Marc-André Lussier

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    Vendredi 25 mars 2011 | Mise en ligne à 12h25 | Commenter Commentaires (32)

    Le scénariste d’Angle mort se dissocie du film

    Angle mort-1

    Karine Vanasse et Sébastien Huberdeau dans Angle mort

    Après Claude Lalonde, qui avait publiquement exprimé son mécontentement à propos de Filière 13, le scénariste Martin Girard (Le secret de ma mère) prend aujourd’hui la plume pour se dissocier d’Angle mort, un film où il est crédité en tant que scénariste.

    Considérant la «petitesse» du milieu du cinéma, ce geste est plutôt courageux (même s’il survient un peu tard). Et témoigne de la position fragile dans laquelle se retrouvent parfois coincés les scénaristes.

    Voici la lettre que Martin Girard a fait parvenir aux médias ce matin.

    L’ANGLE MORT DU SCÉNARISTE

    Le 25 février 2011, à la suite d’un imposant battage publicitaire, sortait dans les salles de cinéma le long métrage Angle mort, qui raconte le cauchemar d’un couple de touristes québécois pourchassé par un tueur en série dans un pays d’Amérique du Sud. Le film est réalisé par Dominic James et produit par la compagnie Caramel Films. Mon nom apparaît au générique de ce thriller à titre de scénariste. Or, si Angle mort raconte dans ses grandes lignes une histoire proche de celle que j’ai écrite, j’ai tout de même eu peine à y reconnaître mon travail lorsqu’on m’a montré le film terminé, quelques jours seulement avant sa première présentation publique.

    Pour commencer, le contexte social, économique et géographique du scénario n’a pas été respecté. Cela peut sembler anodin, mais lorsque sur papier une intrigue se déroule dans un parc national désertique d’un pays développé et qu’à l’écran le désert devient tour à tour un village fantôme et un abattoir de cochons dans un pays sous-développé, le résultat n’est pas le même d’un point de vue dramatique et esthétique. En outre, lorsqu’une scène de suspense est conçue pour tirer parti de l’habitacle feutré d’une berline de luxe, mais que la scène est transposée à l’écran dans une Lada décrépite, elle risque d’y perdre en vraisemblance.

    Ensuite, le film contient des scènes que je n’ai jamais écrites, notamment celles de la location de voiture, de l’arrivée du couple à l’hôtel suivie d’une relation sexuelle ou encore la fuite des époux dans la porcherie. On retrouve même dans ce film des personnages qui n’ont jamais existé sur papier, comme ceux joués par Claire Pimparé et Sophie Cadieux. Quant aux dialogues, pratiquement aucun n’est vraiment fidèle à ceux du scénario, dont il ne reste à l’écran que quelques bribes.

    Par ailleurs, plusieurs scènes du scénario ont tout simplement disparu, comme par exemple toutes celles qui expliquent le passé et les motivations du tueur. D’autres ont été profondément transformées ou dénaturées, au point où elles n’ont plus, à mon avis, l’impact dramatique ou l’authenticité que j’avais souhaités.

    Il ne fait aucun doute dans mon esprit que certains de ces changements sont imputables à un manque de budget et à des conditions de tournage difficiles. De toute façon, il y a toujours des différences entre un scénario et le film qu’on en tire. Toutefois, les considérations budgétaires ou techniques ne peuvent pas tout expliquer, ni tout justifier. Réécrire au complet une scène de dialogue entre deux personnages attablés dans un restaurant, ça devient un choix créatif. Lorsque cette réécriture est faite sans en informer le scénariste et certainement sans obtenir son consentement, ça devient problématique. Surtout si le nouveau dialogue transforme les enjeux dramatiques prévus à l’origine dans le scénario.

    Cette situation n’est pas la première du genre à survenir dans l’industrie du cinéma. Je crois pourtant nécessaire d’informer le public et mes pairs que ce film, peu importe ses qualités ou ses défauts, n’est pas celui que j’ai écrit.

    Martin Girard
    Scénariste

    Voilà. C’est dit.

    Chronique: La dure leçon d’un scénariste.

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    • Quand Martin Girard était critique de film, il était plutôt condescendant. Maintenant qu’il écrit un navet, il n’est pas capable d’accepter la critique. J’espère qu’il s’est finalement rendu compte qu’écrire, un bon film, ce n’est pas si facile que ça. Le scénario a beau avoir été modifié, je doute qu’il avait écrit un chef-d’oeuvre.

