Marc-André Lussier

Archive, août 2012

Vendredi 31 août 2012 | Mise en ligne à 8h58 | Commenter Commentaires (11)

Clint, tu n’aurais peut-être pas dû…

Eastwood AP - 1

Photo : AP

On dit souvent qu’il faut mettre des années à bâtir une réputation. Et quelques minutes pour la gâcher. Je ne sais si la réputation de Clint Eastwood est vraiment entachée par son «étrange» prestation d’hier soir à la convention républicaine, mais il est clair que le vénéré cinéaste, véritable dieu à Hollywood, ne s’est pas fait de nouveaux alliés.

Chacun a évidemment droit à ses convictions.  Et peut les défendre publiquement. Mais de cette façon-là ? Sur ce ton-là ? Malaise. Si vous avez raté ce moment surréaliste, vous pourrez voir l’extrait plus bas. Pour une mise en contexte, ma chronique publiée dans La Presse aujourd’hui :

Clint Eastwood n’est pas George Clooney. Ni Sean Penn. Encore moins Barbra Streisand. Depuis toujours, le célèbre interprète de Dirty Harry, aujourd’hui âgé de 82 ans, n’a jamais eu honte d’afficher ses couleurs conservatrices, même s’il le faisait habituellement avec plus de discrétion que Jon Voight. Dans une interview accordée à Patrick Goldstein l’an dernier, publiée dans le L.A. Times, Eastwood a confié avoir voté pour le candidat républicain à toutes les élections présidentielles tenues depuis 1952 (l’année où Dwight Eisenhower fut élu). Il n’y a guère qu’en 1992 que ce libertarien notoire fut tenté de voter autrement. Le candidat indépendant Ross Perot avait failli avoir son appui cette année-là. «Je l’aimais bien, dit-il. J’imagine que c’est parce que j’aime bien les rebelles.»

Même si les allégeances de l’icône hollywoodienne sont bien connues, il reste que son soutien au candidat Mitt Romney, et, surtout, sa présence à titre d’«invité surprise» à la convention républicaine hier, a créé une onde de choc.

Depuis la diffusion, à la mi-temps du Super Bowl, du spot publicitaire Half Time in America, réalisée pour le compte de Chrysler, plusieurs observateurs ont en effet cru que le vénéré cinéaste s’était rangé du côté du président Obama. «Ce pays ne peut pas être mis K.-O. par un seul coup de poing. Nous nous relevons, et quand nous le faisons, le monde entier entend le rugissement de nos moteurs», lançait-il d’une voix rugueuse, qui n’appelait aucune réplique. La Maison-Blanche ayant débloqué des milliards de dollars pour soutenir l’industrie automobile, et ainsi éviter la faillite des grands constructeurs, il y avait tout lieu de croire que Clint Eastwood allait mettre ses propres convictions de côté au profit de «l’intérêt supérieur de la nation», sérieusement mise à mal par une grave crise économique.

Dans ces circonstances, son appui à Mitt Romney surprend d’autant plus. Eastwood défend en effet des valeurs sociales progressistes, notamment en regard du mariage entre personnes du même sexe, du droit à l’avortement, et de la protection de l’environnement. Mais sa vision de l’économie l’emporte apparemment sur tout le reste.

«Je suis toujours très libéral quand vient le moment de laisser les gens penser par eux mêmes, a-t-il déclaré au cours de cette même interview au L.A. Times. Mais je suis intraitable à propos de la réduction du déficit. J’étais contre l’intervention gouvernementale pour relancer l’économie. On ne devrait pas sauver les banques et les constructeurs d’automobiles. Si un dirigeant ne sait pas comment rendre sa compagnie rentable, et bien il ne devrait pas diriger.»

Beaucoup d’émoi

Les idées de monsieur Eastwood étant connues depuis longtemps, pourquoi son appui à Mitt Romney crée-t-il autant d’émoi alors ? D’aucuns avanceront que le parti républicain s’est outrageusement radicalisé depuis l’arrivée en ses rangs du Tea Party. Et que, du coup, il n’est plus fréquentable. Aaron Sorkin a même fait dire au chef d’antenne de sa série The Newsroom que les membres de ce mouvement étaient les «talibans américains».

«Pureté idéologique, négociation vue comme une faiblesse, une croyance fondamentaliste dans les écritures, le déni de la science, incrédulité devant les faits, imperturbabilité face à de nouveaux éléments, une peur hostile du progrès…» (traduction libre). Visiblement, Sorkin s’est fait plaisir en écrivant cette tirade livrée par Jeff Daniels. Aussi choquante puisse-t-elle paraître aux yeux des conservateurs, qui ne sont pas fait prier pour tirer sur Sorkin à boulets rouges (la couleur du parti républicain !), il reste que cette frange très radicale dicte aujourd’hui le GOP (Grand Old Party) sur le plan idéologique.

