Marc-André Lussier

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    Vendredi 8 mars 2013 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (12)

    Le revers de la 3D

    Sarila - 1

    C’était vendredi dernier. La caissière me regardait franchement d’un œil un peu suspect. Ou à tout le moins étrange. Elle semblait trouver bizarre qu’un homme comme moi, qui, dirons-nous, affiche quand même une belle maturité, se présente à son guichet pour n’acheter qu’UN billet d’entrée pour La légende de Sarila. Le premier long métrage d’animation en 3D produit au Québec, réalisé par Nancy Florence Savard, commençait sa carrière dans les salles ce jour-là.

    En parcourant les horaires des cinémas pour trouver une séance quelque part vers la fin de l’après-midi, je me suis vite rendu compte que la version 3D était pratiquement enfoncée dans la gorge du spectateur. Les rares séances en 2D étaient en effet toutes reléguées dans le créneau de la fin de l’avant-midi ou du début de l’après-midi. C’est dire qu’à compter de la mi-journée, le spectateur n’aura d’autre choix, s’il tient à voir le film bien sûr, que de débourser les dollars supplémentaires requis pour avoir accès à une séance en 3D.

    Au-delà des qualités de La légende de Sarila sur le plan artistique (le film ne se distingue guère au-delà de son aspect visuel hélas), il reste que la pertinence de la 3D dans ce cas-ci est loin d’être évidente. D’autant que le premier public visé par ce film – les très jeunes enfants – n’a probablement rien à cirer de ces effets en relief. Pendant la séance, je voyais d’ailleurs plusieurs de ces cinéphiles en herbe se fatiguer rapidement de ces lunettes trop grandes qu’ils devaient poser sur leur nez trop petit.

    Du coup, il m’est revenu en tête le post mortem qu’ont fait récemment les producteurs d’Astérix et Obélix au service de Sa Majesté. Au magazine Première, Marc Missonnier et Olivier Delbosc ont confié avoir commis une erreur en dépensant quelques millions d’euros supplémentaires pour élaborer leur film en 3D. Ils ont en effet rapidement constaté que le public français préférait voir le film en 2D parce que le billet était moins cher.

    Pourrait-on assister au même genre de phénomène au Québec ? J’ai posé la question à Patrick Roy, nouveau président des Films Séville. Ce dernier est non seulement à la tête de la société qui distribue La Légende de Sarila, mais il fut aussi impliqué dans la production du film.

    «L’avènement du numérique amène une exploitation plus souple des copies sur le plan des formats, me faisait-il remarquer. Avec un DCP*, un exploitant a le choix de présenter le film en 2D ou en 3D. C’est à lui que revient la décision.»

    Autrement dit, l’exploitant choisira les séances en 2D ou en 3D d’un même film selon son intérêt. Pour lui, il est d’évidence plus profitable d’exploiter un film en 3D, étant donné les dollars supplémentaires amassés aux guichets. Encore faut-il pour cela qu’il y ait du public. S’il s’aperçoit qu’il pourrait être plus rentable de proposer un film en 2D devant des salles pleines plutôt qu’une version en 3D devant un parterre clairsemé, il pourrait spontanément, du moins en théorie, rectifier le tir.

    Il serait en tout cas intéressant que les chargés de projets de l’Observatoire de la Culture et des Communications du Québec, qui viennent tout juste de publier leur rapport sur la fréquentation des salles en 2012, se penchent aussi sur la question des séances en 3D. Y aurait-il aussi un essoufflement de ce côté ?

    On trouve par ailleurs des statistiques fort intéressantes dans ce rapport rédigé par Benoit Allaire et Claude Fortier. Les parts de marché du cinéma québécois se sont finalement fixées à 6% en 2012 (un recul de 5% par rapport à l’année précédente). Le cinéma dans son ensemble attire dans les salles un peu plus de 21 millions de spectateurs au Québec (un recul de 5% de ce côté aussi). On fait aussi remarquer que le prix moyen du billet pour un film 3D est de 10,21 $, alors que le prix moyen du billet pour les autres formats est de 7,55 $.