    • Ouch, la critique a du être dure pour que Martin Girard ait senti le besoin de se justifier.
      Je n’en veux pas à la critique qui fait son travail mais nos créateurs devraient sérieusement affuter leur “suck radar”.
      Idéalement le scénariste devrait être en permanence sur le plateau pour y apporter des modifications en fonction des aléas du tournage.

    • @ john55
      Des commentaires à propos d’un scénario que vous n’avez pas lu, vous en avez beaucoup d’autres? Ça pourrait être amusant…

    • @john55

      Ce que vous dites est plutôt injuste. Si son scénario a été modifié autant qu’il le dit (et ni vous ni moi ne pouvons prouver le contraire), comment peut-on affirmer hors de tout doute qu’il n’a pas écrit un bon film? Le fait que son scénario ne sera jamais tourné en film dans sa forme originale lui enlève la possibilité de se défendre.

    • Il aurait su faire un film indépendant quand à ça, il aurait pu le réaliser lui même dans le parc des Laurentides…Qu’il prenne exemple sur Simon Boisvert… lui ses textes ne sont pas modifiés…A quand le prochain Simon Boisvert avec Karine Vanasse? Ça serait bon il me semble.

    • Belle initiative de Monsieur Girard.

      Par contre, comme vous le mentionnez, ça survient un peu tard. D’ailleurs, je me questionne sur, le timing, de cette sortie. est-ce que Monsieur Girard aurait fait ce genre de sortie si le film n’avait pas eu un accueil aussi pauvre tant critique que public?

      On entend souvent parler des cas de “dénaturation” d’oeuvre dans le cas de navets, mais je ne peux pas croire qu’il n’y ait pas eu de cas de “dénaturation” pour des oeuvres qui ont eu des accueils beaucoup plus positif.

    • Évidemment, monsieur Girard sera trop gené de publier le scénario original de peur que la critique le trouve pourri!!

      Quand on produit un navet, je pense qu’il faut pleurer un coup, ensuite en rire, ensuite passer à autre chose en tirant une leçon.

    • Moi je viens de Verdun pis le film Angle mort j’ai bien aimé! Un tueur qui a la face maganné, une cute fille et du monde qui parle mexicain!! Qu’est-ce que vous voulez de plus?? Adios

    • a littleviking26 oui ça arrive, Stepehen King a toujours détesté le Shining de Kubrick et pourtant le film à eu beaucoup de succès.

    • @littleviking
      lu hier (je n’arrive pas à retrouver l’article), qu’à la première du film Cléopâtre à Paris, initialement tourné pour durer 6h et qui n’en durait plus que 2 au final, Liz Taylor avait quitté la séance pour aller vomir, malade de voir le résultat dans lequel elle ne reconnaissait pas le travail sur le tournage….

    • effectivement le timing est douteux, mais en même temps, tu te tires dans le pied vis à vis des producteurs si tu fais une controverse avant la sortie du film, tu deviens blacklisté.

      Je me souviens que c’était arrivé ici dans le temps de Louis 19.

      Y a beaucoup de réalisateurs qui décident de faire ce qu’ils veulent d’un scénario. Mais d’un autre côté, la déconstruction peut aussi faire partie d’un processus artistique.

      La communication entre les deux parties semblent être la solution.

      À moins que le contrat stipule j’achète ton scénario et tu te la fermes. Girard essaie peut être de sauver sa peau, surtout si c’est le scénario qui est attaqué par la critique.

      En passant, Tarantino n’avait pas tenté de faire retirer son nom du générique de Natural Born Killer comme scénariste?

    • @ dulcinee 15h24

      Il ne faut se surprendre de rien dans le milieu des ARTS. Je vous suggère de lire l’article d’aujourd’hui de Patrick Lagacé sur The King’s Speech. Malgré tous les mensonges du film ce dernier s’est mérité des éloges, des oscars et tutti quanti. En général, le cinéma n’est pas de l’ART c’est une usine qui arrange des menteries pour faire toujours plus de $$$$! Pis après ça, le public devrait crier au génie!

    • @martin girard

      La prochaine fois, évitez de vous associer à un film qui a Karine Vanasse comme lead et qui a pour prémisse de faire un film ‘de genre’ mais québécois…

      Ça sentait le navet à plein nez, bien avant qu’on ait ‘découvert’ le scénario en salle…

    • Et si le contraire s’était produit,si le film était un immense succès,monsieur Girard écrirait-il la même chose?

