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Ça commence à être très sérieux. Deux des cérémonies les plus attendues, tenues par des syndicats professionnels, ont eu lieu au cours de la fin de semaine. Et The Artist a pratiquement tout raflé sur son passage. Samedi, Michel Hazanavicius a a reçu le prix de la meilleure réalisation attribué par les membres de la Director’s Guild of America. C’est dire que les cinéastes membres du syndicat américain ont préféré Hazanavicius à, excusez du peu, Martin Scorsese (Hugo), Woody Allen (Midnight in Paris), David Fincher (The Girl with the Dragon Tattoo), et Alexander Payne (The Descendants).
Dimanche, au tour du syndicat des acteurs de célébrer ceux des leurs qui se sont distingués au cours de la dernière année lors de la cérémonie des SAG Awards. Des pointures comme George Clooney (The Descendants), Brad Pitt (Moneyball), et Leonardo DiCaprio (J. Edgar) sont en lice. Or, les acteurs membres du syndicat américain ont choisi de plébisciter Jean Dujardin. Si l’on ajoute le prix du meilleur film attribué à The Artist par le syndicat des producteurs, il n’y a pratiquement plus aucun obstacle sur le chemin du film français dans sa course vers les plus hautes marches du podium aux prochains Oscars.
Bien sûr, seuls les membres respectifs de chaque syndicat votent pour les prix remis dans leur propre sphère professionnelle, mais les lauréats aux Oscars sont souvent les mêmes. Aux Academy Awards, le résultat du vote dépend de l’ensemble des membres (toutes sphères d’activités confondues) mais les acteurs constituent le groupe le plus important au sein de l’Académie. Ces derniers nous ont réservé quelques surprises. S’il était pratiquement acquis qu’Octavia Spencer allait enlever la récompense dans la catégorie de soutien grâce à sa performance dans The Help (devant Bérénice Bejo), nous étions bien peu à penser que le prix pouvait échapper à Meryl Streep. Force est pourtant de constater que l’interprète de Margaret Thatcher dans The Iron Lady a aujourd’hui cédé sont statut de favorite au profit de Viola Davis (The Help).
Signalons d’ailleurs que The Help a aussi enlevé le prix de la meilleure distribution d’ensemble aux SAG Awards. Ce prix n’a pas vraiment d’impact sur la course aux Oscars, mais il témoigne en revanche de l’appui – et de l’affection – dont bénéficie le film de Tate Taylor au sein de la profession.
Finalement, la course aux Oscars sera peut-être moins prévisible que ce à quoi on s’attendait. Le plus grand perdant du week-end? The Descendants. Qui fait désormais figure de négligé.
En 2011, le cinéma français a connu une année exceptionnelle, tant sur le plan artistique que public. Aux Césars, dont les nominations viennent d’être annoncées, la course s’annonce forcément serrée. Intouchables, pour l’instant le troisième plus grand succès public de l’histoire du cinéma en France, est bien représenté. Pas de controverse à la Bienvenue chez les Ch’tis en vue. C’est toutefois l’excellent film de Maïwenn Polisse qui obtient le plus de citations (13). The Artist suit avec 11; L’exercice de l’État avec 10; Intouchables avec 9.
Incendies, du Québécois Denis Villeneuve, est en lice pour le César du meilleur film étranger. La compétition sera vive dans cette catégorie. The King’s Speech, Drive, Le gamin au vélo, Black Swan, Melancholia et Une séparation sont aussi cités. Signalons par ailleurs la sélection, dans la catégorie du film d’animation, du court métrage Le cirque de Nicolas Brault, une coproduction entre l’ONF et le studio d’animation français Folimage.
Pour cette 37e cérémonie des Césars, quelques catégories de pointe ont vu leur nombre de citations augmentées à sept. C’est notamment le cas dans les catégories film, réalisation (quand laissera-t-on enfin tomber l’appellation «meilleur réalisateur»?), acteur, actrice, et film étranger. Historiquement, les membres de l’Académie du cinéma français (ils sont plus de 4000) ont tendance à plébisciter des films plus ambitieux sur le plan artistique (lire «non populaires»). Il se trouve qu’en 2011, même les films d’auteurs ont trouvé leur public là-bas. Des scores inespérés ont été atteints.
Au Québec, la plupart des films nommés sont déjà sortis. Polisse, lancé au Festival Cinémania de Montréal il y a quelques mois, prendra l’affiche en salle le 2 mars. La date de sortie d’Intouchables n’est pas encore fixée mais elle devrait se situer quelque part au printemps.
