Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 8 février 2013 | Mise en ligne à 19h42 | Commenter Commentaires (5)

    L’acharnement (ou la «crise» prise 12)

    Ouellet KV - 1

    Rafaël Ouellet (photo : kviff.com)

    Ma chronique hebdomadaire. Ouverte aux commentaires. M-A.

    «C’est la guerre». Sur les réseaux sociaux, Rafaël Ouellet, auteur et réalisateur du très beau film Camion (sept nominations aux Jutra), décrivait ainsi la tournure résolument antagoniste que tente de donner présentement un empire médiatique québécois à la discussion collective sur notre cinéma national. David contre Goliath. Bernard Émond contre James Bond. Régions contre métropole. Art contre commerce. Cinéastes contre cochons de «payeurs de taxes». Subventions «versus» box office. À force de vouloir tout opposer à grands coups de titres racoleurs, on en vient à donner l’impression que l’argent investi dans le cinéma (et dans les arts en général) n’est qu’un gaspillage honteux de fonds publics, uniquement destiné à satisfaire l’égo d’une poignée d’enfants gâtés dont les états d’âme n’intéressent désormais personne.

    Pour un peu, on réclamerait une commission d’enquête.

    Or, la réalité est tout autre. Et beaucoup plus complexe. D’ailleurs, les résultats divulgués par la firme de sondage Léger Marketing cette semaine sont plutôt encourageants. Et viennent contredire dans les faits les préceptes d’une espèce de poutine idéologique pratiquement fabriquée de toutes pièces dans le but de «colorer» l’opinion publique. Et ensuite nourrir avec de faux débats les tribunes à sensation.

    Quand 73% des sondés estiment que le cinéma québécois est de bonne qualité, et qu’à peine 10% d’entre eux affirment qu’il est «trop subventionné» (et 33 % «pas assez»), il n’y a pas lieu de faire un plat avec une soi-disant «crise» dont la nature est proprement circonstancielle.

    C’est dire que la frange de la population qui souscrit à cette idée que l’État ne devrait pas investir un seul sou dans le cinéma, et abandonner plutôt le marché au gré de la liberté concurrentielle, est infiniment minoritaire. Sur plusieurs plateformes, leurs adeptes vocifèrent pourtant leur litanie dans des porte-voix. Ils utilisent aussi les réseaux sociaux pour apostropher vertement ces pauvres imbéciles – la vaste majorité des gens – qui croient que dans un pays comme le nôtre, un soutien de l’État est nécessaire pour l’épanouissement de la culture.

    Dans un récent sondage commandé par Patrimoine Canada, ministère sous l’autorité d’un gouvernement qui, présentement, n’est pas exactement l’allié des artistes ni des sociétés publiques, on apprenait que seulement 3% des répondants estimaient que la culture ne devrait recevoir aucune aide de l’État. Et à peine 9% des Canadiens suggèrent au gouvernement Harper de lui accorder «peu d’importance».

    «On ne va pas au Jardin Botanique en demandant : Cette fleur-là rapporte combien? Une oeuvre en soi ne rapporte peut-être pas beaucoup, mais elle participe à la culture d’une nation dans son ensemble», a récemment déclaré l’acteur, cinéaste et chanteur Émile Proulx-Cloutier au magazine Coup de pouce.

    Une année plus sombre

    Si on prend les recettes aux guichets pour seule mesure du succès, l’année 2012 fut plus sombre. C’est indéniable. Il faut quand même tenir compte de la réalité dans laquelle on vit. Qu’il se produise en notre territoire, qui compte près de huit millions d’habitants, plus d’une trentaine de longs métrages de fiction par an relève déjà de l’exploit. Perdue parmi les centaines de films qui prennent l’affiche sur nos écrans dans une année, cette faible masse critique québécoise prête évidemment flanc à de grandes fluctuations. Quand L’empire Bo$$é génère des recettes de 150 000 dollars plutôt que les quelques millions espérés et attendus, il est certain que l’écart est beaucoup plus difficile à combler par la suite. Simple question mathématique. Aux États-Unis, un désastre à la John Carter a finalement peu d’impact sur le rendement du cinéma hollywoodien au bout du compte. Parce que 300 autres productions peuvent prendre le relais. D’ailleurs, il faudrait bien faire remarquer à tous ceux pour qui le modèle hollywoodien constitue le seul gage de succès que nombre de produits prédigérés américains se plantent royalement au box-office. Et ce, malgré d’énormes investissements dans les campagnes de publicité. Jamais ne verrons-nous pourtant là-bas les bonzes de l’industrie s’auto flageller et remettre en question tout leur système.

