Marc-André Lussier

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    Samedi 25 août 2012 | Mise en ligne à 6h32 | Commenter Commentaires (7)

    Le point sur le FFM

    Losique - 1

    Photo : Marco Campanozzi – La Presse

    J’ai enfin compris quelque chose. Le Festival des films du monde ne changera pas. Jamais. Tant que Serge Losique sera là – il dit que les papes restent en poste jusqu’à leur mort –, il n’y a pas lieu de croire à la moindre évolution. Dans ces circonstances, il ne sert pratiquement plus à rien d’en dénoncer les lacunes. Parce que c’est inutile. À partir du moment où les institutions publiques, qui ont raté leur coup en 2005 en tentant d’imposer un autre festival, appuient désormais sans réserve le FFM avec leurs pleines subventions, et que leurs porte-paroles saluent publiquement la «grandeur» de l’événement, Serge Losique pourra continuer à le diriger exactement de la même façon. À part certains fidèles qui ne jurent que par le FFM, les cinéphiles montréalais n’en ressortent pas forcément gagnants.

    Avec mon comparse Cassivi, j’ai eu l’occasion – pour la toute première fois de ma carrière ! – d’interviewer Serge Losique récemment. Conversation intéressante. Qui n’a toutefois rien à voir avec la réalité de 2012. Tous les cinéastes cités au fil de la conversation sont disparus.  Les plus récents souvenirs évoqués par le président remontent à 20 ans au moins, sinon davantage. L’homme, aujourd’hui âgé de 81 ans, a beau insister sur la pertinence de son festival, tout autant que son rayonnement international, toujours aussi grand selon lui, il reste que son réflexe naturel est de se tourner vers la gloire passée. Plutôt révélateur, non ?

    Une question fondamentale se pose (à laquelle je n’ai pas de réponse). Par respect pour les réalisations (indéniables) d’un homme ayant contribué pendant des décennies à faire de Montréal une ville cinéphile, faut-il soutenir ce festival à vie ? Comme s’il s’agissait d’un titre honorifique pour son président ? Voilà clairement le choix qu’ont fait les institutions. Qui ne posent pratiquement plus de questions.

    Dans les faits, il est pourtant clair pour tout le monde que le FFM de 2012 n’a plus rien à voir avec celui de 1982 ou de 1992. La presse mondiale, du moins celle qu’on dit «de référence», a déguerpi. La presse «spécialisée» québécoise aussi. Les primeurs intéressantes s’en vont pratiquement toutes au TIFF. La vaste majorité des films présentés au FFM cette année tomberont dans l’oubli le plus total dès la semaine prochaine. Bien entendu, des exceptions surgissent parfois (Ben X en 2007, Departures en 2008, Hasta la Vista l’an dernier). Mais un titre ou deux sur plus de 200, mettons que ça ne fait pas beaucoup augmenter une moyenne au bâton…

    Le tandem Losique-Cauchard nie toute désaffection du milieu du cinéma québécois envers le FFM mais les faits parlent d’eux mêmes. Pas besoin de faire une enquête exhaustive pour comprendre que certains producteurs d’ici préféreraient probablement traverser le lac Ontario à la nage plutôt que de présenter un film au FFM. Les grands distributeurs locaux aussi. Alliance Vivafilm ne propose qu’un seul titre au FFM cette année (The Words), soit exactement le même nombre que Films Séville (7 Days in Havana). Métropole Films, l’autre joueur important du domaine, est représenté grâce à Karakara. Le réalisateur du film, Claude Gagnon (The Kid Brother, Kamataki), est un allié indéfectible du FFM.

    Voilà où nous en sommes. Et je ne parle même plus de la non accessibilité de la majorité des films au public francophone. Mis à part les films inscrits en compétition, qui bénéficient d’un sous-titrage électronique, la plupart des longs métrages sont sous-titrés en anglais. Aucun effort n’est fait pour améliorer la situation. Pas d’argent. Dossier clos.

    Ce qui amène une autre question fondamentale : si le FFM est mal financé à ce point, pourquoi ne pas plutôt organiser correctement un événement plus modeste, à la mesure des moyens dont il dispose ?

    Cette question restera bien entendu sans réponse. Le FFM est là, tel qu’il est. Vous le connaissez. Vous avez le loisir de le fréquenter. Ou pas.

    Les liens :

    Le FFM ne mourra pas… (compte-rendu de l’interview)

    Monsieur Losique de Monréal (billet)

    Le FFM a 35 ans ! (entrée de blogue de l’an dernier)

    Compte Twitter : @MALussier


    • Une petite question : vous dites que ‘certains producteurs d’ici préféreraient probablement traverser le lac Ontario à la nage plutôt que de présenter un film au FFM’. Savez-vous pourquoi ?

      Parce qu’ils n’y trouvent plus aucun intérêt… M-A. L.

    • le FFM est cliniquement mort lorsqu ils ont fermé le Parisien

    • Adriano veut savoir pourquoi « les producteurs n’y trouvent plus aucun intérêt » ? Question de visibilité ?

    • Parlant de papes dont le règne dure jusqu’à leur mort, c’est Paul VI de son vivant qui a démissionné par contumace plusieurs cardinaux qui malgré leur âge avancé refusaient de quitter leur poste*. Peut-être devrait-on procéder de la même façon avec l’éternel Serge Losique. Bien sûr il y a eu de la bisbille au sein de l’Eglise catholique romaine, puis les choses se sont tassées.

      Il s’agit de savoir qui à la suprématie sur celle de Serge Losique.

      Yvon Turcotte

      ____________
      *On a prétendu qu’ils tenaient ainsi à assister à d’éventuels conclaves.

    • Tragi-comique. Le film d’ouverture du FFM, un genre de Godzilla chinois! Peut-être un film culte… Ce M. Losique a l’instinct du guerrier, je crois qu’il est Serbe ou Croate. En tout cas, c’est pas une moumoune.

      Quand même, il force le respect. C’est un phénomène. Première entrevue, vous dites. On devrait recueillir ses propos afin d’en faire un film avant qu’il ne soit trop tard. On lui doit bien ça!

    • Quand Fantasia attire plus de spectateurs que le FFM, ça en dit long.

    • je n’aime pas les personnes qui s’entêtent et s’accrochent comme Losique..un certain moment il faut avoir l’intelligence de céder sa place..sinon ça devient ridicule..ET ON DEVIENT LA RISÉE DU MONDE..

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