Il est sain que les artistes participent au débat public. Même au risque de perdre certains admirateurs parfois. Ceux qui penchent à droite – et avancent des arguments crédibles pour expliquer leur allégeance – ont d’ailleurs beaucoup de mérite. Parce qu’ils font face à un milieu où il est habituellement de bien meilleur ton de pencher de l’autre côté.

Le cas de Clint Eastwood est toutefois plus troublant. Pourquoi a-t-il senti le besoin de militer de façon beaucoup plus concrète cette fois ? En faisant hier soir l’éloge de Mitt Romney devant les partisans de la convention républicaine, et les millions d’électeurs devant leur petit écran, l’acteur cinéaste, lauréat de deux Oscars de la meilleure réalisation (Unforgiven et Million Dollar Baby), a non seulement mis de l’avant les valeurs conservatrices qu’il défend sur le plan économique, mais il a aussi endossé, malgré lui peut-être, les valeurs sociales et religieuses – rétrogrades aux yeux de  bien du monde – du Tea Party. Faudra bien qu’il nous explique cette pirouette un jour…


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L’extrait de la série The Newsroom

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Mardi 28 août 2012 | Mise en ligne à 8h58 | Commenter Un commentaire

Images du jour : Satrapi dessine Deneuve

Pour souligner son 160e anniversaire, Le Bon marché, plus vieux grand magasin de Paris (rien à voir avec la famille Shiller et son fameux «oui papa!»), a demandé à Marjane Satrapi de dessiner l’une des plus célèbres clientes de l’établissement : Catherine Deneuve. Deux affiches ont été dévoilées aujourd’hui.

Deneuve - 2

Deneuve - 3

Illustrations tirées du site ozap.com

Un extrait de l’article de Pure Médias :

L’enseigne, propriété du groupe LVMH, a demandé à Marjane Satrapi , la réalisatrice de “Persepolis” (dans lequel Catherine Deneuve donne de la voix), d’illustrer ses vitrines en jouant avec l’image de l’actrice. La dessinatrice a réalisé 10 illustrations décallées et colorées où la comédienne est représentée dans ses endroits préférés de la rive gauche. On la voit ainsi assise sur une fontaine avec une queue de sirène ou suspendue à des plantes dans une robe léopard (nos visuels ci-dessus). Ces dessins seront exposés dans les vitrines du magasin jusqu’au 6 octobre.

Catherine Deneuve à l’honneur pour les 160 ans du Bon Marché (Pure Médias).

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Lundi 27 août 2012 | Mise en ligne à 11h00 | Commenter Commentaires (3)

L’inédit de la semaine : Detachment

Detachment - Affiche

De The Prime of Miss Jean Brodie à Half Nelson, en passant par Dead Poets Society, Dangerous Minds et, du côté franco, Entre les murs et Monsieur Lazhar, le milieu scolaire a souvent servi de cadre dramatique formidable.

Detachment, nouvelle offrande de Tony Kaye (American History X) relate le parcours d’Henry Barthes, un prof appelé à travailler dans une école réputée «difficile». Pauvreté, misère psychologique, violence, bref tout y est prévisible mais le portrait n’en tire pas moins sa vérité. Ce prof parvient toutefois à attirer l’attention de ses élèves grâce d’abord à son stoïcisme (il ne répond pas aux provocations violentes), de même que par une empathie souterraine que capteront certains d’entre eux.

Le récit n’évite pas les clichés pour autant. Henry prend sous son aile une jeune toxico prostituée ; fait naître malgré lui un sentiment amoureux dans le cœur d’une élève qui n’avait jamais eu droit à un regard bienveillant, ni à l’école ni chez elle ; les difficultés avec la direction, etc. Cela dit, Kaye verse rarement dans le bon sentiment. Son approche évite toute forme d’angélisme.

Surtout, Detachment bénéficie d’une interprétation remarquable d’Adrien Brody. L’acteur, lauréat d’un Oscar pour The Pianist (Polanski), offre ici une composition à la fois vibrante et subtile, qui aurait certainement pu lui valoir une attention plus grande si ce film avait eu droit à une diffusion digne de ce nom. Marcia Gay Harden, James Caan, Lucy Liu, Tim Blake Nelson, Blythe Danner, et d’autres, entourent l’acteur très solidement.

Detachment n’est pas un chef d’œuvre, mais ce drame affiche quand même un calibre bien supérieur à plusieurs des productions insignifiantes qui polluent nos écrans. D’abord lancé l’an dernier au Festival de Tribeca, Detachment a notamment obtenu le prix de la critique au Festival du cinéma américain de Deauville. Il figure aussi au palmarès du Festival international du film de Tokyo (meilleure contribution artistique).

Ce film nous est arrivé directement en Blu-ray / DVD, sans avoir droit à une sortie commerciale. Trouvez l’erreur.

Site officiel.


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