Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Samedi 28 avril 2012 | Mise en ligne à 8h24 | Commenter Commentaires (6)

    Ces questions qui font mal…

    Dérapages - 1

    Dérapages

    Aux dernières nouvelles, Bully n’avait pas encore amassé 20 000 dollars aux guichets sur le territoire québécois. 18 400 dollars selon les chiffres fournis hier par le distributeur. Seulement trois copies ont été exploitées. Dans les faits, à peine 1500 personnes, peut-être un peu plus, ont vu ce documentaire de Lee Hirsch dont le sujet est l’intimidation en milieu scolaire. Après toutes les discussions engendrées en amont avant la sortie du film, ce score est plutôt décevant. Et révélateur d’une difficulté supplémentaire qu’ont à surmonter les artisans de documentaires à caractère social, surtout quand ceux-ci empruntent davantage la forme d’un reportage.

    Dérapages, le document choc de Paul Arcand sur la vitesse au volant, maintenant à l’affiche, devrait en principe connaître un meilleur sort. Outre l’importante campagne de promotion orchestrée pour l’occasion, la notoriété du populaire animateur est indéniablement un atout. D’autant que la société Alliance Vivafilm, celle-là même qui distribue aussi Bully en nos terres, y met le paquet en proposant Dérapages dans un circuit d’une soixantaine de salles. D’un point de vue strictement commercial, le pari est risqué.

    Dieu merci, l’impact d’un documentaire ne se mesure pas seulement au nombre de ses entrées en salle. N’empêche qu’il y a lieu de se demander si la filière cinématographique constitue la meilleure des stratégies pour ce genre de productions. À une heure de grande écoute sur une chaîne généraliste, Dérapages rejoindrait probablement en une seule diffusion plus de spectateurs qu’il n’atteindra jamais en salle, même s’il reste trois mois à l’affiche.  Le débat de société pourrait ainsi être lancé véritablement.

    L’approche cinématographique appelle habituellement aussi une réflexion plus large à partir d’un enjeu précis. Or, Bully et Dérapages n’ont pas cette ambition. Ces documents posent des constats. Nécessaires, certes, même souvent douloureux, mais auxquels il manque pourtant un aspect fondamental : le contexte médiatique et social.

    Il est en effet étrange que ces documents exposant des problèmes liés aux jeunes, l’intimidation dans un cas, les kamikazes du volant dans l’autre, n’interpellent en rien le rôle des adultes. Peut-être est-ce parce que les réponses seraient trop difficiles à entendre. Car enfin, les intimidateurs précoces prennent bien leurs modèles quelque part. Les jeunes hommes gonflés de testostérone aussi. Les possibilités de transgressions étant pratiquement devenues inexistantes de nos jours, leur besoin de filer à tombeau ouvert sur les routes comme s’il s’agissait d’un sport extrême constitue peut-être pour eux le seul moyen de se sentir – ironie du sort – vivants.

    Se pourrait-il que le monde qu’on leur propose ait quelque chose à voir avec leurs pulsions morbides ? Se pourrait-il aussi que les émissions qu’ils regardent à la télé, les films qu’ils voient, les jeux vidéos auxquels ils s’abreuvent, bref, toute la culture médiatique dans laquelle nous baignons soit un facteur non négligeable ? Il faudrait franchement être aveugle pour ne pas croire que la façon dont les rapports humains s’expriment désormais partout ne contribue en rien au désenchantement ambiant. Il y a bien entendu les téléréalités de pacotille, où la «poupoune» et son «douchebag» apprennent à manœuvrer de façon mesquine à grand coups de «j’t’aime babe» et de borborygmes sous-titrés pour arriver à leurs fins, mais pas seulement. Nos discours politiques, nos échanges sur les médias sociaux et sur les blogues, nos agressions et insultes en tous genres en guise de moyens de communication ne sont guère édifiants. La polarisation idéologique, où plus aucune discussion rationnelle et sensée n’est possible, ne fait de surcroît qu’attiser le feu. Comment blâmer ceux qui en sont à leurs premiers pas dans la vie quand leurs modèles adultes sont infréquentables ?  On attend le film qui osera apostropher directement notre propre responsabilité collective à cet égard.

    Lien YouTube.

