Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Mardi 24 janvier 2012 | Mise en ligne à 17h36 | Commenter Commentaires (8)

    In Memoriam Theo Angelopoulos

    Angelopoulos - 1

    Theo Angelopoulos (Photo de François Roy  - La Presse)

    La triste nouvelle vient de tomber. Le grand cinéaste Theo Angelopoulos, l’un des derniers maîtres du cinéma, n’est plus. Voici la dépêche de l’AFP :

    «Le réalisateur grec Theo Angelopoulos, 76 ans, a succombé ce soir à une hémorragie cérébrale dans un hôpital près du Pirée, où il avait été admis après avoir été renversé par un motard dans la rue, a indiqué la télévision publique NET.

    Figure emblématique du “Nouveau cinéma” grec à partir des années 1970 et lauréat de la Palme d’or de Cannes en 1998 pour son film L’Eternité et un jour, Angelopoulos a réalisé une quinzaine de films, retraçant pour la plupart l’histoire et la société de la Grèce contemporaine, et caractérisés par de longs et silencieux plans sur fond de paysages de son pays.»

    Je vous propose ici une interview que le cinéaste m’avait accordée lors de son dernier passage à Montréal. Cet article a été publié dans La Presse le 23 septembre 2010.

    «De passage à Montréal cette semaine pour lancer un programme que lui consacre la Cinémathèque québécoise à l’invitation du Festival des films du monde, Theo Angelopoulos affirme d’entrée de jeu apprécier ce genre de coup de chapeau. Sept longs métrages, choisis selon les disponibilités des copies par le Centre du cinéma grec, sont présentés gratuitement au public. L’opération est financée par l’entrepreneur Costas Spiliadis à l’occasion du 30e anniversaire du restaurant Milos, dont il est le propriétaire.

    Le vénéré cinéaste déplorait toutefois du même souffle les difficultés qu’il éprouve maintenant pour mettre ses projets en marche. Et les diffuser.

    «Quand ça va mal sur le plan économique, la culture écope toujours en premier, expliquait-il au cours d’une entrevue accordée à La Presse. C’est comme ça partout dans le monde. Comme la crise est particulièrement aiguë en Grèce, je suis en mode d’attente. Je serais évidemment prêt à tourner L’autre mer, le dernier volet d’une trilogie amorcée avec La terre qui pleure, mais c’est impossible pour l’instant. Cette crise ne touche d’ailleurs pas seulement le secteur économique. Il y a aussi crise artistique. Et, surtout, crise des valeurs.»

    Lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes en 1998 grâce à L’éternité et un jour, Theo Angelopoulos a aujourd’hui l’impression de lancer une bouteille à la mer en défendant une conception du cinéma qui ne correspond plus aux attentes de «l’industrie». Ni à ses impératifs commerciaux.

    «Les goûts du public ont changé, c’est indéniable, dit-il. La télévision en est responsable en grande partie car elle ne produit plus que des émissions destinées à plaire au plus grand nombre. Il est maintenant plus difficile pour un spectateur de se construire une éthique, ou d’être sensible à l’esthétique du cinéma, car son regard est perverti très jeune par les images qu’il voit à la télé. Or, un regard, ça se cultive. Comme le reste.»

    Tout s’entremêle

    Si le contexte est différent de celui qui prévalait au moment où il tournait Reconstruction, son premier film, le réalisateur de L’apiculteur n’abandonne pas la partie pour autant.

    «Le cinéma est ma respiration, confie-t-il. C’est ma vie. Le dialogue est très fort entre le créateur et son œuvre. Au point où les films s’entremêlent souvent à sa vie privée. Et deviennent sa vie en fait. Même si les sujets ont souvent été inspirés par des articles que j’ai pu lire dans les journaux, il y a beaucoup de mon histoire personnelle dans mes films. Paysage dans le brouillard, par exemple, évoque l’enfance à travers une histoire que j’ai racontée à mes filles. Avant de devenir un scénario et un film, c’était d’abord un conte de fées!»

    Selon lui, une démarche artistique s’inscrit dans la continuité.

    «Je suis condamné à ne faire qu’un seul film, explique-t-il. De la même manière qu’un compositeur ne produira qu’une seule musique, qu’un écrivain n’écrira qu’un seul roman. Dans mon esprit, une œuvre de cinéma est constituée de chapitres qui s’ajoutent dans un grand livre. L’œuvre se construit de film en film.»

