Marc-André Lussier

Archive, mai 2012

Mardi 29 mai 2012 | Mise en ligne à 17h08 | Commenter Commentaires (6)

Comment dit-on «camouflet» en italien ?

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Lawless - 1

Lawless de John Hillcoat

On a vu beaucoup de films américains dans la sélection du Festival de Cannes cette année. Seulement du côté de la compétition officielle, on en comptait déjà cinq : Moonrise Kingdom, Lawless, Killing Them Softly, The Paperboy, Mud. Et l’on ne parle pas encore de toutes ces productions anglo-saxonnes, Cosmopolis et On the Road par exemple, qui, sans être financées majoritairement aux États-Unis, font quand même appel à des stars hollywoodiennes.

Le Festival de Cannes se nourrissant de la crème de la production mondiale, il est évidemment normal que le pays dont la culture irradie l’ensemble de la planète (certains diraient plutôt qu’elle la «contamine») soit dignement représenté. D’autant qu’on y trouve toujours là-bas de très grands cinéastes, qui parviennent à imposer leur vision artistique malgré les lois implacables du marché. Terrence Malick, réalisateur de The Tree of Life, n’a-t-il pas obtenu la Palme d’or l’an dernier ?

Va pour les films forts, originaux, qui sortent des sentiers battus. Après tout, la raison d’être d’un grand festival de cinéma est de célébrer les visions d’auteurs. Les créateurs trouvent là un havre où seules les valeurs artistiques de leurs œuvres sont prises en compte, loin des logiques comptables et des tiroirs caisse qui les accompagnent.

Le 65e Festival de Cannes étant maintenant chose du passé, une constatation s’impose. La compétition officielle «s’américanise» de plus en plus. Et pas seulement sur le plan géographique. Sur le plan formel aussi. Interrogé par La Presse à ce sujet il y a peu, le délégué général Thierry Frémaux, dont les choix sont souverains depuis maintenant cinq ans, avait évoqué la possible «augure d’un nouveau cycle pour le cinéma américain qui viendra combler le fossé qui sépare le «petit» cinéma indépendant et le «gros» cinéma de superproductions des studios».

Hum…

À la lumière de ce qu’on a vu à Cannes cette année, cette perspective n’a rien de très réjouissant. Car si «combler le fossé» veut dire programmer des productions estimables mais prévisibles, qui répondent aux standards du cinéma hollywoodien, il y a tout lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la cinéphilie. Sur les cinq films américains sélectionnés en compétition, quatre abordaient des thèmes similaires. Fusils, armes en tous genres, et meurtres sanglants semblent maintenant constituer les seuls outils dramatiques avec lesquels les cinéastes semblent vouloir travailler au pays de l’oncle Sam. Ils en glorifient l’usage à un point où l’on ne peut que s’inquiéter de cette fascination collective. Mentalité de Far West et machisme à la clé. Il est indéniable que l’absence de réalisatrices dans la compétition, dénoncée par une association féministe au début du Festival, s’est cruellement fait sentir.

Lawless (John Hillcoat) est probablement le cas le plus exemplaire. Ce film de gangsters d’époque, calqué sur les 10 000 autres que compte l’histoire du cinéma, illustre bien cette orientation, désormais cautionnée par le Festival. Aucune invention, sinon une certaine virtuosité dans la mise en scène, mais de la violence explicite en surabondance. Autrement dit, rien ne démarque ce film, dont la distribution sera assurée par The Weinstein Company, de toutes ces productions qui échouent dans nos complexes multisalles à cœur d’année.

On nous répondra que des œuvres plus radicales prennent le contrepied de ces films plus convenus. Soit. Souhaitons quand même ne pas voir cette fâcheuse tendance se transformer en vraie dérive au cours des prochaines années.

En ne primant aucune de ces productions, le jury, présidé par Nanni Moretti, a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme.

«Je ne suis pas contre le glamour, mais dans des films qui me plaisent, a-t-il dit lors de la conférence de presse ayant suivi l’annonce du palmarès. Je ne souscris pas au mythe du film à petit budget, mais si on avait aussi cherché du côté des productions indépendantes, on aurait peut-être trouvé des films moins léchés, moins patinés, plus bruts, plus authentiques.»

Comment dit-on camouflet en italien ?

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Mardi 29 mai 2012 | Mise en ligne à 2h52 | Commenter Un commentaire

Romy Schneider, 29 mai 1982…

Romy Schneider - 1

L’enfer d’Henri-Georges Clouzot

Il y a 30 ans jour pour jour, le monde du cinéma apprenait une nouvelle dont il ne s’est toujours pas remis tout à fait. L’inoubliable Romy Schneider quittait ce monde à l’âge de 43 ans.

À Paris pour encore quelques jours, j’ai eu l’occasion de voir hier soir un document magnifique, diffusé par la chaîne France 2, sur l’actrice. Présenté (et coréalisé) par l’excellent Laurent Delahousse dans le cadre de la série Un jour un destin, le document comporte en outre plusieurs aspects inédits, notamment à propos de l’enfance de l’actrice en Allemagne, et sur son amitié avec Marlene Dietrich. J’ose espérer que ce document sera présenté au Québec bientôt. Appel à TV5.

