Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Dimanche 3 février 2013 | Mise en ligne à 14h58 | Commenter Commentaires (3)

    Équipe Ariane ou Équipe Rebelle ?

    Rebelle - 2
    Rachel Mwanza dans Rebelle
    (Photo Média Films)

    Après quelques semaines de relâche, ma chronique hebdomadaire, publiée le vendredi dans La Presse, est de retour. Je retranscris ici celle publiée au lendemain de l’annonce de la liste des finalistes aux Jutra 2013 (17 mars). J’ajoute à la fin un complément d’information. M-A.

    Il est quand même assez difficile de ne pas relever l’ironie de la chose. Au moment où certains poussent les hauts cris face à l’apparente désaffection du public québécois envers son cinéma national, voilà que le jury chargé de choisir les finalistes accouche de l’un des palmarès les plus «pointus» de l’histoire des Jutra. Avait-il seulement le choix ? Pas vraiment.

    Il est indéniable que l’équilibre entre les productions à vocation plus commerciale et le cinéma de création, sur lequel repose la bonne santé du cinéma québécois depuis plusieurs années, a été rompu en 2012. Parmi les 32 longs métrages de fiction éligibles, la qualité s’est essentiellement rangée du côté des œuvres plus personnelles, c’est indéniable. D’où les fortes présences aux Jutra de films comme Rebelle, Camion, Laurence Anyways et Roméo Onze.

    On peut évidemment s’étonner (ou se réjouir, c’est selon) de l’absence totale au tableau d’honneur d’Omertà, la production la plus populaire de l’année (et lauréate du Jutra billet d’or), mais la congestion de bons films plus discrets a aussi fait des victimes du côté des auteurs.  Même si la seule nomination qu’obtient Tout ce que tu possèdes est dans une catégorie prestigieuse (meilleure direction photo – Sara Mishara), il reste qu’on attendait quand même davantage pour le remarquable film de Bernard Émond. On se demande aussi comment Évelyne Brochu, dont le jeu constitue l’un des atouts majeurs d’Inch’Allah, ait pu être écartée de la course. Non, il n’y a pas de système parfait.

    On retient aussi que le cinéma de fiction tient toujours le haut du pavé dans ce genre d’exercice. Il suffit pourtant de jeter aussi un coup d’œil dans les catégories plus spécialisées pour se rendre compte du dynamisme du cinéma d’ici dans le domaine du court métrage et du documentaire. Choisir entre Alphée des étoiles, Bestiaire, Ma vie réelle, Mort subite d’un homme-théâtre, et Over My Dead Body ? Vraiment, bonne chance !

    Visiblement, l’organisation Québec Cinéma, née de la fusion il y a deux ans de la Grande nuit du cinéma et des Rendez-vous du cinéma québécois, tient à célébrer les 15 années d’existence des Jutra en repartant sur de nouvelles bases. Amélioration du système de sélection (28 membres issus des différentes associations professionnelles pour établir les nominations), mise sur pied de nouveaux projets, etc. «Nous commençons maintenant à voir le résultat de notre travail, disait hier le producteur Pierre Even, président de l’organisation. Et nous tenons à ce que la réflexion se poursuive de façon permanente, que tout soit solide.»

    Des évidences

    L’association des propriétaires de salles de cinéma, dont le président n’est nul autre que le très coloré Vincent Guzzo, a par ailleurs réintégré le giron des Jutra après quelques années d’absence. Aucun de ses représentants ne siégeait toutefois sur le comité de sélection. Les résultats auraient-ils été si différents ? Il est permis d’en douter. Le comité doit en effet évaluer les qualités artistiques des longs métrages qu’on leur soumet. Des évidences ressortent.

    Cela dit, le récent débat sur l’absence de productions susceptibles de séduire le grand public, cristallisé par les sorties intempestives du président de l’APCQ, met aussi en exergue la portée de cette soirée de gala sur le plan des cotes d’écoute. Malgré l’excellence de l’animation du tandem Sylvie Moreau et Yves Pelletier l’an dernier, et la présence de productions à succès comme Starbuck et Monsieur Lazhar dans la course, le gala a attiré 570 000 téléspectateurs à peine. Cette année, on mise en outre sur la notoriété de l’animateur Rémy Girard, de même que sur celle de Michel Côté, lauréat du Jutra-Hommage, pour attirer l’attention. Or, chez le concurrent, le 17 mars à la même heure, il y aura un petit truc qu’on appelle La Voix. Manque de pot, c’est ce soir-là que cette émission sera diffusée en direct pour une première fois, et que le public aura enfin l’occasion de s’exprimer. Équipe Ariane ou Équipe Rebelle ? Le choix est à vous.

    Dans la réflexion de l’organisation et du diffuseur des Jutra, il y aurait peut-être lieu de songer à imiter les Césars, qui célèbrent désormais un vendredi soir les meilleurs artisans du cinéma français. À moins de vouloir transformer ce dimanche de mars en Massacre à la tronçonneuse

    En complément :

    La partie ne s’annonce vraiment pas facile pour le gala des Jutra cette année. Quand on dresse les statistiques en terme de billets vendus (système français) plutôt qu’en recettes aux guichets (système nord-américain), on arrive aux résultats suivants* :

    Meilleur film de l’année :
    Laurence Anyways : 50 139 spectateurs
    Inch’Allah : 47 901
    Rebelle : 15 468
    Camion : 12 634
    Roméo Onze : 5 203

    Le problème reste cornélien Ces très beaux films ont beau être aujourd’hui accessibles sur toutes les plateformes, et susceptibles de rejoindre un plus vaste public, il reste que la grande majorité des téléspectateurs ne les auront pas vus au moment de la tenue du gala. Comment, dans ces conditions, attirer leur attention au beau milieu de la guerre du dimanche ?

    * Source : Institut de la statistique du Québec.

    Jutra : Laurence Anyways mène la course (article André Duchesne).

    Compte Twitter : @MALussier


    • Personnellement, j’ai vu tous ces films. J’hésite entre Rebelle et Inch’Allah. Je suis une assidûe du cinéma québécois.

    • Nous sommes quoi, 6-7 millions de Québecois et seulement 15000 d’entre nous ont vu Rebelle qui nous représente aux Oscars.

      N’est-ce pas un peu déprimant ?

    • Voir le nombre d’entrée est assez décourageant! Je serais curieux de voir le nombre d’entrée dans les salles québécoises pour le dernier Resident evil…

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