ils en ont à Joliette :

      http://www.spectaclesjoliette.com/a-propos/cinerepertoire

      Aussi à Mont-Laurier, à Rouyn ou à Amos…

      http://www.ville.amos.qc.ca/FR/CITOYEN/CINE_QUALITE

      Pour Montréal, je pourrais revenir avec un autre lieu avec une programmation intéressante, le Théâtre Outremont, je parle dans le type répertoire, qu’on peut pas voir dans les salles commerciales ou très peu…

      C,est juste encore un peu plus loin pour moi alors… Je ne suis allé là que pour un concert jusqu’à présent mais outre le transport (surtout en temps) cela coûte pas trop cher de l’entrée…

      http://www.theatreoutremont.ca/fr/programmation/?prog_type=cinema&page_id=415

      ————————

      Pour revenir à la fracture, j’imagine qu’on mélange pas nécessairement les bons ensemble…

      Guzzo et Patrick Huard ou Guillaume lemay-thivierge ils sont pas mal différents mais pas mal moins que nos cinéastes primés…

      Ou encore rendez-vous dans votre superclub videotron près de chez vous… en voyez-vous énormément des fils pour cinéphiles ? Pas moi, juste une toute petite section…

      C’est la même chose que pour la bière…. Il y en a très peu de belles. Et ceux qui se sont essayés avec un très vaste choix ont dû fermé leurs portes ici. Par contre, cela en a inspiré d’autres à en offrir une petite sélection.

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