Marc-André Lussier

Archive, mars 2013

Vendredi 29 mars 2013 | Mise en ligne à 12h21 | Commenter Commentaires (16)

Pour l’amour des guns

GI Joe - 2

Tant que l’arme à feu tiendra lieu de symbole de virilité et de puissance, rien ne changera

Au lendemain de la tuerie d’Aurora, j’ai persisté à croire que la simple vision d’un film violent, ou le fait de jouer à un jeu vidéo, ne pouvait pousser un individu à commettre l’irréparable. Un esprit détraqué trouvera toujours un prétexte, peu importe sa nature, pour réaliser ses plus sombres fantasmes. Je le crois toujours. Même après Newtown.

Il est toutefois indéniable que la culture du divertissement participe à forger un état d’esprit collectif. Comme le soulignait Harvey Weinstein l’été dernier, l’industrie du cinéma devrait peut-être faire un petit examen de conscience de son côté aussi. Or, les vœux pieux du nabab ont été balayés du revers de la main aussi vite qu’il n’en faut pour tirer des rafales avec un AR-15.

Plus que jamais, le cinéma hollywoodien semble céder ces temps-ci à un délire paranoïaque destiné à nourrir les instincts vengeurs d’une population encore traumatisée par les attentats de 2001. Comme le souligne le collègue Siroka dans son blogue, deux films catastrophe dans lesquels la Maison-Blanche est prise d’assaut sont livrés en pâture au bon peuple en trois mois à peine. Outre Olympus Has Fallen et White House Down, quantité de films d’action misent aussi sur le sentiment d’insécurité des masses pour pousser jusqu’à l’extrême un cauchemar collectif dont les Américains sortiront, évidemment, toujours vainqueurs.

Ce week-end, G.I. Joe : Retaliation prend l’affiche. Selon toute logique, le film pétaradant de Jon M. Chu, où des terroristes prennent aussi le contrôle de la Maison-Blanche (décidément !), devrait se hisser en tête du palmarès des productions les plus populaires. Bien entendu, il n’y a rien à prendre au sérieux dans cette mission que se sont donné les plus célèbres boy toys du monde pour sauver la planète d’une destruction imminente. Même si ce film procède davantage d’une bande dessinée, il en révèle quand même un bout sur la psyché américaine.

En regardant la façon dont on glorifiait les armes à feu dans ce divertissement violent, et l’effet de jubilation que la simple vue de ces armes provoquait auprès d’un public d’avant-première constitué essentiellement de mâles alpha, on ne peut qu’aboutir à ce constat : il faudra repousser aux calendes grecques le jour où changeront les mentalités.

Le collègue Lepage l’indique très bien dans sa recension du film : «Et ils les aiment, leurs guns. D’un amour concret et sensuel. Ils les palpent, en apprécient le galbe et le gabarit; ils les humeraient et les lècheraient qu’on serait à peine étonné.»

Il y a en effet dans ce genre de productions une érotisation de l’arme à feu beaucoup moins innocente qu’elle peut paraître de prime abord. Dans le débat qui fait rage présentement un peu partout, mais particulièrement au sein de la société américaine, c’est contre cette image symbolique que doivent se battre les tenants d’un contrôle plus accru. Dans la plupart des productions hollywoodiennes, plus grosses sont les armes, plus cool elles sont. Et les gros bras qui savent s’en servir sans hésitation sont des héros, peu importe qu’ils soient du côté des «bons» (les Américains) ou des «méchants» (le reste du monde).

Tant que l’arme à feu tiendra lieu de symbole de virilité et de puissance, et que sa simple apparition à l’écran provoquera toujours l’émoi admiratif des foules, rien ne changera. On aura beau discuter rhétorique, il n’est pas près le jour où les législateurs parviendront à contrer cette image*. D’autant que s’ajoute à celle-ci un délire poussant certains individus à se monter un arsenal comme s’ils livraient encore la guerre d’indépendance au 18ème siècle. Cocktail explosif. On vous souhaite bonne chance dans votre croisade monsieur Obama.

Je ne dis pas que les films comme G.I. Joe provoquent ce genre de dérive, mais ils font assurément écho à un climat malsain sur lequel ils capitalisent au nom du divertissement. On se retrouve ici devant le principe de la saucisse : on bande sur des guns parce des films nous en montrent ou les films nous en montrent parce qu’on bande sur des guns ?

* Je fais bien entendu ici écho au débat qui a présentement lieu aux États-Unis à propos d’un projet de réforme de la législation sur les armes à feu, notamment la possession d’armes semi-automatiques et automatiques. Et à la force d’une image contre laquelle doivent se battre les tenants d’un contrôle plus serré.

Who’s to Blame for Gun Violence ? Movie Critics ! (Salon.com)

«Honte à nous si nous avons oublié Newtown» – Barack Obama (AFP)

Ma critique vidéo de G.I. Joe : Retaliation.

