Marc-André Lussier

Archive, décembre 2012

Vendredi 28 décembre 2012 | Mise en ligne à 21h59 | Commenter Commentaires (18)

Le cinéma français en crise (lui aussi!)

Dany Boon

Dany Boon est montré du doigt

Vous croyez qu’il n’y a qu’au Québec que la désaffection du public envers le cinéma national provoque des émois ? Détrompez-vous. Comparativement au psychodrame dans lequel est plongé le milieu du cinéma français présentement, ce qui se passe chez nous n’a rien de très spectaculaire…

Aujourd’hui dans Le Monde, Vincent Maraval a publié un article très virulent, dans lequel il remet en question tout le système de financement du cinéma français. Fondateur de la société Wild Bunch, l’un des plus importants distributeurs français, producteur aussi (il a co-produit The Artist entre autres), Maraval montre notamment du doigt – avec exemples à l’appui – les excès d’un système qui fait en sorte qu’un film coûte en moyenne plus cher à produire là-bas que n’importe où ailleurs (exception faite des studios hollywoodiens). Il n’hésite pas non plus à dénoncer les cachets faramineux – et disproportionnés – consentis aux acteurs, autant ceux qui ont un statut de star que les autres. Je reproduis ici les trois premiers paragraphes de sa missive. Ça situe…

L’année du cinéma français est un désastre. Pendant que Gérard Depardieu fait l’actualité et que les ministres rivalisent d’esprit pour en faire le scandale du moment et dénoncer son exil fiscal à 2 kilomètres de la frontière d’un pays dont il ne se sent “plus faire partie”, personne ne parle du cinéma français. Or tous les films français de 2012 dits importants se sont “plantés”, perdant des millions d’euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc.

Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l’argent.

Constat unanime : les films sont trop chers. Après les films des studios américains, la France détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d’euros, alors que le coût moyen d’un film indépendant américain tourne autour de 3 millions d’euros. Ce coût moyen ne baisse jamais, alors qu’il y a toujours plus de films produits, que le marché de la salle stagne, que la vidéo s’écroule et que les audiences du cinéma à la télévision sont en perpétuel déclin face à la télé-réalité et aux séries.

Lisez l’article de Vincent Maraval dans son intégralité.

Le passage à propos des cachets des acteurs risque de créer beaucoup de remous. Et peut-être même une vraie remise en question.

…Dany Boon, par exemple, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient des sommes qui laissent un Gérard Depardieu sur le carreau, ratatiné. 3, 5 millions d’euros pour Le Plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire ! Un million pour quelques minutes dans Astérix, film qui fait exploser le ratio entrées/cachet/minute à l’écran…

Malgré ses récents échecs, grâce au miracle du système de financement du cinéma français, Dany Boon s’apprête aujourd’hui à attaquer son nouveau film, Hypercondriaque, pour lequel on parle d’une somme proche de 10 millions d’euros. Ce texte ne se transformera pas en lettre de dénonciation, je ne nommerai que ceux qui ont fait leur coming out fiscal. Mais ils sont nombreux, qui se disent à gauche, dénoncent les injustices, mais au fond n’en voient qu’une seule : leur niveau d’imposition.

Mais pourquoi, au fond, les acteurs seraient-ils pires que les sportifs ? Parce que leur carrière est potentiellement plus longue ? Non, le seul scandale, le voilà : les acteurs français sont riches de l’argent public et du système qui protège l’exception culturelle. A part une vingtaine d’acteurs aux États-Unis et un ou deux en Chine, le salaire de nos stars, et encore plus le salaire de nos moins stars, constitue la vraie exception culturelle aujourd’hui.

Pourquoi est-ce qu’un acteur français de renom, qu’il se nomme Vincent Cassel, Jean Reno, Marion Cotillard, Gad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français – au marché limité à nos frontières – des cachets allant de 500 000 à 2 millions d’euros, alors que, dès qu’il tourne dans un film américain, dont le marché est mondial, il se contente de 50 000 à 200 000 euros ? Pourquoi, par exemple, Vincent Cassel tourne-t-il dans Black Swan (226 millions d’euros de recettes monde) pour 226 000 euros et dans Mesrine (22,6 millions d’euros de recettes monde) pour 1,5 million d’euros ? Dix fois moins de recettes, cinq fois plus de salaire, telle est l’économie du cinéma français.

Savez-vous que Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n’importe lequel des films dans lesquels il a joué ? Que Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenix dans le prochain James Gray ? Que Philippe Lioret touche deux fois plus que Steven Soderbergh et sept fois plus que James Gray ou Darren Aronofsky ? Pourquoi s’en priveraient-ils ?

Et pourquoi Depardieu est-il le salaud ? Lui qui fait Mammuth gratuitement pour permettre au film d’exister et propose de faire la même chose pour DSK de Ferrara. Pourquoi Vincent Cassel, qui met son argent et son énergie au service de jeunes talents comme Kim Chapiron ou Romain Gavras, serait-il plus coupable que le système ?

Il y a fort à parier que les arguments de Vincent Maraval feront aussi l’objet de critiques au cours des prochains jours. On ne peut toutefois nier la pertinence de ses questions.

Un autre beau sujet de discussion au prochain party des Césars…

Le compte-rendu du Figaro.

Le compte-rendu du Point.

Ajout (Lecture essentielle) :

L’analyse éclairée du critique Jean-Michel Frodon.

