Marc-André Lussier

Marc-André Lussier - Auteur
  • Le blogue de Marc-André Lussier

    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
  • Lire la suite »

    Partage

    Vendredi 29 mars 2013 | Mise en ligne à 12h21 | Commenter Commentaires (16)

    Pour l’amour des guns

    GI Joe - 2

    Tant que l’arme à feu tiendra lieu de symbole de virilité et de puissance, rien ne changera

    Au lendemain de la tuerie d’Aurora, j’ai persisté à croire que la simple vision d’un film violent, ou le fait de jouer à un jeu vidéo, ne pouvait pousser un individu à commettre l’irréparable. Un esprit détraqué trouvera toujours un prétexte, peu importe sa nature, pour réaliser ses plus sombres fantasmes. Je le crois toujours. Même après Newtown.

    Il est toutefois indéniable que la culture du divertissement participe à forger un état d’esprit collectif. Comme le soulignait Harvey Weinstein l’été dernier, l’industrie du cinéma devrait peut-être faire un petit examen de conscience de son côté aussi. Or, les vœux pieux du nabab ont été balayés du revers de la main aussi vite qu’il n’en faut pour tirer des rafales avec un AR-15.

    Plus que jamais, le cinéma hollywoodien semble céder ces temps-ci à un délire paranoïaque destiné à nourrir les instincts vengeurs d’une population encore traumatisée par les attentats de 2001. Comme le souligne le collègue Siroka dans son blogue, deux films catastrophe dans lesquels la Maison-Blanche est prise d’assaut sont livrés en pâture au bon peuple en trois mois à peine. Outre Olympus Has Fallen et White House Down, quantité de films d’action misent aussi sur le sentiment d’insécurité des masses pour pousser jusqu’à l’extrême un cauchemar collectif dont les Américains sortiront, évidemment, toujours vainqueurs.

    Ce week-end, G.I. Joe : Retaliation prend l’affiche. Selon toute logique, le film pétaradant de Jon M. Chu, où des terroristes prennent aussi le contrôle de la Maison-Blanche (décidément !), devrait se hisser en tête du palmarès des productions les plus populaires. Bien entendu, il n’y a rien à prendre au sérieux dans cette mission que se sont donné les plus célèbres boy toys du monde pour sauver la planète d’une destruction imminente. Même si ce film procède davantage d’une bande dessinée, il en révèle quand même un bout sur la psyché américaine.

    En regardant la façon dont on glorifiait les armes à feu dans ce divertissement violent, et l’effet de jubilation que la simple vue de ces armes provoquait auprès d’un public d’avant-première constitué essentiellement de mâles alpha, on ne peut qu’aboutir à ce constat : il faudra repousser aux calendes grecques le jour où changeront les mentalités.

    Le collègue Lepage l’indique très bien dans sa recension du film : «Et ils les aiment, leurs guns. D’un amour concret et sensuel. Ils les palpent, en apprécient le galbe et le gabarit; ils les humeraient et les lècheraient qu’on serait à peine étonné.»

    Il y a en effet dans ce genre de productions une érotisation de l’arme à feu beaucoup moins innocente qu’elle peut paraître de prime abord. Dans le débat qui fait rage présentement un peu partout, mais particulièrement au sein de la société américaine, c’est contre cette image symbolique que doivent se battre les tenants d’un contrôle plus accru. Dans la plupart des productions hollywoodiennes, plus grosses sont les armes, plus cool elles sont. Et les gros bras qui savent s’en servir sans hésitation sont des héros, peu importe qu’ils soient du côté des «bons» (les Américains) ou des «méchants» (le reste du monde).

    Tant que l’arme à feu tiendra lieu de symbole de virilité et de puissance, et que sa simple apparition à l’écran provoquera toujours l’émoi admiratif des foules, rien ne changera. On aura beau discuter rhétorique, il n’est pas près le jour où les législateurs parviendront à contrer cette image*. D’autant que s’ajoute à celle-ci un délire poussant certains individus à se monter un arsenal comme s’ils livraient encore la guerre d’indépendance au 18ème siècle. Cocktail explosif. On vous souhaite bonne chance dans votre croisade monsieur Obama.

    Je ne dis pas que les films comme G.I. Joe provoquent ce genre de dérive, mais ils font assurément écho à un climat malsain sur lequel ils capitalisent au nom du divertissement. On se retrouve ici devant le principe de la saucisse : on bande sur des guns parce des films nous en montrent ou les films nous en montrent parce qu’on bande sur des guns ?

    * Je fais bien entendu ici écho au débat qui a présentement lieu aux États-Unis à propos d’un projet de réforme de la législation sur les armes à feu, notamment la possession d’armes semi-automatiques et automatiques. Et à la force d’une image contre laquelle doivent se battre les tenants d’un contrôle plus serré.

    Who’s to Blame for Gun Violence ? Movie Critics ! (Salon.com)

    «Honte à nous si nous avons oublié Newtown» – Barack Obama (AFP)

    Ma critique vidéo de G.I. Joe : Retaliation.

    Et quand on parle de délire paranoïaque…


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Et pourquoi ne dites-vous pas que ces films provoquent ce genre de dérive. Ça me semble évident que ce peuple qui est nourri à cette glorification du gun et de la violence depuis son plus jeune âge subi un lavage de cerveau dont on voit le résultat à chaque jour. Pour paraphraser De La Fontaine, tous n’en meurent pas mais assurément tous en sont atteints.

    • Le miroir ne fait que vous renvoyer votre image!
      Vous êtes dur envers lui, je trouve!

