Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 30 novembre 2012 | Mise en ligne à 9h40 | Commenter Commentaires (10)

    Lincoln enfin en français mais…

    Lincoln - Affiche

    Ma chronique hebdomadaire. À la fin de cette entrée de blogue, j’évoque aussi un élément supplémentaire dans ce dossier.

    Vous avez été nombreux à déplorer l’absence de copies sous-titrées ou doublées en français du plus récent film de Steven Spielberg Lincoln. Votre déception est d’autant plus justifiée qu’une maîtrise parfaite de la langue anglaise est nécessaire afin d’apprécier à sa juste mesure ce drame historique. Le scénario de Tony Kushner comporte en effet des pages et des pages de dialogues. Et fait valser de nombreux personnages comme autant de ramifications d’un système politique complexe, dont le mode de fonctionnement est unique au monde. Les férus d’histoire et les aficionados de la politique américaine sont évidemment ravis, mais le film apparaît quand même extrêmement bavard au commun des mortels. D’où l’importance pour nous d’un accès dans la langue de Molière.

    Une bonne et une moins bonne nouvelle à ce propos. Commençons par la bonne : le studio Disney, qui relaie maintenant les films produits par Dreamworks (compagnie fondée en 1994 par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen), a finalement décidé de sortir Lincoln en version française au Québec. La moins bonne maintenant : il faudra patienter jusqu’au 18 janvier 2013, soit deux semaines avant la sortie du film en France.

    Pas besoin de posséder un diplôme en ingénierie pour résoudre l’équation. Les bonzes de Disney, un studio à qui l’on attribue habituellement une excellente fiche au rayon des doublages réalisés au Québec, n’ont visiblement pas cru au succès potentiel du film auprès du public francophone. D’où la décision de ne pas prendre le risque d’investir dans un doublage québécois sans la certitude de pouvoir le rentabiliser. Au moment où Lincoln a pris l’affiche, le 16 novembre, on avait quand même laissé entrevoir aux médias francophones la possibilité d’une sortie ultérieure en version française. «Peut-être», nous avait-on dit sans toutefois donner la moindre précision. Dans 99% des cas, ce «peut-être» veut dire «jamais».

    Est-ce le tollé ? Est-ce la pression exercée par des cinéphiles francophones mécontents ? Toujours est-il que Disney, dans un geste qui ramène le souvenir d’une époque où les films prenaient l’affiche en version française avec des semaines de retard, proposera au public québécois la version traduite en France. Ce cas de figure est aujourd’hui devenu très rare.

    Vérification faite auprès de la Régie du cinéma du Québec, la disposition sur l’exploitation des films en version originale est toujours en vigueur, même de nos jours. Celle-ci stipule qu’un distributeur peut mettre à l’affiche un film tourné dans une langue autre que le français pendant 45 jours. Une fois ce délai passé, il ne peut garder qu’une seule copie à l’affiche, ou alors, mettre obligatoirement à l’affiche le même nombre de copies en version française.

    Il faut sans doute remonter à très loin pour retrouver une situation semblable. Nous vivons à une époque où les carrières des films en salle sont très courtes, même pour les superproductions. La plupart des longs métrages prennent maintenant l’affiche simultanément dans les deux versions. Quand, au moment de l’implantation de cette loi, les studios se sont rendus compte de la rentabilité de la chose (les versions doublées attirent toujours plus de spectateurs que les versions originales sur le territoire québécois), l’industrie québécoise du doublage de films a aussi pris du galon. Tout le monde y a trouvé son compte, mis à part les adeptes du sous-titrage (c’est une autre histoire).

    Or, peut-être est-ce seulement une impression, mais à une époque où tout passe à la vitesse de l’éclair, les studios semblent aujourd’hui être un peu plus frileux dans leurs investissements. Il y a quelques semaines, le studio Warner annonçait aux médias québécois la sortie de Cloud Atlas en version originale anglaise seulement, même si quelques copies sous-titrées en français ont finalement circulé. S’il est plutôt compréhensible que de petits studios sortent des films indépendants américains en version originale sans ne jamais dépasser le délai prescrit de 45 jours, on a en revanche du mal à expliquer pourquoi des productions ambitieuses, réalisées par de grands noms (Wachowski, Spielberg) ne prennent pas directement le chemin des studios de doublage québécois. Il en irait pourtant de leur intérêt. Et du nôtre.

    Supplément : Pendant des années, Steven Spielberg a refusé de faire doubler ses films au Québec. Pour des raisons qui lui appartiennent. Woody Allen fait de même (encore aujourd’hui). Dans le cas de Lincoln, on ne peut toutefois évoquer l’argument d’une version réalisée en France qui n’aurait pas été prête à temps pour la sortie nord-américaine. Tout simplement parce que Spielberg a donné son consentement pour des doublages québécois depuis Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull. L’an dernier, le doublage de War Horse (premier film de Spielberg distribué par Disney depuis l’attribution du contrat de Dreamworks) a aussi été réalisé au Québec. Un doublage «local» aurait ainsi pu être envisagé dans le cas de Lincoln.

