
Il n’y a pas qu’au Québec que les remises de prix attisent leur bon lot de controverses en tous genres. Depuis l’annonce des films retenus pour la soirée des César du cinéma français (le 24 février), Mathieu Kassovitz a crié fort son indignation.
Sur les réseaux sociaux, le réalisateur de L’ordre et la morale y est allé de diatribes aussi divertissantes qu’incendiaires, allant même jusqu’à comparer son rapport au cinéma français à une pratique sexuelle restée longtemps illégale dans au moins 13 États du Sud profond, écrivais-je dans ma chronique du 3 février.
L’affaire a été relancée de plus belle cette semaine grâce à une réplique du journaliste des Inrocks Christophe Conte.
En tournée médiatique à l’occasion de la sortie, demain en France, de La vie d’une autre, une réalisation de Sylvie Testud dans laquelle il donne la réplique à Juliette Binoche, Kassovitz s’est expliqué sur le plateau de La quotidienne du cinéma à Canal Plus.
Il serait étonnant que L’ordre et la morale, que j’ai vu au Festival de Toronto, trouve preneur auprès des distributeurs québécois. Non seulement ce film est très lié à la politique française, mais son maigre score public dans l’Hexagone ne présage guère rien de mieux ailleurs. Je peux très bien comprendre cette décision d’affaires. En revanche, je crois qu’il y a lieu de s’inquiéter du fait que certains de ces films français ambitieux, parmi lesquels celui de Mathieu Kassovitz, ne trouvent même plus le chemin des festivals québécois. J’ai encore du mal à comprendre comment les deux plus récents longs métrages de Christophe Honoré*, Non ma fille tu n’iras pas danser et Les bien-aimés, n’aient – sauf erreur – même pas fait l’objet d’une seule présentation dans l’un des (très) nombreux festivals de cinéma au Québec.
J’ose espérer qu’il y a encore une place chez nous pour autre chose que du cinéma de papa à la Fille du puisatier et autres Fils à Jo.
Extrait d’un article que j’ai écrit lors de la présentation de L’ordre et la morale au TIFF :
Au cours d’un entretien accordé à La Presse plus tôt cette semaine, Mathieu Kassovitz a révélé qu’il était un homme «indigné en permanence». Et en colère. Son nouveau film à titre de réalisateur, L’ordre et la morale, risque de créer des remous en France. On y relate un incident survenu à la fin des années 80 en Nouvelle-Calédonie (territoire outre-mer français), alors qu’une intervention militaire musclée contre des «insurgés indépendantistes» a été orchestrée à des fins politiques. Et ce, tout juste à la veille de l’élection présidentielle française.
«Je travaille sur ce projet depuis dix ans, fait remarquer celui qui tient aussi le rôle de Philippe Legorjus, ce commandant du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dont l’histoire a inspiré le film. Cet événement résonne encore de façon universelle dans notre actualité. Les mêmes choses se répètent. On ment à la population pour justifier des actions servant avant tout des intérêts politiques et économiques. C’est aussi ce qui est arrivé après les attentats de 2001.»
Filmé au premier degré, un peu lourdement parfois, L’ordre et la morale retrace ainsi la résolution désastreuse d’une crise politique exacerbée par la prise en otage de militaires français par des indépendantistes Kanak.
Kassovitz sait que son film sera lu à l’aune des convictions idéologiques de chacun. Il sait aussi qu’il fera débat. Il le souhaite.
«Les représentants d’un magazine très connu ont vu le film en projection de presse et l’ont trouvé remarquable, explique-t-il. Or, nous avons appris il y a deux jours qu’ils allaient monter un dossier militaire pour discréditer la vision de Legorjus. Ils vont aussi écrire de mauvaises critiques sur le film par la même occasion. Mais notre dossier est très étoffé. Nous sommes prêts pour la réplique!»
S’il s’attend à un impact politique, Kassovitz souhaite surtout que son film puisse offrir une version mieux équilibrée des faits.
«L’ordre et la morale a été fait dans un but de réconciliation, dit-il. Je souhaite aussi que les habitants de Nouvelle-Calédonie, qui se prononceront sur leur volonté d’indépendance lors d’une élection référendaire en 2014, le fassent en toute connaissance de cause.»
Mathieu Kassovitz «encule» le cinéma français (L’express).