La 37e cérémonie des Césars se tiendra le 24 février, soit deux jours avant celle des Oscars. Présidée par Guillaume Canet, la soirée sera animée par Antoine de Caunes. Un César d’honneur sera remis à Kate Winslet par Roman Polanski.
À ce stade-ci, on ne sait toujours pas si TV5 relaiera le signal de Canal Plus. On pourra cependant suivre la cérémonie sur le web. L’an dernier, il fallait régler son ordi sur l’heure française pour avoir droit à la diffusion…
La liste complète des nominations:
Meilleur espoir féminin
NAIDRA AYADI dans Polisse
ADÈLE HAENEL dans L’Apollonide, souvenirs de la maison close
CLOTILDE HESME dans Angèle et Tony
CÉLINE SALLETTE dans L’Apollonide, souvenirs de la maison close
CHRISTA THÉRET dans La brindille
Meilleur espoir masculin
NICOLAS BRIDET dans Tu seras mon fils
GRÉGORY GADEBOIS dans Angèle et Tony
GUILLAUME GOUIX dans Jimmy Rivière
PIERRE NINEY dans J’aime regarder les filles
DIMITRI STOROGE dans Les Lyonnais
Meilleur scénario original
VALÉRIE DONZELLI, JÉRÉMIE ELKAÏM pour La guerre est déclarée
MICHEL HAZANAVICIUS pour The Artist
MAÏWENN, EMMANUELLE BERCOT pour Polisse
PIERRE SCHOELLER pour L’exercice de l’Etat
ERIC TOLEDANO, OLIVIER NAKACHE pour Intouchables
Meilleure adaptation
DAVID FOENKINOS pour La délicatesse
VINCENT GARENQ pour Présumé coupable
OLIVIER GORCE, ROSCHDY ZEM, RACHID BOUCHAREB, OLIVIER LORELLE pour Omar m’a tuer
MATHIEU KASSOVITZ, PIERRE GELLER, BENOÎT JAUBERT pour L’ordre et la morale
YASMINA REZA, ROMAN POLANSKI pour Carnage
Meilleure musique originale
ALEX BEAUPAIN pour Les bien-aimés
BERTRAND BONELLO pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close
LUDOVIC BOURCE pour The Artist
-‐M-‐, PATRICE RENSON pour Un Monstre à Paris
PHILIPPE SCHOELLER pour L’exercice de l’Etat
Meilleur son
PASCAL ARMANT, JEAN GOUDIER, JEAN-‐PAUL HURIER pour Intouchables
JEAN-‐PIERRE DURET, NICOLAS MOREAU, JEAN-‐PIERRE LAFORCE pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close
OLIVIER HESPEL, JULIE BRENTA, JEAN-‐PIERRE LAFORCE pour L’exercice de l’Etat
NICOLAS PROVOST, RYM DEBBARH-‐MOUNIR, EMMANUEL CROSET pour Polisse
ANDRÉ RIGAUT, SÉBASTIEN SAVINE, LAURENT GABIOT pour La guerre est déclarée
Meilleure photo
PIERRE AÏM pour Polisse
JOSÉE DESHAIES pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close
JULIEN HIRSCH pour L’exercice de l’Etat
GUILLAUME SCHIFFMAN pour The Artist
MATHIEU VADEPIED pour Intouchables
Meilleur montage
ANNE-‐SOPHIE BION, MICHEL HAZANAVICIUS pour The Artist
LAURENCE BRIAUD pour L’exercice de l’Etat
PAULINE GAILLARD pour La guerre est déclarée
LAURE GARDETTE, YANN DEDET pour Polisse
DORIAN RIGAL ANSOUS pour Intouchables
Meilleurs costumes
CATHERINE BABA pour My little Princess
MARK BRIDGES pour The Artist
CHRISTIAN GASC pour Les femmes du 6e étage
VIORICA PETROVICI pour La Source des femmes
ANAÏS ROMAND pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close
Meilleurs décors
LAURENCE BENNETT pour The Artist
ALAIN GUFFROY pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close
PIERRE-‐FRANÇOIS LIMBOSCH pour Les femmes du 6e étage
JEAN MARC TRAN TAN BA pour L’exercice de l’Etat
WOUTER ZOON pour Le Havre
Meilleur réalisateur
ALAIN CAVALIER pour Pater
VALÉRIE DONZELLI pour La guerre est déclarée
MICHEL HAZANAVICIUS pour The Artist
AKI KAURISMÄKI pour Le Havre
MAÏWENN pour Polisse
PIERRE SCHOELLER pour L’exercice de l’Etat
ERIC TOLEDANO, OLIVIER NAKACHE pour Intouchables
Meilleur film de court métrage L’ACCORDEUR réalisé par Olivier Treiner LA FRANCE QUI SE LÈVE TÔT réalisé par Hugo Chesnard J’AURAIS PU ÊTRE UNE PUTE réalisé par Baya Kasmi JE POURRAIS ÊTRE VOTRE GRAND-MÈRE réalisé par Bernard Tanguy UN MONDE SANS FEMMES réalisé par Guillaume Brac
