Marc-André Lussier

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    Vendredi 22 juin 2012 | Mise en ligne à 22h19 | Commenter Commentaires (13)

    2012 l’année noire du cinéma québécois?

    Empire Bossé - Affiche

    Personne n’a encore tiré la sonnette d’alarme, mais la situation est franchement préoccupante. Les chiffres fournis par Cinéac, firme spécialisée dans la compilation des statistiques du box-office québécois, n’indiquent rien de bien réjouissant cette année pour les artisans de notre cinéma national. Jamais n’avions-nous assisté à un aussi lent démarrage pour les films d’ici depuis 2001. Cela nous ramène à l’endroit où nous étions deux ans avant la première vague de succès en 2003 (La grande séduction, Les invasions barbares); quatre avant l’avancée historique de 2005 (C.R.A.Z.Y., Maurice Richard), et l’incroyable part de marché de 18,2 % qui en a résulté.  Depuis cet âge d’or, carrément exceptionnel, les statistiques illustrent évidemment un tableau plus réaliste. Cela est tout à fait normal. Même si les chiffres ne révélaient plus tout à fait le même engouement des spectateurs pour le cinéma québécois, certains films parvenaient quand même, bon an mal an, à attirer les foules. De sorte que la part de marché s’est stabilisée au cours des dernières années. En 2010, celle-ci fut de 8,8 %. En 2011, 9,9 %.

    En 2012, on frôle le désastre. À la lumière des chiffres publiés jusqu’à maintenant, c’est la seule conclusion possible que l’on puisse tirer. Sur les 20 films québécois sortis depuis janvier (parmi lesquels, il est vrai, plusieurs documentaires distribués à petite échelle), aucun n’a encore pu franchir la barre du million de dollars de recettes. Pour l’instant, le film québécois le plus populaire de l’année est Dérapages. Avec des recettes d’un peu plus de 675 000 dollars, le documentaire de Paul Arcand, lancé sur plus de 60 écrans à la fin du mois d’avril, trône loin devant La peur de l’eau. Le polar de Gabriel Pelletier occupe le deuxième rang avec 325 000 dollars aux guichets. Toujours en exploitation, Laurence Anyways suit avec des recettes de 312 000 dollars. À mi-chemin de cette année cinéma pour le moins difficile, seulement cinq films ont pu franchir la barre du 100 000 dollars au box office. L’empire Bossé (Claude Desrosiers) et Rebelle (Kim Nguyen) sont en effet les deux autres productions à faire partie du peloton de tête. Cela dit, L’empire Bossé reste un échec sans appel, l’un des plus cinglants des dernières années, à vrai dire. 158 637 dollars de recettes pour un film à vocation populaire ayant bénéficié d’une énorme campagne de promotion, c’est carrément catastrophique.

    Le rôle du «gros» film

    Assiste-t-on à une vraie désaffection de la part du public envers «son» cinéma ? S’agirait-il plutôt d’un simple concours de circonstances ? Choisissons la deuxième option. L’histoire nous a en effet enseigné qu’en marge des productions destinées à séduire le plus large public possible, des films plus inattendus pouvaient aussi obtenir de véritables succès populaires. Ce fut le cas de La neuvaine (Bernard Émond) et, de façon encore plus spectaculaire, d’Incendies (Denis Villeneuve) et de Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau). Même Le vendeur, magnifique film de Sébastien Pilote, a connu une belle et longue carrière en salle.

    L’ennui, c’est que tout déraille dès qu’un «gros» film ne tient pas son rôle. D’où cette propension à miser sur des valeurs qu’on croît plus sûres, et à faire appel à des vedettes qui, espère-t-on, sauront attirer le public. La recette ne fonctionne pas toujours. Même si Guy A. Lepage cumule les trophées et les accolades, les gens ne l’ont pas du tout suivi dans L’empire Bossé. Étrange phénomène.