Cher Mathieu Kassovitz (Les Inrocks – Christophe Conte)
Voici ce qu’avait à dire Mathieu Kassovitz lors de son passage à Canal Plus.
* Homme au bain était un projet plus expérimental.
Compte Twitter : @MALussier










pparadis
14 février 2012
12h19
Mathieu Kassovitz, le petit bourge de Neuilly né la cuillère dorée dans le bec, veut donner des leçons aux gros méchants français coloniaux.
Il se plaint ensuite de ne pas récolter le magot ou avoir le succès qu’il «mérite» ?!?
Les rapports complexes entre expatriés et natifs des Dom-Tom devraient être laissés à ceux qui s’y connaissent. Pourquoi pas un cinéma français créole ou canaque?
Mais non, toujours la même petite clique de Neuilly qui vient faire de l’esclandre, en se la jouant «défenseur des minorités», et qui prétend parler au nom de la France des régions.
Pathétique!
le_bledard
14 février 2012
15h59
@pparadis:
Depuis quand est-il necessaire d’etre issu d’une certaine categorie sociale pour avoir une quelconque legitimite lorsqu’il s’agit de defendre telle ou telle cause sociale ou lutter pour plus de justice et d’equite ? A ce que je sache, la revolution francaise de 1789 a ete concretisee par la bourgeoisie, les mouvements anti-coloiaux francais ont ete menes par des Sartre, Fanon qui eux aussi etaient bourgeois. Je trouve au contraire que ces gens-la ont eu bien du courage de s’extirper des idees a la mode repandues dans leur milieu
Quant a Kassovitz, il a toujours fait du cinema engage socialement et cela derange, surtout aujourd’hui ou la droite francaise s’est decomplexee et qu’il est admis de remettre en cause les fondamentaux de la Republique en fricotant avec les idees d’extreme droite pour de vils desseins electoralistes. La France aime bien se gargariser des Lumieres, se revendiquer berceau des droits de l’homme mais occulte systematiquement ses parts d’ombre, notamment la colonisation massive en Afrique et ailleurs. Or, dans les milieux universitaires et au sein de quelques cineastes engages, le concept tres politicen de “non repentance” est systematiquement battu en breche et de plus en plus de voix veulent remettre la verite historique au centre du debat republicain.
En ce sens j’encourage fortement les universitaires, les cineastes, les historiens et tous les citoyens de bonne volonte a donner un gros coup de pied dans la fourmiliere de l’establishment francais.
n-t-m
14 février 2012
21h36
Une question Mr Lussier,peut-etre vous pouvez nous eclairer.Vous etes journaliste depuis au moins 1995 et vous devez connaitre le millieu du cinema et des medias.
-Mr kassovitz etait toujours encensé par la presse aprés ses differents succés cinematographiques.
Puis le jour ou il a remis en cause la version des attentats de 2001 ,c’est silence radio,moins de plateaux télés,des articles le dénigrant meme,bref plus de lumiére pour ce qui etait un génie.
Ma question :Y a-t-il une causalités?
Hum… Je crois que cela est plutôt lié au fait que Mathieu Kassovitz a réalisé deux films hollywoodiens peu marquants pendant la dernière décennie (Gothika et Babylon A.D.). Il n’a pas tourné beaucoup en tant qu’acteur non plus… M-A. L.
tiger_tank_ace
15 février 2012
00h22
Il est temps de montrer le paradoxe du “courage” militaire de la France du dernier siècle et le cinéma en est un excellent moyen.
La France a jubilé de sa libération en 1944 mais s’est acharner à garder son comportement colonial et dominateur en Algérie par la suite.
Bien évidemment, il était plus facile de combattre les Africains que les Allemands de la Wehrmacht…
William Gasse
maxlamontagne
15 février 2012
13h07
Mathieu Kassovitz voulait créer de gros remous avec son film. C’est l’ennui, bien plus que la critique, qui a coulé son projet.
On est en 2012. Produire un film pour exposer les crimes d’une puissance impérialiste, c’est banal à l’extrême. Des documentaires, des sites webs, des livres, des films qui dénoncent l’impérialisme, sont offerts partout.
Surtout, notre propre époque offre déjà mille sujets sur lesquels s’indigner., avant de s’en faire pour les activités d’un groupuscule indépendantiste Océanien du début des années 80.
Kassovitz voulait lancer un pavé dans la mare. Il a oublié que la mare est déjà remplie de briques.