      Il serait peut-être plus utile de bûcher sur autre chose que le miroir, car certains sont incassables vous savez!

    • Le gun n’a fait que remplacer l’épée comme symbole de puissance.

      Ce qui est dur a comprendre, c’est pourquoi tant de gens dans tant de pays n’aspirent plus cet idéal de puissance. Complexe d’infériorité venant de leur défaites le siécle passé? Complexe d’infériorité venant de leur status de négligeable au sein de leur pays? (ex: Québec)

    • Les mâles alpha et leurs films versus les intellos…

      https://www.youtube.com/watch?v=lEiuEvTH_z4

      Gros très gros cliché mais cela revient à cela.

    • Bien non c’est le mêe principe pour les grosses armes à feu que pour les Corvettes quoiqu’on y croit qu’en partie…

      C’est une compensation pour le manque de virilité.

    • “Un esprit détraqué trouvera toujours un prétexte, peu importe sa nature, pour réaliser ses plus sombres fantasmes.”

      Y a un malade comme ça en Corée du Nord. Ses jeux vidéo sont réels et cela prendra davantage que tous les esprits dérangés des USA pour le neutraliser.

    • @lecteur_curieux,

      Vous tombez dans la facilité.

    • On préfère, simplement, ne pas prendre cela au sérieux ou du moins avec humour.

      Pour la grosseur du pistolet, il me vient en tête, le criquet infernal :

      https://www.youtube.com/watch?v=SN5QTMocKS8

      Et plus ”facile” encore, la boutique de Serge :

      https://www.youtube.com/watch?v=Cf3RfidFKBw

    • Le tir est le sport national des Américains et beaucoup sont maniaques des armes soit.Ils ont des armes et savent s en servir le cas échéant.Ce sont les malades mentaux menacants que l on doit controler pas le gars qui a vingt fusils.

    • Législation?
      Je viens vraiment de lire un critique d’art qui se demande s’il faut de la législation dans les arts?

      Moi je pense, oui je pense sans être payé pour, qu’on devrait avoir plus de films qui parlent de critiques d’arts qui se posent les mauvaises questions.

      Pas du tout. Je faisais plutôt écho au débat qui a lieu présentement aux États-Unis à propos de la possession d’armes semi-automatiques et automatiques. M-A. L.

    • Les américains sont en amour avec leurs guns depuis bien avant l’invention du cinéma d’action et des jeux vidéos. Donc, pour votre choix de réponse je serais tenté de dire la deuxième. Mais il est certain que ce n’est pas en continuant de faire des films de plus en plus violents avec des fusils de plus en plus gros que cette mentalité du gun-phallus va changer.

      On verra donc de plus en plus de gens comme rightman, convaincus que leurs fusils sont l’ultime symbole de leur puissance virile et que ceux qui ne partageant pas leur passion fétichiste souffrent assurément d’un complexe d’infériorité. C’est un cercle vicieux difficile, voir même impossible à stopper.

    • Vous savez, des pays comme la Grande Bretagne et le Canada regarde le même cinema et joue au même jeux vidéo que les américains. Pourtant ces pays n’ont pas le même fetichisme des armes à feux.

      Je doute que le cinema/jeux video soit des facteurs explicatif primaire ou même secondaire du fétichisme américain en matière d’arme à feux.

    • C’est pour les mâles Gamma ça. Le mâle Alpha n’a pas besoin de compenser avec quoique ce soit.

    • M. Lussier, dire que les armes causent les meurtres c’est comme dire que les fourchettes causent l’obésité. Il y a de l’intervention humaine requise! Fait intéressant, un économiste de UCLA, John R. Lott Jr. a étudié le phénomène de la possession d’armes aux USA, état par état, comté par comté et il a publié son étude dans “More guns, less crime” qui démontre que les états/comtés qui ont assoupli leur règlementation en matière d’armes à feu et qui ont permis aux gens de se défendre ont noté une diminution de crimes violents (meurtres, viols, braquages à domicile) simplement parce que les criminels craignent une population armée plus qu’ils ne craignent la police (qui arrive toujours après le fait).

      Notez aussi que la Suisse est le pays, per capita, le plus armé au monde. Tous les hommes de 18-55 ans doivent avoir chez eux une arme AUTOMATIQUE ainsi que les munitions qui vont avec. La Suisse est l’un des pays les plus paisibles (Hitler disait que la Suisse était imprenanble) ainsi que l’un des plus prospères.

    • @sbuddo ça devient lassant de toujours revoir les mêmes “talking points” de la NRA copiés-collés, en ne gardant que ce qui vous intéresse, dès qu’il est question d’arme à feux… Tout ce qu’il manque à votre argumentaire sans imagination, c’est l’exemple absurde du Chinois qui a blessé un grand nombre d’élèves au couteau pour nous faire croire que dans le fond, un semi-automatique et un couteau, c’est du pareil au même?

      Vous êtes capables de penser par vous-mêmes?

      Bonus point Godwin pour avoir amené Hitler aussi vite dans discussion.

    • Tenez. rien que pour l’exemple de la Suisse: une simple petite recherche permet de constater que cet argument est un peu périmé… ce pays a renforcé ses lois dans les dernières années. Des fusils, oui, mais sans munitions!

      http://www.thejeffersontree.com/nra-using-switzerland-as-example-not-so-fast/

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • publicité

  • Calendrier

    octobre 2014
    L Ma Me J V S D
    « sept    
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  
  • Archives

  • publicité