Marc-André Lussier

Archive du 8 janvier 2013

Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 16h45 | Commenter Aucun commentaire

Daniel Day-Lewis a d’abord dit non à Spielberg

Lincoln - 1

Steven Spielberg aura mis 12 ans avant de pouvoir enfin se lancer dans son projet de film sur Abraham Lincoln. Dès le départ, il avait songé à Daniel Day-Lewis pour interpréter le personnage mais devant le refus de l’acteur, le cinéaste s’était tourné vers Liam Neeson. Ce n’est que plusieurs années plus tard, alors que le scénariste Tony Kushner est entré dans le décor, que Daniel Day-Lewis fut sollicité de nouveau.

Les deux hommes avaient d’ailleurs évoqué cet épisode lors d’une rencontre de presse à laquelle j’ai assisté au mois d’octobre.

Dès la publication, en 1999, du livre Team of Rivals, écrit par l’historienne émérite Doris Kearns Goodwin, le cinéaste en fait l’un de ses principaux projets. Mais les éminents scénaristes auxquels il fait appel ne parviennent pas à accoucher d’un script satisfaisant. C’est finalement le dramaturge Tony Kushner (Angels in America), avec qui Spielberg avait déjà travaillé pour Munich, qui signera la version finale d’un scénario basé en partie sur le livre de madame Kearns Goodwin.

«Comment peux-tu approcher la vie d’un personnage aussi mythique en lui donnant des accents de vérité ?, demande Daniel Day-Lewis. Au départ, j’étais convaincu que Steven avait eu une mauvaise idée en faisant appel à moi. À part son image iconique, je ne connaissais strictement rien de Lincoln !»

Le cinéaste confirme la difficulté qu’il a eue à convaincre l’acteur lauréat de deux Oscars (My Left Foot en 1990 et There Will Be Blood en 2008) de se glisser dans la peau du président abolitionniste.

«J’ai surtout misé sur la force du scénario que Tony Kuchner a écrit, raconte le cinéaste. Ce fut l‘élément qui, dans un premier temps, a permis de croire qu’il serait peut-être possible que nous puissions travailler ensemble sur ce projet Daniel et moi. Cela dit, je ne voulais pas lui mettre de pression inutile sur les épaules non plus. C’est la raison pour laquelle je ne lui ai jamais dit que le film n’existerait tout simplement pas s’il avait décliné mon invitation !»

Lors de la remise des prix du Cercle des critiques de New York, qui a eu lieu hier soir, Steven Spielberg a lu la note que Daniel Day-Lewis lui avait fait parvenir à l’époque pour décliner son invitation.

«Je ne peux expliquer pourquoi je ressens parfois le besoin d’explorer la vie d’un personnage et pas celle d’un autre, avait écrit l’acteur. Mais je sais que je ne peux faire ce travail que si je n’ai pas le choix… Dans ce cas-ci, autant suis-je fasciné par «Abe», autant cette fascination relève de celle d’un spectateur qui souhaite ardemment se faire raconter cette histoire plutôt que de celle d’un participant. C’est ce que je ressens malgré moi, et même si je ne suis pas certain que mon sentiment ne changera jamais, je ne pourrais vous encourager à entretenir cette possibilité.»

Lisez le compte-rendu de la soirée, incluant la lettre dont il est question ici, sur le site dIndiewire.

Rappelons qu’au Québec, Lincoln sera enfin accessible au public francophone ce vendredi.

Steven Spielberg fait par ailleurs partie des cinq cinéastes retenus pour le prestigieux prix de la Directors Guild of America. Ben Affleck (Argo), Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty), Tom Hooper (Les Misérables) et Ang Lee (Life of Pi) sont aussi en lice. Vous pouvez parier un petit deux que ces cinq cinéastes se disputeront aussi l’Oscar de la meilleure réalisation (les nominations seront annoncées jeudi matin).

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Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 8h42 | Commenter Commentaires (3)

Un film trop «gai» pour Hollywood ?

Liberace - 1

Michael Douglas et Matt Damon

Pour bien des conservateurs américains (on en trouve aussi ailleurs), Hollywood est un endroit de perdition mené par d’infâmes «libéraux» (insulte suprême) qui mettent de l’avant une «propagande» allant à l’encontre des «bonnes valeurs» (marque déposée).