Romy : 30 ans déjà.

Un jour, un destin : Romy Schneider.

La chanson d’Hélène :

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Lundi 28 mai 2012 | Mise en ligne à 16h13 | Commenter Aucun commentaire

Cannes : petites observations

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FRANCE-FILM-FESTIVAL-CANNES

Amour Palme d’or. Emmanuelle Riva, Michael Haneke, Jean-Louis Trintignant (Photo AFP)

Le 65e Festival de Cannes ne passera pas à l’histoire. Oui il y a eu de très beaux films.  Mais on ne sentait pas de grande passion cette année.  Pas d’affaire DSK ; pas de «scandale» à la Von Trier. Difficile, aussi, de consacrer entièrement son esprit au cinéma quand, chez soi, l’actualité est brûlante au point où même les médias internationaux s’y intéressent.

En vrac, quelques observations :

- À la lumière de ce que nous avons vu en compétition, force est de constater que le groupe féministe «La Barbe» avait mille fois raison de dénoncer l’absence de réalisatrices dans la sélection. D’autant que plusieurs des films choisis, particulièrement ceux venus d’Amérique, affichaient parfois un machisme honteux. Et abordaient des thèmes souvent similaires. Un peu de diversité que diable ! On avait tellement le sentiment d’un boys club cette année que même le président du Festival, Gilles Jacob, a incité hier le délégué général Thierry Frémaux à porter une attention plus particulière aux films réalisés par des femmes l’an prochain. Souhaitons-le.

- La présence de Laurence Anyways dans la compétition n’aurait rien eu de déshonorant. À ce qu’on dit, plusieurs des films inscrits à Un certain regard auraient pu traverser dans la «grande» catégorie. Lors de la cérémonie de clôture de cette section samedi soir, alors que Suzanne Clément a reçu son prix d’interprétation, le président du jury Tim Roth a d’ailleurs mentionné avoir pratiquement siégé au sein de tous les jurys de Cannes. «Jamais je n’ai vu une aussi belle sélection, a-t-il dit, même l’année où j’ai été membre du jury de la compétition officielle.»

- Les rumeurs, déjà très présentes dans un festival d’envergure où les événements se font et se défont souvent le même jour, ont pris une importance démesurée à l’heure des médias sociaux. Il y a d’abord eu l’affaire de la fausse liste à trois semaines de l’annonce de la sélection (relayée par de nombreux professionnels des médias au Québec, trop heureux d’apprendre que Laurence Anyways avait été retenu en compétition !).

Hier, on a eu droit à un véritable cirque à ce chapitre. Des gens qui, bien entendu, tiennent leurs infos de «source sûre», ont lancé de nombreux ballons pendant que le jury délibérait. Les lauréats de la Palme d’or se sont succédés à un rythme effarant. C’était Carax. Sûr sûr sûr. Deux minutes plus tard, c’était Reygadas. Puis, Mungiu. Ensuite, Audiard, Haneke. Pour un peu, ils auraient été au moins six ou sept à se partager la palme.

Le prix d’interprétation féminine ? Marion Cotillard, c’est certain. D’ailleurs, elle fut priée de prendre un vol le matin même en partance de New York pour venir cueillir son prix. Ne le saviez-vous pas ?C’est presque mathématiquement impossible qu’elle se rende sur la Croisette à temps dites-vous ? Pas grave. Ce sera Marion et personne d’autre. Parce que c’est moi qui vous le dis.

Le fait le plus inusité? Le président Gilles Jacob qui utilise lui-même Twitter pour mettre en ligne des photos des membres du jury pendant qu’ils délibèrent !

À vrai dire, les spéculations, les vraies, ne peuvent commencer avant que les invités ne défilent sur le tapis rouge. Quand on a vu Haneke mais pas Audiard ; quand Garrone est arrivé mais pas Carax ; quand Mads Mikkelsen est venu saluer la foule et que Matthias Schoenaerts brillait par son absence, disons que les indices devenaient alors plus sérieux. Et puis, non, Marion Cotillard n’était pas là hier soir. Faut croire que son avion n’est pas arrivé à temps…

Dans une chronique qui sera publiée demain, je ferai une analyse à propos de «l’éviction» des Américains du palmarès.

En terminant, une bonne nouvelle : Beasts of the Southern Wild, présenté à Un certain regard, prendra l’affiche à Montréal le 6 juillet. Lauréat hier de la Caméra d’or, remise au meilleur premier film toutes sections confondues, le film de Benh Zeitlin avait déjà obtenu un Grand Prix du Jury au Festival de Sundance plus tôt cette année.

Le palmarès complet du 65e Festival de Cannes.

La bande annonce de Beasts of the Southern Wild :


Lien YouTube.

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