Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 23 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h29 | Commenter Commentaires (11)

    Le commerce de l’art cinématographique

    Cheval Turin - Affiche

    Comme vous avez peut-être pu le constater, je mets aussi en ligne depuis quelques semaines sur ce blogue ma chronique hebdomadaire publiée dans La Presse. Vous avez ainsi le loisir de commenter si le coeur vous en dit.

    Ouf. Que de choses écrites à propos de la prétendue «crise» du cinéma québécois. Et que d’âneries entendues. À cet égard, le distingué président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec a bien dû battre un record cette semaine. Le passage de Vincent Guzzo à l’émission de Denis Lévesque mardi était un véritable poème. Et illustrait à quel point le fossé entre artistes et commerçants ne pourrait être plus large. Ou creux.

    Prise à partie par ceux qui souhaitent «qu’on recommence à faire des films que le monde veut voir», la presse cinéma est aussi montrée du doigt. On l’accuse d’élitisme. On prétend qu’elle ne soutient que des oeuvres pointues, inaccessibles au commun des mortels, et de torpiller systématiquement toutes les productions locales destinées à atteindre un plus large public.

    D’où vient cette fausse perception ? La presse cinéma défend les bons films. Peu importe leur nature ou leur provenance. Bien entendu, il y aura toujours des approches critiques plus «radicales», généralement nichées dans des médias plus spécialisés. Mais dans l’ensemble, les bonnes productions à vocation plus «populaire» trouvent un écho favorable, quoiqu’on en dise. La grande séduction, De père en flic, Starbuck, pour ne nommer que ces titres-là, ont généralement obtenu de bonnes cotes auprès de la critique. Souvenance aussi que Bon Cop Bad Cop ne s’en était pas trop mal tiré non plus.

    Cela dit, il est aussi du devoir de la critique de célébrer la qualité artistique d’une oeuvre cinématographique, même si celle-ci n’est pas destinée au même succès commercial que Skyfall. On vous parie un petit deux que Le cheval de Turin, par exemple, figurera sur les listes des dix meilleurs films de l’année de plusieurs critiques québécois. Parce que le long métrage de Béla Tarr frôle le chef d’œuvre, tout simplement. Est-ce à dire que ces mêmes critiques recommanderont à tous leurs proches de voir impérativement ce film hongrois dans lequel le cinéaste filme le vide de l’existence pendant deux heures et demie ? Bien sûr que non. Comme dans toutes les disciplines artistiques, certaines œuvres sont plus exigeantes que d’autres. Cela ne veut pas dire qu’elles ne méritent pas d’exister.

    Aussi, il est assez ironique de constater que le «cinéma d’auteur» (appellation contrôlée) soit désigné grand responsable de cette «crise» fabriquée de toutes pièces par ceux qui ont intérêt à ce que les tiroirs caisse résonnent le plus fort possible. D’ailleurs, cette distinction entre les «commerciaux» et les «auteurs» est complètement factice. La plupart des films produits au Québec proviennent d’abord de l’imagination d’un cinéaste ayant écrit son propre scénario. Luc Dionne et Émile Gaudreault sont des auteurs au même titre que Philippe Falardeau et Bernard Émond. Et chacun atteint son public à sa manière.

    Autre ironie, l’ensemble des professionnels du cinéma célèbre habituellement le cinéma de création aux Jutra. Ce ne sont pas les critiques qui votent, ni Bobino et Bobinette, pas plus que le public. Or, il se trouve que l’excellence aux yeux des «professionnels de la profession» est incarnée par des films comme C.R.A.Z.Y. ou Incendies bien sûr, qui ont généré d’importants revenus au box-office, mais aussi par des oeuvres plus «pointues» comme Post Mortem, Mémoires affectives, et Continental, un film sans fusil. Lesquelles furent d’ailleurs plébiscitées à une époque où les membres de l’APCQ, qui font un retour aux Jutra cette année (voir l’article du collègue André Duchesne), participaient au scrutin. Ceux qu’on appelle «le monde» ne les ont pourtant pas vues en très grand nombre…

