Marc-André Lussier

Archive du 13 novembre 2012

Mardi 13 novembre 2012 | Mise en ligne à 15h06 | Commenter Commentaires (33)

À quand Occupation double au cinéma ?

Tout ce que tu possèdes - 1

«Il faudrait qu’on recommence à faire des films que le monde veut voir», lance pour sa part le président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec, Vincent Guzzo…

«Les gens doivent réaliser quelque chose : les films qui font cinq millions, on peut bien les appeler des films de «mangeux» de popcorn, mais au moins ils se payent. Les autres à subventions, qui font juste 500 000 $ et sont supposément world renowned acclaimed, c’est correct, mais ils coûtent de l’argent aux contribuables.»

Selon Vincent Guzzo, il est temps de renouer avec des thèmes qui font partie de notre culture, comme le hockey, qui est d’ailleurs le sujet du film Les pee-wee 3D, qui sort en décembre.

«Notre culture n’est pas toujours de faire des films artistiques, «lamentards», où on se plaint toujours de quelque chose. Faisons quelque chose qui va distraire le monde», implore-t-il.»

Bon. Par où on commence ? Il y a tellement de clichés et d’idées reçues dans ces déclarations que c’en est presque gênant. Cet extrait est tiré d’un article publié dans le Journal de Montréal ce matin, coécrit par les collègues Maxime Demers et Cédric Bélanger, deux excellents journalistes soit dit en passant.

L’article en question fait écho à la désaffection populaire envers les films québécois et la chute dramatique des recettes au box-office cette année. L’ancien président d’Alliance, Guy Gagnon, a commenté en déclarant qu’«il faudrait plus de films commerciaux», et Vincent Guzzo, de la chaîne du même nom, a renchéri avec les déclarations mentionnées plus haut.

Premièrement, personne ne conteste l’ampleur du désastre cette année. Mais plutôt que de faire porter l’odieux à ces films «supposément world renowned acclaimed», il serait peut-être bon aussi de regarder du côté de ces films à grands budgets (dans le contexte québécois bien sûr), construits autour de vedettes. Et qui ne parviennent pourtant pas à obtenir le succès escompté. L’empire Bossé (avec Guy A. Lepage) constitue probablement l’exemple le plus éclairant cette année.

Aussi, il est faux de prétendre que les films de «cinq millions se payent». Pratiquement aucun film québécois n’entre dans ses frais. Et les «gros» films à vocation commerciale qui ne rencontrent pas leurs objectifs entraînent avec eux des pertes plus lourdes que les «films artistiques, «lamentards», où on se plaint toujours de quelque chose». D’autant que les perspectives de rayonnement international pour les productions de ce genre sont pratiquement nulles.

Aussi faut-il plutôt regarder la moyenne des recettes par écran pour obtenir une meilleure idée de la «performance» d’un film. Comparer les recettes globales de Skyfall à celles de Tout ce que tu possèdes est complètement ridicule. Il convient d’ailleurs de souligner qu’avec une moyenne de 2 539 $ par écran*, le très beau film de Bernard Émond occupe le quatrième rang au palmarès et ce, même dans sa deuxième semaine d’exploitation. Devant lui, trois superproductions hollywoodiennes : Skyfall bien sûr (17 651 $ / écran) ; Wreck-it-Ralph (3 678 $ / écran), et Flight (3 211 $ / écran]*.

Qu’un disciple d’Éric Duhaime ait cette conception tronquée du financement de la culture, soit. Mais qu’un directeur de l’une des plus grandes chaînes d’exploitation de films au Québec ne comprenne même pas le principe du financement des films sur le territoire où il fait de la business, cela dépasse l’entendement. Je rappelle que Vincent Guzzo est aussi président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec.

Monsieur le président sera probablement heureux le jour où l’on annoncera l’adaptation cinématographique d’Occupation double. Ça ce serait bon. Et tant pis pour ces films de pauvres supposément world renowned acclaimed.

Rappelons par ailleurs que la société Quebecor tente d’obtenir un siège au conseil d’administration de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

* Source : Cinéac.

Compte Twitter : @MALussier

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