
Très franchement, il y a parfois des coups de pieds qui se perdent. Figurez-vous que The Paperboy, présenté en compétition officielle à Cannes plus tôt cette année, est à l’affiche dans une salle montréalaise depuis hier. Vous ne trouverez pourtant aucun article sur ce film dans les journaux aujourd’hui. Les médias – à tout le moins les médias francophones – n’ont pas du tout été alertés. Au Canada, The Paperboy est distribué par la société torontoise D Films. Qui relaie ses films au Québec sous la bannière Equinoxe, sans d’évidence ne rien connaître du marché québécois, ni des médias d’ici.
Résultat, ce film attendu des cinéphiles prend l’affiche dans l’anonymat le plus total. Une seule copie en version originale (au Cineplex Forum de Montréal). C’est carrément scandaleux.
Je reproduis ici un article écrit lors da la présentation du film au Festival de Cannes. The Paperboy n’a pas fait l’unanimité – loin de là – mais j’ai personnellement trouvé qu’il s’agissait du film américain le plus intéressant de la compétition.
Dans The Paperboy, le nouveau film de Lee Daniels (Precious), Nicole Kidman se glisse dans la peau d’une pauvre fille sans classe, sans bon goût sur le plan esthétique, sans retenue dans sa sexualité. Avec un accent du sud gros comme la Floride, cette femme brûle les sens d’un jeune homme au moins deux fois moins âgé qu’elle, mais aussi ceux de tous les prisonniers condamnés à mort à qui elle écrit. Et de qui elle tombe amoureuse.
Portant à l’écran un roman noir de Pete Dexter, dont il signe lui-même l’adaptation, Lee Daniels s’attarde a décrire l’enquête que mène à la fin des années 60 un journaliste du Miami Times (Matthew McConaughey) afin de faire la lumière sur le cas d’Hillary Van Wetter (John Cusack), un chasseur d’alligators condamné pour meurtre. Selon l’amoureuse de ce dernier Charlotte (Nicole Kidman), l’homme risque d’être exécuté sans preuves concluantes.
Mais au-delà de l’enquête, cette histoire, inspirée d’un véritable fait divers, entraîne les protagonistes dans un monde où ils seront tous confrontés à leurs secrets, leur intimité, leurs convictions profondes. Racisme, sexe, mensonges et trahisons en tous genres figurent ainsi au programme.
Un rôle étonnant
Quand vient le moment de penser à une actrice qui pourrait incarner la quintessence de ce que nos amis anglos appellent le white trash, rares sont ceux qui feraient automatiquement un lien avec la distinguée vedette de The Hours.
L’actrice, qui vit maintenant au Tennessee, est ravie du défi.
«J’avais envie de quelque chose de plus cru, de plus dangereux, a expliqué Nicole Kidman lors d’une conférence de presse très courue. J’avais beaucoup aimé Precious. J’avais envie de voir ce que Lee pourrait bien faire avec moi !»
Au moment où s’est tenue cette conférence, l’actrice, qui semble avoir trouvé là son Été meurtrier, n’avait pas encore vu The Paperboy. Une scène où Charlotte rencontre son amoureux pour la première fois en prison a marqué les esprits des festivaliers lors de la projection du matin. Daniels mise en outre beaucoup sur le pouvoir de l’attirance sexuelle. Qu’il aborde d’ailleurs frontalement dans ce long métrage. D’autres séquences, plus inattendues, risquent aussi de faire jaser.
«Peut-être serai-je gênée quand je verrai le film mais je ne l’ai pas du tout été en le tournant, indique Nicole Kidman. Mon travail est de rendre justice à la vision du metteur en scène. Mes sentiments personnels n’interviennent d’aucune façon là-dedans.»
Sous la gouverne de Lee Daniels, le projet, mené un temps par Pedro Almodovar, a pris une connotation plus personnelle.
«Tous ces personnages, je les connais, dit l’auteur cinéaste. Ils ont fait partie de ma vie, de mon milieu. Mon propre frère a été condamné pour meurtre. Je connais ces femmes qui tombent amoureuses de prisonniers. Je sais aussi ce qu’était être Noir dans le Sud à cette époque. J’ai connu des Blancs qui entretenaient des relations intimes avec moi mais qui ne voulaient pas être vus en public en ma compagnie. Je connais tout ça. Quand je fabrique un film, je ne peux qu’évoquer ma propre vérité.»
