Marc-André Lussier

Archive, septembre 2012

Vendredi 28 septembre 2012 | Mise en ligne à 15h16 | Commenter Commentaires (17)

L’anglais, la langue du cinéma ?

Taken 2 - 1

Liam Neeson dans le film français Taken 2

«L’anglais n’est pas la langue des Américains. C’est la langue du cinéma.» Ces quelques petits mots, publiés il y a quelques jours dans le Journal de merde que tient le dessinateur et cinéaste Johann Sfar sur le site de Télérama, ont eu l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma français. À juste titre. Dans sa lettre ouverte destinée à la ministre de la culture Aurélie Filippetti, missive en forme de véritable coup de gueule, le réalisateur de Gainsbourg (vie héroïque) remet non seulement en question les orientations du système de production français, mais il propose aussi une façon pour le moins discutable de faire rayonner la culture française.

Si l’on suit bien le raisonnement du créateur, la langue française nuirait à l’exportation des œuvres. En conséquence, les cinéastes français auraient bien peu l’occasion de se faire valoir sur la scène internationale.

«Faire rayonner la culture française, écrit-il, c’est s’assurer que les réalisateurs français ne seront pas handicapés par rapport aux Espagnols ou aux Anglais ou autres européens qui ont depuis longtemps recours à la langue anglaise pour leurs films les plus ambitieux. Si on s’arc-boute sur la langue française, on ne défend pas le cinéma français», lance-t-il dans un élan franchement provocateur.

Autrement dit, Johann Sfar estime qu’il faudrait prendre exemple sur le modèle d’affaires mis en place par Luc Besson. En produisant des films français de langue anglaise, qui se fondent de façon anonyme dans la masse des productions anglo-saxonnes, le réalisateur de Fifth Element fait rouler son système de production à plein régime. Du coup, il donne du travail, il est vrai, à bon nombre de ses compatriotes, techniciens et artisans. Mais qui, dans le monde, sait que les Transporter, Taken, et autres Columbiana sont des films français ?

Invitée par le magazine Première à réagir aux propos de Johann Sfar, la directrice d’Unifrance, Régine Hatchondo, lance une question à tout le moins pertinente : «Reste à savoir ce qu’on veut faire, dit-elle. Du chiffre ou encourager l’exportation d’une certaine idée du cinéma français ? Qu’un Taken fasse 22 millions d’entrées dans le monde est utile à l’industrie. Mais il est très peu probable que le plupart de ses spectateurs l’identifient comme français. Potiche ou Des hommes et des dieux font rayonner un autre cinéma français. Il est fondamental que l’on continue à être présents sur les deux tableaux, mais les mettre dans le même panier serait dangereux.»

Dans ce contexte, la sortie de Johann Sfar a de quoi étonner. L’histoire est en effet riche d’enseignement à ce chapitre. Les cinématographies nationales parviennent habituellement à mieux séduire les auditoires étrangers en restant fidèles à leur propre nature, leur propre culture. Almodovar atteint l’universalité en demeurant foncièrement Espagnol. Et Denys Arcand s’est imposé dans le monde grâce à des films bien ancrés dans la réalité québécoise. Si l’on favorise la production de films destinés uniquement à concourir dans la grande globalisation des marchés, mieux vaut alors tout de suite sonner le glas d’un cinéma plus original, tourné vers la diversité des gens et des idées. L’expression d’une culture ne passe pas uniquement par la langue, bien sûr, mais Sfar semble avoir oublié que cette langue reste quand même l’un des vecteurs principaux dans l’expression même de cette culture. Serait-il allé jusqu’à faire parler Serge Gainsbourg en anglais s’il avait pu ? I don’t think so

Les liens :

La lettre manuscrite de Johann Sfar sur le site de Télérama.

Retranscription dactylographiée de la lettre sur le site Cineuropa.

La réplique de Régine Hatchondo et Jean-Paul Salomé sur le site de Première.

Compte Twitter :@MALussier

Lire les commentaires (17)  |  Commenter cet article






Jeudi 27 septembre 2012 | Mise en ligne à 3h30 | Commenter Aucun commentaire

Pour un peu plus de Jean-Louis Trintignant…

Trintignant - 1

Jean-Louis Trintignant dans Amour (Michael Haneke)

Les aléas de l’existence se font parfois cruellement ironiques. De passage à Paris pour quelques jours, je n’ai pu assister au spectacle – exceptionnel si l’on en juge par les échos – que Jean-Louis Trintignant a offert au cours des derniers jours au Théâtre Outremont.