Et quand on parle de délire paranoïaque…


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Mercredi 27 mars 2013 | Mise en ligne à 7h40 | Commenter Commentaires (5)

James Franco parle de Korine chez Letterman…

Franco - 1

James Franco était invité lundi au talk show de David Letterman afin de promouvoir Spring Breakers, le nouveau film d’Harmony Korine. Dans cette «comédie dramatique» courte vêtue, Franco incarne un dealer qui tente d’entraîner dans son monde quatre jeunes filles «sur le party».

Génie ou poseur ? (Marc Cassivi).

Les 2 Marc discutent de Spring Breakers.

Letterman a profité de la présence de l’acteur – un ami de Korine – pour expliquer pourquoi l’auteur cinéaste, à qui l’on doit le scénario de Kids (Larry Clark) et les films Gummo et Mister Lonely (notamment), fut évincé de l’émission lors de son dernier passage. C’est assez marrant. Il y est même question de Meryl Streep !

On entre dans le vif du sujet vers 2:15…


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Lundi 25 mars 2013 | Mise en ligne à 15h02 | Commenter Commentaires (5)

Quels films pour Cannes ?

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À un peu plus de trois semaines de la conférence de presse du 18 avril, au cours de laquelle sera annoncée la sélection officielle du 66ème Festival de Cannes, plusieurs médias français s’exercent au jeu des spéculations en tentant de répondre à la fameuse question «Quels films pour Cannes ?»

En attendant les annonces officielles, l’organisation dévoile progressivement quelques éléments clés. Après avoir annoncé l’identité du président du jury (Steven Spielberg) et le titre du film qui aura l’honneur d’ouvrir les festivités le 15 mai (The Great Gatsby), voilà qu’on a révélé l’affiche (et l’image) qu’on retrouvera partout sur la Croisette cette année. Voici la déclaration de la direction du Festival à ce propos

Le Festival de Cannes a choisi pour l’affiche de sa 66e édition un couple qui incarne à la perfection l’esprit du cinéma : Joanne Woodward et Paul Newman, pris en photo sur le tournage du bien nomméA New Kind of Love, de Melville Shavelson (1963).

C’est pour le Festival l’occasion de rendre hommage à la mémoire de Paul Newman, disparu en 2008, et de faire un salut plein d’admiration à Joanne Woodward, sa femme et son interprète d’élection.

Le Festival de Cannes les a accueillis en 1958 – année de leur mariage - en sélectionnant  en compétition Les Feux de l’été (The Long Hot Summer) de Martin Ritt, premier film qu’ils tournent ensemble. Leur histoire continue à être associée au Festival avec les films réalisés par Paul Newman, qui confie des rôles inoubliables à Joanne Woodward dans De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (The Effect of the Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds) (compétition -1973) et La Ménagerie de verre (The Glass Menagerie) (compétition - 1987).

L’affiche du Festival 2013

La photo de tournage a été  isolée puis retravaillée et mise en scène par l’agence Bronx, qui l’a intégrée à un décor cinétique, jouant sur l’impression de mouvement et de profondeur pour renforcer l’effet cinématographique.

L’affiche donne une image lumineuse et tendre du couple moderne, enlacé en une figure d’équilibreparfait dans ce qui évoque le tourbillon de l’amour.

La vision de ces deux amoureux pris de vertige et perdant tout repère appelle à vivre le cinéma comme un désir sans fin

L’agence ★ Bronx (Paris) a réalisé toute la création graphique du Festival 2013.

Elle signe également un film d’animation de l’affiche, sur un remix du thème musical du Festival. Arrangements : Olivier Huguenard – Emmanuel Plégat / Sismic Music

D’ici l’annonce officielle de la sélection, plusieurs listes bidon circuleront probablement sur le web. L’an dernier, quelques médias québécois s’étaient fait prendre. Il est important de rappeler que les organisateurs peaufinent leur programmation jusqu’à la toute dernière minute. Du côté québécois, il ne faut rien attendre du côté de Xavier Dolan. Le réalisateur de Laurence Anyways a bien fait comprendre qu’il comptait lancer Tom à la ferme à l’automne seulement. Et que Cannes ne figurait pas dans ses plans pour ce film. Comme l’indiquait aussi récemment dans Le Devoir ma collègue Odile Tremblay, il ne serait pas impossible que les organisateurs jettent par ailleurs leur dévolu sur An Enemy, l’adaptation cinématographique d’un roman de José Saramago qu’a réalisée Denis Villeneuve. Dans une entrevue qu’il m’a accordée l’an dernier, Thierry Frémaux exprimait son regret de ne pas avoir présenté Incendies il y a trois ans…

Quelques liens :

Ça se bouscule pour la Sélection officielle (Première)

Cannes, le grand embouteillage (Libération)

Un vent de rumeurs avant Cannes (Odile Tremblay)

Thierry Frémaux, Cannes, et le cinéma québécois.



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