Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Vendredi 28 septembre 2012 | Mise en ligne à 15h16 | Commenter Commentaires (17)

    L’anglais, la langue du cinéma ?

    Taken 2 - 1

    Liam Neeson dans le film français Taken 2

    «L’anglais n’est pas la langue des Américains. C’est la langue du cinéma.» Ces quelques petits mots, publiés il y a quelques jours dans le Journal de merde que tient le dessinateur et cinéaste Johann Sfar sur le site de Télérama, ont eu l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma français. À juste titre. Dans sa lettre ouverte destinée à la ministre de la culture Aurélie Filippetti, missive en forme de véritable coup de gueule, le réalisateur de Gainsbourg (vie héroïque) remet non seulement en question les orientations du système de production français, mais il propose aussi une façon pour le moins discutable de faire rayonner la culture française.

    Si l’on suit bien le raisonnement du créateur, la langue française nuirait à l’exportation des œuvres. En conséquence, les cinéastes français auraient bien peu l’occasion de se faire valoir sur la scène internationale.

    «Faire rayonner la culture française, écrit-il, c’est s’assurer que les réalisateurs français ne seront pas handicapés par rapport aux Espagnols ou aux Anglais ou autres européens qui ont depuis longtemps recours à la langue anglaise pour leurs films les plus ambitieux. Si on s’arc-boute sur la langue française, on ne défend pas le cinéma français», lance-t-il dans un élan franchement provocateur.

    Autrement dit, Johann Sfar estime qu’il faudrait prendre exemple sur le modèle d’affaires mis en place par Luc Besson. En produisant des films français de langue anglaise, qui se fondent de façon anonyme dans la masse des productions anglo-saxonnes, le réalisateur de Fifth Element fait rouler son système de production à plein régime. Du coup, il donne du travail, il est vrai, à bon nombre de ses compatriotes, techniciens et artisans. Mais qui, dans le monde, sait que les Transporter, Taken, et autres Columbiana sont des films français ?

    Invitée par le magazine Première à réagir aux propos de Johann Sfar, la directrice d’Unifrance, Régine Hatchondo, lance une question à tout le moins pertinente : «Reste à savoir ce qu’on veut faire, dit-elle. Du chiffre ou encourager l’exportation d’une certaine idée du cinéma français ? Qu’un Taken fasse 22 millions d’entrées dans le monde est utile à l’industrie. Mais il est très peu probable que le plupart de ses spectateurs l’identifient comme français. Potiche ou Des hommes et des dieux font rayonner un autre cinéma français. Il est fondamental que l’on continue à être présents sur les deux tableaux, mais les mettre dans le même panier serait dangereux.»

    Dans ce contexte, la sortie de Johann Sfar a de quoi étonner. L’histoire est en effet riche d’enseignement à ce chapitre. Les cinématographies nationales parviennent habituellement à mieux séduire les auditoires étrangers en restant fidèles à leur propre nature, leur propre culture. Almodovar atteint l’universalité en demeurant foncièrement Espagnol. Et Denys Arcand s’est imposé dans le monde grâce à des films bien ancrés dans la réalité québécoise. Si l’on favorise la production de films destinés uniquement à concourir dans la grande globalisation des marchés, mieux vaut alors tout de suite sonner le glas d’un cinéma plus original, tourné vers la diversité des gens et des idées. L’expression d’une culture ne passe pas uniquement par la langue, bien sûr, mais Sfar semble avoir oublié que cette langue reste quand même l’un des vecteurs principaux dans l’expression même de cette culture. Serait-il allé jusqu’à faire parler Serge Gainsbourg en anglais s’il avait pu ? I don’t think so

    Les liens :

    La lettre manuscrite de Johann Sfar sur le site de Télérama.

    Retranscription dactylographiée de la lettre sur le site Cineuropa.

    La réplique de Régine Hatchondo et Jean-Paul Salomé sur le site de Première.

    Compte Twitter :@MALussier


    • La France n’a pas d’histoire. Les Francais sont un peuple sans histoire. La France est un immense ghetto dans lequel ses habitants sont repliés sur eux-même, habité par le racisme, la xénophobie, la peur et la rancune, d’où un repli total sur l’extérieur. Quelle langue autre que le français exprime le mieux la petitesse d’esprit et une complète fermeture d’esprit à ce qui se passe dans l’unvers?