Compte Twitter : @MALussier

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Jeudi 27 décembre 2012 | Mise en ligne à 8h31 | Commenter Commentaires (7)

Nos favoris de 2012

De rouille - Affiche

Voilà. Le reportage sur les meilleurs films de l’année, que Marc Cassivi et moi-même signons conjointement, est maintenant en ligne. Notre grand coup de coeur de l’année est sans contredit De rouille et d’os. Le remarquable film de Jacques Audiard se retrouve en effet en tête de nos Top 10 individuels. Non, nous ne nous étions pas consultés !

Vous pouvez lire le reportage et consulter nos listes individuelles en cliquant ici.

Si le coeur vous en dit, n’hésitez pas à commenter et à partager vos choix.

En passant, une petite note à propos d’Amour. Il est vrai qu’en principe, le film de Haneke n’aurait pas dû se retrouver sur nos listes, étant donné qu’il n’a pas encore fait l’objet d’une présentation «officielle» au Québec. Mis à part une projection bénéfice à Excentris il y a quelques semaines, Amour n’a été présenté dans aucun festival de cinéma québécois. Nous avons quand même décidé de faire une exception. Prenant l’affiche chez nous le 11 janvier, ce film est déjà sorti dans quelques marchés en Amérique du Nord. Il est ainsi admissible à toutes les remises de récompenses dès maintenant. Amour vient d’ailleurs d’être nommé meilleur film de l’année par le magazine Time.

Les 2 Marc discutent de De rouille et d’os.

Par ailleurs, notre grand reportage sur les «20 films qui marqueront 2013» sera publié dans La Presse samedi (29 décembre).

Compte Twitter : @MALussier

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Samedi 22 décembre 2012 | Mise en ligne à 16h56 | Commenter Commentaires (57)

Tous sur Depardieu !

Homme qui rit - 1

Gérard Depardieu et Marc-André Grondin dans L’homme qui rit

Il semble bien que le showbiz français au grand complet est en train de laver son linge sale en public suite à la décision qu’a prise Gérard Depardieu d’aller s’installer «en exil fiscal» dans une petite ville frontalière de Belgique. Tout le monde se prononce, tout le monde a une opinion. Et ce n’est pas toujours joli joli. Mais c’est très divertissant. Florilège de quelques déclarations faites au lendemain de la lettre qu’a fait parvenir Gérard Depardieu au premier ministre Jean-Marc Ayrault, relayée par Le Journal du dimanche.

Gérard Depardieu : «Je rends mon passeport»

L’événement avait déjà mis le feu aux poudres, mais Philippe Torreton, excellent acteur au demeurant (interview – Présumé coupable), a jeté de l’huile sur le feu dans une missive particulièrement violente, publiée dans Libération. «Le problème, Gérard, c’est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé : celui du je pense qu’à ma gueule, celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales.», écrit-il (entre autres choses).

Alors Gérard t’as les boules ?

Catherine Deneuve a aussi fait publier une lettre dans Libération pour se porter à la défense de l’un de ses partenaires de jeu favoris. «Ce n’est pas tant Gérard Depardieu que je viens défendre, mais plutôt vous que je voudrais interroger», écrit-elle en s’adressant à Philippe Torreton.

Monsieur Torreton…

Depuis le début de cette affaire, c’est la totale. Outre Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Fabrice Luchini, Gad Elmaleh et quelques autres ont vertement critiqué la sortie de Torreton dans différents médias.

Brigitte Bardot : «…que Philippe Torreton, inconnu au bataillon des célébrités, garde son venin, sa vulgarité, sa médiocrité et sa jalousie pour insulter ceux qui en valent la peine».

Fabrice Luchini : «Quand je lis cette lettre, je me dis qu’il n’a pas peur qu’on compare sa carrière à la sienne. Depardieu, c’est une star comme Gabin. Torreton est un acteur qui a fait quelques films avec Bertrand Tavernier. Et il se met à insulter quelqu’un qui a fait 190 films dont 80 qui sont essentiels dans le cinéma français. (…) C’est suicidaire de se confronter à un monument du cinéma.»

Gad Elmaleh sur Twitter : «Philippe Torreton. C’est pas en tapant sur les grands qu’on entre dans leur cour. Je comprends ton mal de notoriété mais tu es si petit…»

Pendant que les stars sont en train de s’invectiver sur la place publique, Gérard Depardieu n’accorde évidemment aucune entrevue en marge de la sortie, mercredi en France, de L’homme qui rit, le film de Jean-Pierre Améris dont Marc-André Grondin est la tête d’affiche. L’acteur québécois est d’ailleurs à Paris ces jours-ci afin d’en assurer le «service après-vente» justement. Je l’ai joint un peu plus tôt aujourd’hui. Voici ce qu’il a à dire sur le sujet :

«Je suis contre l’évasion fiscale, donc totalement contre ce qu’il est en train de faire. Par contre, je trouve les Français hyper mélodramatiques : autant les sorties de Depardieu, que l’acharnement médiatique contre lui ou les répliques du gouvernement, sont d’une théâtralité qui me font rouler des yeux.

Je comprend mal son geste. Il décide de partir parce qu’il y a un problème au niveau de l’imposition, mais si il aime tant la France (comme il le dit dans sa lettre), pourquoi ne reste-t-il pas pour essayer de régler le problème ? Partir en Belgique ne changera rien. Ça n’aide ni les riches, ni les pauvres.

Je comprend la réaction forte des gens par rapport à ce qu’il fait. Depardieu est un symbole français, un peu comme la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe. Il a toujours représenté les pauvres qui ont réussi à s’en sortir.. toujours joué des personnages proches du peuple. C’est parce que les gens l’aiment beaucoup qu’ils sont en train de le lapider sur la place publique. Ils sont blessés.»

Vraiment, le party de famille s’annonce grandiose aux prochains Césars…

Résumé de toute l’affaire par Pure Médias.

Compte Twitter : @MALussier

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