    • @oroy90
      Mouahahah! Excellente critique!!! :D

    • Ceci est tout à fait normal, malheureusement.

      C’est pour ça qu’on attribue au réalisateur comme étant le «véritable» auteur du film, bien que ce dernier a du sans aucun doute plaire à son tour à ses producteurs.

      Le scénario est une étape très importante, mais c’est la première. Le scénario est souvent changé au moment du tournage, puis peut également être une fois de nouveau modifié au moment du montage (et parfois du remontage!).

      J’ai étudié en scénarisation cinématographique et on a prévenu les étudiants que c’est cela qui allait se passer. C’est pour ça que le scénariste est privilégié s’il peut réaliser lui-même son scénario. Qui, de toute façon, au final, ne sera pas nécessairement ce qu’il avait écrit au départ! Sauf que dans ce cas-ci, le scénariste n’a que lui à blâmer (ou les producteurs).

      Martin Girard, n’était-il pas critique de film chez Mediafilm? Si tel est le cas, je peux comprendre qu’un ancien critique n’aime pas se faire coter 5 un de ses films.

      Un fois le scénario acheté, les producteurs et le réalisateur peuvent faire tout ce qu’ils veulent avec. Martin Girard devait bien être au courant de ça! Je comprends tout de même sa déception et frustration.

    • Il va falloir qu’il renonce à son chèque si ce scénario n’est pas le sien. De toute façon, sa version différente ne vaut pas plus que l’autre.

      C’est du re-mâché de quelque chose qui a déjà été fait par de nombreux autres. Tout le monde est capable de faire ça sur sa table de cuisine. C’est déplorable qu’on donne des fonds publics pour produire ce genre de scénario.

    • @john55

      je comprend l’idée… mais d’un autre côté un juge de patinage artistique peut exceller dans sa job et ne même pas savoir attacher les lacets d’un patin.

    • @bigredcar : Pourquoi renoncerait-il au chèque ? Il a été payé pour avoir écrit et livré un scénario ce qu’il a bel et bien fait. C’est comme si vous demandiez à un joueur de hockey de remettre son chèque parce qu’il n’a pas gagné la partie ou il traverse une léthargie. Il demeure payé pour jouer au hockey, comme Girard a été payé pour écrire un scénario. Après il peut s’exprimer comme un joueur échangé peut dire que son ex-entraîneur ne le faisait pas jouer à la mesure de son talent.

    • QUESTION: AVEZ-VOUS DÉJÀ VU UN SCÉNARISTE CONTENT OU SATISFAIT DE LA RÉALISATION DU FILM DONT IL A ÉCRIT LE SCÉNARIO? Le réalisateur est un traître qui n’a pas respecté SON oeuvre.
      Peut-il en être autrement ??

    • Règlement de compte de gros égo…. Voilà pourquoi je n’ai jamais voulu travailler dans le monde du cinéma!

    • Le scénario écrit ce n’était que pour obtenir la subvention on l’a tous compris …
      et Monsieur a pas été invité pour son voyage a Cuba sur le bras y é pas content ….

      L’excuse est certainement aussi mauvaise et hors timing que le scénario original ….Cheap shot…

      Ça en dit long sur les système d’évaluation ”bidons” associés aux subventions de films….

    • Je me trompe où ce Martin Girard est le même qui travaille à la cotation des films?

    • Ayez au moins l’obligeance de retirer le film de votre bio Twitter, M. Girard. Quitte à couper votre curriculum vitae en deux. http://i.imgur.com/iLUnX.jpg

    • Je trouve désolant de voir autant de gens parler à travers leur chapeau et avec autant de mesquinerie.

    • Évidemment, tourné un film en Amérique du Sud facilite le traficotage des livres comptables que nos bons petits producteurs québecois gavés de subventions aiment pratiquer.

      Dommage pour Martin Girard, il va malheureusement apprendre que l’on brise l’omerta du milieu qu’une seule fois.

    • @claudo
      que savez-vous que le pôvre peuple ignore?

    • @le_petit_bob

      “le traficotage des livres comptables que nos bons petits producteurs québecois gavés de subventions aiment pratiquer.”

      Évidemment vous avez des exemples précis et documentés par des preuves de ce que vous avancez. Je joins ma voix à celle de Claudo, il y a effectivement beaucoup de frustrations et de mesquinerie ici.

