Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Lundi 10 décembre 2012 | Mise en ligne à 16h07 | Commenter Commentaires (8)

    Un oubli impardonnable de l’American Film Institute

    The Master - 1

    Vous le savez : nous en sommes à cette période de l’année où déboulent toutes les listes imaginables. Chaque association locale de critiques, chaque association professionnelle y va de sa propre liste. On ne peut évidemment s’arrêter à chacune d’entre elles et commenter. Nos journées entières y passeraient.

    Quand même, deux choses à signaler. Il y a d’abord le palmarès établi par l’Association des critiques de Los Angeles. Puis, les choix du vénérable American Film Institute.

    Commençons d’abord par les collègues de la Cité des anges. Qui, contrairement aux autres associations, ont carrément attribué le titre de meilleur film de l’année à un film étranger : Amour (Michael Haneke). Ils ont de surcroît attribué un prix d’interprétation à la grande Emmanuelle Riva (ex aequo avec Jennifer Lawrence – Silver Linings Playbook). Quant au prix du meilleur film étranger, il est allé à Holy Motors (Leos Carax), un choix quand même audacieux. The Master a aussi fait très belle figure sur leur palmarès. Paul Thomas Anderson a récolté le prix de la meilleure réalisation; Joaquin celui du meilleur acteur; et Amy Adams celui de le meilleure actrice de soutien.

    Quand on pense que ces critiques vivent au coeur même de Hollywood, ces choix ont quelque chose d’assez glorieux.

    Par ailleurs, l’American Film Institute, une institution très respectée, vient aussi de dévoiler sa liste des 10 meilleurs films de l’année (sans ordre précis). Alors que plusieurs observateurs estiment qu’il est difficile de trouver dix films américains dignes de mention cette année, le jury de l’AFI a trouvé le moyen d’écarter The Master de leur liste ! Comment est-ce possible ? Bien entendu, le cinéma est parfois une question de goûts et de couleurs, mais que des professionnels du cinéma ne soient pas à même de reconnaître les qualités exceptionnelles du film de Paul Thomas Anderson, ne serait-ce que sur le plan de la réalisation, cela dépasse l’entendement. D’autant que The Dark Knight Rises, pourtant moins réussi que de The Dark Knight, est invité au bal. À n’y rien comprendre. Mais bon, il y en aura d’autres…

    Le palmarès du Los Angeles Film Critics Association.

    Le palmarès de l’American Film Institute.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Le palmarès du AFI est pas très compliqué. Y’ont pris les 10 films oscarisables américains les plus accesssibles/populaires, et hop là. Ridicule au plus haut point, mais qu’est-ce que vous voulez.

      Évidemment, j’ai pas encore vu Django et ZDT, alors je ne peux pas me prononcer. Mais des 8 autres, le seul qui mérite d’y être réellement est Beasts of the Southern Wild.

    • “Bien entendu, le cinéma est parfois une question de goûts et de couleurs, mais que des professionnels du cinéma ne soient pas à même de reconnaître les qualités exceptionnelles du film de Paul Thomas Anderson, ne serait-ce que sur le plan de la réalisation, cela dépasse l’entendement.”

      Justement, s’il n’y a que des qualités exceptionnels de la réalisation, mais que celle-ci brasse du vent, est-ce vraiment un grand film? Si c’est le cas, il faudrait ajouter plusieurs pubs.

    • Pour un film avec autant de sueur et de cris et de gros yeux en gros plans 65mm, The Master est étonnamment stérile. Bien réalisé, certes, magnifiquement joué, tout à fait d’accord, mais aussi profond que les doctrines d’un gourou à deux balles.

    • “Bien entendu, le cinéma est parfois une question de goûts et de couleurs, mais que des professionnels du cinéma ne soient pas à même de reconnaître les qualités exceptionnelles du film de Paul Thomas Anderson, ne serait-ce que sur le plan de la réalisation, cela dépasse l’entendement.”

      J’aurais écrit la même chose à propos de Cosmopolis et Dangerous Method…

    • @ cinematographe

      Pouvez-vous m’éclairer sur ce que vous avez trouvé à Cosmopolis? Personnellement, j’ai trouvé le film imbuvable, mais je sais aussi que vos connaissances en cinéma dépassent largement les miennes. Je voulais le revisionner prochainement, et peut-être qu’une nouvelle grille d’analyse me permettra de l’apprécier davantage.

      Merci ;)

    • Votre critique de Lincoln était plutôt tiède, les Golden Globes ne semblent pas de votre avis, que penser ?

    • En quoi, Pezz, vous avez trouvé le film imbuvable, là on pourrait discuter.

    • @pezzz

      Pour moi c’était la suite logique de Dangerous Method: ce dernier essayait de comprendre ce qui se passe dans un corps quand on prononce tel ou tel mot, à ce qui existe, si l’on veut, entre les mots (c’est la scène d’association libre du début, exposant la méthode du film, poser des instruments sur un corps pour mesurer ce qui se passe dans celui-ci quand on associe des idées).

      Cosmopolis, c’est très touffu, mais pour moi le danger à éviter, et qui explique je crois pourquoi beaucoup ont trouvé le film imbuvable, c’est de le prendre au pied de la lettre, comme si tout ce trouvait dans le débit incessant des dialogues. Pour moi, c’est un film sur la perte du langage, il y a d’ailleurs plusieurs mentions à ce sujet dans le film (le mot “computer” déjà désuet, les tentatives pathétiques de Bobby de faire du small talk avec sa femme, …) On parle sans arrêt dans ce film, pendant qu’on mange, pendant qu’on baise, les mots sortent en flots, mais les discussions tournent en rond et n’aboutissent nul part. Le monde s’écroule en arrière-plan alors que dans la limousine cet effritement passe par un langage devenu insignifiant (en même temps, il y a des trucs importants dans les dialogues, il ne faut pas tout jeter pour autant, mais ce n’est pas un film littéral, pour moi le flot et le rythme des dialogues est plus important que leur contenu).

      De plus, il y a plein de belles idées visuelles, la seule que je me rappelle maintenant c’est la limousine, blanche au départ, qui devient peu à peu un objet d’art contemporain, mettant en perspective quelques idées discutées. Et le travail sur le son est hallucinant, au cinéma en tout cas, le silence de la limousine était des plus étouffant.

      Bref, quelques pistes comme ça, mais il faudrait que je le revois pour en parler plus sérieusement.

      (Et merci de votre intérêt pour mon opinion, mais je ne suis pas plus un expert que vous; plus de connaissances donne une autre perspective, mais elle n’est pas meilleure ou pire que celle d’un néophyte.)

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