Marc-André Lussier

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    Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 8h42 | Commenter Commentaires (3)

    Un film trop «gai» pour Hollywood ?

    Liberace - 1

    Michael Douglas et Matt Damon

    Pour bien des conservateurs américains (on en trouve aussi ailleurs), Hollywood est un endroit de perdition mené par d’infâmes «libéraux» (insulte suprême) qui mettent de l’avant une «propagande» allant à l’encontre des «bonnes valeurs» (marque déposée).

    Dans les faits, il n’en est rien. À quelques exceptions près, les films hollywoodiens sont ultra prévisibles. Et mettent de l’avant une idéologie conservatrice et lénifiante.

    Vendredi dernier, au cours d’une rencontre organisée par la Television Critics Association, Steven Soderbergh a révélé que son film Behind the Candelabra a unanimement été rejeté par les studios hollywoodiens. Son projet s’est finalement transformé en un téléfilm dont la diffusion aura lieu ce printemps sur la chaîne spécialisée HBO. Michael Douglas y incarne le flamboyant entertainer Liberace; Matt Damon son amant. Le site Indiewire indique que ce nouvel opus soderberghien sera vraisemblablement présenté au festival de Cannes (une distribution en salle est prévue en Europe). Cela dit, aucune sortie en salle n’est prévue en Amérique du Nord.

    «Ils ont dit que c’était trop gai, a révélé le réalisateur de Magic Mike. Tout le monde. Et cela, après Brokeback Mountain en passant. Qui n’est pas aussi drôle que ce film. J’étais médusé. Ça ne faisait aucun sens. Les studios disaient qu’ils ne sauraient pas comment le promouvoir. Ils ont eu peur.»

    Lisez l’article d’Indiewire.

    De son côté, Première trace un parallèle avec l’affaire I Love You Phillip Morris (lisez l’article). Cette décapante comédie, dont les têtes d’affiche étaient Jim Carrey et Ewan McGregor, a en effet mis deux ans à gagner quelques écrans en Amérique du Nord. J’avais évoqué cette affaire dans une chronique à l’époque. Extrait :

    Étant donné la notoriété de ses deux acteurs principaux, Jim Carrey et Ewan McGregor, plusieurs s’attendaient à ce que le film n’éprouve aucune difficulté à se faire valoir sur les écrans nord-américains. Mais voilà. Aux écueils d’ordre financier (des démêlés entre le producteur français EuropaCorp et les distributeurs américains impliqués dans le dossier) se sont aussi ajoutées des préoccupations d’une autre nature.

    Dans une scène présentée très tôt dans le film (ceux qui préféreraient ne pas en connaître les détails feraient mieux de passer tout de suite au paragraphe suivant), le personnage qu’interprète Jim Carrey se livre à de vigoureux ébats sexuels, avec à peu près la même énergie qu’un type sortant de prison. Cet homme sans histoires, bien marié, bon père de famille et chrétien dévoué, a décidé de se «lâcher lousse» en réalisant ses fantasmes avec une dévotion, disons, très sincère. La séquence se fige juste au moment où l’on aperçoit une partie du visage de SON partenaire. «En passant, je suis gai», révèle-t-il.

    Il n’en fallait pas plus pour que certains observateurs dénoncent la frilosité des distributeurs américains en faisant valoir que le récit d’I Love You Phillip Morris s’appuie sur une relation homosexuelle vécue dans un contexte un peu plus subversif. Cette conclusion est peut-être un peu simpliste, mais il est clair que Hollywood semble faire preuve d’extrême prudence dès qu’il est question de la représentation de l’homosexualité à l’écran. Surtout quand on s’éloigne du créneau de la comédie pure et simple.

    D’aucuns expliquent d’ailleurs la défaite inattendue de Brokeback Mountain aux Oscars en 2006 (Crash a alors été sacré meilleur film) par un effet de ressac issu de la frange plus conservatrice de l’Académie.

    «Contrairement à l’impression générale, Hollywood est un endroit extrêmement conservateur qui ne fait que prétendre être progressiste», déclarait récemment l’acteur Rupert Everett au cours d’une interview accordée à la BBC…

    À la lumière des révélations de Steven Soderbergh, on ne peut que confirmer ce constat. Dans la vraie vie, le mandat de Hollywood est de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs possible à travers le monde. Pour y parvenir, on vise le consensus. Sans rien déranger, sans rien bousculer. Avec, bien souvent à la clé, une morale encore coincée dans une autre époque. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle bien des séries télé produites aux États-Unis sont désormais plus intéressantes que la plupart des produits préfabriqués qui sortent de l’usine hollywoodienne.

    De son côté, Steven Soderbergh sera tout de même de l’actualité cinéma dès le mois prochain. Son thriller Side Effects prend l’affiche le 8 février.


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • “D’aucuns expliquent d’ailleurs la défaite inattendue de Brokeback Mountain aux Oscars en 2006 (Crash a alors été sacré meilleur film) par un effet de ressac issu de la frange plus conservatrice de l’Académie.“

      Si au moins ce ressac avait permis de couronner un film vraiment méritoire comme Munich ou même Good night and good luck plutôt que ce Crash qui portait bien son nom! Mais sans faire partie de la frange conservatrice, Brokeback mountain ne méritait pas l’Oscar non plus. En fait, une grande partie de son succès relevait du fait qu’il s’agissait d’une histoire de cowboys gais. Transformez la relation du film en relation hétérosexuelle et on a film assez endormant.

      Hollywood semble d’ailleurs avoir moins de difficultés avec les relations gais féminines que masculines. J’imagine que ça affecte moins les bonzes qui sont majoritairement des hommes….il y trouvent d’ailleurs la réalisation d’un de leur fantasme….Alors que nombreux devaient être offusqués devant la scène que vous décrivez dans I love you Philip Morris, ils devaient saliver devant la scène de Nathalie Portman et Mila Kunis dans Black Swan.

    • Quoi Liberace était gai!?!?!?

    • Si Hollywood n’aime pas les films gais, quelle industrie cinématographique de quel pays les aime?

      La Chine? Bollywood? Le cinéma de Russie? Le cinéma produit dans les pays Musulmans? Le cinéma africain? Indonésien? Malaisien? Hispanique?

      On vient de décrire les 90% de l’humanité. Pas de Brokeback Mountain parmi eux, pas non plus de biographie sur Liberace. Pas de glorification de l’homosexualité dans aucun de ces films.

      Quelles que soient les positions américaine sur l’homosexualité, elles sont en avances de 100 ans sur ce qui se passe ailleurs dans le monde, à l’exception de quelques pays européens. Cela vaut pour Hollywood. Quand le cinéma produit partout dans le monde sera aussi ouvert que le cinéma d’Hollywood, ce sera un beau jour pour les homosexuels.

      Mais je commprends qu’il est plus facile de s’attaquer aux Américains. On ne risque pas de passer pour raciste. Quand on s’attaque aux Américains, on ne craint pas de stigmatiser.

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