
Alex, l’un des cinq «cas» de Bully
Il fut encore beaucoup question de classification des films et des publics auxquels ils sont destinés cette semaine. Le cas du documentaire Bully (Intimidation en version française), qui prendra l’affiche au Québec le 13 avril (deux semaines après sa sortie américaine), a fait couler beaucoup d’encre aux États-Unis. Pour une simple question de langage (des variantes d’un mot de quatre lettres parfois lancées par des enfants dans le feu de l’action), les évaluateurs de la Motion Picture Association of America (MPAA) ont estimé que ce film important, dont le rôle social est indéniable, devait être classé ‹R», c’est à dire, non accessible aux moins de 17 ans, sauf s’ils sont accompagnés d’un adulte. C’est proprement ridicule. Le distributeur, The Weinstein Company, relaiera d’ailleurs le film sans classement sur le territoire américain, quitte à ce que certains exploitants le refusent. Fort heureusement, Bully sera accessible à tous les publics au Québec. Pas de polémique à la Tout est parfait en vue chez nous.
Dans son film, Lee Hirsch aborde le problème de l’intimidation en milieu scolaire. Il s’intéresse particulièrement aux cas de cinq enfants. Deux d’entre eux, coincés dans un enfer dont ils n’ont pu sortir, ont mis fin à leurs jours. Leurs parents endeuillés militent aujourd’hui pour une conscientisation plus sérieuse dans les écoles, histoire de mieux protéger les jeunes. Les trois autres enfants montrés dans Bully vivent l’intimidation au quotidien. Un jour, Ja’Meya, 14 ans, en a eu assez de se faire bousculer. Elle a subtilisé le revolver de sa mère (autre sujet de film ?) pour menacer ses agresseurs. Elle s’est retrouvée à devoir faire face à la justice. Pour Alex, un garçon de 12 ans aux traits physiques plus singuliers, les randonnées en autobus sont devenues tellement effrayantes – les agresseurs n’ont aucun scrupule à le taper devant une caméra – que les membres de l’équipe ont décidé de montrer aux autorités les images captées sur film, craignant pour la sécurité du jeune homme. Kelby, une adolescente âgée de 16 ans, est de son côté harcelée autant par les étudiants que les profs depuis qu’elle est sortie du placard. Elle refuse toutefois de quitter son patelin de l’Oklahoma. Elle ne veut pas laisser gagner les imbéciles.
Bully est bouleversant parce qu’il aborde le problème de façon concrète. Et nous ramène forcément aux petits et grands drames vécus de tout temps dans les cours d’écoles. «Les enfants seront toujours des enfants», répondent d’ailleurs souvent les dirigeants des institutions scolaires pour expliquer leur impuissance. Ou justifier leur inaction.
Le problème, très douloureux, est d’évidence devenu plus aigu avec l’arrivée des réseaux sociaux, tout autant qu’avec la montée – coïncidence ? – d’une culture d’intimidation à laquelle aucune sphère de l’activité humaine n’échappe maintenant plus. D’où l’urgence d’agir. Tant que l’intimidation contaminera sans honte nos discours politiques, nos médias, nos échanges, nos rapports entre adultes, il y aura lieu de craindre le pire. Bully a le grand mérite de lancer enfin la discussion.
Pour Sara…
Sara est une jeune fille de 12 ans, furieuse qu’un article écrit par votre humble serviteur lui ait valu une interdiction parentale formelle de voir The Hunger Games. Et ce, en dépit du fait que la Régie du cinéma du Québec ait accordé un Visa général au film de Gary Ross (plutôt que la cote non restrictive 13 ans et plus). «Vous devriez avoir honte ! Imaginez si vos parents vous avait interdit de voir La guerre des étoiles ou Indiana Jones quand vous étiez un jeune enfant innocent !», tonne la malheureuse. Euh…
Bien entendu, on s’aventure ici en des zones un peu grises. Par exemple, Gary Ross a dû retrancher quelques plans plus explicites (sept secondes au total !) pour le marché de la Grande-Bretagne afin de se conformer aux exigences du Bureau de classification des films. Sans ces petits coups de ciseaux, son film n’aurait pu obtenir une cote de 12 ans et plus là-bas.
Aucun consensus ne se dégage par ailleurs d’un sondage rapide – absolument non scientifique – mené dans l’entourage auprès de parents de préados. Certains laisseraient voir The Hunger Games à leurs enfants de 11 ou 12 ans sans problème, surtout si ces jeunes ont déjà lu les romans. D’autres, non. Comment trancher alors ? Comme le suggérait Betsy Bozdech, porte-parole de l’organisation non partisane Common Sense Media, «il faut d’abord bien connaître son enfant et prendre une décision en conséquence».
Et si cette décision ne va pas dans le sens souhaité, on peut toujours écrire ensuite à un journaliste pour se défouler…
La bande annonce:
Compte Twitter : @MALussier
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