Marc-André Lussier

Archive du 5 novembre 2012

Lundi 5 novembre 2012 | Mise en ligne à 22h28 | Commenter Un commentaire

Chaque festival bien à sa place…

Cinemania - Logo 1

Voici une chronique à propos des festivals «de niche», très nombreux à Montréal. Même si la situation des grands festivals est toujours aussi sclérosée (le FFM reste seul dans son coin), on ne peut nier le dynamisme qu’insufflent tous les festivals plus spécialisés. À la fin de cet article, vous trouverez un lien vers notre dossier Cinemania (festival en cours), et un autre vers notre dossier Rencontres internationales du documentaire (dès mercredi).

Montréal ville de festivals ? On pourrait le croire. Quand les doux soirs d’été s’achèvent à peine, emportant avec eux la désolation exsangue planant sur un FFM autrefois grand, d’autres événements prennent déjà la relève. Les festivals de cinéma pleuvent sur la métropole québécoise. Et s’enchaînent à un rythme frénétique, au moment même où les productions de prestige se bousculent sur les écrans de la ville. Autour du Festival du nouveau cinéma, dont la vocation est plus généraliste, gravite quantité de manifestations plus «spécialisées» : festival du film black ; Image et Nation ; festival du cinéma autochtone, grec, portugais, juif, arabe, indien, chinois, ouzbèke, polaire, et tutti quanti. Chacun son créneau, sa clientèle, sa niche. Et c’est très bien comme ça. En passant, non, il n’y a pas encore de festival du cinéma ouzbèke à Montréal. Ni polaire. Quelqu’un y pensera sûrement bientôt.

RIDM - Logo 1

Deux des plus importants festivals «de niche» ont lieu ces jours-ci. Cinemania a lancé sa 18ème édition avec le remarquable film de Jacques Audiard De rouille et d’os. Mercredi prochain, alors que le festival de cinéma francophone défilera encore ses bobines pendant quatre jours, les 15e Rencontres internationale du documentaire mettront de leur côté en vitrine les meilleures productions du genre. Même si, en principe, les deux festivals n’attirent pas le même public, on peut quand même déplorer ce chevauchement, ne serait-ce que sur le plan de l’attention médiatique, forcément fragmentée lors d’une période aussi effervescente.

Cela dit, la pertinence de ces festivals de niche ne pourrait être remise en cause. Surtout pas dans le contexte actuel. Ces manifestations proposent en effet aux cinéphiles des productions que les distributeurs ne sont plus en mesure d’acquérir sans risquer d’y perdre leur chemise. C’est bien là le plus triste. À ce chapitre, Cinemania constitue l’exemple le plus probant.

À l’époque où Maidy Teitelbaum a fondé son festival, c’était en 1995, Cinemania ne présentait pratiquement aucune primeur. Essentiellement, sa vocation était d’offrir aux anglophones de la métropole l’occasion de voir des films francophones déjà connus (parmi lesquels des longs métrages québécois) sous-titrés dans la langue de Shakespeare. Pour la majorité de la population, ce festival ne présentait aucun intérêt puisque toutes les productions sélectionnées avaient déjà été vues, et commentées dans les médias.

Un nouveau contexte

Mais aujourd’hui, alors que Cinemania atteint l’âge de la majorité, la situation ne pourrait être plus différente. Depuis l’arrivée du nouveau millénaire (aucun lien de cause à effet !), les amants du cinéma français sont beaucoup moins bien servis par l’offre qui leur est faite dans les salles. De sorte que Cinemania a progressivement pris le relais, proposant désormais à sa clientèle une sélection constituée de primeurs, parmi lesquelles plusieurs ne seront jamais distribuées commercialement par la suite. Toujours sous la gouverne de Maidy Teitelbaum, maintenant appuyée par Nathalie Bélanger et Guilhem Caillard, Cinemania est devenu un festival dont la programmation est de plus en plus pertinente et réfléchie. Avec, en prime, des événements dignes de mention (rétrospective Sandrine Bonnaire, hommage à Claude Miller, Focus belge). Plate à dire, mais le cinéma français ne dispose plus assez d’écrans au Québec pour permettre à des films sortant du créneau traditionnel de tirer leur épingle du jeu. Bien entendu, Intouchables fut ici, comme partout ailleurs, un grand succès public. Il en sera de même pour quelques productions destinées à attirer le plus grand nombre. Mais le fait est que les oeuvres ayant connu des carrières plus fragiles dans l’Hexagone auront du mal à se faire valoir auprès de nos distributeurs. Certains auteurs comme Christophe Honoré, dont le plus récent film, Les bien-aimés, fera enfin l’objet d’une présentation au Québec (grâce à Cinemania), ne trouvent plus d’écho chez nous. La carrière québécoise de L’ordre et la morale, le film controversé de Mathieu Kassovitz, se limitera probablement à deux projections.

Kassovitz devait d’ailleurs nous honorer de sa visite pour l’occasion mais à l’instar de Matthias Schoenaerts, covedette de De rouille et d’os, l’acteur cinéaste a annulé son voyage à la dernière minute. Voilà le problème récurrent auquel ont à faire face les organisateurs en général. Les vedettes se feront un devoir d’assister aux festivals du carré d’as (Cannes, Toronto, Berlin, et Venise) car il en va de leur prestige sur le plan professionnel. Ils fréquenteront parfois les autres sans obligation, selon leur désir et leur disponibilité. D’où, souvent, ces annulations inattendues, malgré les confirmations obtenues. Mais bon. Il reste leurs films. C’est ce pourquoi on les aime avant tout.

Notre dossier Cinemania.

Notre dossier RIDM.

Compte Twitter : @MALussier

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