    Dans ces circonstances, la campagne actuelle d’un groupe médiatique visant à discréditer au maximum le système de financement du cinéma québécois n’apparaît pas très sérieuse. L’automne dernier, Le Devoir révélait en outre que Québecor cherche à obtenir un siège au conseil d’administration de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), principal bailleur de fonds du cinéma québécois. Si jamais cela se concrétisait, un précédent serait créé. Aucune entreprise privée n’a bénéficié d’un tel privilège jusqu’à maintenant.

    Oui, la part de marché du cinéma québécois a chuté de moitié en 2012 pour tomber à son plus bas niveau depuis plus de 10 ans (4,8 %). Personne ne s’en réjouit. Mais quand même, revenons-en.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Si quantité et qualité sont d’ailleurs souvent inversement proportionnelles, on pourrait comme de fait quasi se réjouir.

    • Quoi? C’est la crise (prise 12). Y’a-tu un film québécois qui a gagné un prix quelque part?

      À toutes les fois qu’on entend parler de crise, oups! notre cinéma se démarque dans un festival sur la planète…

      On lâche pas l’empire! Comme c’est parti là on a des chances aux Oscars.

    • !- Qu’on revienne à ce que nos défricheurs (Léo Bonneville, Perreault et tous ces profs de cinéma) nous ont enseigné.
      2- Que ceux du milieu demandent aux appareils gouvernementaux ce qu’ils ont besoin pour produire et non laisser les deux machines gouvernementales décider ce qui est bon pour eux. Pour ma part, j’en ai soupé des François Macerola faire du millage sur le dos des créateurs.
      3- Ne pas laisser l’entreprise privée dicter ce qui est bon pour la création. Quebecor veut s’accaparer du cinéma comme un produit et non comme une création.

      Daniel Lejeune
      Montréal

    • En lisant cet article, dont je ne partage pas nécessairement ses prétentions, j’ai été pris d’un désir de remercier un groupe de personnes en particulier.

      Bon, étant diplômé en marketing (donc spécialiste du sondage), je ne crois pas un seul instant les résultats des nombreux sondages qui ont été fait ces dernières semaines. Je sais très bien qu’un sondage attire les réponses désirées de par la façon dont elles sont posées ou dans l’ordre qu’elles viennent. Ce qui explique pourquoi; M. Macérola, M. Guzzo et ici les fonctionnaires canadiens, se sont tous fait justice dans des sondages qu’ils avaient commandés pour soutenir leurs thèse respective.

      Mais je suis quand même inspiré par le désir de remercier certaine personnes. Je parle des “Réalisateurs Québécois de la Nouvelle Vagues”, les; Ouellet, Pilote, Dollan, Nguyen, etc. Merci de confier vos rôles principaux à des acteurs/actrices moins ou pas connus du publique québécois. Le succès que vous avez connus avec vos plus récents films démontre clairement que le publique veut de nouveaux talents et qu’un bon casting c’est bien autre chose que d’avoir des noms connus au générique. Vous me donnez le gout de retourner voir les films québécois que j’ai boycottés depuis quelques années déjà.

      Aussi, je suis persuadé depuis bien longtemps déjà que la majorité des meilleurs acteurs/actrices au Québec demeurent inconnus et sans travail, et que l’industrie du cinéma québécois serrait grandement gagnante en attribuant les rôles principaux des nos films à ces talents. La preuve se trouve dans le succès de vos films messieurs du “RQNV”

      BRAVO pour le changement et pour faire confiance à de nouveaux artistes. MERCI de ne pas céder à la pression du milieu et oser. Et je vous invite à pousser l’audace encore plus loin. Vous m’en donnerez des nouvelles. Beaucoup des meilleurs acteurs/actrice que j’ai vu dans mon parcours (étant aussi du milieu du cinéma) ne sont pas ceux que l’on voit à l’écran. Il suffit de chercher un peut (par le biais d’auditions) et vous les trouverez.

    • -Il est moins inquiétant pour une société qu’il y ait une personne ayant une opinion complètement différente de tout les autres individus en raison de ses convictions profondes, qu’un peuple tout entier qui soit du même avis sans savoir pourquoi.

      Je suis un artiste, et sans une réforme profonde du mode d’attribution des subventions publiques (SODEC – TÉLÉFILM CANADA) donnant un accès égale aux rôles dans nos films à tous les acteurs/actrices membres UDA, selon les seuls critères d’attribution suivant, soit; le talent, la pertinence et l’alternance, JE SUIS ET SERRAI CONTRE TOUTES SUBVENTION DE NOTRE INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE et je n’encouragerais plus jamais nos films québécois subventionnés. Nous devons tous avoir droit à notre part de gâteau, ou il ne doit pas y avoir de gâteau du tout.

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