Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Samedi 28 mai 2011 | Mise en ligne à 12h50 | Commenter Commentaires (8)

    Luchini : les dessous d’une interview

    Luchini - Femmes du 6 - 1

    Fabrice Luchini dans Les femmes du 6ème étage

    Aujourd’hui dans La Presse, vous pouvez lire une interview de Fabrice Luchini, réalisée cette semaine à Paris. Je n’ai pas tellement l’habitude de raconter tout ce qui se passe dans les coulisses mais si je me fie à ce qu’on m’indique dans les médias sociaux (et aux questions qu’on me pose), il y a visiblement ici un intérêt particulier. Les admirateurs de l’acteur – nombreux au Québec – veulent en effet tout connaître des détails de la rencontre. Comment était-il? Était-il aussi en verve dans le contexte d’une entrevue accordée à un journaliste de la presse écrite qu’il peut l’être devant les caméras? Est-il toujours aussi extraverti?

    Fabrice Luchini est un être hors-normes. On ne se présente pas à un rendez-vous avec lui dans le même état d’esprit que pour une interview, disons, plus «traditionnelle». De mon côté, c’était la troisième fois que j’avais l’occasion de le rencontrer. Je savais un peu à quoi m’attendre. Contrairement à certaines personnalités qui, d’une fois à l’autre, peuvent se montrer sous un jour très différent, Luchini est plutôt constant dans son exubérance. Surtout quand il se sent en confiance et qu’il éprouve une certaine affection pour son interlocuteur. Là, c’était le cas. Remarquez que ce n’est pas grâce à mes beaux yeux.  Non. La sympathie qu’il m’a témoigné découle surtout du fait que je proviens d’un pays peuplé de gens qu’il affectionne particulièrement.

    Au départ, il ne devait pas m’accorder plus de 15 minutes. «Vous savez, je devrai filer rapidement pour aller enregistrer l’émission de Drucker. On peut se voir un peu avant ou un peu après», m’explique-t-il au téléphone. J’ai préféré avant. Nous étions mercredi déjà. Les délais de bouclage de notre cahier Cinéma du samedi sont serrés. Et comme je rentre à Montréal le lendemain, j’espérais bien profiter de quelques heures en soirée dans la Ville Lumière.

    Le rendez-vous est fixé.  Je me pointe au Ritz (Place Vendôme) à 14h25. On me conduit à sa table, sur la terrasse à l’extérieur. Il fait un temps radieux. Son agente est là. Elle écoutera notre conversation mais ne s’en mêlera que pour apporter une précision, ou pour rafraîchir la mémoire de son ami (qu’elle connaît depuis 37 ans!), quand un truc lui échappe.

    Peut-être le savez-vous, parce que je l’ai écrit et dit souvent, je souffre du syndrome Diane Tell (ou Marie-Josée Croze si vous préférez). C’est à dire que j’ai tendance à effacer mon accent québécois quand je mets les pieds en France. Parce que c’est plus simple. Évidemment, mes amis se font toujours un plaisir de se foutre de ma gueule quand ils m’entendent. Mais ça, c’est une autre histoire…

    Quand je suis arrivé à sa table, en faisant les salutations d’usage, j’ai eu droit à un «Mais où t’as mis ton accent mon chéri?» – «Ah beeen j’peux le prendre l’accent si tu veux, c’est pâs un problêêêême lâââ». – «Ha! J’adore!»

    Comme notre temps était compté, Luchini a d’entrée de jeu réitéré son amour pour le Québec, et rappelé les grands souvenirs qu’il garde de ses spectacles offerts chez nous. «Mais on ne s’éternisera pas là-dessus; tu sais bien que cet amour est acquis, et qu’il est indéfectible. Allez vas-y mon chéri, pose-moi tes questions.»

    Fabrice Luchini est ce qu’on appelle chez nous un «toucheux» et un «colleux». C’est à dire qu’au cours de la conversation, il ressentira le besoin de vous prendre le bras ou de vous tenir la main. Et quand l’interview se passe bien, ça se termine inévitablement par des embrassades. Il est comme ça le Fabrice.

    L’acteur  ne s’en est jamais caché : le cinéma n’occupe qu’une fonction «alimentaire» dans sa vie. C’est plutôt le théâtre qui l’allume. En conséquence, il n’utilise jamais la langue de bois. On doit sa présence dans Les femmes du 6ème étage (à l’affiche au Québec le 3 juin) principalement au respect qu’il éprouve pour le réalisateur Philippe Le Guay, qu’il retrouve pour une troisième fois (après L’année Juliette et Le coût de la vie). Il ne croyait pas du tout en ce scénario au départ. Mais il estime aujourd’hui qu’il a eu tort. Et que, de toute façon, il ne sait pas lire les scénarios qu’on lui envoie.