    La bande annonce de Lincoln (avec s.t.f). Le studio Fox distribue les films Dreamworks en France (d’où la présence du logo).


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Les mêmes combats sont toujours à recommencer. Toujours. Il faut constamment se battre, montrer de la combativité pour affirmer le fait français en Amérique. J’espère vraiment que les batailles gagnées dans les années 70 n’auront pas été le fait d’une génération.

    • La richesse de l’histoire de Lincoln intéresse bien plus que les simples Américains. Spielberg aurait dû proposer son film en doublage québécois aux Québécois parce que sans être prétentieux, Spielberg ne doit pas oublier qu’il est Spielberg et que les gens vont voir ses films pour lui aussi en premier.

      Quant au doublage français, il est infect la plupart du temps.

    • M. Lussier,

      Le 31 octobre dernier, j’étais présent à la représentation de The Godfather (part. 1) au Cinéma Cartier de Québec. Le film, annoncé en VOSTF, était finalement disponible en anglais ou français (sans sous-titres) en raison de la copie DVD disponible.

      Un choix devait être fait. Regarder le film en anglais ou en français, telle est la question.

      Suivant un vote démocratique très serré, nous avons remporté la mise, le film fut finalement présenté en version originale. Dommage, j’aurais bien aimé entendre l’excellente performance de Marlon Brando dans la langue de Molière. (Voyez dans cette dernière phrase un brin de sarcasme).

      Dès le constat de notre victoire, une dame offusquée s’est exclamée qu’il est inconcevable au Québec de ne pouvoir regarder un film en français, que les droits à la langue française sont brimés, que notre chère Pauline serait outrée de cette situation, etc… Vous connaissez certainement déjà les arguments.

      M. Lussier, depuis plusieurs mois déjà, votre discours relativement à la question des versions originales anglaises VS. versions doublées m’étonne grandement. Vous semblez être partisan d’une certaine déresponsabilisation de la population en affirmant qu’il est normal d’obtenir une version doublée, qu’il s’agit maintenant d’un droit acquis.

      Et que faites-vous de l’opinion du simple cinéphile qui désire regarder le film dans sa langue originale? Une position qui est maintenant adoptée par un nombre croissant de cinéphiles.

      Je suis francophone d’origine. Je suis très fier de ma langue. Je crois qu’il est très important de préserver notre identité culturelle francophone. Pourtant, je suis profondément déçu lorsque je constate entendre la voix de Guillaume Lemay-Thivierge sur les lèvres de Robert Downey Jr., Marie-Mai doublant le superbe accent “british” de Carey Mulligan.

      Je suis très content qu’un film comme Lincoln est uniquement présenté dans sa langue originale et j’ose espérer que cette réalité sera de plus en plus présente dans l’industrie cinématographique au Québec.

      Résidant de la ville de Québec, le manque flagrant de version originale m’oblige à me déplacer vers Montréal afin de visionner différents films en langue originale. Et pourquoi?

      Parce que la population désire “relaxer” au cinéma et ne pas “se casser la tête” avec une version anglaise. Pour avoir visionné le dernier Twilight, je vous assure que la compréhension du film est aussi simple en français qu’en anglais (ou aussi compliquée…).

      Je suis prêt à concilier une position commune relativement aux sous-titres. Mais encore, les gens veulent “relaxer” et ne pas avoir à lire des sous-titres au bas de l’écran. Je cite le spectateur : “C’est tannant les sous-titres”.

      Voilà donc la situation du cinéphile qui désire regarder son cinéma en langue originale au Québec (à l’extérieur de la grande métropole).

      C’est pourquoi je considère votre position sur le sujet plutôt désolante.

      Pour votre information, j’ai vu Lincoln et j’ai bien aimé.

      Merci de votre lecture.

      Jonathan

      Ceux qui me lisent depuis un petit moment savent à quel point je suis partisan des versions originales. À mon avis, un doublage est une atteinte à l’intégrité artistique d’un film. Là n’est pourtant pas le propos dans le cas soulevé ici. À mon humble avis, il est du devoir des distributeurs de rendre accessible les oeuvres dans la langue comprise par la majorité des habitants d’un territoire. En France, aucun film ne prend l’affiche en version originale sans sous-titres français. Idéalement, il devrait en être de même chez nous. Cela n’est toutefois guère envisageable (le Québec fait partie du marché intérieur américain). Avoir eu le choix, j’aurais personnellement préféré voir Lincoln en version originale avec des sous-titres français. Mais le fait est que, malheureusement, la majorité des spectateurs préfèrent les version doublées. C’est ce que les distributeurs nous disent en tout cas… M-A. L.