    Aussi, les productions potentiellement multimillionnaires se font plus rares dans le calendrier. Dans le milieu, on fonde maintenant ses espoirs sur Omertà. Le film de Luc Dionne, qui prendra l’affiche le 11 juillet, possède sur papier tous les atouts du blockbuster québécois : des stars confirmées (Côté, Huard, Rousseau), un «nouveau venu» attirant beaucoup d’attention médiatique (René Angélil), et l’intérêt des admirateurs d’une série culte encore bien ancrée dans l’imaginaire collectif québécois. Reste à voir maintenant si, au-delà des bonnes ou mauvaises critiques, Omertà aura assez d’ascendant pour s’inscrire auprès des Piché, Sens de l’humour, et autres Starbuck au palmarès des films les plus populaires.

    Un rayonnement international

    Ironiquement, il appert que les films d’ici rayonnent bien davantage sur le plan international. Rebelle, le remarquable film de Kim Nguyen, s’est distingué au Festival de Berlin. Laurence Anyways, qui n’aurait certes pas déshonoré en compétition officielle, a été primé à Cannes dans la section Un certain regard. Ces jours-ci, une importante délégation québécoise se retrouve au Festival de Shanghai. La semaine prochaine, une tout aussi imposante délégation s’envole vers le Festival de Karlovy Vary. La société micro_scope, qui compte notamment Incendies et Monsieur Lazhar dans son catalogue, souhaitera probablement lancer Inch’Allah, le second long métrage – très attendu – d’Anaïs Barbeau-Lavalette, dans les grands festivals internationaux de l’automne. Starbuck prend l’affiche mercredi dans les salles françaises.

    Les films québécois seraient-ils désormais destinés à briller davantage sur la scène internationale plutôt qu’à l’intérieur de leurs propres frontières ? Si tel est le cas, ce monde à l’envers ressemblerait un peu à celui dans lequel évoluent les films wallons. Cela ne serait quand même pas une tare, cela dit. Sur le plan artistique, le cinéma belge n’est-il pas l’un des plus enviables de la planète ?

    Compte Twitter : @MALussier


    • Compliqué à comprendre?
      L’empire Bossé reposait sur un animateur de variétés. Endurer juste la bande annonce pendant des mois pour un cinéphile a été éprouvante à l’écœurement. Et des 4 têtes d’affiche d’omerta que vous mentionnez: 2 humoristes et un affairiste. Ça regarde bien! Et en plus, si c’est un succès du à son populisme TV cheap, on dira que ça va mieux pour le cinéma Québecois.

    • C’est pas compliqué à comprendre y’avait juste aucun film québécois intéressant cette année.

    • Le cinéma québécois est capable du meilleur et du pire… Pas de zone grise ! En s’entêtant à embaucher des escogriffes prétentieux tels que Guy A., nos producteurs se tirent allègrement dans le pied. Le catalogue de l’Union des artistes regorge d’excellent(e)s comédien(ne)s qui chôment et ne demandent pas mieux que de nous émouvoir et/ou nous faire rire. Tendons-leur la main ! Chacun son métier : les humoristes sur scène, les imprésarios en coulisses et les VRAIS acteurs sur un grand écran. Point final.

    • One word. Longue traîne.
      Le modèle économique qui réglerait tous les problèmes des fréquentations de salles.

      Le cumulatif des gens qui visionnent les productions plus indépendantes dépasse largement celui engendré par de films isolés pourtant conçus pour être vus par un plus grand nombre.

    • M.Lussier,vous écrivez:” Même si Guy A. Lepage cumule les trophées et les accolades, les gens ne l’ont pas du tout suivi dans L’empire Bossé…”
      Facile à comprendre,le public n’est pas si con que certains critiques le prétendent.Guy A Lepage est un mauvais comédien,point.Quant à Claude Legault et autres,si bon soient-ils,quand un scénario est mauvais,on ne peut faire des miracles.Ce qui m’étonne aussi c’est le manque de jugement quand l’agent ou l’acteur décide de choisir de travailler dans un film donné.Jamais je croirai qu’il ne lit pas le scénario avant…

      L’empire Bossé n’est pas un bon film, j’en conviens. Il y a pourtant des films bien pires qui ont quand même attiré bon nombre de spectateurs. Cruising Bar 2 n’a-t-il pas obtenu le Billet d’or remis au film le plus populaire de l’année en 2008 ? M-A. L.