On le sait, le vénérable acteur a pris sa retraite du cinéma il y a 14 ans. Seule exception : Amour, Palme d’or du Festival de Cannes cette année. Le film de Michael Haneke prend l’affiche le 24 octobre en France; et le 11 janvier 2013 au Québec.

À la conférence de presse du Festival de Cannes, Jean-Louis Trintignant fut très clair. Pas question pour lui d’un «retour» au cinéma.

«Je n’ai rien tourné depuis le film de Chéreau Ceux qui m’aiment prendront le train, a-t-il rappelé. Et nous étions venus à Cannes avec le film. Je n’ai rien tourné depuis car je ne voulais plus. Je préférais me consacrer au théâtre. Mais une proposition de Michael Haneke, l’un des meilleurs metteurs en scène du monde, constitue une chose trop exceptionnelle. On ne peut rater pareille opportunité. Je suis heureux d’être à Cannes avec ce film car j’en suis très fier. Même s’il fut douloureux à faire. Je m’estime toujours meilleur au théâtre car je ne peux pas me voir. Là, c’est pourtant la première fois en une centaine de films que je peux dire avoir été content de m’être vu. Mais je n’en ferai plus d’autres !»

Pour souligner la nouvelle présence de l’acteur au grand écran, la Cinémathèque française propose depuis hier une importante rétrospective. Plus de 40 longs métrages ont été sélectionnés pour l’occasion. Si jamais vous êtes de passage dans la Ville Lumière d’ici le 12 novembre…

Les liens :

La présentation de la Cinémathèque française.

Jean-Louis Trintignant : Pourquoi je vis (interview de Marie-Christine Blais).

Jean-Louis Trintignant : Poésie nue (la critique de Chantal Guy).

La bande annonce d’Amour :


Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

Aucun commentaire  |  Commenter cet article






Mercredi 26 septembre 2012 | Mise en ligne à 10h57 | Commenter Commentaires (2)

FNC : un programme riche, avec 2 absents. Encore… *(Ajout)

FNC 12 - Affiche

Un mot sur la programmation du FNC annoncée hier. On a beau souvent dire que le Festival du nouveau cinéma, grâce à sa position privilégiée dans le calendrier, est en mesure de ramasser facilement tous les gros titres attendus, il reste que la sélection se révèle toujours d’une richesse et d’une originalité étonnantes.

On remarque quand même dans cette liste impressionnante deux absences notoires qui, étrangement, rappellent exactement le cas de figure d’il y a trois ans. En 2009, le distributeur américain Sony Pictures Classics avait retenu Un prophète (Jacques Audiard) hors des circuits des festivals de cinéma québécois, mais il avait finalement consenti du bout des lèvres à ce qu’une projection – une seule – du Ruban blanc (Michael Haneke) ait lieu au FNC.

Coïncidence ? SPC, dont les films sont relayés par Métropole Films au Québec (la marge de manoeuvre du distributeur québécois est bien mince dans un cas comme celui-là), détient les droits de De rouille et d’os (Jacques Audiard) et d’Amour (Michael Haneke), film lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes. Comme par hasard, ces deux titres brillent par leur absence au FNC. Aura-t-on droit à une annonce de dernière minute ? Si ce n’est pas le cas, et à moins que Cinémania ne décroche le gros lot  (qui sait?), ces deux titres phares de l’année 2012 prendront l’affiche chez nous sans avoir été montrés dans l’un des festivals montréalais au préalable. Dommage.

Cela dit, le cinéphile a largement de quoi se rincer l’oeil, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le FNC a lieu du 10 au 21 octobre.

* Ajout : Ah! Le festival Cinémania vient d’annoncer qu’il aura l’honneur de présenter De rouille et d’os lors de sa soirée d’ouverture le 1 novembre. L’homme qui rit (de Jean-Pierre Améris avec Marc-André Grondin), déjà présenté à la soirée de clôture de la Mostra de Venise, clôturera aussi Cinémania. Très bon coup des programmateurs !

La programmation.

Festival du nouveau cinéma : Un menu alléchant (Marc Cassivi).

La bande annonce de Camille redouble (Noémie Lvovsky), le film de clôture :


Lien YouTube.

Compte Twitter : @MALussier

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






publicité

  • Twitter

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse

    publicité

  • Calendrier

    décembre 2014
    L Ma Me J V S D
    « nov    
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    293031  
  • Archives

  • publicité