    • Non mais quelle bande de loosers! Que M. Girard ait été vendeur de laveuse ou de tondeuse n’a aucune importance sur le fond de l’histoire. En quoi la renonciation à son cachet ou à ses honoraires modifie le fond du problème tout comme savoir si le film avait eu un succès commercial ou non? La plupart des interventions sentent la jalousie et la mesquinerie. À cet effet si votre intervention sert à ventiler vos propres frustrations et n’apporte rien au débat, de grâce faites-nous le plaisir de nous en priver.

      Voici un exemple de questions qui auraient pu éclairer le débat. Est-ce que ce genre de situation est courant dans le milieu? Est-ce que le contrat qui liait M. Girard avec les producteurs permettait à ceux-ci de modifier substantiellement la nature du scénario? Avait-il besoin de son accord pour le faire? Et dans le cas ou justement le scénario différait trop de l’original les producteurs pouvaient-ils encore laisser le nom de M. Girard au générique ou mentionner que le scénario était inspiré d’une histoire de M. Girard.

    • Peu importe que le scénario original ait été bon ou non. Si tout le monde se donne le droit de modifier les écrits de tout le monde, à quoi sert la «propriété intellectuelle». Je considère qu’on s’en va sur une très mauvaise pente; ce n’est pas parce que les américains ne respectent ni l’histoire ni les auteurs qu’il faut faire la même chose. Deux scénarios en peu de temps qui ont été dénaturés, c’est beaucoup pour un si petit milieu. Les scénaristes devraient exiger pouvoir assister au tournage s’ils le peuvent. Ils pourraient avoir un certain contrôle. Si encore les changements avaient donné d’excellents films, mais après avoir vu Filière 13, ce n’est pas le cas. En principe, le scénario de Claude Lalonde aurait pu ressembler beaucoup plus à 19-2 qu’à ce qui en est résulté des modifications. Il s’agit du même scénariste que 10 1/2, un des meilleurs films de l’année. Les producteurs devraient s’assurer que le texte d’une histoire est respectée et prévenir l’auteur des modifications à y apporter si nécessaire, avant de se retrouver avec une plainte sur les bras.

    • Je vais reprendre littleviking26 :

      Très belle initiative, mais un peu tard. Ça sonne vraiment “c’est un navet, moi j’débarque”…alors que si le film avait été un franc succès, M. Girard aurait problement pris les fleurs…et accepté le fait que le film avait été modifié.

      Au Québec, c’est comme ça ça marche. Tu vends ton script, t’essaies de négocier des droits de vision sur la direction, mais en gros, les meilleurs scénarios sont ceux dont on peut se passer du scénariste…

      Généralement, tu le vois 10 ans plus tard au grand écran, mais tu ne reconnais plus ton film.

      Cette situation aurait dû être décriée par M. Girard d’entrée de jeu, avant que les critiques ne sortent. Maintenant, c’est trop tard.

      Mais je le crois sincèrement lorsqu’il dit qu’il ne reconnaissait pas son film. C’est plus que plausible. Mais son timing est mauvais, je me répète, il n’aurait sans doute pas fait cette sortie si la critique avait été bonne.

      Mais comme lui, si toutes les critiques s’attaquaient à mon scénario, alors qu’il y a eu un flagrant manque de vision directrice et artistique, j’aurais pété un plomb aussi.

    • Dans les critiques de Angle Mort, si on observe attentivement les textes parus, on se rend compte que c’est le scénariste qui s’en est pris plein la gueule, le réalisateur ayant été presque totalement épargné. Mais, quand le résultat est bon, on ne parle jamais du scénariste car le crédit en revient toujours au réalisateur. Exemple, ce soir, aux nouvelles de la SRC, un reportage a été diffusé sur la série 19-2. Pas une seule mention de la scénariste, Joanne Arsenault, n’a été faite. Comme si cette série s’était écrite toute seule… Dans tous les journaux on parle de la série de Podz. Pourtant, quand il s’agit de déposer un projet à la SRC ou à Téléfilm/Sodec, les fonds sont accordés essentiellement à la lecture d’un scénario. Si il y a des scénaristes moins bons que d’autres, il est temps aussi d’admettre et de comprendre qu’il y a des réalisateurs qui pensent savoir écrire et sont capables de détruire un texte. Ce cas est fréquent, mais comme toujours, la presse se contentera de dire que le scénario était mauvais…

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