    Il est vrai que l’offre sur le flanc du cinéma plus «rassembleur» a été moins riche en 2012. C’est indéniable. L’an dernier, trois productions millionnaires (Le sens de l’humour, Gerry, et Starbuck) avaient attiré les faveurs du public pendant la saison estivale. L’été dernier, Omertà portait seul sur ses épaules la mission de «performance» au box-office. Dans une année où, par un mauvais concours de circonstances, les spectateurs ont moins fréquenté les salles de cinéma partout en Amérique du Nord, la chute fait d’autant plus mal.

    Mais pendant ce temps, les exploitants de salles du Canada anglais voient dans l’indifférence générale leur cinématographie nationale peiner à atteindre seulement un misérable point de pourcentage de part de marché. Quand on se compare…


    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier


    • Il est certain que “le cheval de Turin” qui frôle le chef-d’oeuvre sera louangé de toutes parts. Mais je doute qu’il fasse autant de recettes que “Skyfall”, du moins ici au Québec et même à Montréal. La disponibilité des salles, les dates de sorties, et surtout les films que l’on ne verra jamais. Qui à part quelques rares exceptions ont vu “Twixt”? Sur un autre blogue on a parlé dernièrement de la revanche des vieux qui désertent les salles obscures. Dans les arts surtout le cinéma et la musique il n’est pas rare de rencontrer des antagonismes, non pas en ennemis ou en rivaux, mais parce qu’il peut y avoir plusieurs vérités discutables. Certaines nous irritent, d’autres nous comblent de joie. Toutes les nouvelles technologies mettent à profit les plaisirs solitaires: on peut regarder seul ce que l’on veut où l’on veut. Pas besoin de s’enfermer dans un cinéma où on entend jacasser des placoteuses, des mangeux de popcorn et les marcheurs qui vont pisser à tout moment.

    • “Prétendue “crise”. Je vais au cinéma une fois par année traîné par une amie pour voir un film québécois. Mais pas cette année. Pas de film québécois digne de ce nom en 2012 ?

      C’est mon expérience personnelle mais simplement ça illustre la “crise”. Simplement il faut nous proposer un film par année qui vaut le déplacement !

    • Mr. Lussier,

      le problème du cinéma Québécois n’est pas qu’il y ait trop de films d’auteurs vs. de films commerciaux, tel que le prétend Mr. Guzzo. Le problème, c’est que les films québécois, d’auteur ou populaires, sont généralement très ordinaires. Bon cop bad cop, De père en flic, vous êtes sérieux?? Ce sont des films médiocres! Vous pouvez mettre dans cette catégorie la plupart des films de P. Huard et Guy A. Lepage. Et la plupart des soit disant films d’auteur sont très ordinaires. Oui, Mr. Lahzar, Crazy, la plupart des films de Denis Arcand sont excellents. Xavier Dolan a du talent certes, mais il est encore loin d’être Almodovar.
      Quand vous dites que la critique est généralement bonne pour les films d’auteur québécois, je crois que c’est que nos critiques cinéma sont très ‘gentils’ avec les films québécois. Vous en êtes un bon exemple.

      Des oeuvres comme Rebelle, Laurence Anyways, Camion, Tout ce que tu possèdes, ou Le torrent, toutes sorties en 2012, peuvent difficilement être qualifiées de «très ordinaires»… M-A. L.

    • “Comme dans toutes les disciplines artistiques, certaines œuvres sont plus exigeantes que d’autres. Cela ne veut pas dire qu’elles ne méritent pas d’exister.”