Meilleure actrice
ARIANE ASCARIDE dans Les neiges du Kilimandjaro
BÉRÉNICE BEJO dans The Artist
LEÏLA BEKHTI dans La Source des femmes
VALÉRIE DONZELLI dans La guerre est déclarée
MARINA FOÏS dans Polisse
MARIE GILLAIN dans Toutes nos envies
KARIN VIARD dans Polisse
Meilleur acteur
SAMI BOUAJILA dans Omar m’a tuer
FRANÇOIS CLUZET dans Intouchables
JEAN DUJARDIN dans The Artist
OLIVIER GOURMET dans L’exercice de l’Etat
DENIS PODALYDÈS dans La conquête
OMAR SY dans Intouchables
PHILIPPE TORRETON dans Présumé coupable
Meilleure actrice dans un second rôle
ZABOU BREITMAN dans L’exercice de l’Etat
ANNE LE NY dans Intouchables
NOÉMIE LVOVSKY dans L’Apollonide, souvenirs de la maison close
CARMEN MAURA dans Les femmes du 6e étage
KAROLE ROCHER dans Polisse
Meilleur acteur dans un second rôle
MICHEL BLANC dans L’exercice de l’Etat
NICOLAS DUVAUCHELLE dans Polisse
JOEY STARR dans Polisse
BERNARD LE COQ dans La conquête
FRÉDÉRIC PIERROT dans Polisse
Meilleur film d’animation LE CHAT DU RABBIN réalisé par Joann Sfar, Antoine Delesvaux LE CIRQUE réalisé par Nicolas Brault LA QUEUE DE LA SOURIS réalisé par Benjamin Renner LE TABLEAU réalisé par Jean-François Laguionie UN MONSTRE À PARIS réalisé par Bibo Bergeron
Meilleur film documentaire LE BAL DES MENTEURS réalisé par Daniel Leconte CRAZY HORSE réalisé par Frederick Wiseman ICI ON NOIE LES ALGÉRIENS réalisé par Yasmina Adi MICHEL PETRUCCIANI réalisé par Michael Radford TOUS AU LARZAC réalisé par Christian Rouaud
Meilleur premier film 17 FILLES réalisé par Delphine Coulin, Muriel Coulin ANGÈLE ET TONY réalisé par Alix Delaporte LE COCHON DE GAZA réalisé par Sylvain Estibal LA DÉLICATESSE réalisé par David Foenkinos, Stéphane Foenkinos MY LITTLE PRINCESS réalisé par Eva Ionesco
Meilleur film étranger BLACK SWAN réalisé par Darren Aronofsky LE DISCOURS D’UN ROI réalisé par Tom Hooper DRIVE réalisé par Nicolas Winding Refn LE GAMIN AU VÉLO réalisé par Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne INCENDIES réalisé par Denis Villeneuve MELANCHOLIA réalisé par Lars von Trier UNE SÉPARATION réalisé par Asghar Farhadi
Meilleur film L’EXERCICE DE L’ETAT produit par Denis Freyd, réalisé par Pierre Schoeller LA GUERRE EST DÉCLARÉE produit par Edouard Weil, réalisé par Valérie Donzelli LE HAVRE produit par Fabienne Vonier, réalisé par Aki Kaurismäki INTOUCHABLES produit par Nicolas Duval Adassovsky, Yann Zenou, Laurent Zeitoun, réalisé par Eric Toledano, Olivier Nakache PATER produit par Michel Seydoux, réalisé par Alain Cavalier POLISSE produit par Alain Attal, réalisé par Maïwenn THE ARTIST produit par Thomas Langmann, réalisé par Michel Hazanavicius
Theo Angelopoulos (Photo de François Roy - La Presse)
La triste nouvelle vient de tomber. Le grand cinéaste Theo Angelopoulos, l’un des derniers maîtres du cinéma, n’est plus. Voici la dépêche de l’AFP :
«Le réalisateur grec Theo Angelopoulos, 76 ans, a succombé ce soir à une hémorragie cérébrale dans un hôpital près du Pirée, où il avait été admis après avoir été renversé par un motard dans la rue, a indiqué la télévision publique NET.
Figure emblématique du “Nouveau cinéma” grec à partir des années 1970 et lauréat de la Palme d’or de Cannes en 1998 pour son film L’Eternité et un jour, Angelopoulos a réalisé une quinzaine de films, retraçant pour la plupart l’histoire et la société de la Grèce contemporaine, et caractérisés par de longs et silencieux plans sur fond de paysages de son pays.»
