Marc-André Lussier

Archive du 19 avril 2013

Vendredi 19 avril 2013 | Mise en ligne à 17h56 | Commenter Commentaires (7)

La grande fracture *(Ajout)

Django - Affiche

On a beau inscrire cette discussion dans le cadre de celle engendrée par la culture de la violence dans la société américaine, il reste que le jupon dépasse ici un peu trop

C’était semaine de congrès à Las Vegas. Un peu comme le font tous les ans les artisans du cinéma québécois dans la froidure de janvier à Saint-Sauveur, ceux du cinéma hollywoodien se réunissent tous les ans au printemps dans la ville du jeu pour l’événement CinemaCon. Évidemment, c’est beaucoup plus «big» à Vegas, mais les enjeux de ces rencontres organisées par les associations d’exploitants de salles restent essentiellement les mêmes. On discute des problématiques liées à l’industrie, et on apprécie surtout les courbettes que font les distributeurs / studios pour séduire. On y présente en primeur des extraits de films à venir, histoire d’assurer un intérêt en amont. Les vedettes sont aussi présentes à ce genre d’événement. Ainsi, le buzz est créé auprès des exploitants, la presse professionnelle accoure, et le nombre d’écrans sur lesquels le prochain film attendu sera projeté risque d’être plus élevé que prévu au départ.

À Saint-Sauveur il y a quelques mois, les rencontres de Ciné-Québec ont emprunté l’allure d’une longue séance d’auto flagellation. En marge de la célèbre sortie de Vincent Guzzo, président de l’Association des propriétaires de salles de cinéma du Québec, les participants tentaient d’analyser et de trouver les raisons pour lesquelles le cinéma québécois avait connu une année aussi noire au chapitre de la fréquentation. Trop de films sombres, pas assez de comédies, vraiment, arrêtez de vous grattez le bobo pis commencez donc par faire des films «que le monde veut voir». Avec des gros chars pis des «pitounes» si possible. Tel était essentiellement le message envoyé par le flamboyant président aux artisans du cinéma québécois.

Un questionnement similaire aux É-U

J’ai eu l’occasion de participer à un panel au cours de ce colloque. La nature «privée» de cette rencontre m’empêche de rapporter de façon précise les propos qui s’y sont tenus, mais je peux quand même vous dire que jamais, honnêtement, je n’aurais pu imaginer un fossé aussi grand entre les exploitants et les artisans du cinéma. Pour tout dire, le cinéaste invité à la table de discussion a quitté la salle au bout de 30 minutes (ça durait deux heures) tellement les visions des uns (exploitants) et des autres (artisans) étaient irréconciliables. Et les distributeurs sont pris au milieu…

Ce souvenir m’est revenu cette semaine en lisant un article à propos du CinemaCon dans le New York Times. En prenant la parole sur la scène du Ceasar’s Palace, John Fithian, le président de la National Association of Theater Owners (le Vincent Guzzo américain en quelque sorte), a réclamé davantage de films destinés à un public familial. Paraîtrait que sur le plan de fréquentation, il y aurait un déficit de 12 % depuis le début de 2013 par rapport à l’an dernier. Je me fie au chiffre qu’avance le NYT étant donné que les statistiques de ce genre sont pratiquement introuvables en Amérique du Nord. Contrairement au système français, où l’on calcule le nombre d’entrées, le système nord-américain ne tient compte que des revenus générés au box-office. Ce qui, en vérité, fausse les données, probablement encore plus aujourd’hui qu’hier avec l’élargissement de la fourchette de tarifs (3D, salles V.I.P., etc.).

«C’est cool d’être Quentin Tarantino et c’est amusant de faire des films avec autant d’éléments divers, a déclaré Filthian au Hollywood Reporter. Mais les exploitants et les studios ne connectent plus.»

Le jupon dépasse

On a beau inscrire cette discussion dans le cadre de celle engendrée par la culture de la violence dans la société américaine, il reste que le jupon dépasse ici un peu trop. Oui, la discussion à propos de la glorification de la violence au cinéma, celle qui façonne les esprits et les mentalités, mérite d’être tenue. Mais ceux qui ont un intérêt précis à attirer le plus de gens possible dans les salles ne sont peut-être pas les mieux placés pour en discuter. Quand monsieur Filthian affirme qu’il y a trop de films cotés «R»* qui prennent l’affiche aux États-Unis, parle-t-il de contenu ou d’accessibilité ? Y a-t-il trop de comédies cotées «R» aussi ? Veut-il davantage de productions destinées à attirer tous les publics parce qu’il peut alors vendre plus de tickets ? Plus de popcorn format familial avec simili beurre accompagné d’un baril de simili Coke ?

C’est en cela que les visions des uns et des autres semblent irréconciliables. Les cinéastes font de l’art ; les exploitants font du commerce. Et le fossé ne cesse de s’élargir entre les deux. Au point où l’on commence à s’en inquiéter. Vraiment.

* Aux États-Unis, un film coté «R» indique qu’un film ne peut être accessible à un enfant de moins de 17 ans, à moins que celui-ci soit accompagné d’un adulte.

* AJOUT : Bien entendu, certains exploitants résistent à cette vague et tentent de proposer des programmations de qualité, dans la mesure de leurs moyens et de leurs possibilités. À Montréal, l’Excentris, le Cinéma Beaubien et le Cinéma du Parc défendent encore un cinéma qu’apprécient davantage les cinéphiles. Cela dit, la question du renouvellement des specfateurs cinéphiles se pose. L’exemple qu’apporte l’intervenant «petibonum» est assez limpide à cet égard. Rien contre le cinéma de divertissement, mais comment former une nouvelle génération de cinéphiles quand l’offre est uniquement de cette nature ?

Les liens :

Theater Owners Call for Fewer R-Rated Movies (New York TImes)

MPAA Tweaks Movie Ratings System (Hollywood Reporter)


Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

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