    • Bonjour, vos arguments me font penser à l’arbre qui cache la forêt : le doublage est une plaie dans l’industrie du cinéma. On charcute la performance des acteurs. Le timbre de la voix, l’intonation, les subtilités de la prononciation sont autant d’outils primordiaux chez un acteur, qui sont javellisés par le doubleur en studio. Ne devrait-on pas plutôt exiger, avec justesse, des films sous-titrés en dans la langue locale? Comme il se fait partout ailleurs sur la planète pour les sorties en salle.

      Bien d’accord avec vous. J’ai d’ailleurs souvent écrit là-dessus. Mais les distributeurs vous répondront que la plupart des gens ne veulent pas de copies sous-titrées. Difficile de créer des habitudes quand la possibilité n’est pratiquement jamais offerte… M-A. L.

    • Bon ça va Spielberg c’est du cinéma Coca-Cola. Alors on traduit les étiquettes de Coca-Cola, pas celles de Saint-Émilion.

      On va avoir le droit à une romance de 2h30 avec des gens fondamentalement Bon, et des méchants juste méchants. Le bien le mal, dieu vs le diable. Blanc noir. Pas de gris chez Spielberg, beaucoup de drapeaux américains de violons et de romances comme son Soldat Ryann… beaucoup de bon gros sentiments quitte à réécrire une biographie plus “soft”: la Liste de Schindler . Ou remplacer un Iranien bloqué dans un aéroport par Tom Hanks… plus “présentable” lol.

      Vous aurez un Lincoln émouvant un sur-homme, que dis-je un apôtre. Qui va nous réécrire l’histoire en nous plaçant les États-Unis comme “leader” des Lumières…

      “Les Etats-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation.” Oscar Wilde

    • La suffisance qui suinte de certains commentaires me laisse songeur. Je suggère à Waddle d’aller faire un tour au Lincoln Memorial et de prendre le temps de lire ce qui est écrit sur les murs. (c’est en version originale anglaise). Peut-être en revienda-il un peu plus humble… quoique j’ai des doutes.Quant à la question des versions, bien sûr l’originale est préférable à condition de comprendre suffisamment pour apprécier le film. C’est aussi une question de respect de la clientèle. C’est plutôt vexant de constater que certains considèrent les francophones du Québec comme trop ignares pour s’intéresser à l’histoire de Lincoln .Présenté le film en anglais seulement dans une dizaine de salles dans la région de Montréal , c’est plutôt insultant je trouve.

    • Le doublage est une industrie au même titre que le cinéma. Ils faut être prudent. Y’en a qui gagne leur vie avec ça.

      Ici c’est comme une seconde zone. On prend des comédiens, des humoristes pour flasher l’affiche et des hasbeen. On en fait pas une spécialité. À la base c’est une question de voix. Faut-il se surprendre qu’on double en France? C’est peut-être qu’ils se consacrent plus à la tâche?

      Anne Dorval, j’adore sa voix comme d’autres comédiens. Il serait de s’y consacrer avant de se poser en victimes. Ici je fais allusion à la France. Comme tout le monde je suis tanné de leurs expressions qui ne me représentent pas. Et je suis pas mal sûr qu’ils consacrent un budget considérable au doublage là-bas.

      La question. Est-ce que ce serait rentable d’investir dans le doublage ici?

    • Personnellement, je déteste royalement tout doublage. C’est pour moi une insulte à l’oeuvre cinématographique.

      Par contre, je suis assez surprise qu’on ne prévoit pas de sous-titres en français pour une oeuvre présentée au Québec.

    • Savez-vous ce que Lincoln pensait vraiment des afro-américains? bah c’était ni beau ni en avance sur son temps.
      Spielberg nous aurait fait un film sur Staline si l’histoire avait pris une autre tournure. Une sorte de Culte de la personne, une propagande.

      Moi je pense que se sont les hommes qui font l’histoire et non pas certains hommes.

      Pour les doublages ils faut les faire en Français du Québec, mais lequel Gaspésien, Saguenay pas en Français “de France” ou plutôt international (malheureusement un français qui représente 200 millions de francophones tout accents confondus Belges, Corses, Kabyle) ?

      Des films commerciaux comme ceux là c’est un moment de relaxation où on ne réfléchit pas. C’est pour ça que le doublage ne me choque pas. Si vous prenez Spielberg au sérieux bah c’est votre problème…

    • Que de vierge offensé sur ce blogue, personnellement j’écoute des séries comme Dexter ou encore supernatural en version originale mais quand j’écoute des séries comme NCIS ou des mega productions comme The Avengers en version doublé, je ne fait pas une syncope du fait que le doublage est en québécois au autre, au contraire certaine oeuvre sont très bien doublé et franchement, les québécois qui s’offusque du doublage québecois me font bien rire, il y a, a quelque part un attitude de mépris vis a vis les films doublés et pour les québécois bilingue (dont je fais partis( le fait de voir un film doublé ou non ne devrait pas choquer autant. Bref c’est mon opinion :)

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