      Oui, mais faut-il absolument que le gouvernement les subventionne ? Denis Coté, par exemple, 6 longs métrages que personne va voir, que personne ne veut voir, sauf quelques critiques, je veut dire après trois films le gouvernement devrait lui dire, personne veut voir tes films, le monde est pas intéressé a ce que tu as a dire,alors pour ton prochain film trouve ton financement ailleurs. Même chose pour les films” commerciaux”; on parle de faire un Bon cop bad cop II, ils ont fait beaucoup d’argent avec le premier, je suis sur que Huard aurait pas de problèmes a se financer au privé, mais on va quand même le financer, comme on finance les films(navets) avec Guy A. Lepage dedans au détriment d’un Arcand ou autres cinéastes qui a des choses plus pertinentes a dire. Des films comme Les dangeureux, l’affaire Bossé, l’appât, Angelo, fredo et Romero, Ding et Dong le film et autres camping sauvage, me semble que juste a lire le scénario, tu te dis je finance pas ça moi, aller voir le privé.

    • C’est plus un dialogue de sourds que nécessairement des âneries et un contexte politique ou chacun défend ses intérêts et veut ”imposer sa manière de voitr ou faire aux autres.

      Non, il faut se foutre du discours de lobbying et regarder plutôt le comportement des intervenants sur le terrain.

      Le nationalisme devient aussi tannant, car la part du cinéma québécois une année donnée peut être remontér par un navet, un navet cinématographique mais aimé du grand public n’en déplaise aux critiques.

      Dans mon tour d’horizon,de salles de cinémas québécois, je suis allé voir des sites de salles en région, vous voyez la programmation régulière ? Ce sont des films vendables qui ont bon espoir de permettre aux propriétaires de salles d’en tirer un bénéfice.

      Pour la programmation plus de qualité, elle est présentée dans le cadre du ciné-répertoire, ciné-qualité ou bien ciné-club.

      http://cinemacomplexealma.com/

      http://cinemalaurier.com/accueil.php

      Pour les films québécois combien ont fait des recettes honorables cette année ? Commercialement parlant… Entre 5 et 8 ? Un peu plus, un peu moins ?

      En qui est-ce différent des autres années ? Il y a personne qui a frappé un coup de circuit cette année ?

      Laurence Anyways, ce sont des recettes honorables et je ne cois pas qu’il aurait nécessairement fait mieux parce que dans l’année il y aurait eu deux gros canons québécois.

      ————————-

      Normal que Lussier et Cassivi défendent d’abord les films qi’ils trouvent bons, petites recttes au Box-office ou grandes. Guzzo, lui c’est le contraire, il défend d’abord les films qui font des recettes mais qui se mêle pas de production, bons ou mauvais. Cruising Bar, lui, il adore c’est pas mal sûr. Les Boys itou. Moi, je payerais jamais pour voir cela au cinéma si j’y vais pour moi.
      —————-

      Que Guzzo se contente de dire qu’il y avait moins de films québécois vendeurs cette année sur le plan commercial, moins auquel il croyait sur ce plan là. Ensuite, il pourrait parler de son année globale.

      Avez Guzzo, tu parles de commerce, c’est son domaine. Chacun son métier.
      Il faudrait subventionner Guzzo et Cinéplex pour qu’ils présentent du cinéma de qualité à plus faible vocation commerciale à certaines heures ?

    • Oui ”Camion” cela semble bon mais qui l’a diffusé ? Et pendant combien de temps ?

      Un film ”non vendable” ou peu à leurs yeux ? Ou encore ils ont démissionné très rapidement ?

      Pour ma part, c’est pas pratique me rendre au cinéma quand on est un banlieusard en transport en commun.

    • Tout le monde comprend le cinéma d’auteur. C’est un repaire. On comprend moins le reste. On parle pas de cinéma de producteur, Pourtant c’est de cela qu’il s’agit.

      Juste de le dire ça veut tout dire. C’est l’auteur qui est à la base de tout. Après ça vient le producteur.

      Quand on parle de cinéma d’auteur c’est comme si le producteur ne faisait pas le job. Un film de producteur, je m’avance et je le dis, n’a pas de compte à rendre à l’auteur. Qu’on se le dise.

