
Il est de ces choses que je m’explique mal parfois. Le succès monstrueux qu’a obtenu The Hobbit au cours de la semaine en est une. Voici un extrait de ma chronique hebdomadaire de vendredi dernier :
The Hobbit est à l’affiche. En fait, il s’agit du premier volet d’une nouvelle trilogie de Peter Jackson qui, dix ans plus tard, nous replonge dans la Terre du milieu, mais en visant cette fois un public plus jeune. Avec ce premier opus du «prequel» du Seigneur des Anneaux, injustement nommé «voyage inattendu» tellement rien ne ressemble davantage à un volet Tolkien qu’un autre volet Tolkien, on en prend pour au moins trois ans encore. Auquel il faudra ajouter les trois siècles de suppléments qui débouleront inévitablement lors de la sortie du long-métrage sur toutes les autres plates formes. Apparemment, on présume que les admirateurs de ces séries-là n’ont pas de vie. Récemment, le vizir néo-zélandais n’était d’ailleurs pas peu fier d’annoncer que la version «intégrale» de cet Unexpected Journey, disponible en vidéo l’an prochain, sera encore plus longue. À 170 minutes déjà bien comptées au cadran, on croyait pourtant être repus et rassasiés. Comme ces frustres nains qui s’imposent dans la maison de Bilbo et dévorent en une soirée la ration annuelle d’une armée entière.
À défaut de la comprendre, on ne peut qu’être admiratif devant la dévotion que des millions de spectateurs portent à cette œuvre.
Il y a toutefois aujourd’hui une telle surenchère sur le plan des avancées technologiques qu’une production ambitieuse de cette nature doit miser sur cet aspect pour se faire valoir. La forme de projection suscite d’ailleurs plus de commentaires sur les réseaux sociaux que la qualité intrinsèque de l’œuvre. Non seulement The Hobbit est présenté en 3D, mais il a aussi été tourné en 48 images par seconde (plutôt qu’en 24 images par seconde, selon la méthode traditionnelle). Ne semblant pas trop vouloir prendre de risques, Warner propose d’ailleurs la version «48» dans quelques salles seulement. Jackson estime de son côté que cette double vitesse de défilement a un effet concret sur la fluidité des images et des mouvements.
En vérité, il faut au spectateur un bon moment avant de s’habituer. Cette nouvelle technique rehausse en effet le caractère déjà artificiel des images de synthèses. Ce qui veut dire que le spectateur aura parfois l’impression que le film est projeté en vidéo, sur un immense plasma 3D plutôt que sur un écran de cinéma. Jackson n’ayant visiblement pas encore satisfait sa fascination pour les sécrétions corporelles de toutes natures, la vision de certaines scènes se révèle, dans ces conditions, carrément dégoûtantes. Il ne faudrait pas s’en étonner pour autant. Il suffit de rappeler que le cinéaste, aujourd’hui l’un des plus puissants du monde, a fait ses classes dans le cinéma gore. Son premier long métrage, Bad Taste (suavement rebaptisé Dans l’cul au Québec à l’époque), avait d’ailleurs marqué les esprits dans les années 80. En 24 images par seconde et en 2D, c’était déjà bien assez…
Je fais visiblement partie d’une minorité. Mon estimée collègue Sonia Sarfati a vu le film deux fois. Cette grande spécialiste de l’oeuvre de Tolkien a même apprécié le travail d’adaptation de Peter Jackson encore davantage au deuxième visionnement. Faudra peut-être que j’y retourne…
Compte Twitter : @MALussier
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