Marc-André Lussier

Archive du 23 novembre 2012

Vendredi 23 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h29 | Commenter Commentaires (11)

Le commerce de l’art cinématographique

Cheval Turin - Affiche

Comme vous avez peut-être pu le constater, je mets aussi en ligne depuis quelques semaines sur ce blogue ma chronique hebdomadaire publiée dans La Presse. Vous avez ainsi le loisir de commenter si le coeur vous en dit.

Ouf. Que de choses écrites à propos de la prétendue «crise» du cinéma québécois. Et que d’âneries entendues. À cet égard, le distingué président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec a bien dû battre un record cette semaine. Le passage de Vincent Guzzo à l’émission de Denis Lévesque mardi était un véritable poème. Et illustrait à quel point le fossé entre artistes et commerçants ne pourrait être plus large. Ou creux.

Prise à partie par ceux qui souhaitent «qu’on recommence à faire des films que le monde veut voir», la presse cinéma est aussi montrée du doigt. On l’accuse d’élitisme. On prétend qu’elle ne soutient que des oeuvres pointues, inaccessibles au commun des mortels, et de torpiller systématiquement toutes les productions locales destinées à atteindre un plus large public.

D’où vient cette fausse perception ? La presse cinéma défend les bons films. Peu importe leur nature ou leur provenance. Bien entendu, il y aura toujours des approches critiques plus «radicales», généralement nichées dans des médias plus spécialisés. Mais dans l’ensemble, les bonnes productions à vocation plus «populaire» trouvent un écho favorable, quoiqu’on en dise. La grande séduction, De père en flic, Starbuck, pour ne nommer que ces titres-là, ont généralement obtenu de bonnes cotes auprès de la critique. Souvenance aussi que Bon Cop Bad Cop ne s’en était pas trop mal tiré non plus.

Cela dit, il est aussi du devoir de la critique de célébrer la qualité artistique d’une oeuvre cinématographique, même si celle-ci n’est pas destinée au même succès commercial que Skyfall. On vous parie un petit deux que Le cheval de Turin, par exemple, figurera sur les listes des dix meilleurs films de l’année de plusieurs critiques québécois. Parce que le long métrage de Béla Tarr frôle le chef d’œuvre, tout simplement. Est-ce à dire que ces mêmes critiques recommanderont à tous leurs proches de voir impérativement ce film hongrois dans lequel le cinéaste filme le vide de l’existence pendant deux heures et demie ? Bien sûr que non. Comme dans toutes les disciplines artistiques, certaines œuvres sont plus exigeantes que d’autres. Cela ne veut pas dire qu’elles ne méritent pas d’exister.

Aussi, il est assez ironique de constater que le «cinéma d’auteur» (appellation contrôlée) soit désigné grand responsable de cette «crise» fabriquée de toutes pièces par ceux qui ont intérêt à ce que les tiroirs caisse résonnent le plus fort possible. D’ailleurs, cette distinction entre les «commerciaux» et les «auteurs» est complètement factice. La plupart des films produits au Québec proviennent d’abord de l’imagination d’un cinéaste ayant écrit son propre scénario. Luc Dionne et Émile Gaudreault sont des auteurs au même titre que Philippe Falardeau et Bernard Émond. Et chacun atteint son public à sa manière.

Autre ironie, l’ensemble des professionnels du cinéma célèbre habituellement le cinéma de création aux Jutra. Ce ne sont pas les critiques qui votent, ni Bobino et Bobinette, pas plus que le public. Or, il se trouve que l’excellence aux yeux des «professionnels de la profession» est incarnée par des films comme C.R.A.Z.Y. ou Incendies bien sûr, qui ont généré d’importants revenus au box-office, mais aussi par des oeuvres plus «pointues» comme Post Mortem, Mémoires affectives, et Continental, un film sans fusil. Lesquelles furent d’ailleurs plébiscitées à une époque où les membres de l’APCQ, qui font un retour aux Jutra cette année (voir l’article du collègue André Duchesne), participaient au scrutin. Ceux qu’on appelle «le monde» ne les ont pourtant pas vues en très grand nombre…

Il est vrai que l’offre sur le flanc du cinéma plus «rassembleur» a été moins riche en 2012. C’est indéniable. L’an dernier, trois productions millionnaires (Le sens de l’humour, Gerry, et Starbuck) avaient attiré les faveurs du public pendant la saison estivale. L’été dernier, Omertà portait seul sur ses épaules la mission de «performance» au box-office. Dans une année où, par un mauvais concours de circonstances, les spectateurs ont moins fréquenté les salles de cinéma partout en Amérique du Nord, la chute fait d’autant plus mal.

Mais pendant ce temps, les exploitants de salles du Canada anglais voient dans l’indifférence générale leur cinématographie nationale peiner à atteindre seulement un misérable point de pourcentage de part de marché. Quand on se compare…


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