      Quand on regarde James Bond, on retient plus la production du regretté Albert Brocoli que de l’auteur Ian Fleming. Quand c’est populaire il faut donner le mérite au producteur. Qui a écrit “Skyfall” et la réalisation de Sam Mendes qui la retiendra ?

      Il faut appeler les choses comme elles sont ! OK pour le film d’auteur. Pour le film de producteur, c’est comme pas évident !

    • Et si l’offre dépassait la demande? Si,au lieu de produire coûte que coûte x nombre de films par année qu’en fonction de tel ou tel impératif budgétaire,schémas financiers et autres quotas obligatoires pour faire rouler l’industrie du cinéma (expression bien choisie) l’on changeait notre façon de faire les choses?
      L’idée de produire un peu n’importe quoi en espérant que sur le lot tel ou tel autre film finisse par ramasser le jackpot n’est peut-être pas la meilleure solution.Un peu moins de films québécois,un peu plus de rigueur?

    • @kirkkrok

      Perso, je ne crois pas nécessairement qu’il ya trop de films québécois de produits ou financés par les fonds publics mais plusieurs le sont probablement pour des mauvaises raisons.

      L’intervention gouvernementale doit être basée sur quoi ? Sur le caractère de bien semi-public et/ou les effets externes apportés par ces films pas juste sur ce que cela rapporte à ceux qui iront le voir cela c’est un bien privé au sens économique.

      Donc la valeur que le film apporterait au patrimoine cinématographique et aussi pour le fait de conserver notre culture. Si le film est plus vu cela peut avoir un plus grand effet sur le coup.

      La majorité des gens peuvent aussi voir et revoir le film deux ans, trois ans, cinq ans et même dix ans et plus après sa sorti au cinéma.

      Tant mieux pour les gens qui à l’époque ont eu du plaisir à aller voir ”La Florida” que je me refusais à aller voir et j’en suis encore presque fier. Que reste-il de cela maintenant ?

      La réplique : ”Envoye dans l’lit, maudite chanceuse !” .

      Bobine d’or ou pas ou nominations aux génies, ce film reste plutôt navrant. Il vaut mieux des films ”lamentards” mais inspirés que des films donnant le goût de brailler pour leur pauvreté intellectuelle, artistique et tout.

    • @teddybear

      Vous ne prenez pas le meilleur exemple avec Denis Côté. S’il y a bien un seul cinéaste Québécois qui utilise des méthodes parallèles au financement de ses films, c’est lui. Les 6 films qu’il a fait ont coûté presque rien, ses deux premiers ont été faits entre amis avec environ 10 000$ sauf pour Elle veut le chaos et Curling. Carcasses a rien coûté aussi. Le gouvernement ne lui donne pas un million pour aller filmer dans un zoo. C’est aussi le réalisateur qui exporte le mieux ses films dans les festivals au travers du monde, donc dire que personne ne veut voir ses films est tout à fait faux. Il est probablement le plus responsable de nos cinéastes et le moins accroché à la mamelle de l’État, sinon il n’aurait jamais pu faire autant de films.

      Je vous invite à regarder cette entrevue d’ailleurs http://www.tou.tv/au-coeur-du-cinema-quebecois/S04E04
      À 17 minute et à 26 minute, il parle de financements et de ses films. Je serais peut-être en accord avec vous, mais vous devez changer votre exemple.

    • @teddybear
      Désolé de vous décevoir mais les films québécois ne font pas de profits, même lorsqu’ils sont populaires. Le financement de notre cinéma ne se fait pas dans une optique de rentabilité mais plutôt en fonction de notre culture. D’ailleurs, comparez le cinéma québécois au cinéma canadien et vous verrez que c’est 2 mondes distincts. L’investissement québécois a permis de générer une grande qualité de cinéma. Et comme dans tout cinéma, il y a des navets, du bon cinéma et de grandes oeuvres.

      @lecteur_curieux
      De La Florida, il reste aussi Marie-Josée Croze qui déambule sur la plage au rythme de Marjo. Ceux qui l’ont vû savent de quoi je parle!

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