Marc-André Lussier

Archive, janvier 2013

Mercredi 30 janvier 2013 | Mise en ligne à 21h51 | Commenter Commentaires (4)

Un devoir pour les Canadiens français !

Lumières ville - Affiche

Récemment, une amie me faisait part du plaisir qu’elle prenait à regarder les très vieux films québécois, disponibles dans le répertoire Éléphant. Vous connaissez sans doute ce projet remarquable (piloté par Québecor) dont le mandat est de numériser les films produits chez nous et de les rendre accessibles, notamment via le service Illico. Le catalogue s’enrichit de mois en mois. On peut même y voir des films plus contemporains, pratiquement introuvables, comme La cuisine rouge (Paule Baillargeon) ou Bar salon (André Forcier).

Chantal a été particulièrement fascinée par un film intitulé Les lumières de ma ville. Ce drame romantique a été produit en 1950 alors que le «Canada français» tentait timidement une percée dans le merveilleux monde du cinéma. Elle m’a posé des questions sur ce film auxquelles je n’ai pu répondre que de façon approximative. Or, il se trouve que ce film a déjà été présenté dans le cadre de Plein cadre, l’une des premières séries diffusées à Canal D, à l’époque où, nouvellement entrée en ondes, la chaîne présentait aussi des longs métrages. Jean-Claude Lord faisait les présentations à l’écran; j’étais le recherchiste. Combien d’après-midi et de soirées ai-je passé dans la salle d’archives de la Cinémathèque québécoise, à éplucher toutes les coupures de presse ?

En fouillant dans mes archives personnelles, je suis tombé sur le dossier de recherche que j’avais produit à l’époque à propos du film de Jean-Yves Bigras. C’est trop drôle. En voici quelques extraits :

Le contexte :

À l’époque de la sortie, en 1950, Les lumières de la ville a fait l’objet d’une véritable campagne patriotique. Qu’on en juge par les textes publicitaires de l’époque :

«Dans quelques instants, l’écran de cette salle sera illuminé par Les lumières de ma ville, un film imaginé, réalisé, interprété par des Canadiens français. Les lumières de ma ville est entièrement le fruit d’un long et patient travail d’une équipe de jeunes techniciens et artistes canadiens français qui, travaillant jour et nuit avec acharnement et enthousiasme, ont voulu prouver que les Canadiens français pouvaient réussir et briller au cinéma.»

Fait inusité, on incitait même les gens à débourser un léger supplément sur le tarif habituel : «Depuis des années, pouvait-on lire dans la publicité, vous réclamez du cinéma exclusivement canadien français. Et vous avez raison d’insister. C’est votre droit. Les lumières de ma ville répond magnifiquement à votre appel. Avec crânerie, avec talent et courage, une équipe de jeunes a réalisé ce film. Cette équipe doit-elle vivre ou mourir ? La réponse vous appartient. Cette équipe ne vous demande rien… sinon l’encouragement de votre présence et celui de vos applaudissements. Rien… sinon un supplément de quelques cents (pas même le coût d’un paquet de cigarettes).»

Pour bien enfoncer le clou, on parlait carrément de «devoir». Un texte non signé, affiché à l’entrée des salles (qu’on présume avoir été écrit par le réalisateur), disait ceci :

«Je m’adresse à tous mes compatriotes. Le film Les lumières de ma ville est le fruit du travail d’une équipe de jeunes Canadiens français qui entendent prouver que nous pouvons briller et réussir au cinéma comme en d’autres domaines. Ces jeunes méritent votre encouragement total. Voir ce film, en parler, le recommander à vos amis, est votre devoir. C’est tout ce que je vous demande, vous n’avez pas le droit de leur refuser un tel appui. De votre encouragement dépend l’avenir immédiat de ces talentueux Canadiens français. Ou ils continuent dans ce domaine, ou ils abandonnent. C’est à vous, mes compatriotes, de donner la réponse. Les lumières de ma ville a été conçu et réalisé par ces jeunes gens. Ils n’ont pas failli à la tâche. À vous d’en faire autant.»