Maxime Lamontagne
totoramix
15 février 2012
13h31
Hormis dans les festivals ( que je ne fréquente pas ) il n’y a plus grands “film français ambitieux” dans les salles québécoises depuis longtemps…Mais des comédies nunuches très franco-françaises ça…
hdufort
15 février 2012
16h50
Ça ne me dérange pas de voir un film que personne n’a eu la chance de voir (par manque de visibilité). Je me souviens de salles presque vides au FFM, avec pourtant des films qui avaient des qualités certaines. Exemple, “Suxxess”, brouillon et plein de longueurs, mais rempli de scènes fort amusantes. Ou encore “Erleuchtung garantiert”, une fable adroite avec la caméra style “dogma” bien contrôlée, mais qui n’était pas distribué ici et est arrivé en version sous-titrée avec quelques années de retard. Je pourrais en sortir des tas.
Par contre, un film que personne n’a envie de voir, ou que tout le monde regrette d’avoir vu… c’est autre chose. Je n’ai rien contre Kassovitz, mais rien de tout cela ne m’interpelle, tant au niveau personnel que comme cinéphile (ou même “mangeux de pop-corn” à mes heures). C’est tout dire.
Pourtant il se fait encore du cinéma intéressant en France. Je réfléchis 2 secondes, je pense à “Le goût des autres” (totalement au hasard). Ça pourrait être un autre film que j’ai aimé; il y en a des tas.
C’est quoi l’ambition? C’est d’aller au bout de ses moyens, pas de les dépasser.
melo_carmelo
15 février 2012
18h15
Il faut dire aussi qu’avec ce titre, “L’Ordre et la Morale”, ça a l’air “rasoir” au possible…
unholy_ghost
16 février 2012
17h18
En fait, on aime les Français quand ils font du cinéma français, pas quand ils font du cinéma américain.
waddle
17 février 2012
18h16
tiger_tank_ace
Il serait temps de montrer le paradoxe du courage américain, anglais et par expansion canadien dans une deuxième guerre mondiale gagnée depuis 1943 avec le sang de 10 millions de soldats russes et de 4 millions de soldats chinois.
De certains québecois qui voulait voir hitler comme un potentiel allié dans la lutte contre l’envahisseur anglais.
De parler de la fuite des anglais pas volontaires pour mourir sur les terres européennes en 1940 déstabilisant toute la ligne défensive, et de ce débarquement face a une armée allemande finie d’enrôlés polonais: par ce que slave et non fiable pour la guerre contre les soviets. Défendant un front avec armes et munitions souvent incompatibles: canons français montés sur des pièces polonaise.
De parler du bombardement intensif des villes et villages par l’aviation et de l’entrée dans les villes des colonnes de soldat afro-américains première ligne, avec un résistant et une population ultra acquise à la cause malgré les bombardements. Les FFI qui indiquent ou sont les points de défense allemande qui tiennent encore. Ils étaient cuit depuis un an et ils le savaient.
De parler aussi de l’inspirateur d’Hitler monsieur Henry Ford et de ses livres. De la participation de Ford et de GM pendant la guerre.
Les alliés ont sauvé l’Europe du communisme de Staline! Mais pas de l’Allemagne qui avait déjà perdue.
Je respect tout ces soldats jeunes et vieux allemands enrôlés, canadiens, chinois ect…. Je ne respect pas ceux qui utilisent l’histoire dans un but plus malsain.
hdufort
17 février 2012
22h50
@unholy_ghost,
Je suis totalement d’accord avec vous. Ça fait longtemps que j’ai remarqué cela, mais je n’avais jamais “traduit en paroles”. La France n’a pas forcément besoin d’imiter Hollywood pour avoir du succès.. d’autant plus que le marché américain pèse moins lourd qu’avant dans le marché du cinéma “planétaire”.
J’ajouterais que des cinéastes de tous les pays tentent de copier les recettes à succès; le résultat est rarement à la hauteur des ambitions et on a au mieux un genre de pastiche hybride qui ne doit pas trop se prendre au sérieux. Genre, combien de films ont repris le “Misirlou” de Dick Dale pour rendre hommage à Pulp Fiction… mais au final ça sonne cheap et un peu racoleur. Aussi les effets de ralenti “Matrix” dans une pléthore de films français, indiens, russes… ouf trouvez autre chose, l’agent Smith est usé à la corde!