Une érotisation de bon aloi
Campé dans la moiteur des marécages floridiens, The Paperboy plonge aussi au cœur de la sexualité humaine. Si les images restent relativement pudiques, les mots, en revanche, ne laissent rien à l’imagination. Zac Efron, l’interprète du jeune frère du journaliste, tente ici de tirer un trait définitif sur son image d’idole des adolescents. Son personnage en pince pour Charlotte.
«Je suis amoureux de Nicole Kidman depuis très très longtemps, depuis Moulin Rouge !», a déclaré le jeune homme en révélant une notion du temps un peu différente de la nôtre. J’ai tenté de traduire le malaise que ressent mon personnage dans les scènes plus sensuelles. Cela le gêne. Mais j’étais très enthousiaste à l’idée de jouer un personnage plus adulte en compagnie d’une distribution aussi éclatante.»
Lee Daniels a toutefois vite mis un terme à la discussion portant sur l’érotisation des personnages, particulièrement celui campé par le jeune acteur.
«La caméra ne peut s’empêcher d’aimer Zac, a tranché le cinéaste. Et puis, hé, je suis gai !»
Quelques liens :
Nicole Kidman n’a peur de rien (blogue).
Un thriller torride qui n’a pas convaincu toute la presse (Pure Médias).
La bande annonce :
Compte Twitter : @MALussier

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elisef
20 octobre 2012
21h41
Moi qui attend ce film depuis belle lurette, heureusement que vous en parlez ici, car j’avais toute les intentions de le voir à sa sortie. Très dommage que le distributeur ne désire pas promouvoir son film, surtout qu’avec ses acteurs, son réalisateur et sa feuille de route, plusieurs ferait le détour pour ce film.
Shame on D Films et Equinoxe!
bimboom
21 octobre 2012
01h50
Deux solitudes. Si je comprends bien, il y a un distributeur qui acquière les droits d’un film pour tout le Canada. Ici D Films et sa filiale Equinoxe au Québec.
Si c’est comme ça, il faudrait peut-être deux distributeurs pour le Canada. Un autre pour le Québec.
Merci d’en parler. Quelle histoire! “The Paperboy” c’est quoi le titre en français?
Le titre en français ? Paperboy (sans le «The»)… :-) M-A. L.
goupil
21 octobre 2012
19h10
Je ne sais pas si Paprerboy est un bon film car je ne l’ai pas vu.
Mais je sais que Precious est nettement surestimé.
Cela dit, c’est clair qu’Equinoxe agit comme un distributeur qui a son quota à remplir pour avoir ses subventions gouvernementales par tous les québécois qui payent des impôts et des taxes.
Bref, Equinoxe c’est des trou du c..
Des profiteurs du système qui ne veulent rien mettre et tout recevoir.
On se croirait à la commission Charbonneau…
Jochi
22 octobre 2012
08h31
Je suis d’avis qu’un cinéphile moindrement averti (ex: vérifications hebdomadaires le mardi soir sur Cineplex.com ou autres sites) était bien au courant que The Paperboy prenait l’affiche le 19 octobre en salle, plus précisément au Cineplex Forum de Montréal.
Je vous accorde toutefois que le film est distribué de façon excessivement silencieuse par Équinoxe. Aucune publicité et présentation dans une seule salle au Québec. Toutefois, le film est présentement en sortie limitée (74 salles en Amérique du Nord). Peut-être sera-t-il présenté dans un plus grand nombre de salles à partir de la semaine prochaine?
We Need to Talk About Kevin était présenté à Cannes en 2011 et a aussi fait l’objet d’une sortie similaire en février dernier.
Une meilleure distribution serait certainement bénéfique pour les cinéphiles. Par contre, que le film soit ou non l’objet d’une critique par un média québécois quelconque, je ne crois pas que le tout influencera nécessairement le public ciblé par ce film. Le genre demeure très indépendant.
Je suis également d’avis que Precious était surestimé. J’ai tout de même hâte de voir The Paperboy. Espérons qu’il restera en salle plus de deux semaines…