Marc-André Lussier

Archive du 22 mai 2010

Samedi 22 mai 2010 | Mise en ligne à 12h09 | Commenter Un commentaire

Soleil Trompeur 2: Nikita Mikhalkov pompier en chef

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Soleil trompeur 2-2

Nikita Mikhalkov dans Soleil trompeur 2.

Ça y est. Nous avons maintenant vu les 19 films de la compétition. Très franchement, tout le monde se demande comment Tim Burton et ses acolytes accoucheront d’un palmarès tellement le cru se révèle ordinaire cette année. Rien de déshonorant; rien d’enthousiasmant non plus, à part, peut-être, quelques titres (dont l’admirable Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois).

Cette compétition s’est en tout cas terminée sur une note pompière en diable: Soleil trompeur 2 est un luxueux film de guerre, lourdingue à souhait, pétri de bons sentiments, qu’une trame musicale vient souligner à gros traits en empruntant des accents de films d’horreur de série B. Seize ans après le premier volet, magnifique, Mikhalkov nous sert ce qu’il considère être du grand spectacle avec la ferme intention d’en mettre plein la vue au spectateur. Il en fait trop. Au bout de 2h30 de projection, on apprend pourtant qu’il s’agit d’une «première partie» seulement. Un Soleil trompeur 3 étant déjà inscrit au feuilleton (de même qu’une série télévisée de 15 heures). À la lumière de ce qu’on a vu, il s’agit plus d’une menace que d’une promesse.

«Je n’avais pas du tout l’idée d’un triptyque à l’époque où j’ai fait le premier film, déclarait le cinéaste russe en conférence de presse. Mais j’ai eu envie de faire un film de guerre. Cette envie est née le jour où j’ai vu Saving Private Ryan, un film qui convainc les jeunes que le débarquement des alliés, c’était ça. Spielberg a très bien fait sa mission en racontant la guerre de son point de vue. J’ai eu envie de la raconter du mien. Et de montrer tout ce que l’Armée rouge a du endurer pendant cette guerre, la souffrance, les morts, etc. Tant qu’à y être, j’ai décidé de faire appel aux personnages de Soleil trompeur. Ce film n’est ni pro, ni anti-stalinien. Il s’agit avant tout d’une histoire d’amour entre un père et sa fille. Telle est l’essence du film.»

La version présentée sur le marché international est écourtée de 30 minutes par rapport à celle qui est exploitée actuellement sur le territoire russe (sans grand succès semble-t-il).

«Une requête du distributeur français UGC, concède Mikhalkov. J’ai toutefois supervisé ce nouveau montage moi-même afin que le souffle du film reste intact. J’ai enlevé toutes les références incompréhensibles à un public non Russe.»

Mikhalkov a par ailleurs tourné au ridicule les doléances de ses cinéastes compatriotes qui, récemment, ont signé une lettre dans laquelle ils dénonçaient l’autoritarisme de celui qui dirige l’Union des cinéastes en Russie.

«Qu’on m’apporte des faits, dit-il. Ce que je dis ou fais n’a aucune influence sur la vie des autres. L’expression de tous les points de vue, n’est-ce pas là l’essence même de la démocratie? Sur les 97 signataires, vous pouvez enlever les 30 qui n’ont jamais fait partie de l’Union; 30 qui n’ont pas payé leur cotisation depuis des lustres (ce qui les exclut d’emblée); deux qui n’habitent plus en Russie depuis au moins 30 ans. Vous avez là l’échelle de ce grand scandale à portée internationale!»

L’intérêt plus «mou» du public russe à l’égard de cette superproduction de 40 millions de dollars (pour les deux volets) a aussi été soulevé.

«Ce sont les critiques qui devraient être contents, affirme Mikhalkov. Un gros film art et essai avec un gros budget! Moi je suis très heureux de ce film. Les institutions gouvernementales ne l’ont financé qu’à hauteur de deux millions. Le reste du budget est constitué de fonds privés. Et c’est très bien ici. Un jour, il faudra faire des films sans l’aide financière du gouvernement. À ceux qui disent que nous aurions pu produire 20 films avec le budget du mien, je réponds que ce n’est pas comme ça qu’on fera vivre l’industrie du cinéma. J’adore le cinéma d’auteur mais un film d’auteur est une huître. Personne ne peut survivre en ne mangeant que des huîtres!»

Cette curieuse métaphore a clôt la discussion, le temps alloué étant déjà dépassé. Ce débat «cinéma d’auteur / cinéma commercial est universel semble-t-il!

La conférence de presse.

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Le cinéaste hongrois Kornel Mundruczo s’était de son côté distingué à Cannes il y a quelques années grâce à Delta. Son nouveau film, Un garçon fragile – Le projet Frankenstein, possède d’indéniables qualités esthétiques (une fabuleuse composition d’images notamment) mais ne parvient pas à convaincre tout à fait.

Synopsis
Il y a longtemps, un jeune homme a engendré un enfant sans jamais savoir ce qu’il est devenu. A 17 ans, son fils, Rudi, revient en espérant retrouver sa famille après une enfance passée dans une institution. Il espère trouver chez sa mère reconnaissance et affection, et surtout connaître l’identité de son père, mais il constate qu’il n’est pas le bienvenu. Presque par hasard, Rudi se retrouve dans un casting. Le réalisateur du film est fasciné par son innocence et pense avoir trouvé son acteur principal. Mais un évènement terrible met bientôt fin aux bonnes intentions de Rudi. Il devient un tueur poursuivi, et le réalisateur se rend compte que ce garçon étrange et silencieux est son fils, un monstre qu’il a lui même créé. Son seul choix est maintenant d’accompagner le destin brutal de son fils dans une recherche commune de la rédemption.

 Un extrait du film.

La conférence de presse.

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LU AUJOURD’HUI:

Éric Neuhoff à propos de Hors la loi dans Le Figaro:

«Bouchareb en tire un feuilleton lisse, raplapla, amidonné. On aurait aimé qu’il soit de parti pris, de mauvaise foi. Mais non. Il confesse avoir pensé à Melville, Leone, Coppola. Il est bien le seul. Hors-la-loi? RAS, pour reprendre un titre de Boisset. Le meilleur film sur le sujet reste Le Petit soldat. L’auteur en était un certain Jean-Luc Godard. Aucune relation avec le monsieur qui se fait appeler comme ça aujourd’hui.»

Cela a fait ma journée.

 

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