      Créer un univers, peu importe son média, dans la langue française, c’est accepter de tribaliser son rayonnement à l’intérieur d’un hexagone, forme d’ailleurs reconnue pour être fermée sur elle-même.

      Johann Sfar, qui fait parfois de la grande bd (Le chat du rabbin, par exemple), a tout juste ici. On dirait qu’il a grandi dans l’ouest de l’île de Montréal.

    • Tout comme l’anglais est le langage de la science. Le français est la langue du cinéma local et de la science locale. Il y aura toujours un intérêt pour le cinéma ou la science de quartier, mais quand vient le temps de faire du grand cinéma ou de la grande science accessible à tous, l’anglais s’impose.

    • quand vient le temps de faire du grand cinéma ou de la grande science accessible à tous, l’anglais s’impose.
      Vous avez oublié d’ajouter SURTOUTt si c’est écrit,joué,réalisé, produit et distribué par des juifs…

    • ”Si l’on suit bien le raisonnement du créateur, la langue française nuirait à l’exportation des œuvres.”

      La logique est implacable. La diffusion est limitée par l’auditoire potentiel.

      Je trouve étrange qu’on s’en étonne.

    • J’ai mis du temps à comprendre le fait que le cinéma soit lui aussi un business international dont la langue et les $$$$ sont en anglais peu importe l’Art, le génie, le talent et les émotions qui en découlent. Les films sélectionnés à Cannes ou ailleurs sur la planète sont la plupart en anglais mais sous titrés dans le langage régional: espagnol, français, québécois, italien, coréen etc. Chaque catégorie choisie est le reflet d’un cinéma local, d’où le meilleur film étranger et/ou autre que l’anglais.

      Ce “autre que l’anglais” a son importance. Il suggère la possibilité de faire encore plus de $$$$ sans nécessairement en anglais en dehors des USA vs l’Europe. La bande annonce de Faust dont on dit que Poutine y a mis du sien est en anglais. A ce train-là, le cinéma devrait revenir au temps du muet qui serait alors uniforme. Les films de Charlie Chaplin ont un langage muet international, tout le monde en comprend les intrigues sans devoir se forcer les méninges. Et on trouverait toujours le moyen de faire encore plus de $$$$.

      Yvon Turcotte

    • “«Reste à savoir ce qu’on veut faire, dit-elle. Du chiffre ou encourager l’exportation d’une certaine idée du cinéma français ? Qu’un Taken fasse 22 millions d’entrées dans le monde est utile à l’industrie. Mais il est très peu probable que le plupart de ses spectateurs l’identifient comme français.”
      D’accord avec ça, c’est comme au Canada anglais, ils font des films toujours avec des vedettes, has been, américaines ( Dolhp Luingreen Beau Bridges, Pam Grier… ) et l’action du film se passe toujours quelque part en Amérique, lire ici, les États Unis, et on voit le drapeau américain dans chaque scène, on fait passer MTL ou Toronto pour New York, tu regardes le générique, tout a été fait en banlieue de Toronto ou Vancouver ou MTL. Je refuses que mes taxes et impôts servent a ça, ce semblant de culture supposée, qui va être diffuser a la télé canadienne( Radio Canada, CBC Mpix, Movie network) encore subventionner et qui n’aide en rien la culture canadienne/québécoise.

    • L’anglais, la langue du cinéma popcorn. L’image, la langue du cinéma en tant que art.

      L’un des meilleure film sorti dernièrement est muet, ”L’artiste”. Les images parlent d’elles-mêmes.
      Le film iranien a été aclamé partout dans le monde ”malgré” sa langue.

    • J’ai oublié le titre du film iranien: ”Une séparation”.

    • C’est drôle parce que Taken est une merde raciste encore plus américanocentrée que ne le feraient les Américains… Ça veut tout dire.

      On va voir quand on va dire aux Américains que la langue des affaires c’est le mandarin et que tout doit être en Mandarin, ce qu’ils vont dire. Je parie qu’ils seront moins colonisés que les Sfar de ce monde.

    • Atchoum, bravo pour l’humour au second degré!

