Marc-André Lussier

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    Journaliste à La Presse depuis 1995, Marc-André Lussier est fou de cinéma...
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    Jeudi 3 juin 2010 | Mise en ligne à 17h24 | Commenter Commentaires (5)

    Cannes 2010: le post mortem de Thierry Frémaux

    Thierry Frémaux-1

    Le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux.

    Photo: Reuters

    Il l’avait déjà annoncé lors du dévoilement de sa programmation: 2010 serait une année «difficile». Maintenant que le 63e Festival de Cannes n’est plus qu’un souvenir, le délégué général Thierry Frémaux en a tracé le bilan en répondant aux questions d’internautes sur le site web du magazine L’Express. Je vous propose quelques extraits.

    Regard sur l’édition 2010:

    «Je l’avais dit : c’était une année difficile. Et les premiers jours l’ont confirmé. On ne parlait guère de cinéma, mais d’éléments extérieurs : polémiques politiques, considérations volcaniques et météorologiques, “Godard viendra-t-il ou non”, etc. Je sentais un peu d’agressivité ici et là dans certains journaux, comme si on attendait un “big problème”. On y est habitués, dois-je ajouter. Puis, peu à peu, tout s’est calmé, l’ambiance s’est réchauffée, les films se sont imposés, le débat sur le cinéma a repris cours. A l’arrivée, le palmarès a fait comprendre que le jury avait sérieusement regardé la sélection, en avait fait une lecture joyeuse et rigoureuse. Bref, Tim Burton a imposé sa patte.»

    Regrets, joies et moments forts:

    «Sur la sélection, le grand regret est évidemment d’avoir dû enregistrer la défection de dernière minute de Terrence Malick (et donc, outre de la présence de son film, The Tree of Life, de celles de Sean Penn et Brad Pitt). Sur le palmarès, je n’ai pas principe aucun regret, juste la satisfaction d’avoir un jury heureux des films qu’il a vus. Ma joie, sans chauvinisme aucun, c’est de voir à quel point le cinéma français est aimé par les étrangers. Aussi d’avoir fait comprendre le sens de la sélection du téléfilm d’Olivier Assayas, Carlos. Les moments forts, ce sont comme à chaque fois, la libération par les applaudissements à la fin des films – aucun n’a été chahuté, ni sifflé. Il y avait une belle communion dans les salles.»

    Une Palme d’or pour Oncle Boonmee, un film «chiant»?

    «Oui, “la palme dort”, c’est devenu un grand cliché depuis que Libé l’avait mis en valeur. Il serait trop long de débattre de tout ça… Disons que la Palme est attribué par un groupe de 9 personnes dont il fait accepter la subjectivité et les goûts. C’est le principe. Le film de Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux), Grand Prix, sera un grand succès public… Cannes ne récompense pas un film pour d’autres critères que celui de son apport artistique. De ce point de vue, le jury a très bien travaillé et le film thaïlandais récompensé (Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures) sera le plus grand succès de son auteur. Par ailleurs, votre conception du “chiant” est un peu raide : des films “chiants”, je peux vous en montrer, auprès de quoi Le Ruban blanc, c’est Chantons sous la pluie

    Pour Le Figaro, c’est la «palme de l’ennui»

    «Le Figaro a tapé sur Cannes du premier au dernier jour – c’en est presque une tradition pour eux. C’est à se demander s’il faut continuer à les accréditer. Il y a tellement de gens qui adoreraient venir à Cannes, et ils offrent le spectacle désolant de gens qui se moquent des films et des gens, qui n’aiment rien, qui n’y connaissent rien. Bref, s’ils souffrent, il est inutile pour eux de revenir. J’aime beaucoup les livres d’Eric Neuhoff, qui est le critique le plus sévère de Cannes, mais je connais des gens qui les considèreront comme élitistes : parler de Paul Gégauff, etc., ne me semble pas relever d’un sujet très populaire. On est toujours l’élite de quelqu’un!
    A part ça, qui ne connaît pas la peinture sera circonspect devant une toile de Jackson Pollock ou de Mark Rothko : il aura le droit d’avoir son opinion mais pas d’en faire un étendard du goût. Sinon, quelqu’un aura exaucé le voeu de Van Gogh de voir ses toiles détruites.»

    Les médias ont critiqué sévèrement le Festival cette année…

    «Régulièrement, on sait, on sent, que l’opinion va être hostile à Cannes. La dernière fois, c’était en 2003 (mais la sélection comportait quelques faiblesses). Depuis, beau fixe. Nous savions que ça nous pendait au nez et que cette année, rien ne nous serait épargné. En même temps, comme je le disais, ça s’est finalement bien terminé – à part Le Figaro qui ne nous a jamais lâché.
    D’ailleurs, la place de numéro 1 impose des devoirs, d’avoir le cuir dur et de ne pas se formaliser des excès d’opinion ici et là, surtout en ces temps d’Internet. On n’est pas si mal traités. Cela dit, il y a quelque chose qu’en effet, je ne suis jamais parvenu à expliquer : Cannes suscite énormément de passions mais aussi énormément de rejet. Et souvent, ce rejet est exprimé par des gens qui exigent de s’y faire inviter, par des gens qui viennent, qui y vivent, qui en vivent. Je connais bien le milieu du foot et les journalistes sportifs ont souvent la dent dure. Mais jamais ils ne déconsidèreraient le sport ou l’événement qui les fait vivre. Ils vont partir en Afrique du sud et ils s’en réjouissent. Nous, Cannes n’est pas commencé qu’ils sortent déjà les fusils, faisant des lignes et des lignes sur des films qu’ils n’ont pas encore vus.»

    Un sondage du journal Le Parisien indique que Cannes ne fait plus rêver les Français…

    «Je ne lis quasiment pas la presse au moment de Cannes car je n’en ai pas le temps. Je vais donc regarder ça avec attention. Le Parisien se montre hostile au cinéma français depuis quelques mois : après le CNC, voilà que Cannes a droit aux honneurs des sondages.
    Il m’est difficile de développer ici ce pourquoi Cannes peut susciter un rejet. Mais je le comprends en grande partie. Sa sur-médiatisation est en contradiction avec le fait que le Festival est réservé aux professionnels. Et une partie de la presse qui s’y précipite et en profite l’attaque en permanence. Nous nous plions en quatre pour accueillir tout le monde et en sommes guère récompensés.Et nous ne pourrons jamais rétablir la vérité sur tous les mensonges et contrevérités qui circulent sur l’institution.
    Par ailleurs, il me semble que notre pays n’est actuellement pas dans la plus grande cohésion, le climat général est tendu, etc. Cannes en fait les frais aussi.»

    Lisez dans son intégralité l’échange entre les internautes et Thierry Frémaux.

     

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    • “A part ça, qui ne connaît pas la peinture sera circonspect devant une toile de Jackson Pollock ou de Mark Rothko : il aura le droit d’avoir son opinion mais pas d’en faire un étendard du goût. ”

      Plusieurs bloguent devraient s’en faire une ligne de conduite.

    • Je voulais écrire blogueurs*

    • Il semble dire, ce n’était pas la meilleure édition de Cannes, mais c’était néanmoins Cannes.

    • Complètement hors sujet: où étais-je à l’annonce de cette adaptation américaine du Diner de Cons?

      http://www.dinnerforschmucks.com/?utm_source=Email%28BigList%29&utm_medium=Email&utm_content=SecondTrailer&utm_campaign=Email

    • @ la_soldate

      Pas sur ce blogue en tout cas! :-)

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