    Même s’il doit désormais composer avec les nouvelles méthodes de diffusion des films – DVD, Internet, etc. –, Theo Angelopoulos estime qu’une œuvre cinématographique ne peut exister que sur grand écran.

    «Je suis bien obligé d’accepter ces nouveaux modes de diffusion, dit-il. Mais je ne les aime pas. Pour moi, le cinéma est une messe. Il doit y avoir communion entre une œuvre cinématographique et un public.»

    Récemment, les compatriotes de Theo Angelopoulos se sont exprimés par votre populaire et ont inscrit le nom du cinéaste sur la liste des 100 personnalités grecques les plus marquantes de l’histoire. L’artiste fut bien entendu touché par cette marque d’affection. «Ils me voient comme l’un des leurs et cela me fait très plaisir», commente-t-il.

    Quand on lui demande ce qui le motive à poursuivre sa démarche, malgré les difficultés du contexte dans lequel il évolue, le maître, reconnu pour son approche très pure et l’utilisation du plan-séquence, nous réfère à un passage de La mort d’un apiculteur, un livre écrit par le romancier suédois Lars Gustafsson.

    «Devant la mort, on ne se livre pas. On continue…», conclut-il avec un large sourire.»

    Qu’ajouter de plus?

    Théo Angelopoulos meurt dans un accident (AFP)

    L’éternité et une nuit (Le Monde)

    Un cinéaste au fond des yeux (Télérama)

    Choc et controverse après l’accident mortel de Theo Angelopoulos (AFP)

    Compte Twitter: @MALussier


    • RIP Angelopoulos. Un des grands effectivement.

    • Je suis présentement un cours à l’UQÀM ou nous parlions justement de lui, ce soir. Cette nouvelle est bien triste, d’autant plus que sa cinématographie m’intéresse beaucoup et que j’avais manqué son passage à Montréal en 2010… Je devrai me rattraper en voyant quelques-unes de ses oeuvres au courant des prochaines semaines.

    • Dans mon top 5 de mes cinéastes favoris (à vie). PIP Angelopoulos! (Party In Peace). J’avoues que le deuxième volet de sa récente trilogie m’avait déçu, alors que le premier était merveilleux. Mais même quand Angelopoulos déçoit (c’était la première fois pour moi), ses qualités de metteur en scène sont toujours plusieurs coches au-dessus, je dirai pas de la moyenne, mais même des meilleurs du métier.

    • RIP, même s’il m’a toujours laissé profondément indifférent.

    • Théo Angelopoulos – entretien et essai photo

      Décédé des suites d’un accident banal, le cinéma vient de perdre un très grand. Triste fin.

      *
      En 2005, j’ai eu la chance de rencontrer Théo Angelopoulos lors de l’un de ses nombreux passages à Montréal. Avec ma collègue et amie Catherine Pappas, nous avons réalisé un long entretien avec ce maître du cinéma pour le compte du Parole citoyenne de l’ONF.

      Découpée en une dizaine de clips, cette entrevue était accompagnée d’un essai photographique.

      http://www.dominicmorissette.ca/blog/2012/01/25/theo-angelopoulos-entretien-et-essai-photo/

      *
      Nous publiions alors sur le site de Parole citoyenne :
      Théo Angelopoulos est né à Athènes en 1935, entre dictature, exil et guerre civile. Terre natale de la tragédie, la Grèce devient son terrain privilégié. Un pays qu’il dépeint d’un bleu-gris glacial, noyé dans la pluie et le brouillard.

      D’un film à l’autre, le cinéaste grec impose un style qui exige du spectateur une présence critique face au cinéma et face au monde. Il n’explique rien. Il montre, il raconte, il contemple. Le rythme de ses œuvres est mélancolique, lent et solennel. Face à un monde fragmenté et amnésique, Théo Angelopoulos résiste au travers du cinéma.

    • Je n’ai pas fréquenté l’oeuvre d’Angelopoulos autant que j’aurais du. Je garde quand même un très bon souvenir de L’Apiculteur. Film très évocateur et une des belles compositions de Marcello Mastroianni dans un rôle assez atypique pour lui.

    • Ben veyons, Unholy. Vous avez surement pas regarder ses films de la bonne façon. C’est un maître là, un grand peintre du cinéma. C’est çà, le mot “fresque” s’attribue bien à ses meilleurs films.

    • La scène du mariage dans Pas Suspendu De La Cigogne, c’est probablement la scène de mariage la plus originale de l’histoire du cinéma, sinon la plus belle.

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