Comme chantage émotif, on peut difficilement faire mieux…

Le réalisateur Jean-Yves Bigras (extraits) :

… fort de son expérience, il se sent prêt pour réaliser seul un long métrage. Ce sera Les lumières de ma ville. La critique est plutôt sévère et le public aussi. Bigras se tourne alors vers un autre projet : La petite Aurore l’enfant martyre en 1951, succès emblématique du cinéma québécois des années 50…

La critique :

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la critique n’a pas vraiment entendu les appels au patriotisme qu’ont lancé avec fracas les artisans du film. Dans Le Canada, Rolland Côté affirme carrément que «nous ne pouvons pas faire du cinéma sans l’aide de cinéastes de l’extérieur, qu’ils viennent de Hollywood, Londres, ou Paris…»

Dans Le Droit, la journaliste Elsie R. avoue avoir envie de dire «la fierté que j’ai ressentie à regarder évoluer sur l’écran nos artistes». Cela dit, elle trouve l’action «un peu lente». «Le scénariste, écrit-elle, aurait peut-être dû ajouter quelques phrases par-ci par-là pour boucher des trous»…

Dans La Presse, on relève certaines naïvetés et des maladresses techniques évidentes. Toutefois, ce film «marque un progrès réel sur les essais précédents.»

Comme dirait l’autre, il faut parfois savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va. Ouf !

Fiche Éléphant Les lumières de ma ville (avec bande annonce)

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Mardi 29 janvier 2013 | Mise en ligne à 20h25 | Commenter Commentaires (14)

Oscars : l’impensable pourrait bien se produire !

Argo - Affiche

L’Oscar du meilleur film de l’année à Argo ? Il faut commencer à se faire à l’idée. Même si Amour, Beasts of the Southern Wild, Django Unchained ou Zero Dark Thirty le mériteraient cent fois plus, il semble bien que la révision fantaisiste que Ben Affleck a tirée des événements survenus en Iran au tournant des années 80 raflera la récompense suprême du cinéma hollywoodien.

Ben cou’donc.

Ainsi, Argo pourrait devenir le lauréat de l’oscar du meilleur film, même si son réalisateur n’a pas été retenu dans la catégorie de la meilleure réalisation. Ce cas de figure n’est pas survenu depuis 23 ans, soit depuis le sacre de Driving Miss Daisy, choisi meilleur film de l’année par les membres de l’Académie alors que le réalisateur (Bruce Beresford) n’était même pas en lice dans sa catégorie.

La course aux récompenses est vraiment étrange cette année. Elle le sera d’autant plus si Ben Affleck remporte samedi le prestigieux prix de la Guilde des réalisateurs américains. Alors que la liste des nominations des Oscars est habituellement une copie conforme de celle des différentes associations professionnelles, voilà qu’il existe des différences notoires cette année. Trois des cinéastes en lice pour le DGA Award ont été écartés de la catégorie de la meilleure réalisation aux Oscars. Du jamais vu. Ben Affleck, Kathryn Bigelow et Tom Hooper, nommés pour le DGA Award, ont dû céder leur place aux Oscars à Michael Haneke, Benh Zeitlin et David O. Russell. Or, Affleck a des chances réelles de l’emporter samedi.

Argo a en effet le vent dans les voiles présentement. Lincoln impose le respect mais ne semble guère susciter l’enthousiasme, et la controverse bidon envers Zero Dark Thirty semble avoir définitivement plombé toutes les chances d’un film pourtant remarquable (et autrement plus rigoureux qu’Argo).

Maintenant que des pools officiels sont organisés au Québec (vraiment ?), voici mes prédictions* : Film : Argo. Réalisation : Steven Spielberg. Actrice : Jennifer Lawrence. Acteur : Daniel Day-Lewis. Actrice soutien : Anne Hathaway. Acteur soutien : Tommy Lee Jones. Scénario original : Django Unchained. Scénario adapté : Argo. Film langue étrangère : Amour.

Ne me remerciez pas. C’est tout naturel.

* Je me réserve évidemment le droit de changer d’idée d’ici le 24 février !

Argo… ou Jamais sans mon Ben !

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Samedi 26 janvier 2013 | Mise en ligne à 9h26 | Commenter Commentaires (4)

Une b.a. alléchante de L’écume des jours

Ecume jours - 1

Romain Duris dans L’écume des jours

Sur papier, le projet d’adaptation du célèbre roman de Boris Vian L’écume des jours est très audacieux. Dans mon reportage sur les 20 films qui marqueront 2013, j’écrivais que cette oeuvre littéraire, réputée «inadaptable» à cause de son caractère poétique et fantaisiste, risquait pourtant de trouver en Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) son parfait accoucheur cinématographique.

La bande annonce lancée hier semble bien confirmer cette affirmation. Et vient du coup aiguiser notre patience. L’écume des jours prend l’affiche le 24 avril en France. Films Séville en a acquis les droits pour le territoire québécois mais aucune date de sortie n’est encore fixée. Souhaitons un court délai.

Lien YouTube.

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