    • Depuis 2008,peut-être que le public est devenu plus critique et par le fait même, plus exigeant?Du moins,espérons-le…

    • Au Québec un scénario doit plaire à un producteur, un distributeur, la SODEC et Téléfilm. Pour plaire à tout ce beau monde, un scénario doit porter sur un thème comme le cancer, la mort d’un proche, l’homosexualité, et évidemment Immigration Canada. Le problème est que toutes ces thèmes ont fait le tour du jardin. Heureusement des adaptations théatrales, comme Incendies, rehaussent un peu la qualité de notre “manger mou” de cinéma.

      Un bon film doit partir d’un bon scénario. Il faut du talent pour écrire un bon scénario et il faut du talent pour découvrir les bons scénarios. Peut-être qu’un concours genre “Scénario Académie” permettrait de découvrir de réels talents de scénaristes.

      Serge Daigno

    • Tous les films québécois sont surévalués.

      L’année passée avec Incendie où les deux acteurs principales ”pure laine” se prennaient pour des arabes.

      Cette année, Rebelle, le cinéaste nous a montré qu’il n’avait pas la capacité de mise en scène complexe, ex: la scène de fusillade complètement ratée, aucune émotion, impact. L’actrice, elle, pas très expressive dû à son manque de connaissance dans le métier.

      Si certains critiques trouvent remarquables ces deux film, le reste doivent être la m… c’est pour ça je m’abstiens de la section québécois lorsque je vais loué des films.

    • M. Lussier, ce n’est pas pareil pour Cruising Bar 2, les gens attendaient ce films grâce au premier Cruising Bar qui est un film culte au Québec. Le film était vendu d’avance, si on peut dire.

    • @Kobayashi. ton opignons est vréman intéréçantes. tuait un vrès sinéfile et saparet. gespère que tu va trouvez un bon films à regaré bienthaut.

    • @kobayashi

      Donc, vous décrétez que tous les films québécois sont surévalués alors vous n’en avez vu que deux?

    • Je ne suis pas surpris…
      Demeurant en région, outaouais, les films québécois (en fait, tout ce qui n’est pas un bloc-buster américain) ne sont pratiquement pas diffusé par ici… Actuellement, il n’y a aucun films Québécois sur les écrans de la région et qu’un seul film provenant de France…
      Donc, je crois que le premier problème est un problème de distribution.

      Pour le second problème du cinéma québécois, je crois que c’est le système de promotion qui a un problème… Prenons le cas de “Omerta”, film québécois qui va faire son entré en salle le 22 juillet et pour lequel nous nous faisons casser les oreilles par une sur-promotion d’un ennui mortel… 5 semaines de promotion, des entrevues ad-nauseam dans les 2-3 talks shows de l’été, probablement un “making-of” qui sera diffusé dans 2 semaines à TVA (avec ANgelil qui joue dedans, ils n’auront pas le choix), un “blooper” du film qui sera diffusé le weekend suivant…. Lorsque le film va arriver sur les écrans (si il se rend jusqu’en région), je ne suis pas convaincu que je vais avoir envie de m’y rendre!

    • Aussi en référence à une intervention parue sur ce blogue suite au décès de Claude Miller: Dans les pages des critiques de La Presse. l’empire Bossé, 2,5 étoiles, même score que Impardonnables et l’art d’aimer. J’ai plein d’autres comparaisons du genre si vous voulez. Vous critiquez avec des barèmes différents selon la provenance du film. Ma critique des critiques cinéma que je ne lit plus depuis longtemps: 0 étoiles.

      Ce serait peut-être bien de lire les textes qui accompagnent ces cotes… M-A. L.

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