Je vous propose ici une interview que le cinéaste m’avait accordée lors de son dernier passage à Montréal. Cet article a été publié dans La Presse le 23 septembre 2010.
«De passage à Montréal cette semaine pour lancer un programme que lui consacre la Cinémathèque québécoise à l’invitation du Festival des films du monde, Theo Angelopoulos affirme d’entrée de jeu apprécier ce genre de coup de chapeau. Sept longs métrages, choisis selon les disponibilités des copies par le Centre du cinéma grec, sont présentés gratuitement au public. L’opération est financée par l’entrepreneur Costas Spiliadis à l’occasion du 30e anniversaire du restaurant Milos, dont il est le propriétaire.
Le vénéré cinéaste déplorait toutefois du même souffle les difficultés qu’il éprouve maintenant pour mettre ses projets en marche. Et les diffuser.
«Quand ça va mal sur le plan économique, la culture écope toujours en premier, expliquait-il au cours d’une entrevue accordée à La Presse. C’est comme ça partout dans le monde. Comme la crise est particulièrement aiguë en Grèce, je suis en mode d’attente. Je serais évidemment prêt à tourner L’autre mer, le dernier volet d’une trilogie amorcée avec La terre qui pleure, mais c’est impossible pour l’instant. Cette crise ne touche d’ailleurs pas seulement le secteur économique. Il y a aussi crise artistique. Et, surtout, crise des valeurs.»
Lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes en 1998 grâce à L’éternité et un jour, Theo Angelopoulos a aujourd’hui l’impression de lancer une bouteille à la mer en défendant une conception du cinéma qui ne correspond plus aux attentes de «l’industrie». Ni à ses impératifs commerciaux.
«Les goûts du public ont changé, c’est indéniable, dit-il. La télévision en est responsable en grande partie car elle ne produit plus que des émissions destinées à plaire au plus grand nombre. Il est maintenant plus difficile pour un spectateur de se construire une éthique, ou d’être sensible à l’esthétique du cinéma, car son regard est perverti très jeune par les images qu’il voit à la télé. Or, un regard, ça se cultive. Comme le reste.»
Tout s’entremêle
Si le contexte est différent de celui qui prévalait au moment où il tournait Reconstruction, son premier film, le réalisateur de L’apiculteur n’abandonne pas la partie pour autant.
«Le cinéma est ma respiration, confie-t-il. C’est ma vie. Le dialogue est très fort entre le créateur et son œuvre. Au point où les films s’entremêlent souvent à sa vie privée. Et deviennent sa vie en fait. Même si les sujets ont souvent été inspirés par des articles que j’ai pu lire dans les journaux, il y a beaucoup de mon histoire personnelle dans mes films. Paysage dans le brouillard, par exemple, évoque l’enfance à travers une histoire que j’ai racontée à mes filles. Avant de devenir un scénario et un film, c’était d’abord un conte de fées!»
Selon lui, une démarche artistique s’inscrit dans la continuité.
«Je suis condamné à ne faire qu’un seul film, explique-t-il. De la même manière qu’un compositeur ne produira qu’une seule musique, qu’un écrivain n’écrira qu’un seul roman. Dans mon esprit, une œuvre de cinéma est constituée de chapitres qui s’ajoutent dans un grand livre. L’œuvre se construit de film en film.»
Même s’il doit désormais composer avec les nouvelles méthodes de diffusion des films – DVD, Internet, etc. –, Theo Angelopoulos estime qu’une œuvre cinématographique ne peut exister que sur grand écran.
«Je suis bien obligé d’accepter ces nouveaux modes de diffusion, dit-il. Mais je ne les aime pas. Pour moi, le cinéma est une messe. Il doit y avoir communion entre une œuvre cinématographique et un public.»
Récemment, les compatriotes de Theo Angelopoulos se sont exprimés par votre populaire et ont inscrit le nom du cinéaste sur la liste des 100 personnalités grecques les plus marquantes de l’histoire. L’artiste fut bien entendu touché par cette marque d’affection. «Ils me voient comme l’un des leurs et cela me fait très plaisir», commente-t-il.
Quand on lui demande ce qui le motive à poursuivre sa démarche, malgré les difficultés du contexte dans lequel il évolue, le maître, reconnu pour son approche très pure et l’utilisation du plan-séquence, nous réfère à un passage de La mort d’un apiculteur, un livre écrit par le romancier suédois Lars Gustafsson.
«Devant la mort, on ne se livre pas. On continue…», conclut-il avec un large sourire.»