    • Le milliardaire Québécois Jarislowsky dans La Presse de ce matin « À son avis, la question linguistique annule les progrès que le Québec a réalisés lors de la Révolution tranquille »
      Le journaliste Denis Lessard « Les Lavallois exaspérés de na pas avoir accès à des films en français »
      La langue française cette cause de discorde! faisons comme la Louisiane et provinces anglophones du début du siècle, combattons par tous les moyens son rayonnement et sa diffusion. Tellement vilain de se tenir debout.
      M.Leduc

    • Mais qu’est-ce qu’ils ont ces Français? On fait dans la provocation! Après Charlie Hebdo, on caricature la langue.

      Évidemment soupe au lait comme nous sommes on va s’entre-tuer dans la rue pour témoigner notre indignation et surtout signaler la puissance de notre Foi.

      Puisqu’il faut le “dire”, je me fous pas mal de comment vous parlez, ce qui m’intéresse c’est de comment vous écoutez! Et ça je vais aller voir ça au cinéma…

    • @atchoum
      la france n’a pas d’histoire ?????????????!!!!!!!!!!!!!!!
      j’essaie de me convaincre que c’est de l’humour
      ou est-ce une vraie bonne connerie congénitale
      La seule chose ou je vous rejoins c’est le coté replié sur l’hexagone.C’est justement historique puisque c’est un pays envahis depuis des millénaire(vikings,francs,romains,anglais,allemands,maures,etcetc…).
      Savez vous que dans les années 20/30 il y avait plus d’immigrés allant en france qu’aux états unis(aznavour,yves montand parexemple)
      Quand à Sfar son gainsbourg est vraiment très mauvais

    • Devenir plus amerloque que les Yankees: le Sfar-system.

    • @piloune
      Lire le commentaire de Ghost à propos d’humour à second degré. De plus, ce que vous avez lu, c’est ce qui est servi aux lecteurs du Suburban dans le West Island depuis des années à propos du Qc franco. C’est aussi le fond de ce que servent les chroniqueurs et éditorialistes canadian à leur lectorat en parlant du Qc.

      Ce qui est incroyable des jeunes Français, c’est qu’ils arrivent à se croire eux-même inférieurs, sans avoir à subir la pression des 300 millions d’anglos et fiers de l’être qui les entourent. Ces jeunes Français sont d’un pitoyable grotesque. Même pas besoin de leur dire Speak White, à eux. Ils en prennent l’initiative.

      Bref, les beaux jours des Richard Henri Bain de ce monde devront se limiter au Qc à l’est du Boul St-Laurent. Les Français sont parfaitement capables de se faire disparaître de la carte par eux-mêmes.

    • Je vois la lettre manuscrite et pour moi dans ce type de texte là, la forme c’est le fond. Donc, ici une provocation plutôt qu’une véritable argumentation mais qui peut servir à lancer un débat.

      On dirait une lettre écrite par un ado, plutôt qu’un adulte. Joann Sfar, mais pour bien le connaître et le saisir, il faudrait le suivre régulièrement, la même chose pour le milieu du cinéma français. Mes interprétations pourraient bien être différentes.

      Il parle aussi comme un dessinateur plutôt qu’un cinéaste ?

      Non mais si tu veux faire du cinéma poplulaire et même pas besoin de si gros budget juste à refaire du Bud Spencer et Terence Hill. La langue n’est pas importante ce sont les gags physiques qui importent.

      Grands films à gros budgets ? Bien qu’il recherche du financement international, c’est tout. Qu’il vive avec la politique en France liée au financement du cinoche.

    • Il demande aussi : pourquoi tant de fils pour enfants ? Pourtant, on a l’impression que le cinéma américain fait pareil et que nos grosses chaînes comme Guzzo ici vivent grâce à ce cinéma…

      Ses bandes dessinées se vendent bien ici ?

      Débattez, débattez entre vous les Français sur le financement de votre cinéma. S’il s’exporte mal, c’est aussi à cause du système de distribution et des écrans.

      L’anglais, la langue du cinéma ? Non, pas nécessairement mais c’est encore la langue des affaires quoique money talks, peu importe la langue, vous pouvez vous entendre assez rapidement.

      Il a bien le droit de prêcher pour sa paroisse, il veut faire un gros film à gros budget, pas nécessairement en français et connaître un succès international. Au système et au politique de départager cela.

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