    Autre fait significatif : la transition vers le numérique est pratiquement complétée. 97% des salles de cinéma du Québec sont maintenant munies de projecteurs numériques. On sait que cet aspect de l’exploitation des œuvres cinématographiques fait partie des préoccupations du Regroupement des distributeurs indépendants du Québec.

    La prochaine fois qu’une caissière me regardera d’un œil un peu étrange, je lui dirai que j’ai simplement à cœur de bonifier les statistiques. Ça devrait passer…

    * Un Digital Cinema Package (DCP) est l’équivalent en cinéma numérique de la copie de projection, qui en cinéma traditionnel (en argentique) se présente sous forme de bobines de film argentique 35 mm. Un DCP compose un ensemble de fichiers informatiques (images, sons, sous-titres, métadonnées) qui sont destinés à être stockés et joués dans la cabine de projection par un lecteur de DCP, couplé à un projecteur numérique. (source : Wikipédia).

    Les liens :

    Le rapport de l’OCCQ.

    La fiche de La légende de Sarila.

    Avoir su : pas de 3D pour Astérix.

    L’autre crise, la «vraie» crise ?

    La réaction de l’APCQ face aux revendications du RDIFQ.

    Comment diffuser le cinéma d’auteur en région (Le Devoir)

    Compte Twitter : @MALussier


    • Ça ne sera pas la première fois dans l’histoire que les petits commerçants tueront leur «bizzness» en voulant faire une «piasse vite».

    • Le problème, c’est que les enfants de moins de 7 ans ne devraient pas regarder de la 3D, leurs yeux n’étant pas prêt à ça (ça peut créer des dommages). Alors ce n’est pas du tout évident pour nous, les parents, de trouver des représentations en 2D pour mes enfants. Et c’est très fustrant. On ne veut pas dépenser plus cher pour risquer la santé visuelle de nos enfants, c’est un non sens!

    • Je trouve ça très dommage car avec le 3D j’ai l’impression de me faire arnaquer. Le pire c’est que je suis un très grand amateur de 3D. Au début je courrais les films 3d au cinéma. J’ai été un des premiers à acheter un téléviseur 3D pour être déçu car il n’y avait seulement que 2 films disponibles sur le marché.

      Pour les cinémas, je ne vois pas pourquoi je paierais 3$ de plus par personne pour la représentation 3D? Pour les lunettes? Bon ok et je vais éviter par le fait même le gaspillage, ils n’ont qu’à vendre ces foutus lunettes 3 à 5 $ et rapportez-les avec vous lors du prochain film. Non comme ils paient probablement les lunettes 50 cents c’est beaucoup plus payant de charger 3$ par lunette.

      La même chose pour les films achetés en 3D. Pourquoi les films 3D viennent presque toujours dans le super « package » avec tous disques (CD, DVD, Blu-ray et Blu-ray 3D) imaginable à 40-50$ la copie? Tout ce que je veux c’est le film 3D le reste je m’en balance.

      Comme je le dis plus haut, je suis un très grand amateur de 3D et je suis un des premiers à vanter et supporter le 3D devant mes amis. Cependant, l’an passé, je n’ai pas écouté plus de 3 ou 4 films en 3D car je suis tanné de me faire arnaquer.

    • entièrement d’accord avec vous sur ce point. Bien souvent, les films 3D ne valent juste pas la peine de payer cet extra. C’est simplement un moyen facile d’augmenter les profits à chaque visionnement

      Stéphane Racine

    • Concernant la 3D, le principe de prudence dicte que l’on devrait attendre encore quelques dizaines d’annees avant de l’utiliser. J’aime mieux laisse les autres devant moi comme cobailles!

    • Je n’irai jamais voir un film en 3D. Au lieu d’essayer de faire 3$ de plus par spectateur avec des effets bonbon, ils devraient essayer de rendre les films intéressant et accessible pour tous, de cette façon leurs salles ne serraient pas vides. Plusieurs fois je ne suis pas allé voir un film qui m’intéressait – dont Life of Pi et Hugo – parce qu’ils ne jouaient qu’en 3D près de chez moi. Tant pis pour eux.

    • le problème du 3D pour ma part ne vient pas tant du prix que de l’impertinence de la technologie. Je trouve les effets en 3D inutiles, et agaçants. Du 3D dans un cours métrage de 15 minutes à la Ronde avec les sièges qui bougent je comprends, mais dans les films au cinéma… Svp un peu de sérieux. Ces artifices sont surement impressionnants pour les ados sans plus.