    Lisez l’interview.

    À la grande surprise de son agente, Luchini m’a aussi confié qu’il songeait s’installer un temps à New York. Pour y vivre. Même s’il ne parle pas un traître mot d’anglais.

    «J’en ai un peu marre de la France, dit-il. On n’en peut plus de l’obsession égalitaire et de la suspicion dont font systématiquement l’objet ceux qui ont réussi un peu. Il y a présentement une haine démagogique. Et tyrannique. Il y a une passion pour l’échec en France en ce moment, un ressentiment généralisé. La gauche ne symbolise plus les grands idéaux et les grands projets. C’est une gauche du ressentiment. Et j’en ai marre.»

    15h10. L’entretien aura finalement duré environ 40 minutes. Luchini doit maintenant se diriger vers le studio de France 2 où a lieu l’enregistrement d’un Vivement dimanche consacré à Bernard Pivot. Luchini y sera à titre d’invité.

    «Je n’accepte pas les invitations de la télévision ces temps-ci mais je fais une exception pour Bernard. Parce que nous partageons l’amour de la langue française et que nous voulons la défendre. Et je n’ai pas besoin de t’expliquer, toi qui es Québécois,  pourquoi il est important de la défendre!»

    Ce numéro de Vivement dimanche sera diffusé demain en France (29 mai); une semaine plus tard chez nous à TV5 Québec-Canada (5 juin).


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    • S’agissant de Lucchini, que ma femme et moi adorons comme comédien seulement puisque, contrairement à vous, nous n’avons pas eu le bonheur de le rencontrer, j’aurais une petite question: Nous avons vu le film «POTICHE» et, très franchement, malgré notre amour du cinéma français et notre admiration pour Lucchini, nous n’avons pas été impressionnés, . Ce film plein de clichés et de raccourcis nous a semblé être de «série B», malgré la présence de grands comédiens.

      Et vous, qu’en dites-vous, de ce film?En l’occurrence, sommes-nous normaux docteur?

    • Bonjour monsieur Lussier,

      Comme il est question de défendre la langue française, je vous fais remarquer que ” toi qui es Québécois” s’écrit ainsi.

      Merci

      Vous avez entièrement raison. C’est maintenant corrigé. Merci. M-A. L.

    • Ma copine et moi avons trouvé Potiche assommant. Du théâtre de boulevard filmé où Luchini ne peut, en dépit de son talent, s’en tirer.

      Si l’on se fie à la bande annonce du 6e, cela risque de se reproduire !

      Il devrait s’en tenir à jouer des scénarios solides et à ne pas tenter vivre l’aventure NY sans un solide cours de langue. Ayant vécu au Brésil et y étant arrivé en baragouinant le portugais, j’ai pédalé dans la choucroute pendant cinq mois. Ensuite ça allait mieux : je rêvais en portugais…

      Je suis d’avis que lorsque l’on trouve notre peuple d’origine insupportable, c’est qu’on est un peu tanné de soi-même…

    • Dans cette phrase, je me dois de rectifier et de vous indiquer que “québécois” ici s’écrit sans majuscule: “toi qui es québécois”.

      Il n’y a aucune ambiguïté. Absolument aucune.

      (je ne sais si Lucchini serait impressionné par la direction que va prendre ce petit débat…)

    • Ce film m’a tout l’air d’un petit bijou. Et Fabrice Luchini, comme acteur de théâtre ou de cinéma, comme être tout court, j’adore ! Bien hâte de le voir ce film !

    • Je ne suis pas sociologue mais j’ai vu aussi Potiche. Il me semble qu’il y a une nostalgie de la petite bourgeoisie en France mais avec une touche de : “On veut être inclusif en aimant tout le monde, les travailleurs, les immigrants etc”. C’est comme si les Français voulaient s’excuser d’avoir été des coloniaux et d’avoir eu une bourgeoisie en disant: “Vous voyez-bien que les riches sont corrompus et vicieux.” Il y a quelque chose d’agaçant là-dedans. Selon moi, il n’y avait que Chabrol qui savait être caustique sans être démago dans ce genre.

    • Quel génie ce Fabrice. J’adore.

    • Je ne sais pas si elle est de lui, mais quelle phrase magnifique : Mais surtout, on s’aperçoit que nous ne sommes que l’acteur de l’homme qu’on est.»

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