    Compte Twitter : @MALussier



    • C’est pas au Cinéma que ce film devrait être distribué mais bien dans chaque école

      Tout les étudiants de secondaire 5 devrait être obligé de voir ce documentaire avec discussions et dissertation par après

      J’ignore combien ça couterait… quelqu’un a une idée ?

    • .. «…le document choc de Paul Arcand sur la vitesse au volant…»

      Petite précision: Je dirais plutôt le document choc sur les comportements irresponsables au volant dont font partie les excès de vitesse.

      Et je suis d’accord avec saturnin45. Le documentaire devrait faire partie d’une activité de sensibilisation avant la fin du secondaire.

      Quant à la «polarisation idéologique, où plus aucune discussion rationnelle et sensée n’est possible, (et) ne fait de surcroît qu’attiser le feu», je suis tout à fait d’accord avec vous.
      Voyez ce qui se passe dans le dossier des droits de scolarité.

      Quant aux médias dit «sociaux», ils ne sont à peu près bons qu’à fournir de confortables tribunes ou, sous couverture, on peut commodément arroser tout ce qui ne partage pas notre opinion.

      Et les médias dits «traditionnels» donc présumément sérieux ont tout fait pour donner de la visibilité à cela. Entendre Simon Durivage et consorts nous inviter à les voir passer joyeusement du temps à relire et commenter les pensées profondes exprimées en 140 espaces/caractères, cela me met en rogne. Et ils ne sont pas les seuls à avoir nourri et donné de la crédibilité au monstre.

      Quant au documentaire «Bully», le fait qu’il vienne des USA où plein de réalités sont différentes des nôtres expliquerait peut-être le manque d’intérêt. Mais le sujet demeure pertinent.
      À cet égard, le film «Hævnen», (la vengeance en danois) ce film qui a coiffé «Incendies» pour l’Oscar du film étranger serait peut-être un meilleur outil pédagogique. Pour ma part, je voudrais m’en servir si j’étais dans le milieu de l’éducation. Je l’utiliserais comme on le faisait dans nos défunts «ciné-clubs» de collège. Il y a de belles leçons à en tirer.

      Quelqu’un partagerait-il mon point de vue?

    • C`est certain que non ca ne devrait pas aller dans le circuit cinéma si ce n`est pour le fait qu`on parle du sujet.
      Ce genre de document devrait servir d`outil à la SAAQ ,aux écoles de conduite, à l`école, aux parents mais encore là que sait on de ce que réserve l`avenir à ces ouvrages ? Les pessimistes voient une tablette,les rêveurs voient un usage à grande échelle.

      Les documents chocs qui dépeignent la réalité ou une réalité doivent servir à faire réfléchir .

    • Monsieur Lussier:

      Une question: y a-t-il des avantages financiers (subventions gouvernementales, pertes financières comptabilisées pour l’impot, recettes…) à sortir tout d’abord ce film en salle pour ensuite le diffuser autrement?

    • Sujet bien dense! Je crois que ces films devraient être vus par les personnes auxquelles ils s’adressent, donc les jeunes. Est-ce qu’on pense que les jeunes iront au cinéma voir un documentaire? Je ne le crois pas du tout. Ces films doivent être diffusés dans les école et faire l’objet de discussions et de travaux connexes. Leurs auteurs avaient de bonnes intentions et voulaient montrer les conséquences de conduites répréhensibles, mais si les films ne sont vus que par des gens déjà sensibilisés, leur impact s’avérera minimal. La diffusion à la télé? Je doute que le public cible s’y intéresse; il y a tellement d’autres chaînes.

    • D’accord avec vous pour l’influence de la société (des adultes) dans laquelle les jeunes grandissent, sur leurs comportements. Moi aussi je remarque que les échanges sur les blogues sont très souvent agressifs. C’est comme si tous et chacun veulent convaincre l’autre sans qu’il n’y ait d’échange. Probablement un effet de l’aspect anonymes des blogues. Et cette haine contre Charest et Harper… Je ne suis pas un de leur partisan, loin de là, mais on dirait qu’on a affaire à Bokassa et Idi Amin Dada. Je trouve ça un peu inquiétant. Trop de haine et d’agressivité pour moi. C’est dommage que les adultes ne calment pas le jeu au lieu de jeter de l’huile sur le feu. Mais je m’éloigne du sujet. Ces documentaires devraient être présentés à la télé, à heure de grande écoute si possible.

      Bravo pour votre excellent travail!

      Daniel Leduc
      Gatineau

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