      Il y maintenant les sièges D-BOX qui bougent, le 3D à outrance, quel sera la suite? Les odeurs? On va se faire arroser ou recevoir des bourrasques de vent?

    • Pour ma part, j’ai été voir le premier film 3d (Avatar), qui m’a amusé par ses effets mais que j’ai vraiment trouvé nul. On dirait que tout l’argent fut mis sur le 3D et que Cameron a acheté l’histoire a un gars dans la rue tellement c’était prévisible et facile. Sinon, j’ai redonné une chance au 3D avec The Hobbits, mais je suis arrivé au mêmes conclusions:
      -lunettes pas confortables (je ne porte pas de lunettes alors pe pas habitué)
      -dès que tu bouges un peu ou change l’angle de vue, tu vois flou.
      -le 3D compte pour 5% d’un film (mais je porte les lunettes pour 100%
      - 3 piasses de plus….
      Conclusion, je finis le film avec un mal de tete et 3 piasses de moins dans les poches. LE 3D c’est fini pour moi.

      Antoine

    • bof et rebof le 3 D

    • ça m’est arrivé cette semaine. Arrive au Cinéma et même si j’avais pris le temps de vérifier sur le web si c’était 2d ou 3d, rendu au cinéma, 3d obligatoire, pas d’autre option 6$ de plus. J’ai failli tournée de bord. Surtout que la qualité du 3d est souvent moyenne. Je suis sorti avec un mal de tête au lieu d’un sourire du cinéma.

    • M. Lussier,

      Ce n’est pas le premier, ni assurément le dernier, article dénonçant la 3D.

      Évidemment que les salles cherchent à remplir leurs salles offrant le visionnement en 3D. Après tout, Avatar ne date pas de si longtemps et, si je me souviens bien, beaucoup de salles (pour ne pas dire toutes), avaient dû se convertir au numérique et à la 3D.

      Je ne connaîs pas l’ampleur des dépenses, mais le 3$ était pour se renflouer… J’ignore si c’est fait, mais, évidemment, après le renflouement… vient la rentabilité. Bref, je comprend la critique, mais je comprend aussi les propriétaires de salles de chercher à maximiser leurs investissements, et rapidement. Qui nous dit que les visionnement à 48 images secondes (très peu de salles l’offrait pour Bilbo) et même plus (Cameron parlait de plus de 60) ne fera pas que de nouveaux investissements seront requis.

      Mais passons, on peut dénoncer ces prix. C’est correct…

      Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est votre opinion de la 3D.

      Je n’ai assurément pas lu tous vos articles (même s’ils sont disponibles), mais à chaque fois que la 3D revenait dans vos sujets, c’était toujours pour dénoncer son inutilité, ses coûts, etc.

      Honnêtement, je me demande s’il y a des points positifs que vous voyez à la 3D. Les points négatifs, vous les avez couverts et ne cessez de le faire, … mais les points positifs, en voyez-vous? Ne serait-ce qu’un seul? Un vrai (pas une raillerie) qui ferait que vous souhaiteriez voir un film en 3D plutôt qu’en 2D?

      Je n’y crois pas. Mais surprenez moi et je serai alors ravi d’être surpris. D’une certaine façon, votre attitude face à la 3D me rappelle le film l’Artiste qui était mort de rire lorsqu’on lui a présenté un film parlant…

      On ne connait pas l’avenir, mais ma boule de crystal me dit que la 3D est pour rester. Est-ce qu’elle va remplacer la 2D? Ce n’est pas impossible. Toutes les technologies vont en s’améliorant. Les grosses lunettes que vous ne pouvez supporter évolueront forcément. Les films seront moins sombre. Les télévisions seront probablement un jour toutes vendu avec la 3D et les diffuseurs augmenteront sans cesse leurs offres.

    • “les points positifs, en voyez-vous? Ne serait-ce qu’un seul? Un vrai (pas une raillerie) qui ferait que vous souhaiteriez voir un film en 3D plutôt qu’en 2D?”

      Un film porno?

      Je sors –> []

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