Dans les faits, il n’en est rien. À quelques exceptions près, les films hollywoodiens sont ultra prévisibles. Et mettent de l’avant une idéologie conservatrice et lénifiante.

Vendredi dernier, au cours d’une rencontre organisée par la Television Critics Association, Steven Soderbergh a révélé que son film Behind the Candelabra a unanimement été rejeté par les studios hollywoodiens. Son projet s’est finalement transformé en un téléfilm dont la diffusion aura lieu ce printemps sur la chaîne spécialisée HBO. Michael Douglas y incarne le flamboyant entertainer Liberace; Matt Damon son amant. Le site Indiewire indique que ce nouvel opus soderberghien sera vraisemblablement présenté au festival de Cannes (une distribution en salle est prévue en Europe). Cela dit, aucune sortie en salle n’est prévue en Amérique du Nord.

«Ils ont dit que c’était trop gai, a révélé le réalisateur de Magic Mike. Tout le monde. Et cela, après Brokeback Mountain en passant. Qui n’est pas aussi drôle que ce film. J’étais médusé. Ça ne faisait aucun sens. Les studios disaient qu’ils ne sauraient pas comment le promouvoir. Ils ont eu peur.»

Lisez l’article d’Indiewire.

De son côté, Première trace un parallèle avec l’affaire I Love You Phillip Morris (lisez l’article). Cette décapante comédie, dont les têtes d’affiche étaient Jim Carrey et Ewan McGregor, a en effet mis deux ans à gagner quelques écrans en Amérique du Nord. J’avais évoqué cette affaire dans une chronique à l’époque. Extrait :

Étant donné la notoriété de ses deux acteurs principaux, Jim Carrey et Ewan McGregor, plusieurs s’attendaient à ce que le film n’éprouve aucune difficulté à se faire valoir sur les écrans nord-américains. Mais voilà. Aux écueils d’ordre financier (des démêlés entre le producteur français EuropaCorp et les distributeurs américains impliqués dans le dossier) se sont aussi ajoutées des préoccupations d’une autre nature.

Dans une scène présentée très tôt dans le film (ceux qui préféreraient ne pas en connaître les détails feraient mieux de passer tout de suite au paragraphe suivant), le personnage qu’interprète Jim Carrey se livre à de vigoureux ébats sexuels, avec à peu près la même énergie qu’un type sortant de prison. Cet homme sans histoires, bien marié, bon père de famille et chrétien dévoué, a décidé de se «lâcher lousse» en réalisant ses fantasmes avec une dévotion, disons, très sincère. La séquence se fige juste au moment où l’on aperçoit une partie du visage de SON partenaire. «En passant, je suis gai», révèle-t-il.

Il n’en fallait pas plus pour que certains observateurs dénoncent la frilosité des distributeurs américains en faisant valoir que le récit d’I Love You Phillip Morris s’appuie sur une relation homosexuelle vécue dans un contexte un peu plus subversif. Cette conclusion est peut-être un peu simpliste, mais il est clair que Hollywood semble faire preuve d’extrême prudence dès qu’il est question de la représentation de l’homosexualité à l’écran. Surtout quand on s’éloigne du créneau de la comédie pure et simple.

D’aucuns expliquent d’ailleurs la défaite inattendue de Brokeback Mountain aux Oscars en 2006 (Crash a alors été sacré meilleur film) par un effet de ressac issu de la frange plus conservatrice de l’Académie.

«Contrairement à l’impression générale, Hollywood est un endroit extrêmement conservateur qui ne fait que prétendre être progressiste», déclarait récemment l’acteur Rupert Everett au cours d’une interview accordée à la BBC…

À la lumière des révélations de Steven Soderbergh, on ne peut que confirmer ce constat. Dans la vraie vie, le mandat de Hollywood est de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs possible à travers le monde. Pour y parvenir, on vise le consensus. Sans rien déranger, sans rien bousculer. Avec, bien souvent à la clé, une morale encore coincée dans une autre époque. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle bien des séries télé produites aux États-Unis sont désormais plus intéressantes que la plupart des produits préfabriqués qui sortent de l’usine hollywoodienne.

De son côté, Steven Soderbergh sera tout de même de l’actualité cinéma dès le mois prochain. Son thriller Side Effects prend l’affiche le 8 février.


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